(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Conférences publiques [microforme]"

CIHM 
Microfiche 
Séries 
(Monographis) 



ICMH 

Collection de 
microfiches 
(monographies) 




Canadian Inatitut* for Historical MIcroraproductiona / Institut canadian da mieroraproductiona hiatorii|uaa 





• It 





Technical and Bibliographie Notes / Notes technique et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best original 
copy available for (ilming. Features of this copy which 
may be bibliographically unique, which may alter any of 
the Images in the reproduction, or which may 
significantly change the usual method of fiiming are 
checked below. 



D 

D 

D 

D 
D 
D 

D 

n 

D 
D 

D 



Cdoured covers / 
Couverture de couleur 

Covers damaged / 
Couverture endommagée 

Covers restored and/or laminated / 
Couverture restaurée et/ou pelllculée 

Cover tlte missing / Le titre de couverture manque 

Cdoured maps / Cartes géographiques en couleur 

Coloured inl< (i.e. other than t>lue or black) / 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

Coloured plates and/or illustrations / 
Planches et/ou illustrations en couleur 

Bound with ottier material / 
Relié avec d'autres documents 

Only édition available / 
Seule édition disponible 

TIght binding may cause shadows or distortion 
along Interior margin / La reliure serrée peut 
causer de l'ombre ou de la distorsion le long de 
la marge intérieure. 

Blank leaves added during restoraUons may appear 
wlthin the text. Whenever passible, thèse hâve 
t)een omitted from fîlming / Il se peut que certaines 
pages blanches ajoutées lors d'une restauration 
apparaissent dans le te>.:e, nr.ais, lorsque cela était 
pœsJUe, ces pages n'ont pas été filmées. 



L'Institut a microfilmé le meilleur examplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
ographique, qui peuvent nnodifier une image reproduite, 
ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
ode normale de filmage sont indiqués ci-dessous. 

I I Coloured pages / Pages de couleur 

I I Pages damaged / Pages endommagées 

I I Pages restored and/or laminated / 
' — ' Pages restaurées et/ou pelllculées 

i\/( Pages discotoured.stained or foxed / 
' — ' Pages décolorées, tachetées ou piquées 

I I Pages detached/ Pages détachées 

[71 Showthrough / Transparence 

I I Quality of print varies / 

' — 1 Qualité inégale de l'impression 

I I Indudes supptementary material / 

Comprend du matériel supplémentaire 

I I Pages wholly or partially obscured by errata 
' — ' slips, tissues, etc., hâve been refllmed to 
ensure the best possible image / Les pages 
totalement ou partiellement al>scurcies par un 
feuillet d'errata, une pelure, etc., ont été filmées 
à nouveau de façon à obtenir la meilleure 
image possible. 

I I Opposing pages with varying colouration or 
' — ' discolourations are filmed twice to ensure the 
best possible image / Les pages s'opposant 
ayant des colorations variatiles ou des décol- 
orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur image possible. 



D 



Adcftional comments / 
Commentaires suppténwitaires: 






Tl)is iMm a filmtd *t tlit riduclion rnio dMdiMl below/ 

Ct docufimit «t filmi lu taux d« rMuction indiqué ci-dtttow. 



lOX 








14X 








18X 








22X 








26 X 








MX 
































•J 
























12X 








1CX 








20X 








24X 








28 X 








32X 



Th* eopv filmad hara haa baan raproduead thanka 
10 tha ganaroaity ef : 

National Llbrary of Canada 



L'axamplaira filmé lui raproduit griea i la 
8*néroailé da: 

Bibliothiqua natlonala du Canada 



Tha imagaa appaaring hara ara 'ha baat quality 
poaaibla eonaidaring tha condition and lagiblllty 
of tha original eopy and in kaoping with tha 
filming eonuaet apacificationa. 



Original copias in printad papar eovara ara fllmad 
bsginning with tiM front covar and anding on 
tha laat paga with a printad or illuatratad impraa- 
sion, or tha back covar whan appropriata. AH 
ethar original copias ara filmad baginning on tha 
firtt paga with a printad or illuatratad impras- 
sien, and anding on tha laat paga with a printad 
or illuatratad imprasaion. 



La* imagaa suivanta* ont été raproduitat avac la 
plus grand soin, compta tanu da la condition et 
da la nattaté da l'axamplaira filmé, ai an 
conformité avac las conditions du contrat da 
fllmaga. 

Laa aaamplairaa originaux dent la couvartura an 
papier est Imprimés sont filmés sn eemmançant 
par la premier plat et an terminant soit par la 
dernière paga qui comporta une empreinte 
d'imoression ou d'illustration, soit par le second 
plat, selon la cas. Tous laa autre* exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première pege qui comporte une empreinte 
d'Impreaaion ou d'Illustration et an terminant par 
la dernière page qui comporte une telle 
empreinte. 



The laat racorded frame on each microfiche 
Shell eentein ihe symboi -^^ (meaning "CON- 
TINUEO'I. or ihe symboi ▼ (meaning "END"), 
whiehever applias. 



Un des symbelaa suivants sppareitra sur la 
dernière image da chaque microfiche, selon le 
cas: la symbole —» signifie "A SUIVRE", le 
symbole ▼ signifie "FIN". 



Mapa, platée, charu. etc.. may be filmed at 
différent réduction retios. Those toe lerge to be 
entirely ineiuded in one exposure ère filmed 
beginning in the upper left hend corner, left to 
right and top to bonom. as many frames aa 
raquired. The following diagrams illuatrata the 
method: 



Les cartaa, planchée, tableaux, etc.. peuvent être 
filmés é des taux da réduction différents. 
Lorsque le document est trop grend pour être 
reproduit en un seul cliché, il est f ilr ''é é pertir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche è droite, 
et de haut en bas. an prenant la nombre 
d'imagée nécesseire. Les disgrammas suivants 
illustrent le méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



MKiocorr >BounioN tbt omii 

(ANSI and ISO TEST CHAUT No. 2| 



1.0 


la 12^ 

ta 


|Z5 




: ■>• |3|2 


12.2 




' ifUâ 


■!■ 


Il >•! 


£f US. 

u 


i^ 


i^ 




111^ 






1.25 


1^ 


1^ 


^^= 



A 



/^PPLED I tvMBE Inc 

Itbi Eoit Main Streei 

Rochiitar, Nt» rork 1«609 USA 

(716) 482 - 0300- Phon» 

(716) 286 -5989 -Fax 



L'UKIVEKSITÉ LAVAL 

(QUÉBEC) 





1900-1901 




QFÉBiUj — — 

**'^"*«'P"««fr" «fa Vtvt^um 
1901 



Ar, I 



IMPRIMATUK 

t L -N., Aechiïp. QDIBKOB!!. 



Quebeoi, 28 AprilU, 1901. 



INTRODUCTION 



L'Université Laval evioo a 
q-'^nte an«. La ^eZÏ T" P'*" ^' "•«- 
directeur, et de T. Zf ''^^r*'""'* '^« ««» 
attiré des élèvesnlbruxT:: n' °"* '°"J°"" 

citoyens de Québec oui ! f «ttacheraent des 

pi"«vaHLtcri„rrr"''^-"-'«'- 

récentes de la ^eT J /'""""*''' '«« ?'»« 

conna .anœs surieM^eTtiT ""," "^^^'^^ ''- 
de l'histoire et de la i, ?'"* '"'?«■•''"*«« 
moment même où J-^''''°*'P'''«' «>"ve„t au 
«.nnaissan j;;\;;,™'-- -<^aient ces 



— vi — 

L'Univenité Laval a donc cru être utile en fai- 
sant donner chaque année ces conférences publique* 
auxquelles ses anciens élèves surtout se sont fait un 
plaisir d'assister ; ils comprennent si bien que, dans 
les frottement» de cette vie, la science s'use co: me 
les vêtements, et que le bagage scientifique perd 
chaque jour de son poids, si on n'y veille pas de 
près; ils sont ;<i convaincus ;je "pour savoir avec 
précision quelque chose, il faudrait tout savoir '," et 
que, dans un siècle comme le nôtre surtout, en fait 
de spécialité, il faudrait avoir celle de l'universalité. 

\fiii que ces conférences soient utiles à un plus 
grand nombre, l'Université a décidé de les. publier. 
Ce volume renferme celles qui ont été données dons 
le courant da cette année scolaire. Elles seront 
un agréable souvenir pour ceux qui ont eu le plaisir 
de les entendre et elles pourront intéresser ceux 
qui savent trouver le repos dans des lectures 
sérieuses. 

0. E. Mathieu, ptre, 

H.U.L. 

28 avril 19C1. 



1— OoStbe. 



^'"GllSE ORTHODOXE RUSSE 



Depuis l'automne de 1899 ,„. 
d. doukhobo„te. e.t inai Vn.,"^*,"''"''*'"''' "»''"'■'' 

'0 •".omeut de !eur .rrivr^ "'^ '"• ^'•'"•"". de. 
f e '->u. le, côM,. ,. vZr de." „?" "'"' ^^•"-"' *„„«. 
* '«" .«jet, étaient fort divl, 7"?"""' '"' "P'»""»- 
tnbuer pour .a pa>t à râto^àTL "' '" '"" ^^ «>°- 

veniu! Laval a -.ulu ft ~ fe ,? '^i '^'' '"""'*«• l»» l"Pni. 

■"■port.!.. Son «.Zot^l :**' P'"» * ^o-d «e» nouveaux 
voir, dan, une cerS^ellt "!''"""•' '"''■ ^-"o "« P"^ 
««P^rer. ou, peut.«t«. ce que DÔu.r ''"' """" P""^"»» o» 
* nou. que cette Uo:', a rri^"" '"""^■"^"'■" Ç'-' 

d'aborder l'examen de, do«^r ""'*• ^^ant donc 

|:^«Stique, r^,, nZ Ïvt, ~:: !,' "'**"- «^^ - 
'■origine etl'org.„i„«„„ de l'ïl *^ u " P"""" *" «-vue 
.^sult^„,alheu«u«,n,en"quVaSel°'^'^°"- " «■" «.t 
Parai„e au lecieur, e.t loih d'->t« ™! , ' '^"''''"' ''"'8 q»"" 
Pa. P«?tend«. da;, le court ^ "!'• ^'"■'»« PouvL. 
t~iteràfond^,,ujet,u,TL*;r '•"' *"^ "»"«'-''<'«'. 
'*• Nou, n'en avoj effleTr^.tti Z" ""?'''" ^"'' «'"■' 
oraux. Cependant non. o^l IZ^' '''"' '" P"*"" P^n- 
Pasét^ toutàfait inutie aarfrb'rirT''"'^"'""™ 
-breuae. imperfection,. *^ " ''"*'""^ «' »f. nom- 



— s- 

KoD« «vont tenu à fttin no* reehtrohei tuuioonMiendeu- 
tement qo* poaible. Apri* avoir mia i profit, tout d'abord, 
1m obMrvationi partoDoellM que ooiu avou M à mlm« de 
iairs paodant la lëjour d'un moia que noai aTona fait en 
Rnaaie en 1897, noua avona en reoonra k un aaaei grand 
nombre d'ouvragea ap^oiaux, ae rapportant, de pria ou de loin, 
à l'empire dea Taan. Noua en donnona h iiate complète. 
Cea ouvragée aont loin d'avoir toua la même valeur ; maia 
obaoun d'eux noua a fourni quelquea dëtaila intéreaaanta, lea- 
quela a'fjoutaient, en lea oompUtant, aux rauaeignementa pris 
ailleura. 

Noua avona cr.i inutile d'indiquer plua particulièrement, 
dana le corpa du texte lui-même, toua cea emprunta qui en 
oonatituent comme le aquelette. Ceux qui déaireiwent noua 
contrôler de plu» près, n'auront qu'à conaulter cea difTërents 
livrée, pour être à même de rendre justice à leurs auteura, 
lia se convaincront en même tempa que nous n'avons rien 
exagéré, en bien ou en mal. Nous citons quelquefoia tex- 
tuellement le plus souvent, nous abrégeons. 

Nous comptons sur la bienveillance de ceux qui nous 
liront, pour nous pardonner ce défaut d'originalité, défaut 
que nous sommes les premiers à déplorer. Nous n'avons en 
ni le tempa, ni la faculté de recourir aux document de pre- 
mière main. Nous avons simplement résumé de notre mieux 
ce qui avait été trouvé par d'autres. Nous reconnaissons que 
c'est sans doute un grave défaut, mais que le conférencier 
qui est sans péché sur ce point nous jette la première pierre. 

C. Laflahhe. 



- /ïf 



BIBLIOOHAPHIE 



Home et Mo.oo„. ''"' •"■» Pour-ulvi*, .1 lo„g,.„p. ,„, J 

"""I""- «•«"•ipt'on 6lhnci ' hlque ou p,,.o 



PREMIÈRE CONFÉRENCE 

80K OLEROÉ 

Assister, en 1897 >„ „„ , . 
Samt.P^ter,bouiv.Lû„nr international de géologie à 
«nentscaressaieî^'tS;^--»^^^^^^^^ 

■ni», à Washington. LS t« ''n ?°""'"""""'"- 
Tschernischew,lep;rtel!!!r *"'"" ""^ '" «"»»ie. M. 

«n crédit de 100,000 ^««1 ?""" * ""''^ 'l^'Po^i'ion 
tion gratuite sur tous ks «L J" -^^ "" '" '" """='^- 
■••nn tel voyage éZ doubt^v Iv /h":!' "*"""" 
«centifique considérable que 'pré entent"? ''''"^'^' 

eongressistes,ces assises slnnelfedt '°"''' '^"' '"' 
nous pouvions profiter de la cîn- . """'^ '' «°»''''« 

lea villes et les oaml„e, de T" T '^^ '"" ^' P'^^ 
n'est pas accordé à to^Stlntie" ""' *'""''«" <!"' 

Nous en avons largement usé Ff „ u 
que. snocessivement, nous avons éM '™'^»"""«"' « 'e fait 
Saint-Pétersbourg. \Z m7 T"^' '" '«' P»^^» de 
Odessa, etc.. dan?ie?fnïctrr:; '''"■"^ '^"-'^"f- Kief. 
du prudent Bedecker sont 1 . ""'''' '''^'"'''- ""• ^ire 
fait, de cette U.ouX ^^ ''' '!'^'"'^^- ^—ns 
ou pointus des vil es JoroXs'V"''"' ""' ''''' "»"» 
semainesenUèresdansre sCe 'h r "''"" ^"^««é ^es 
expérimenté les heurts ffre Si . ''' '' ''^ ''^''"''"«. 
galop par „ne fougulaT il"" '!"'"''^ «"'«^^ «u triple 

--.-osedeiussitïï;.irt;r::tr 



— 6 — 



gner quiconque oiroule dans œs fécondes et interminables 
plaines. 

Nous avons vu de pris les moujiks; visité leurs itbae de 
terre et de chaume, sans oublier la remuante population de 
vermine qui y pullule. Kous avons admiré les superbes 
églises de Pétersbourg et de Moscou, les luxueuses chapelles 
des couvents. Nous avons entendu les moines psalmodier et 
chanter leurs offices religieux, nous avons vu les popes se 
pavaner en famille, dans les promenades publiques. Et, pour 
couronner le tout, nous avons fait connaissance, & plusieurs 
reprises, avec les tracasseries policières que comporte tou- 
jours l'examen obligatoire des passe-ports. 

Pour un occidental, un américain surtout, il y avait en tout 
cela comme un monde d'impressions nouvelles. Cellus-ci sont 
restées très vives, malgré l'intervalle de trois années qui nous 
en sépare. 

Rassurez-vous cependant ; je ne viens pas, ce soir, vous 
les communiquer ; je ne viens pas vous infliger un récit de 
voyage. De ces récits, chacun peut en bâtir pour son compte 
de fort acceptables, en mettant à profit quelque guide bien 
fait. Quant aux impressions personnelles, à moins d'être de 
la famille des hommes de génie (et ces familles ont toujour < 
été malheureusement très restreintes) on s'expose assez sou- 
vent à ne pas sortir des banalités de l'amplification. Ce n'est 
pas la peine de se mettre en frais de littérature pour aboutir 
à un tel résultat. Naturellement, j'admets, sur ce point, de 
brillantes exceptions. 

Cependant, permettez-moi de vous avouer que cette Russie 
exerce une véritable fascination sur ceux qui la parcourent 
C'est qu'on y trouve un pays particulièrement intéressant, à 
raison des problèmes ethnologiques, sociaux et religieux qu'il 
soulève. Cette Moscovie, & la fois ancienne et jeune, appa- 
raît comme un mystérieux creuset, oii, dans le mélange des 



— 7 — 

.•Al >v. . ^ ™" punsantes et mal connnao 

îurir'"" '"''•'" '" ''"""^ ™""« «" ""ôr; 

Jvétf ]/"w'' "'^^ " -'«-«e.a.^té sing„liè„ment 

nous est a„ne p,„, .. , f.tXr^t ^^ r:!".^ 
pour entreprendre avec vous ee soir, l'étude du ^UleZZ 

de son église, laquelle s'intitule: " Sainte Eglise catholique 
apostohque, orthodoxe." Je voudrais vous en dire ^Zel't 

lÏÏtZtr' '"' ^""^ "«'"''" .uelques-unTro 
ûtfésies multiples qui y ont pris naissance et qui y sureis 
sent encore tous les jours. Parmi ces hérétiques' nous dé»u 
eTr r r*" '*" ^^'^^ohor.t., et nous rentTr^ns aTuai 
en Canada. Nous étudierons les dogmes sociaux et r^Lfeu" 
de ces dermers, afin de voir ce que nous pouvons en ZreT 

rL'liTci^"";- •^'"'"'- «-•« — "1 S 

l^i-mém? '*"'"'' '^ ^""^ ^^ »'^'^'*- "« >» ti«; 

veîrarvÎuT"': " '"■ ""■""^''«"■««» pi»» o» ".oins non- 

donrai^n ;Zr,?""" ?''"-^'" ''•' ""^ '""«'««''» vous 
donnaient 1 idée d aller un jour visiter et étudier vous-mêmes 
c^ pays prestigieux, afin de vous assurer de ^ "« îe 
n aura, m chargé, ni flatté le tableau ^ •" 



*** 



Vous n'avez pas oublié sans doute le grand succès de 
cunosité qu'ont en les doukhoboistes à* leur Tv^'l 



— 8— . 

Québec, en 1899. Depuis pluaieura mois, les journaux 
nous avaient parlé de ces intéressantes peuplades, comme ils 
les appelaient assez irrévérencieusement. On n'était pas 
d'accord sur la manière d'écrire leur nom. Ce dernier sonnait 
d'une façon trop étrange à des oreilles Utines ou saxonnes, 
pour qu'on en attrapât l'orthographe du premier coup. N'im- 
porte, ils étaient le sujet de bien des conversations et 
4'article8 de journaux plus nombreux encore. L'onhographe 
d'ailleurs n'arrête pas toujours les journaux. 

Naturellement, la politique devait être bientôt de la partie. 
Les journaux ministériels n'avaient pas assez d'épithètes 
élogieuses pour qualifier la tranquillité, la bonté, l'amour du 
travail de ces futurs Canadiens. A les en croire, c'était de 
précieuses recrues à ajouter à notre population canadienne. 
Elles seraient bientôt complètement assimilées, et l'acquisi- 
tion de nos vertus par ces doukhoborstes déjà presque par- 
faits, produirait une résultante menreilleuse. Voilà pourquoi 
on ne pourrait jamais assez féliciter le gouvernement qui 
avait fait eet heureux choix, dans le but de peupler nos soli- 
tudes du Nord-Ouest. 

Les feuilles de l'opposition, cela va de soi, ne chantaient 
pas sur le même ton. Pour elles, ces nouveaux émigrants 
étaient tout simplement les rebuts, les déchets de la Russie. 
Expulsés de leur pays d'origine à cause de leur opposition 
aux lois et à la religion d'Etat, on avait droit de se demander 
avec crainte ce qu'ils feraient de bon au Canada. Plusieurs y 
voyaient des espèces de sauvages, comme les te'' «frémisses, 
les ougres, les slovaohes et les petchénègues, rebelles à toute 
civilisation et absolument impropres à toute colonisation. 
Être expulsés de la Russie était, disait-on, un assez mince 
certificat de vertu, puisque, dans ce pays, comme dans bien 
d'autres, on n'est pas très exigeant sur la valeur intellec- 
tuelle ou morale de ceux qui l'habitent. Par conséquent. 



— — 
nou. n-avion. rien de bon à attendre de ce, nouveaux venu, 

I^pqueU des rongea ou de. bleus avaient iai«,„ ? La réponse 

r.îcnm.n«t,on8 tardives devenaient inutiles 

Ce jour-là, tous les officiels, tous les badauds de Québec 
et ^us-eurs curieux (ce qui constituaient évidemment une 
foule asse^g™nde) étaient au quai, pour recevoir les non 

nurH.«p"'\'' ''^"^''™'" "'"» "'« y^-'^g^-d ouvel 
que défilèrent les émigrants. ouverts 

Hommes de haute stature, bien découplés, à cheveux 
aU,ndan:, à barbe plus puissante encore, p'ort^nt dl X 

femmes r,^"«' ^' '" ~"'"'" voyante, surtout les 
femme,; ,„ ,, ^^^_ „„ ^^^^^^ ^^ ^^ 

J feutre; eu somme d'assez beaux échantillons de la m ê 
fait . et on se d,sa.t qu'à tout prendre, si ces braves gens 

c^itrurr^^"'^^'^""^"''"'^-'-'''--^- 

Le^rllTT!' ^'"^ "° P*" "«'««'«"'le' dans la toilette. 
Le h pt,e de la propreté personnelle semblait relativement 

J>ttT \" "*■"■ '' ""^ ••''"'« (!«» paysans russes 
portent leurs vêtements .ans jamais les ôter ^ même la 

u. bZelT" '"""''"""^^' "■"■' ""« bonuTdouche et 
1 eau n est pas rare au Canada, le savon non plus 
l^s doukhoborstes se répandirent bientôt dans les rues et 



— io- 
dé '"/•' ''"PP™:;'"»';''" »»rtoat de légume.. Le. pommes 
de tarre, le. carotte., le, naveU. le. oonoombre. eaZttiJa 
l.er &,«„ent le»« déUœs. De là on crut pouvo.ï S^" 
qu.1. étaient végétarien., qu'il, ne mangeaient p.. de v^r 
tout comme certaine, peuplade, des Etat-Uni. ' ' 

frZi" i*l"l"'''''"''«P«°»yJ»a-ie, apprenant que leur. 
frè«. du No«1.0ue.t. le. doukhobor.te.. manquaient un tû 
d tout, eur out expédié de. convoi, entier, de vivre, et d" 

^r facihter le. travaux agricole., le printemp, suivlnt Te. 
^ve. doukhobo^te. o tout reçu avec grande joie I,,^: 

7^Z7 "" '" ''*"'"'' ^«'«"""■«« des q'uaker. 
ab«,rbé le. con.erve. qu'on leur avait envoyée., tant et . 
b^n qu une part.e de. b<.uf. eux-méme, a..ure.Un / n 
pa«.é. Ce. animaux avaient gma^, mine. On s'en passerait 
b en pour labourer le sol. le, femmes y .uppCeT r^ 

l'est ce qu Is firent en t«ute tranquillité de oon«,ience 

Eus« . u portrait que j'en .■ t«cé tantôt s'apLue avec 

et r„,t ":' """f'' ''"^''°" --'* l'^ter.bouràMoru 
et dan. le. steppe, de l'Ukraine. Haut* stature. teirZ 
barbe touffue, hir.ute, cheveux abondants. taMés au M 

com ae disent le. Français, asse, grande malp^p^S /où. de^' 
onpeaux mult.colo,«s; c'est bien là le russe véritabl. Te rul" 
de. Bussie, rouge et blanche, de la grande et de la «til 
Kussie. de. stappe. du Doa «t rf» i„ n • ! ^ 

blance eût été Lplète s" oll, "'""'*■ ^ "'"""- 

«.«,„ «=<« complète, si on eût pu ajouter une note à cette 
gamme oaracténst que : celle d'aimor „i.,. j . 

H "• oeue a aimer plu- que de rason la 



»»;> «n c-el toujours eÎM/^f ' ''r. ^ Tmns^uJe! 
4 leur di,poaitio„ „„ ,„, fJJ '»;■"' <=>'".«t id&l «tayan 
"/«mrse perdre dans les snli, J"'"^'"» quitter tout cja 
"'-■quin-estpasto;^ "v '" d" '^T''"'""''- -"'^ 

q^^. . bien iuei,..fou\:\tzz- a 'r '°"' - -' 

""«nestpas sympathique pas '4' ?■"'' ''"' '''""<'ri« 
^«ani. Transport, ^ut d'aLoM J "'«"^«^"'•nte à leur 
;"r - feit Jamais les to 1 " ^V «««"eot 
UtrameenSiWrie. ramena en,. î T'^^ ^'^ f^'"^' de 
les bords de l•A^of, puis enfin tr ? "" ^^ "'^'"^ ^on su, 
1"« la région gl>ZZTV Tr"^'- ^<'m» en J^, 

«l-g'eux et sociaux. Or ceux «?„ '"^' * '«"" Pri-eTpe, 
»« Civiles et r.,^Z;lZ T ^ r""»' 1»'^ 
•^r.e d'ennuis incessants, de tao ut ""■ ^« '* '""^ «ne 
plue on moins ouvertes à eu™-!"''.'" '« P^^^o-tions 
Manifesta un jour le dl; / ''"' '"' "nalheureux ont 
P^tne e, ,,„^^ .Li^'r^J^'^: ^^'^^^^^'^^^'C 
Le célèbre écrivain Léon S!oT- . '^"Q-'illité aiUeurs 
Pl"lan.h«,pie humanité re^^?:"*" ^^'o^- - nom de a 
"'"'.ement poussé à la ri 'et c't '"""''' "='*'-• « «^-^ 
«9«. «n jour, tout une cari ,«„ r"""' """' """" ^ -»»» 
^« doukhoborstes ne reconnâ I' . '!* '"'^™ P^-t-^tre 
'ont des hérétiques vi Tv^H- i", '^^ ^ "^"'^ "^-^^lle- Ce 
«l-otibles dans leurs id c^^'Ik j'"^' «' ~"""e ils sont inl 
P« décemment les faire ''.''^'™'' «""""e on ne pouvlt 
«ont^laport, '"" *'P''^'"''« «utremen, onTuT. 



— 12 — 



Ce aérait peut-être le moment de dira en quoi oonsiite cette 
hérésie, de voua &ire voir comment elle se rapproche du 
protestantiame, aurtout des quakers, comment, à vrai dire, lea 
doukhoboTstea aont à l'ï^liae orthodoxe ce que lea proteatanta 
sont à l'église romaine. Mais, pour procéder avec méthode, 
noua devons d'abord voir en peu de mots ce qu'est l'£gliae 
orthodoxe elle-même, quelle est bon organisation, quels sont 
sea dogmes et aea pratiquée religieuses, ainsi que les relations . 
intimea qui l'unisaent avec la puissance politique. 

L'orthodoxie russe est en effet, avant tout et par-dessus 
tout, une religion d'Etat, Russe et orthodoxe sont presque 
synonjrmes, à peu près au même degré que catholique et 
canadien-français. On n'eat vraiment russe qu'en dev mant 
orthodoxe et l'on cesse de l'être, quand on abandonne l'ortho- 
doxie. L'Etat défend l'Eglise, la protège avec un zèle d'autant 
plus jaloux qu'il trouve en elle un moyen aussi puissant 
qu'efScace de garder sous son contrôle les nombreuses popu- 
lations de l'empire. C'est une influence qui s'insinue partout, 
dans tous les rangs de la société et qui groupe toutes les 
volontés avec une force étonnante, autour de la personne du 
Tsar. 

Voilà pourquoi le pouvoir civil protège le pouvoir relijjwux 
contre toutes les attaques de l'intérieur et de l'extérieur. 
Voilà pourquoi les dissidences qui se sont produites depuis 
trois siècles, à plusieurs reprises, dans l'Eglise officielle, ont 
toujours été très mal vues de l'autorité civile. On n'a jamais 
ménagé aux novateurs les peines du knout, de l'exil et de la 
déportation. Le résultat a été que quelques-unes de ces 
sectes se sont cachées dans l'ombre du secret, pour se déve- 
lopper, comme le Raskol, avec tout le succès qu'assure pres- 
que toujours le mystère du frnit défendu. D'autres ont 
disparu, pour être remplacées par de nouvelles. D'autres enfin, 
ont vu leura adhérente déportés en masse, d'un seul coup, 



— 18 — 

c'est par oentainos ou'il t».„V T , ' •*" "««"raire, 

sent encore c'ë,t 1 i II "'*' '"' ''^"'"'" "1"' '» J'vi 

rieuse, dea observa " d'e 'I "m""?' '" P'"' "^''-S- 
«enjeu.nt t„..J„„r, d Js^^^^'^ J^^r "par' 7 "'''^' 
civil. Si on les Uisse auBln,>«f • ^ '* P""^"'' 

»aitt..p con.n.e„UeratÏÏ?l;ie:r'"""' '1'''°" »« 
qu-elle, revêtent, ou qu'onTrred? ! °™'" ""Voyante, 
leurs adeptes OnTZl * ""*"■ ^^ "°'°''"' de 

Bu«ie. à^nne «^ ^i.rrrKizrr"'' -r ^" 

quinze millions d'adhérents. ' "P'" P'"' ^e 



»a^S;r^r^^S-"^!^»cHis.ati,„e.01«, 
saint Wladimir le Grand 980 loC ^"""""«""Ple. et 
avaient ité baptisés dl..^^' "''''' '""""'' «''''«1"«»- 
schisme de m5 c,r "re m"\ '" """"P'- "-"' '« 
russe reçut ses pLurlt^ T J"" °"«^'"=- ''^««'■^ 



— 14 — 

trè. bien ooeiiitar tveo ruoité d dogme et de onyanœ 
l'EgliM orienUle a toujoar. montré une tendance mtrqaie k 
ITuSrëeia. C'éuit comme la couiéquence de la subtilité de 
l'esprit grec et de la passion qui le tounnentoit de faire de la 
métaphysique à outrance. 

Longtemps avant le schisme de Photius, de nombreuses 
sectes y avaient pris naissance, dont quelques-unes, comme 
les nestoriens et les monophysites, ont traversé tous les 
siècle» jusqu'à nous. Les pontife» de Rome luttaient vail- 
lamment contre cet ivraie que semait toujours Vinimicv, 
homo. Mais le combat devint plus incertain, du jour où le 
patnarche de Constantinople mit en doute la suprématie du 
pape, sous prétexte que les pouvoirs d'un siège patriarcal 
dépendaient du rang politique de la ville où il était placé. En 
partent de là. le patriarche prétendait qu'après la chute de 
lempre d'occident, Rome n'étant plus capitale, le siège de 
Constantinople. capitale de l'empire d'oriett. était au moins 
l'égal du siège papal et que son titulaire échappait à la juri- 
diction romaine. 

Tel a été le véritable point de départ du schUme d'orient 
Les divergence», dogmatiques sont venues s'y greffer comme 
par surcroît, pour masquer ces motifs purement humains 
mais elles sont toujcirs restées, en réalité, au second rang 
De nos jours encore la suprématie de l'évêque de Rome est 
le grand, le seul obstacle véritable à l'union des î^lises 
orientales. C'est ce qu'avouait ingénuement. en 1893 M 
Pobiédonostsef. procureur du Saint-Synode de Pétersbôurg 
Dans le principe, les patriarches schismatiques de Con- 
stantinople, tout en prétendant ne plus relever de Rome 
voulaient garder sous leur juridiction toutes les Eglises orien- 
tales de leur rite. Ils ne comprenaient pas comment l'idée 
même sur laqueUe reposait le schisme amènerait, un jour ou 
/autre, l'émiettement de leur obédience en autant de centres 



— 16- 

««tre.nt de fidèle,. «""««nde plu, ^,,.4 ^^ ^^^^^ 

On fulM,n«it quanti^ d'exlT"^ • ""*" ^"efPquement 

h"n,.l.an.e,pourlWgueiI du ^L ',>'''"''"»'"«'"'«' bien 
■ P»' le malheur de, temp,. 
*•« 
^^ous avons vu il » » 

;aut c,e^. le i ^rus^v:"!:! r "" ^^*^-' <" '« 
P-^lat, tranaportèrent leur, T '^""«fntinople. Ce, 

ten-p.. à Kief d'abord. kZTn ""'"■ '"' *^'"» « mêÏÏ 

-mn de leur, P^ve^i^uTTelS u.7"^^"7 ''""^""«'■^ 
Michel Cërulaire, ce deraé hf . "^P'*' '« ««''■««e de 
"■eut que janaai, à creu e 1. 1 ■ ^^*'""'' P'"' ««ve 
de Bcue. Pour arriver à Jb Tet '" "'"'*" '^'' ^'%'^ 
• ne lu, coûtaient guè^. 4„^7 * f '"«"«'nge et la calomnie 
-ec leur clergé, p,,,^,^- - --, pa,,., «u ,chi,:': 

P«!vent.oa, contre iîomemndir.T"*''""'- "'" ^" leu« 
Port'on, .•nvrai«,n,blabIe..^"u;euT '^""^ *"" "«« p"- 
<.- - .<*i3.atique. le ^Z:^^^^-- «'- Ce 



-16 — 

Apr*. Wrutair., l'union du EgU«» ori.ntab. et oodd». 
Ul» .'..t rt.IW. à d.«x „pri^ d«r<«„t«: .u -oond 
oondl. d« Lyon et à eelui de Florence. Conetântlnople était 

ÎT "'JT^,^' '" '""" " ••• ""I-wur, d.n..ad.ient de. 
•eoourt à loooident. Or, il. ,»,ie„t oonfl.no« qu'en r«,on. 
n..«.nt l.utorité ,om.ine. il. ,u»ient plu. de oh.no. d'.t- 
teindre leur but et d'intére.Mr à l,u, ,on le. pui.«nee. 
oocidental«i. On peut juger p,r 14 de 1. .incérité de leur. 
Mntiinent.. Au..i ce. unions, œuvre de l'intérêt et de U 
peur, ne furent-elle. guère durable.. 

ludore de Kief, qui repréwntait k Florence l'Egliw mue 
etqu.av.,t été créé c«iin.I p.r E, ,4ne IV.Tut jeté en 

.>n.i de l.ud.oe qu'.l .v.it eue de faire lire dan. l'égli.e de 
AMon-ption. au Kreml, la bulle d'union. De. ce teoM-là 
Iet«rpreMentoitdan.U.uprdn.aUe du pape une entrave 
» 1 exercice de sa propre autorité. Il «doutait de voir n 
droMer en face do «,n omnipotence, une pui^ance capable 
de lui ré.i.ter .ur le. point, où Ir, intérêt, religieux ■ ant 
été en jeu. C'en étoit Huez pour la rendre inaccepU U 
RuMie pereévéra donc dan. le «jhi.me. 

Plu. tard, .ou. Ivan-le-Terrible, il y eut de nouveller -.n- 
tative. de rapprochement avec Rome. U t,ar était fort 
malmena par les polonais sous la conduite de Bathory Tout 
natureUemeut il s'adressa au pape. lai».nt voir, lui ,u«i. 
de, velléités d union, si le pontife romain empêchait le. polo- 
nais de lu, faire la guerre. Mais, cette foU. les polonais qui 
avaient très peu de confiance dans la sincérité Ju kniaz russe 

Tr^'^îf."!"^'"'-*""'" * "" "^«"«o-" qu'ils les empê^ 
chèrent d'aboutir. *^ 

Ce fut le dernier essai sérieux. Depuis cette date, la dis- 
tance qui séf«re Rome de Mo,"ou a toujours été en s'agran- 
di««.nt. Cette di.tance ne divi.e pas seulement les Xs 



— 17-. 

^ t» voulut-il lui.mZ n\t^ '" '°'" P*"'»"^'. -t. I. 
, M«i. »o«. „. 4*;;"^' ^""««»« Pui.«nt qu-il „it. 

•« donc nul. M»UttnirJ^T '*'""'''• <»• » «W 

" H««ie. Ce.t une e; i^ l^j;j:r°" ^-o «'<«-'« -ouv^.;' 

"«^.d'aprè.le. thfclogieT rûr. ^'"*'î''"'"«"'n'^'"q«e 
»o«..a,ent ia,poMible, le d^rî ~ h "'"?•""-»' « 

«ux rites ..ligieu, et qu^E^ A """r'^""" ""-«'We, 
q«i les guide. ' "^'""''" * «■> haut degré le clergé 

^^%\ZeZti^::::Z ,^Ha,itive.eu, ,.Eg„e 
f"oplo et résidant soitTK.ef s„tru """^^ "^^ ^''■»^- 
qu«te de Constantinople p^Ï rt* ^T" ^P'*' ^ <»- 
«■«".es leur métropolite e^Telh ' T ^""^^ •""«»" «"«- 

Wnvestitu. seule W e l^^lr '" ""«' """•""•'■ 

'^- de - patriarches grere?;,'rrt:t-, '"""' ^ 

""*»• on trouve des 



— 18 — 

hommes vraiment savants et distingués, des hommes capables 
de résister aux empiétements de l'autoritë civile. Et, de fait, 
en plusieurs circonstan<- .., les Tsars virent leur omnipotence' 
tenue en écheo par la volonté des patriarches de Moscou. 
Cette barrière ne pouvait exister toujours ; ce fut Pierre-le- 
Orand qui la renversa définitivement. 

A la mort du dernier patriarche de Moscou, il laissa le 
siège vacant pendant vingt ans. Puis il étabUt le " Conseil 
spirituel " de l'EgUse russe, lequel devint plus tard le 
Saint-Synode. C'est ce dernier qui régit maintenant l'Eglise. 
Il se compose d'un certain nombre d'évêques, de moines et 
de popes séculiers nommés par l'Etat. Son pouvoir s'étend à 
tou:«s les questions d'administration, de rites proprement 
dits, do nominations aux sièges épisoopaux, etc. Mais pas 
plus que le Tsar, il ne peut décider les questions purement 
dogmatiques, c'est-à-dire, guider l'évolution religieuse qui se 
produit nécessairement dans toute Eglise vivante. Ces ques- 
tions relèvent de conciles œcuméniques impossibles. Par 
conséquent, le Saint-Synode est la consécration absolue de 
h. fossilisation de l'Eglise russe et la main-mise du Tsar sur 
l'autorité religieuse. D'autant plus que ses décisions ne 
peuvent sortir leurs effets qu'en autant qu'elles sont approu- 
vées et contresignées par le procureur du Tsar, Uïque qui 
assiste à toutes les séances et qui y joue le rôle du bras 
séculier. C'est suivant l'expression de Pierre I, " Vœil de 
l'empereur." 

Le procureur actuel est Monsieur Pobiédonostsef, ancien 
précepteur d'Alexandre III, orthodoxe ardent et étroit, dont 
l'unique préoccupation est d'empêcher tout courant d'idées 
étrangères de pénétrer dans l'EgUse russe. Il tient toute la 
hiérarchie dans sa main, et, grâce à l'armée d'employés subal- 
ternes qui sont à sa solde, il est littéralement tout-puissant. 
Voilà donc en quoi consiste le pouvoir supiême de la 



— 19 — 

prinoS Bsfn "■" "™'' '" l'e-pression. et dont lltioa 
pnnoipa est de concentrer exclusivement entre les mains de 
1 «uton.^ cmle toutes les influences religieuses. ZZZ 
oul^s reconnus, comme le cathoUcisme.l protestant sm" 
^r^lgion juive ne relèvent pas du Saint-Synode. maTs du 
ministre de hntérieur, 



Les moines russes ne se partagent pas en familles distinctes 
»mme chez nous. Sous l'inspiration du Saint-Esprit et la 
»^ direction du Saint-Siège, l'histoire nous mS dln 
1 E^ise romaine la merveilleuse et incessante éclosion d'ois 
Ttr^o^Tr '^" '" *"'"■"' -P^vussesontl 

ou ctifs el^n r^Tr' "" '' ''■""''' ""^'^^ «"«emplatifs 
ou actif^et 1 on peut dire que, chez les catholiques, il nV a oas 
une souff^nce de l'âme ou du corps qui ne trouve dfns C 
orfr«, ^ ligieux un secours approprié. La prière y joue un 

écW et à instruire, une misé, à secourir, une douleur à 

Le moine russe au contraire est unique, pourrait-on dire 

Cest la règle et le costume de saint Basile. Grande rote 
noire à larges manches; sur la tê.«. un long cyS „oÏ^ 
légèrement évasé à la parUe ,upérieu«> et suLo'nté chezTs 



— 20 — 

.upérieur, d'an voile to^jo»„ „„voyé en .mère Le reli 
P ux r„„,„„ a ,e. «heveux courts, »„v,„t m«r«,o de" 
est coa.pléten,ent rasé. I. „oine russe, comme fes^^ 

rel g.eui prétendent suivre ainsi l'exemole du P?,.^ , 
qm ne s'occupe pas, disent-ils. de cesdéSL^etH 

^f^i^u-r^r^i-^-rîr- 

d^nt rien q?:!'* """ -"' '^'«"^-' * P™-*- vu. ne 

—rr^ier^::^^— (-:; 

et Ils s y astreignent avec lîdélité 

-t rieurs; ils se désintéressent com^élTut d! e„™ 
n>ent des pauvres et du soin des malheureux, lussirand" 
on vo.tderiches monastère, fonder des hôpitaux oud aïs 

nées à des mams mercenaires. La charité chrétienne le 

dévouement personnel proprement dit ne regardent 1 au J' 

ment ces moines fondateurs. "«« pas autre- 

Quelques-uns consacrent leur temps libre à l'étude et ils 

^nternafonal de géologie, à SainUPétersbouJ usT£ 

congrès , Il n y avait pas un seul moine, pas un seul nn™ 
Cest entendu, la g^nde. l'unique occ'up'::^on''drm!rs 



— 21 — 

Ir Ibl" T 'T ^'*""' '"''"^ ■' ~"^-<=' "■«■> P"Svalent 
pour abréger leurs dévotions. 

La formation religieuse de ces moines est trop souvent 
nuUe ou au moms très négligée. Le futur moine, à »n entrée 
au monastère, est confié à un vieux Pè™ et joue à sou égard 
le rôle de domestique. Après plu«eura années de ce servtge 
spirituel et surtout temporel, il entre définitivement dans la 
communauté, pour se faire servir à son tour 

Ce noviciat, si on peut l'appeler ainsi, est beaucoup plus 

ourt pour les flls de famille. Ces derniers, lorsque Lr 

influence au Samt-Synode leur permet de l'espérer choisis- 

senquelquefoisl'épiscopat comme carrière. MaLesévêq^s 
éUnt pns exclu «vement parmi les moines, les aspi^nU sont 
obligés de commencer par la vie monastique. C'est une affaire 
de quelques mois à peine, sans compter qu'on leur fait ^ 
régime aussi doux que possible, et ils arrivent ainsi bien vite 

Lis olr"'"^''**""^''^"-'^ •'-'«' -«»-di«uit^ 



évê^tT"™""""' '" ""''""' '"'" célibataires ainsi que les 

s^^lir'^? '""'•n"""" '"""^""^- Un des dernier recen- 

delSo '" ^^'''"'' '" ^""^ ■«""if. .total à plus 

L'Eglise russe renferme aussi des religieuses, plus de 18,000 

moi e!' ~r""'"'"'^ °'-^'"»'«' «<"■' calquées sur celles des' 

nT JusoueTr"' '''"''" ^"'''''^ '"^ ^' 1-™«« 

Les religieuses, comme les moines, ne font pas d'œuvres 
extérieures II est vrai qu'on rencontre très auvent au.x 
portes des églises, des espèces de nonnee, tout de noir vêtues 
et qui demandent l'aumône. Ce sont des béguines, qui S 



^ 2S .,_ 

'■é^U>nT:^ZXZTml^ Saint. Pétersbou^ ,„i 
biess^ Fll«= ,P™P'"^"">'°P'».«"xaoin8 de» soldats 
blessés. Elles n avaient aucun caractère religieuT AusdiT 
-aduue dans les camps fut-elle loin d'être ^ou" ^ " 

i?b leS r r ""' '' ''" '^"'^' »- '- -^^ - 
rxS: de' ■::,: '""- •'^ " ■■ p'-'«- ^-- ^-e 



; nous étudions i de^, ^l^, ^IrCTelnT:- 
reste rv^iï ""'"'"*'« P^o.ssiaU C'est ce qu'il „„us 

«ne robe g„se, jamais blanche, et vous avez 1p n„ J iu • 
donne^vous ga„le de toucher 'au, ZeTo' ^ " ^ 



il'Îré? ''''°™'*"" ""' ^P°""'' »« ■"»"»' «' «ont orfon- 
Le» femmes des popes sont choisies dans les familles des 
popes, in général, le jeune diacre jette les yeux sur la fille 
du curé dune bonne paroisse. C'est qu'il a, dans ce cas 
une grande chance d'hériter de la paroisse à la mort du 
^aa-père t,t„la.re, afin que la belle-mère popesse soit assu- 
rée de couler une heureuse vieillesse. 
, II est défondu à un pope veuf de convoler. Aussi les 
mauvaises langues russes disent-elles que les popes ont un 
som jaloux du bien-être et de la santé de leurs épouses vu 
qu Ils ne peuvent espérer en avoir une autre. De là le pro- 
verbe : " Heureuse comme une popesse." 

Leurs fonctions religieuses se bornent à peu près à la 
«esse du dimanche, à célébrer les mariages et à enterrer les 
morts. Le curé russe a donc beaucoup de loisir, ses pénitents 
ne se confessant et ne communiant en général qu'une fois 
par année. Il les emploie à cultiver le lopin de terre attaché 
à son église, afin d'augment«r les revenus de sa famille II 
lui amve même quelquefois de louer son travail à ses parois- 
siens, comme un simple manœuvre. Inutile d'ajouter qu'il 
ny gagne nen en considération ; et, si c travail mercenaire 
lu. rapporte quelque kopecks, il lui enlève à peu près tout 
respect de la part de ses ouailles. 

Aussi le moujik méprise-t-il généralement le popé II n'a 
aucun égard pour sa personne. Je n'ai jamais vu, dans les 
ruesde.SIoscou ou dans les campagnes, un pope salué par 
ceux qui le rencontraient. Mais ce paria revêt-il ses habits 
sacrés, la scène change du tout au tout. Les fidèles se pros 
ternent presque sur son passage. On lui prodigue les mar- 
ques du plus profond respect. On lui accorde sans murmurer 
tout ce quil demande. C'est qu'on le redoute encore plus 
qu on le respecte. La foi superstitieuse du paysan lui feit 



— 24 — 

qualité, n'eat pas Lt ZT ^ ^^'«"^"^ " '« •»?«. *» 
mesquine de, ^yl. ' ° '" "*'""" -^^ '''"'^«■«"on 

t"..t office religieux J ZITZ, / "' ''''''''^'' ""^ 
proteste, trouve la aoa.u,eTorte A, """f" " ''"*^' 
perdre la tête, «,n, entrer Tus ut h' " ^P'' '""» 

derechef ses habits saL!^° ! ''"""'° '°'""<'' '«^«^ 
pui«lu.l ne veut ^s Cïs\: L^T \ °"°"^* ^"«■ 
les reprendre et les remnul ^"^'"^"""^ '' (le pope) va 
1« Wnédiotion ! àrSlT'"""" "" ""^^^'^^^i et 
épouvanté cède sur irZrri """"'"'■ '« "-J"^ 
1-nHo.phan, le gousset Ïi^eCnr "'"""^ ■=-- 

traSL^dVl-Kr .1"?"^'-"-" "'o^-- - »- 
Pnncipal revenu d; Z e^TiT "of ,^7^ "' ^' '« 
-e femille souvent très nombre e ° T '°'"*'"' 
perpétuelles entre eux et 1»^ n ^ '*'' l^erelles 

queiles les moujiks ont prl!"/""'^ '''"'^"«» ''»■>» les- 
cependant aux USrde or "nT""''/'"""'- ""'-« 
che. et alo™ ils l to"X ^ r''''^ '-' Pau- 
ment payé pour faire tomber delà ptuTe' i " ""^ "*'«" 
dont les bénédicfons n'ava.entpLtùti " " """"""'• '' 

un paysan ; la dispute s-achèveTv'e d^,'? '' '"'''^"^^ "^^«^ 
baisses et... un petit verre de vludll" TV" "'""' 
voudK voi. ,ui joue un ,and SI, r^ItZ^ 



— 25 — 

e^ oerte,. le pope e»t bien ruwe à oe point de vue C'e,t l 

«ainte, .gape,. le premierpetU "C'-^t uTv7h 1"" ™' 
autre,, i tel point q„e le'lalhe 1; curfic t'' ' "":" 
.ous la table avec se. paroissiens P*' '°"'" 

pay»ges sans charmes. "I^té se^Z •„: f '■'^'• 
«utocratie,famine, incendie: ce V^'w;-*; Z* '"""''"^ 
Untd-en„en>i, le Eusse n'a trou?^ "un r S*",',:;"'" 
puisée au fond du verre T^. k J ^'^'"^^ ■ 1 ivresse 

I» toi' r'^ "".'•'■""<•.'••»■''.». .Mt, „», 

^^=;="™~ 

s-affalelaLtrlsTar^^ ^"'""- ^' '""'« '' "'^-"^'^ 

tiondCstuSl! ''"'""""°" ecclésiastique et d'instruc 
tion » ', * , P^P"' "°* ■"■"« «"O" de son peu d'éléva- 
tion «orale, c'est l'isolement intellectuel dans Tquel fst 

" Vous nous plaindriez, disait un jeune pope de la cam- 



— 26 — 

0.S dautre. souci, que son blé, le, carte, ou reauT^i 

.•^~. Peu . peu. le, .«^r,;^;,! , :::uE 

Ce jeune homme diroit vrai. Les Donea d« l. 

quand il, ont de l'instruction et uLTiiT"""'; 
rarement dan, leur, cure, une ,c.l C; , '^'^S; " ^ 

l»»jUntdemou^:lXZt:l.^: " '"■^'" ^" 

«:^r;rs:uS:srr'"^-- 

aut™ chce que d'en percevoirTou cLue LT """ 

dedans et du dehors et il falî ,T' '""''" ""'*''"" ^^ 

régulière parmi l'affaL M "Ler™"' "^ •"^'"''"«- 
partie de ^ campait lUtai ':L7mir '^"^ 

«™:^.':jr:î^î;2X=t^::;;^-^ 



«t lea popea ? ib ont 



— 87 — 

!««■ violette-o-^t un «whipr«tre,. 
aa adoucir bien de« maux " 

tendn Vm,. . * déposent dana leur panier 

™, u a tallu y renoncer, car...tout allait aux riche»! 

« . jusquau jour où il sera sûr de recevoir des dpiix rAtA. i 
r^mpense de aes conseil, de pasteur... désS^.^ ' " 

in,n„rt= "i . * P*" P''*^ »» même titre Peu 

.-porte qn U s'enivi. ou soit malpropre, si .« marchandise ^st 



— S8-. 

1 âm. du mollit, qu'elle lui fait péri™ de vue 1. ™L 

et la place qu'il occupe dunii l'B^jliM 

Aumilieu de ce. tri.te. réalité,, ii y , de noble, et auei 
«omb«u.e. exception.. I. haut clergé compte dl^ 
«ng, de. pe«onn.ge. de haute valeur connue ùuntZ 

dotale. L Egh.e, pour ce. jeune» pope,. n'e,t p., un marché 
et^l ne do.t pa, y avoir place pour le t™fic ^n. Jc"^' 

Mai, ceux-là même. ,'11, .ont «.utenu, par leur, évêque, 
LTlT ~";r *"" ' "■"""*' «ille^raca^rriHT 
nant. de la part de leur, paroissien,. Ceux-ci ne oompren- 
nent pa, du premier coup cette nouvelle et étrange maniZ 
dexcrcer le ministère. "C'est extraordinaire; ZT^Z 

deCj^J^c. le héros de son roman. Li«,, ce livITintitulé 

tJ[T', t'!""."""' "«"'«■"J""'^ «vec épouvante dans 
combien de générations «.cerdotales l'esprit du cle»é rus^ 
sera modifié, au point de .e rapprocher un tant orpe„t 
celui de l'admirable clergé romain: ^ • 

vie!r^' '7 "7''°°" '*°°' '""'' "=■«"" «'«' I»rfe'. il con- 
vien de pUcer le confesseur du Tsar qui est toujoure un 
«mple pope marié. On peut y ajouter encore quelque, Tai^" 

TeS-'^H ": •'r"-*'^^«°*^ -i- de UEussir Ty 
mettrai, de même le fameux Père Jean Seiguéïef. le prétendu 
thaumaturge de Kronstadt. C'est lui l'on ZT 
jW. d'appeler dans ,es cas de g^vÏm^Vd e, tu^rr^I 
la pe^onne du Tsar ou de quelque membro d;, ^ndÏ 



— s» — 

h«ur. « „, . . *• '"' "»""" »"'• « un bon. 

Kome plus qu'il ne feul ? '*'*^- ■""'"«'" P" 

"blemeut échoué tTr '°''""*' •"" '^^"J"'"» '"^- 

enoo. une r.i vi:L'l^TZ;Zr ^"^ " ""^ ^'■ 

V.ÏÏL l!ic.^t; îT ""-"" '■^"- ■■"-'-■ - 

ment le c^^mT^ , ^'"'' " '"' prêtres ont réelle- 

que onZn "TP*' " ^="'''"»'- Le»«.crement8 

que confèrent ses n..n.,tre, ,„„t le, véritables sacrements 



u 



— «0 — 

l.xi.t.n,. d'un. f.u«. hMr„ohi.. nui. bien de. diye^nZ 

non. ™.tent à voir. Nou, termine»», notre t„vTe?dr 
n.nt quelque, détdl. .ur le. W^ie. 0.»^^; 'd.p„î; 
^« .lécle. .«rtou., 1. divi«nt. et oeU .«'point ie Z 

civile 1 abandonne à w> propre. reMouroe.. 



DEUXIÈME CONFÉRENCE 

"utre, élèvent da rituel "**"'*"' '" ''°8"'«ri''. 

'« J^rr:t%XX"u'"t'"''''''' '"''■''"■■'"'••• 
»-ntqu-iI„ep„H=édequ?dnPé; 7'''"'"°'-'-«ffl- 
Conception qu'il, nW^ettent ,L î*"""^'"''°""»<»"<- 
entendent dan, un «„, diffélt^«'„ ''.'"*"*""■ I"'"» 
ft»e.q„iy«,„tdéten«e,nepeTve„^^^^^ ''''« '«» 

obtenir la r,!mi,ri„„ de len^^^Kl '^^ '*'''*"" »ou«fh»„oe. 

«dulgenoe. et .urtout. l'inf.nnWN,^ H ' '" ''°«'°« "l" 

de juridictiou. Oederne°ïï™ ,f ,^." '*'" "' ^ P"-«»« 
""portant. Sur le, autj IW ?'■ '' "."' «""«^ '«"'. le plu. 
Mai., .ur celui-là, «âce à r ' '*""' relativement facile 

PO- tout ce quilfil ^~P-^-:^''<^-popuUti„!.';• 
de .chi,™e. le rapprochem nt T™ t^r'"' '" "'*»''« 
"ible: "'e.tewentielIen.entl'œuJ^Hn """*"' '"Po»- 

nir ce résultat. voUàdonc uu ^^,1^"!; ^""P^^obUi- 
que c'ctentrer pleinement dan, e,? .'""'"• ^'""">' 
P«pe extraordinaire à tous l,^- ! T' '''' ^^ ^"I. œ 
PluB vivcpr^eupafonre J^:^. 'TT '"'" "- "- 
«vec l'Eglise romaine "^ '^*'' *^"»«» ""entale, 



parce quelles se trahissent dans toute, 1« a^ ■ 
culte extérieur. Voici commentle PT„ ''' ."^t""""'*' '^" 
Baptême par immersion « Toumebise les résume : 

ment après TbapTme eTceir """" '"""^^ '"""^'"«- 
du pain fennenC ; 4 ;r,- T"'^ ^''"^ '• ^^ 
deux espèces; marL™ des nr^? ' """""""'o» »»« les 
lea églises cathédrale ^tdÎr' ""'^^ '^"-'"-^ dans 
à leuren imposer); Xr tt L^n ~^^ 
Denoe du mercredi et du vendred „. -^ ! ^''^' »'''"- 
de la croix, de l'épaule dro te à ^V . ' '"^ '' ^«°« 
t^« doigts; aprèsla 0»: lUX^^^^ «' »'« avec 
d'eau dans le calice nour «JZv^y' \P'^''« ^^rse un peu 
réserve e„charisti"eXeud?i" -^ ^«"«-^- «-ts; 
de toute l'année; le patriarch T ,t''"' '''' P°" '^^ ""''«des 
toute la fiussie. le sS^^^ .f^r' ""' ^-^^ '"- 
rentrent un grand nombre d^a^o^a^ """'""°" """Vel 



de «rC^rin^i.^^^^^^^^^^^ - ^ ">^- 

î:st:r'--î^----dS 
.-e?=i:rd;::n:s:^--T-^ 

croix additionnés d'auta^ t' de «I / ."' °'' '""' ^'■«■'«» de 
ce soit dans la rue ou , éS ^ ^"f f '• ^ '« ™-- Q- 
vais temps, rien n'airête ^f!.' ^V ^'^ ^"^ "" ">»«- 
ce point de vue cerhumh «°'"™'''"'"'^ religieuses, et, à 

•H-nneleçonànolelirtslroC ''"°"'"' •"'°- "- 
tendant éclairs et eonvarcur^ÏE Jde'" "' ^" '^ P^' 
3asse,ant à la table d'unhôtel ou d'uTCuiTa^r " 



— 88 — 

de foi religieuse, r , JZ^ZZ **' ''"'"«'"" «"«"«"«. 
«"«^euxquec... le, pVt, ' ^ r'V""^*""' P'"» «™-"l 
gnement des u iv» ,,té^ a „ ' ! P'*"' ^^ «"""«et de l'ensei 

orthodoxes; ils remplissentltoe 7'"""'"' * »« *" 
««sûrs que leu:, ^„„, ser!nr ' -^ '""' P-^cal. pour 
Pâl-ea. mais u„ique„,eat Z' W ? '" '' ""''" ^«^ 
commande et pour sauvegardai''; ' ""^ '<" -ï- k leur 
Poureuic, c'est une simnl// '"" '"««on officielle 
v«^e"relig,e„se; clia SsltdTr ''«^'^' '"---- 
«ence qu'on exige des «embr^de TS" *"^ •'■«"""' <*« P>^- 
Dans les églises, le apectackrf *' «semblées. 

, Ces églises dilTérent d n^Ls ?„"' ""r^"' ""'^"'-''. 
P^èt^ment divisées en deux paS à , °M" '"^' '""' «<"»- 
P^'-'-'e riche cloison à laquelt 1 "^ '^" ^'""=''""«. 

-a«es et qu'on appeUe, Z tt LMT"' '" '^^"^ - 
Cazan. l'.conostase est erarse^ „ T' '°°''™'»'«- Au 

pouiUes enlevées, dit-on. à rZlr- P"^""' «^^^ <i^- 

^° face de l'autel l'ic^nol ''^'"^'' '" ^812. 

J porte royale. EllJ Ir t rde^^, '^•- '«:,« porte, 
de la messe Jusqu'à l'offertoire coî'™ '' eommencement 
suivre les cérémonies ^" P'^et aux iidèles de 

-£t'ï':tïr::ir-«'^--et,es«d.ie; 

y ^ conséc^tion. irs-ouCnV '•"*'• ^«^-^Ï 
officiants, couverts de leur» K i" nouveau, et k» 

P'e™ries.s'avancent à a L::!/"r'"""'^ "'" et d! 

-ent.àp,usieu. «prises p^enlu'; ''""»--' W 
1 adoration des fidèles. C'est T!, '"""'' espèces à 

^f plus imposant de la meÎ ' d'âT' '' P"" '"'««-^ e 
'-^oute alo. est tout '^^Z^'l^rul^'t^'^^^ 



— 84 — 

nion aux fidèles Crt êw'' ^"' f "l-"- '" eommu- 
que ,e, tout petits t^ ee 7,.^ i""' " "'^ " '"''" 
de discrétion, qui communier ^ '"""'^ '"«S^ 

Spectacle aussi touchant que neuf nnnr „ 
chen. petits, souvent portas Ins T/h . "'' "' '"" '^' 
procher de la balustrade Z 7 5 ' •*"' """""""'■ «V 

consacré. P*'" 'î'" " ^'^ '«'"P^e dans le vin 

Plults Seî: tS ! ""r '^'''"' "« -"-"-' 

une de ces messes à Notre-Dame d7caL!' " ^!! "'""' ^ 
pales églises de Saint-PétersCg *^'™''' '""^ ^'^ Pri-^i- 

r^oitaient des vrit^LTC^YZ '7"' '' ''''''■ ^o^ 
voir cette forêt de wZ h , "' ""«"^ «^^ «'««• A 

arriére.sansautn nsieon " " '"'"''"' ''■''^"' » 
vivantes, et l'on se ^ ?1 '"""^" """"'^ «^^ ^''«-» 

a.siBtantquiseselrr„ rrLr;if r' "^ "" 
---lerU.,ise/L^r:---- 



— 85 — 
place près de moi Citait „„ k 

galonné ,„r toutes les couvre ur^ "''""' "" "'°'"' 
«Uons. la lèvre boisée d'un» / ' °""^'"« ^' ^^ 

Au «ornent récVatr - "^'""'"°'''' ^°"°'^^^'^^- 

nable de signes de rmi. ^'/y'» ''•>°« kyrielle intermi- 

jette à genou^et réie ^V ' """^ "'■"^' P"''' " - 
faire debout clme T «""^^"'™' <=« 1"'" menait de 
refaire avec une vrcJ! '"'■ ""' '"" «î»'" '"t relevé, 

pour voisin un «and dévot H T'' ' '"«° «Ûr d'avoir 
»nt au rang élevé ouVl de la samte Russie, et, en peu- 

tion, lorsque j'aperçus iSi L"nt Tsl^ C "''^ 
de sa poche et wla H= i •., nomme tirer 

peigne^^^-i^: ^1 1^ Î^ "' "" ""■"'«• ^ «^^'-^ 
moustaches, en lor«nant?e 11 ',f ""'«"«"^«'«-t les 

la fin de l'office ffutl ?! ?' ' «°*°"'"«°'- J««qu'à 
immobile. P ' 1^? f ''°^' ' "^'^ ""-'""-' 
à la seconde ap, . 1 1? \ '*"'' ''^ •'"'^' ?="' '"«•»« 

il avait, du pr'iier coun . . " "P'^"' * '* '"'""°"-<"' = 
■ P» j P' ^P""'^ ^ provision r-lirieuse 

«».digr;^rns ' ^ ""^ d'xnconvénient, se permette 



i 



— 86 — 

^e ae i autel. Un moine étoit en chaire et lisait aven ,,n 
wram merveilleux, le, pages d'un cahi.r in "^ d'à" 

de VOIX ; mais ses yeux ne quittaient pas un seul instanTl». 
mes amisgéoh gués, roumain de naissance et orthodoxe d* 



— 87 — 

^lipon avec qui je causais à ce mopent. se précipita subite- 

pro^tra onsetdesignesde croix, pm,, se relevant le plus 

tiOD. Comme le cosaque du Casan, mon ami roumain avait 
u son pet,t accès de religiosité, et il avait retrouv^ûne Z 
lat^ue passée, la tn.nquil.ité de l'esprit et du cot 

On compte à Moscou plus de quatre cents égUses.à part les 
m ones qu. se voient partout sur la rue. Calcule'. eT ! 
tant de là. la consommation phénoménale qu'on y fait de 
saluts et de signes de croix. 4 on y wit de 

Parmi ces madones, quelques-unes ont une vogue dont ne 
jnmssen pas les autres. Il y en a qui vont visiter les maUde 
à dom.c.le.ma.s<«s visites coûtent plus cher que cellsï 
médeon. Quand la Vie,^e d'Ibérie. par exemple. q„ïe s 

un malade, elle est vo.turée dans son propre carrosse tiatn^ 
j-rdesuper^s chevaux, également sa'pr^nïr Un "p 

a son service. 1 accompagnent. On comprend qu'un semblable 
déménagement est toujours dispendieux et que mr «.usé 

laveurs. Pendant 1 absence de la madone, on installe dans sa 

perdre, ne fût-ce qu une demi-journée, le revenu de la vente 
descergesqueles fiables y font sans cesse brûler en tr 
grand nombre. Toujou« pratiques nos amis les pojs 

i'ai été" tém '"'^'"f " '' """' ""^^ '»- -- f"'» dont 

S l7L """^"'' *"" ""■' ^' ^°"' faire toucherdu 

s2e l'EreT' ';t;'" '»"'■■ "''"'« vues du dehors. 
Sépare lEghse russe de l'Ifelise romaine. Pour le neunlé 
russe, le ntuel pa™,t être presque toute 1. rein"^ On 



— 88 — 

aent à ce mot Ne peut "" ""'^ «^on^ons gé„é«le. 

observant, ext^rilef XpoT. l^^'Zf'"' '"''" 
de la religion • que In Hn„„ T ' "^ ""■ ""Portante 
qu'il puil écoule ea ÏeVd ""'" '"'" «'q«e. pourvu 
^av.raceo.p;:ïi:e7^:-t--ï 

sïït^rs-:str-^^'«"-' 



Je7en:~'-; J-fo".- ...ela^auve. 

tient et la „„;„«.■ Iveux 2 I J ""^'"^ ''"'" ''^•'"«- 
Pour lui ila coït f ? ^ire 1 eucharistie et la pëDitence. 
«roune^; H "°r ' ™"""' "'' ^oy^' ""tour duquel ae 

rcSert: ?„:""■• ">"'«' •- ^-«0- -««11 

notre Sa~: noûl Z "" ~'"»""'«'«oo intime avec 
tnandons. lussir u^^leH^' """^ «"--o- «' -ou. de- 
hommaeea rZr ^ '^^^ofon.de quel respect, de quels 



— 89 — 

2urî™ ^"/'^l"''-- O""" •«» églises, la safnte réserve 
pour les malades. U prêtre en fait tous les ans la consécra- 
tion le jeadi-saint, et elle doit servir pour toute l'année Or 
oe pam eucharistique a été trempé dans le vin consacré avant 
d être m,s de côté; et l'on se demande s'il ne doit pas «'y 
déclarer b.ent.t une fermentation, dont le résultat doive être 
1 altération complète de. saintes espèces et la disparition du 
sacrement. 

Mais supposons que rien de teln'anive. Comment conser- 
ve-t-on la samte eucharistie ? Voici comment les choses se 

rZiH?,' ^^''"'"'"'8- J" «^'" »« détails d'un prêtre qui a 
résidé longtemps en cette ville. 

Il visitait, un jour, avec un ami, une des grandes églises 
de la^p.tale. Un gras pourboire lui avait assuré la bonne 
volonté du sacristain son guide. Comme le Père ne lui avait 
jamais vu faire aucun signe religieux en passant devant 
1 autel où II croyait que se trouvait la sainte réserve, il lui 
demanda où était gardé le saint sacrement. Sans hésiter un 
nstant et comme s'il se fût agi de la chose la plus ordinaire, 
le saonatain conduisit le prêtre dans un coin de l'église Là 
H ouvnt le tiroir d'une armoire non fermée à clef, dans lequel 
se trouvait une botte en carton, à coulisse, analogue à de cér- 
ames bottes d'aUnmettes : il en poussa le couvercle et monTra 
le saint sa, rement en disant tout bonnement: "C'est ca- 
le prêtre visiteur et son ami étaient stupéfiés, et ils regret- 
taient vivement d'avoir fait une demande qui devait provo- 
quer une SI grave irrévérence de la part du trop complaisant 
ciceroDé. 

U p. Lobry. supérieur des Lazaristes de ConstanUnople 
m assurait à moi-même. lors de mon passage à Stamboul' 
que les popes grecs schismatiques. portent très souvent le 
saint sacrement danS leurs poches, afin de ne pas avoir à se 
déranger quand Us sont appelés aux malades. Il ajoutait 



— 40 — 

tables prêtre, ou alseÏail ""T '*'"' '^ """ ''« ^•^"- 
Sei,.el dans Vur^rt r JeVtr '^ ^T" 

m aussi, met les mains sur l'Evauirile et 1« nnnf • 

w oontesseur. A ces questions et aux autres qui se succèdent 



— 41 — 

pas^,. .. Exactemant." répond l'homme au bUion. " C'est 
bien, très bien; je vous donne l'absolution, mais vous me 
devez s 11 vous platt, tant de roubles." Ce. aUolutions à 
domicile coûtent toujours plus cher que celles qu'on va 
chercher à l'église. 

Inutile, n'est-ce pas ? de se demander quels sont les effets 
spirituels de sacrements reçus avec de telles dispositions 

N appuyons pns davantage sur ce côté vraiment effrayant 
de 1 Eglise orthodoxe. Dieu seul est le souverain juge Mais 
quil nous soit permis de nous demander ce que vaut la foi 
d un peuple qui, dans l'ensemble, fait un tel usage ou mieux 
un tel abus des plus augustes sacremento de la religion chré- 
tienne. Sur quel fondement solide et raisonné repose donc 
tout cet étalage de démonstrations religieuses? Encore une 
fois, le doute vient comme malgré vous, et vous vousdeman- 
dez 81 vous ne devez pas remplacer le mot de religion par 
celui de superstition. Sans doute, l'ignorance et la bonne foi 
entrent pour une large part dans toute cette manière d'agir 
On en est convaincu, quand on sait que les sacrifices les plus 
pémbes n empêchent jamais le moujik d'accomplir ce qu'il 
croit être son devoir religieux, et il est certain, qu'à ce point 
de vue, le paysan russe est profondément croyant. Mais voilà 
précisément pourquoi on ne peut que regretter amèrement de 
le voir mettre tant de zèle au service d'une, religion schisma- 
tique; et, tout en laissant à Dieu seul de le juger, il est bien 
permis de le plaindre. 



Le calendrier russe est chargé de fêtes chômées II y en a 
presque autant que de dimanches. On a dit pUisamment, à 
ce propos, que le russe jeûne un jour sur trois, qu'il va à la 
messe le deuxième et qu'il travaille le troisième. La multi- 
plicité de ces fêtes est précisément une des raisons qui oni 



— 42 — 

romain. Avano 1. dl d h""""°" "'"''""" '• »'<"«•"« 
^« priver p^ej Ï u V/^rZ """ '''"'■ ~''^' ''■^'" 

l'œuvre d'un pape 1 U lae , S "• "'"'"' '" ''°""'- 

"-n.r..;;^.5:tc:srr' --'•'- 

Noua arrivons avec le ™,koU M, H !, 1,^"' '° P"''^^'- 

orthodoxe. Prévue ^^t ' tt^r T e^'^'''^ 
innombr/,','^ ont n>«.«o • . j russes, et elles sont 

correct.. i-lZ^Z^J^ ^ ^I" '^ "'^''''' ^ '" 
quatre, sont issues de lui. **'■ * «»'' '""'^ »" 

Nous sommes au 17» «ièck- lo»,.. Al • , 
est patriarche de Moscou n!' , ''*" "'*8"« «'^ikone 
g.ques, écrits en v^Tï" *""' '""«'""P' '«" ""«' «'"'- 

imprimeurs lI, 1 ^ >'«°»rance des copistes ou des 

missels fourmiUaient de ^ntl, ''"^•»«"'=<" «^^ '««'«re; les 
interpolations bZs sor.n ' "" '~"vait partout de, 

.v:ïy^:::L^^t^--me.eti.en 
Nikone àson tour mit la main à l'ceuvre. Il ^ussi, car il 



— 48 — 

fn^L"" «""^'"'™' •" Jo-i-'ait. en m«me temp,. d'un. 

.nfluenoeprtpondé«.nte.ur le tzar Alex... De, m^neVde 
By»ooep,,^„„^,^, ^^.^^^ ^_ orne, de 

t.a dépit de la grande autorité du métropolite, le scandale 
f«4nor,ne. Le haut clergé soutint NikonV ùCZâ 
^t le ..uple cWà di™ la n.a,.. pr«e,térent. Une vént^ 
rtvolte rel,g.eu8e .'ensuivit, et ce fut l'origine du groupe de. 

lleÏ i f'*.8"°;''.-'"« hérésie de l'Eglise russe, et dan, 

«quelle se fondirent bientôt celle, qui eiisUient aupamvant 

Il yavau pa,dit Leroy-Beaulieu, dix ùoscovites'l'abTe, 

jMuger le fond du débat. La discussion ,,'en fut qj p.:! 

enf!rmé°l!,"" •"" ^'"' '''^^ ''"-"'«"'«. jeté en prison, puis 
enfermé dan "n couvent, n.ai, se. corrections re.tèren 

portance II , agissait de savoir si l'on devait faire le ,i«ne 

croyance aux troi, personne, de U Trinité ou au deu^ 

da tr,! f "-^'r'' '■ '^' P-^^^"'"- -devaient :efl 
dans le sens du soleil ou en sens opposé ; ,. l'on devait dire 
Isaous au heu de lissons ; si l'on deVait chanter àTrUinl 
moment de ,'offlce. deux au lieu de troi, al.élu'ii Tl 
vra. dm,, ces controverses rappellent d'assez près celles qui 
divisaient autrefois les Grecs et les Latin, ^ 

Le culte de la lettre, le respect servit de la forme, voilà U 

encore, la forme immuabk du culte des ancêtres; le L- 



-4<_ 

kolnik e.t vieux-croyant d.n. 1, force du terme. Il cwit U 
.tt«et le.p„t indiMolublement uni,, il regarde 1. forme et 
le fond comme <ig.lement divin. Chaque parole. ch«,ue rite 
. «n ~n. caché, et à ce point de vue. I. raïkol ;.t Ilinem! 
men rel,g,eux. Son formali.me a pour principe le .ymbo- 
I..n.e. U e.t »n on«in.lit.> et ,a valeur, qui omettent en 
oppo^fon d-recte avec le. confe«ion, prote.tautee. U , 
pou,eé le .ymbol>,,me tellement loin, qu'il a fini ,«r all^»-' 
nser tou. le. rdcit. de l'ancien et du nouveau Te.tlment 

Le r«.koln.k aime surtout la dévotion traditionelle, celle 
de iT» r' "' "" "t " """ '"' '^^"^ ""*'"•»«- avec l'idée 
1 1 1« «r ?'"• " """'=''"'• '" "^f"'""' ^' Nikone obli. 
gea.t le. fil, à prier autrement que leur, père., or, en Ruwie 
ce changement devait amener de grande, perturbation.. On 
recommandait autrefoi. de ,e tenir raide pondant le, office, 
de ba„er le. .mage, et le, relique, en retenant .on haleine 
de commumer .an. faire craquer le pain de communion, de' 
.ncl,nertro,.fo.. le matin et le «,ir devant le. icône, en 
frappan la terre de .ou front, ou en .e courbant au moin. 

c^r •,"""?• ^ ""*"•' ^°"''" '«'"«' «dèle àtou"e 
oetUi hturg,e enfantme ain,i qu'aux ancienne, «te,. „n, 

excepter pluaieur. coutume, d'origine évidemment païenne • 
ne d>,t.ngua.t pa.. On peut donc regarier le raskofcomme' 
le dernier terme du nationali.me de l'Eglise 

Au 17- siècle, le, Ru„es se défiaient beaucoup de, catholi ' 
que., surtout des jésuite, qui avaient pénétré jusqu'à K ef 
7 avaient ouvert un collège. II. ne voulaient pL ,e W 
roma„««.. comme les grecs uni, le. ruthèneaf^e "X" 
et de Lithuanie. Aussi parlait^on de la trois foi. maudite 

bien fio^, en vieux .lavon. Dire 7«.o„, rje,us) au 1 eu de 
luttercontrelétranger,o«.commel'ondisait.contrel'occidenta]. 



— 48 — 

bon. monZeTunlr T"""^ "iligieusede tou, ce, 

"teinU de, ^..r oZl^lrS:?"?'''^'' "^"" 
«iècle, jusqu-à nou,. Pe-T^tuée, de siècle en 

ce nou, e,t une 2 ,de L Ti'"" '" '""' ^''''"«'''«■««"1. et 
«on.me, p., o„„„e <,, ,.„,„i^„„^ , «b ."1 "r;::^ "" 
donÏ :,7J:;r'';i"- -i» not™ povince en o'nt d.J. 

^i«/d:":::;e o^: £■ z- i"r nr-'»'' 

personne n'a mumi À f... t "'«'eufs fête, d „hliK,ition, 

« demanda " f j. IX":: r," '"''"'""""' '*"•'^"■'"' 
d'a„i,ter à la me ru^wr ■ '"'"""''" '''''•"«""■'- 
l'autorité rel^rr ' """"'^""' P""' «'^ J""'-''^. 

vieux titrroi'r',"''^" '" '•""'» >»-^ ^ - >«- 

eredid^SndlrPân"" "^l''"'"'''' """"P'^""' ■<" ■»- 

parlé de ZlTlTJZ' r™"' * """*'" ' «"' ''''"<' » 
comme jeûnai °" f . ''"'' "'"" "« J^^nion, pl„, 

mai, I« oh ^ " changeait ; il, l'ont dit pent-être • 

mai,, le changement avait du bon et k» ni... ;„. * 

ont bientôt <i„i pa, ,, aocomm^iV ' ' """'-«»ant, 

q amve. quelque changement disciplinaire qui ,ur- 



— 46 — 

vienne, nous ne serons jamais de. vieux-croyants. Nous 
feisons autrement. Nous nous contentons de tourner au 
protestantisme quand l'autoritë religieuse place l'église 
paroissiale au sud-ouest et non au nord-est de la rivière 
Certes, cela n'est pas le raskol; mais, au fond, estœ plus 
explicable, plus excusable. 



Les reformes de Pierre-le- Grand, arrivant peu après, aug- 
mentèrent le nombre des tenants de l'hérésie du raskoL Les 
adversaires politiques du Tsar réformateur se joignirent à ses 
adversaires religieux, et. dès cette époque, leur nombre 
dépassa plusieurs millions. 

Pierre fut un grand scandale pour ses sujets. Il modifia 
tout, l'EgUse, le gouvernement, la vie privée, même le cos- 
tume. Le premier de l'an fut reporté du 1«' septembre au 
1" janvier; les lettres slavonnes furent modifiées, quelques- 
unes retranchées; les mentons furent rasés, le voile des 
femmes arraché. Or cela venait toujours de l'occident. C'était 
la révolution de Nikone qui se continuait et le raskol, qui 
protestait sans cesse, devenait par le fait même une affairé de 
nationalité. 

Bientôt des charges, des impôts apparurent. On les regarda 
comme le résultat de ces changements ; la résistance s'en 
accrut d'autant. Les raskolniks repoussaient les passe-ports, 
le papier timbré, les nouveaux modes d'impôts et de service 
militaire. A toutes ces oppositions, ils trouvaient des motifs 
religieux, même contre l'enregistrement des naissances et des 
décès. 

Au bouleversement général.résultat de toutes ces réformes de 
Pierre, les raskolniks ne virent qu'une explication : l'approche 
de la fin du monde. Pierre fut l'antéchrist. D'ailleurs, sa con- 



— 47 — 
duite privée, celle de sa cour, justifiaient ce jugement dans 

vivait fort irrëgulièrement au vu et su de tous. La mort 
^yX^rieuse de son fils et successeur Alexis lui fut^^^t 
non saus raison. On disait en secret qu'il avait mis peZnl 
ement la main à la torture à laquelle avait été soui^sS- 
^né tsarévitch, et qu'un coup de knout mal calculé lancé 
parle b^s impérial, avait pi^cipité le fatal dénoueme; Ï 
prodigieux succès des entreprises de ce souverain, qui se f^^ 
sait appeler empereur au lieu de tear. était interp été clmml 

vTuri-t'r™"""'"'"'"'^'"^' «' '- — ï~ 

veuses do sa figure comme celui de la possession diabolique 

arrivé" 2 " "'""'" """^ ""•'""'^'^o '* '""•" de Dan 
arrivé par usurpation au trône de Russie, à la place du v« 

Pierre qui avait péri en mer. Enfin pour couroTr et" 

on trouva dans son nom le chiffre de la béte de l'a^C' 

;r~:r "^■" - -'-- --^^^-^ ~ s 

Ainsi s'organisa sous des dehoni religieux, dans les classes 
non instruites et chez les mécontent, , .i itaient e^ .rZ 
nombre, la résistance contre toutes lesinnovS, ec T^ 
taies, œuvre de cet antéchrist prétendu 

Pas de tabac, cette herbe tmis fois maudite. La bouche 
du .ble exhale une fumée comme l'homme qui fume P 

d-oc^enT L" ■ "^ '*"'" "'°'"'"^'' '"P"'^- »'- 
emnlli 1 '"'"^' ^""^ 1"^' ■'"^ 'e, raffineries, on 

emploie le sang, ce qui est défendu par l'Kcriture. On ne ^eut 

ri: -r"^ '- -^^^ «^^^^ - -- ^- ^^^^ 

A tous ces sectaires intraitables, il fallait un signe exté- 
neurderalhement. On choisit la barbe. Ceux q^coS 
mément aux orfonnances de Pierre I, continuèrent à Trâ^ 
furent de, homme, à figure libertine. C'était faire ^r.^' 



— 48 — 

une objectior d'Ivan IV contre les Jësuitea ; ils se rasaient 
ces bons Pères ; •■ coutume hërftiqne. disait le Tsar, qui 
défigure l'image de Dieu." 

Comme le double allëluia. la barbe a eu ses martyrs 
L opposition sur ce point a été teUement forte en certains 
qwtiers, qu'il a fallu céder et permettre le port de la Barbe 
à des coipe entiers do troupe, aux cosaques, par exemple 

Iierrel imposa lourdement la barbe. On paya l'impôt et 
la barbe poUesa impunément sur ces mentons taxés. De sorte 
qu on peut dire que le plus grand homme qu'ait jamais eu la 
Kussie échoua littéralement contre la barbe russe 



On le voit, le raskol fut surtout une protestation contre les 
nouveautés. C'est le vieux russe par exoeUence. la glorifica- 
tion de l'immobilité. 11 regarde l'ancienne vie religieuse et 
nationale comme préférable à la moderne; il est rétrograde 
et opposé au progrès. 

Venu un demi-siècle après l'étabUssement du servage il 
trouva chez les serfs un terrain merveUleusement prép^é 
pour sa rapide diffusion. L'esclave est toujours un sol co- 
piée pour la poussée des sectes. Ce fut comme une revendi- 
cation de la liberté de l'âme, au moment où celle des corps 
disparaissait; ce fut un asile ouvert à tous les adversaires 
du seigneur et de la loi. 

Remarquons, une dernière fois et comme i^sumé final, que 
,cette opposition revêtit à l'origine et garda dan, la suite un 
caractère religieux et patriotique. Ce fut une hérésie, se 
développant avec une -merveilleuse rapidité, tantôt à ciel 
ouvert, tantôt dans les sombres cachettes du servage et de la 
misère. 

A l'heure actuelle, le nombre des raakolniks dépasse cer- 



— 49- 

tainenient quinze milUons et il augmente tous les jours. Sa 
for^ est singulièrement accrue par la sympathie qui l'en- 
toure. à raison de sa tournure essentiellement nationale Le 
paysan ne regarde pas les raskolniks comme hérétiques ■ au 
cont™,„.,ls]es juge plus dévots que les orthodoxes. Ou 
croît même que la majorité de la nation incUne pour le 

Sr'orthJ' '°"' °' "''"'■'" '*~' «'-platement libre, 
1 f^lise orthodoxe serait peut-être exposée à disparaître 

Les raskolniks sont souvent très riches, et cela beaucoup 
à cause de leur supériorité momie. De plus, contraints d'aban- 
donner les affaires publiques, ils suivent mieux leur commerce 

IZTr rT: '''"' "" •"" " 1"« ^'"" '- Copte" 
en Egypte, les Arménien, en Turquie et les Juifs partout. 

D autant qu Us furent maintes fois obligés d'avoii recours à la 
clef d or, laquelle ouvre toutes les portes, celles du pouvoi, 
aussi bien que celles de la prison où ils ont été à mainte 
reprises renfermés, «s sont relativement libres depuis 1881 
Leurs marchands ont souvent d'énormes fortunes à Moscou" 
à Perm et dans l'Oural. L'arxent est devenu le nerf du 
raskol, le rouble son arme. Ils accaparent l'industrie et le 
œmmerce de régions entières. Ils ont des signes secrets de 
ralhement et se rapprochent de ce côt^ des francs-maçons 

En général, les riches font un bon usage de leur fortune 
Ils fondent des asiles, de, hôpitaux, des écoles. De temps en 
temps, le gouvernement confisque ces institutions à son profit, 
mais ces braves gens recommencent sans jamais se Lser 
Histoire de la poule qui pond un œuf chaque matin pour 
remplacer, on dirait, celui qu'on lui a enlevé la veille 

Leurs maisons sont montées avec un luxe tout à fait occi- 
dental, mais tout provient de l'industrie russe. Ils n'impor 
tent „en. Petit à petit cependant leurs idées se modifient sur 
certains points, surtout parmi U jeune génération. On voit 
maintenant des jeunes mskolniks qui se rasent, fument, vont 



— 60 — 

d^ux, San. trop .«.Me. aux «cifice, p^oun-^ea ,„e tl 

Comme ils n'ont pas de saceidoce régulier ils ont dû .. 
«ba^esurmudedela bible. MalheuluI ml 1^1 
koln^ na pour tout aliment à ses «cherches que les a^ 
cryphes ou les lourdes compilations byzantines.' D'iu^ 
P«rpnnc,pe,U ne lit que les anciens liv^s, des Cl' 
dévofon, surtout les éditions prénikoniennes dont Wn 
toefaçons abondent. Il en résulte que. grâce à T tLZl 

zrz::r"^' '"''^' 'wSVsJentTéï 

table. Ils ont «ne ignorance érudite. Comme ils restent 
en dehors des gymnases et des uuiversiWs, ils ne peuvt 
prendre leur part de la vraie cultu:. et du vmi savoif 



Cette immense hérésie du raskol. privée de toute autorité 
suprême, n'a pas Urdé à donner naissance à un grand ,lb^ 
de seo^s plus ou moins distinctes les unes des uTres 
Sectes étranges, quelques-unes inoffensives, quelques autres 
Blt/T""""'™'""^ ^"'^''"" -produit'sur'lesold : 
am^IriLL'""-' ^" '" ^''^ ^'^ '^ P~nts anglais Ï 

Tout d'abord, la difficulté de recruter le clergé a provoqué 
la dn.s.on du raskol en deux groupes : les Po/J^e 

prêtres. Ces derniers, ne pouvant avoir de cuit* i^eulier 

ri^ur irf °*'r' -" ™'-" depratique^^ ::■ 
Heures. Tout le formahsme méticuleux de l'orthodoxie s'y 



— 81 — 

retrouve exag.Srë : signée de croix cent foie répétés, prostm- ' 
tion. saluts, ete. Il faut deux cento incUnations pour uu 
enterrement. Un néophyte doii en faire deux milles par 
jour pondant six semaines, avec vingt prostrations à chaque 
centaine. Il y a vraiment de quoi attraper un douloureux 
lumbago pour ces pauvres catéchumènes. Ils ont une hor- 
reur suprême du sucre, du tabac et du lièvre. 

Nous terminerons parl'énumération rapide des principales 
sectes issues du raskol. Tout d'abord, les théodomens du nom 
de leur fondateur, qui prohibent le mariage ; les errants qui 
M cachent dans les déserts, pour éviter tout contact avec une 
morale condamnée; les mueto ou non-priants ; les nieur» 
qui d..n„t que, depuis Nikone, il n'y a plus rien de sacré sur 
la terre : tout a été emporté au ciel. Plus de culte extérieur • 
on adore Dieu en esprit. Et c'est ainsi qu'il arrive que le' 
raskol, avec son orgie de ritisme, conduit droit au rationa- 
lisme. Ajoutez encore les baUleur,, qui passent le jeudi- 
saint la bouche ouverte, attendant que les anges leur appor- 
tent la communion; les tueurs-d'en/ants, les itouffeurs les 
assommmrs. dont il est facile de deviner les aimables croy- 
ances Enfin mentionnons les TOiiiAiamtM ou chercheurs- 
<tu.Chnst. lesquels, croyant que Napoléon I venait, en 1812 
détruire la Russie orthodoxe, étaient prêts à le recevoir comme 
le messie. C'est ce qui explique pourquoi on trouve encore 
aujourdhui le portrait de Napoléon dans tant d'izbas russes 
Nous ne dirons rien des sectes mystiques, des klistya. des 
skoptsys, des skakouséya. qui sont toutes tombées dans des 
pratiques immorales et sont disparues dans la pourriture 
sauf les akoptsys qui auront bientôt, espérons-le, le mtae 
sort. 

Parmi toutes ces sectes que nous venons d'éaumérer pas 
une ne repose sur autre chose que des idées ritistes ou 
mystiques. U prétondue altération des rites a été le point 



— 52-— 

de départ des plus importantes, de celles qui ont eu le plus 
d influenoe. On ocmprend facilement, on partant de là, que 
le gouvernement russe en suiveUle les adeptes de très près 
car le jour où l'Eglise orthodoxe se«it sérieusement menacée' 
le pouvoir suprême lui-même en recevrait un rude contre- 
coup Il disparaîtrait peut-être, ou du moins subirait des 
mod.fioat.ons profondes, capable d'amener une .évolution 
générale. Or une révolution en Russie enfanterait des hor- 
reurs, auprès desquelles les tueries et les abominations de la 
révolution française ne seraient que jeux d'enfants 



A côté de ces sectes ritistes, dans une sphère tout à fait 
différente, il convient de placer celles qui sont issues de l'es- 
prit rationaliste et protestant. Nous parlerons des trois prin- 
cipales. les^oJo*an«, ou buveurs^e-laU.le, Doulchoborstes 
ou athUte,.de.l esprit et les StundiOes. Nous avons déjà 
:^ç« auCana-Ja un contingent des seconds; on nous annonce 
pour 1 été prochain l'arrivée d'un bataillon de molokanes II 
est à propos que nous sachions un peu queUe doctrine reli- 
gieuse et sociale professent ces futurs canadiens 

Les molokanes et les doukhoboretes se ressemblent beau 
coup, aussi nous contenterons-nous de donner leurs caractères 
communs, d après l'ouvrage de M. Leroy- Beaulieu 

Par opposition aux raskolniks. ils n'ont pas ou presque pas 
de culte et de cérémonies extérieures. Ils dédaignent les rites 
traditionnels et s'appellent des chraiens spirituels. Ils repous 
sent comme matérialistes ou idolâtriques la plupart des pra- 
tiques ou cérémonies religieuses, offices, sacrements etc Ils 
ne se signent ni avec deux, ni avec trois doigts, ils n'a signent 
pas du tout; Us cherehent simplement à cormaUre Dieu 
Pas de sacerdoce, la vraie EgUse n'ayant pas besoin de clergé • 



— sa- 
le Christ est le suprême pontife. Mais en revanche, tou» 
reçoivent comme une délégation de ce souverain pontificat j 
tous sont prêtres. Un ancien préside leurs assemblées reli- 
gien8e^ sans aucun caractère sacerdo'al. sans ajcun costume 
spécial. 

Pas de sacremenU. te mariage est exclusivement une 
union d'amour, et, quand ce dernier sentiment disparaît, 
chacun des époux reprend sa liberté. En d'autres termes, ils 
préconisent l'union libre. 

Dieu est esprit, disent-ils, donc prosternons-nous. ..en 
esprit ; pas d'images qui seraient des idoles. Les orthodoxes 
gardent religieusement une icône dans un coin de chaque 
chambre de leurs maisons, c'est le coin saint ; les doukhoborstes 
jettent les icônes par la fenêtre. Ni égUses, ni chapelles ; le 
corps de l'homme est le temple de Dieu ; il n'est pas fait de 
poutres, mais de côtes. Ils se réunissent dans une maison 
quelconque, disent le Pater, lisent l'écriture et chantent des 
psaumes : un ancien préside. 

L'origiue de cette théologie, à teinte rationaliste très mar. 
quée, est assez obscure. On se croirait justifiable d'y voir une 
poussée du protestantisme allemand. Ce n'est toutefois qu'au 
18' siècle que ces hérésies prennent corps. Le premier apôtre 
des doukhoborstes parait avoir été un soldat, peut-être un 
prisonnier allemand, vers 1740, dans l'Ukraine. De là, la secte 
passa dans le gouvernement de Tambof, pour se partager en 
deux camps, et, vers la fin du 18' siècle, on les trouve à la 
fois à Moscou et sur la Volga. 

En 1775, le Saint-Synode s'en occupa ; naturellement, ce 
fut pour les condamner. Paul I les exila en masse en Sibérie, 
mais cette mesure fut avant tout politique. Alexandre I 
s'étant montré plus tolérant, les sectaires exilés demandèrent 
à être réunie dans une contrée moins inhospitalière, et, en 
1800, on leur assigna des terres au nord de l'Azof. Là ils 



'^•r: 



— 64 — 

^Z'J , *- """..'"P*" '■'' «"""n-nauté et vécurent tranquille, 
pendant prè» d'un demi-iiècle. 

auakarÎ'Vi°",!"'"' T""" '" ""''* '^'' '«•>" f'*'«'. '«« 
quaker, d Angleterre, absolument comme le. quaker, de 

àW r'T ?""""" Canada, .ouhaiter U bienvenue 

à leur, frère, les do«khobor.te,. lor, de leur arrivée. Le. 

bon. Angla.. furent étonné, et réjoui, à la foi. de trouver 

un nouvelle Pen.ylvan,e .ur le. bord, de l'Azof. II, ,'émer. 

v^ èrent de. connaiwance. que le, doukhoboi jle, avaient de. 

fcnture.. . „.i que de ce qu'ib appelaient ingénuement U 

hardiewe de leurs .péculations. 
L'anarchie, on devait le prévoir. ,e mit bientôt dan. leurs 

ang, e, 1841, Picola, I les transporta une t^i.ième i. 
dans la T™nscauca..e. Huit mille prirent le chemin de ce 
nouvel ex,l. H, y fondèrent des villages flori,«,nt., aux 
env^n. de Batoum et de Kars. Ce .ont ces village qu' 
nou. ont expédié le. nôtre.. ^ ^ 

Le rationalisme des doukhoborste. est tout imprégné de 
«ysticisme; mais, comme il. sont illettrés, on ne saurait 
attendre d'eux une théologie bien arrêtée 

.eirM?- °"'"'" ^""'"'* 1"°' P°'°' '«' doctrines de 
itlL '•'""'"" "°'*^ '-gten-P» iudécises. Un 
professeur ecclésiastique de Kief, M. Novitsky, ayant entre- 
pn. de réfuter le. doctrine, de. doukhoborste.'don't lui-même 
nava,t, comme tout le monde, qu'une vague connaissance 

Te Zn r """'' '" «----'» de. .ecUi": 
Le mvaildu controversiste orthodoxe fut acheté par le, 
hérétiques, comme pour leur tenir Ueu de catéchi.mret d^ 
règle de fo,. .1 b.eu que ie prix de ce livre monta à cinquant! 
rouWe. et que le malheureux auteur en devint quelqu'epe: 

8ur ta Bible, les doukhoborstes n'accordent à l'écriture qu'un 



— 65 — 

rAle très secondaire, ib laiuent une large part à la tradition, 
appelant l'homme le livre vivant, par opposition à l'ëcriture 
qui est lettre morte. 

Le Christ, disent-ils, a, tout le premier, prétéii la parole à 
la plume. 

La grande originalité des doukhoborstes est la croyance à 
la révélation intérieure. Suivant eux, le Verbe divin parle 
en chaque homme, et cette parole intérieure est le Christ 
éternel. Ils rejettent la plupart des dogmes, ou ne les 
admettent que d'une maniiie symbolique : ainsi de l'incar- 
nation, de la rédemption et de la trinité. D'ignorants moujiks 
interprètent les mystères d'une façon analogue à celle des 
hégéliens ; l'incarnation, affirment-ils, se réproduit dans la 
vie de chaque fidèle : le Christ vit, enseigne, souffre et res- 
suscite dans chaque chrétien. 

Ils nient le péché originel, soutenant que chacun ne 
répond que de ses fautes. S'ils admettent une tache primi- 
tive, ils la font remonter à la chute des âmes, avant la 
création du monde visible ; car, dans leur cosmogonie à demi 
gnostique, ils croient à la préexistence des âmes. Celte 
croyance leur a fait attribuer des coutumes aussi barbares 
que logiques. Comme Haxthausen 'remarquait la vigueur 
des doukhoborstes de la Molochtna ; " Il n'y a rien d'éton- 
nant, lui dit son guide, ces athlètes-de- l'esprit mettent à 
mort les enfants débiles ou contrefaits, sous prétexte que 
l'âme, image de Dieu, ne doit habiter qu'un corps sain." 

Quelques-uns de ces iwysans ont poussé la spéculation 
jusqu'à ne plus reconnattre è Dieu qu'une existence spécula- 
tive, ou mieux, subjective, et à l'identifier avec l'homme. Ils 
s'inclinent les uns devant les autres, prétendaht adorer la 
forme vivante de Dieu, l'homme. Ces moujiks prononcent 
ainsi à leur manière, le fiât Deus de certains philosophes. 
Peureux, la trinité, c'est la mémoire, la raison, la volonté. 



— 66 — 

II. nient 1. vie éterneUé, le pa«di.. l'enfer. U p«di, doit 

Apre, de longue, année, d'étude, et d'observation,, aprè, une 
onve™,on à la foi ch..tien„e annoncée avec gran 'Zs^Z 
f-meux écr,v..n ru«e a fini par aboutir à un^gme aZZ 

TZ-T \t '""""^ "''*""'"""" ""'""•' ^•»'- 

«n,. C est peut-être ce qui lui a va'- U sentence d'oxcom 

dan le ,e„, où nou, le «,mme, tou, nou,-n.ên.e,. " n" 
V . lUrd,. d,sent-il,. en ,avent plu, long que lui." L'EgSe 
est la réunu,^ de tou, ceux qui n>archrdan, U lumière 
la ju,t.ce. chrétien,, juif, ou mu,ulman. 
Toute cette métaphysique de pay»n, ne pouvait, dan, un 

de doukhobo^te. a-t.il toujour, été tré, «streint. quelque 
mUher, à peine Le, molokane, au contraire ,e chiffrent^ 

et a cédé la pUœ au raUonali,me pur. Il, interDrètent^^, 
argement l'écritu.. .- U lettre tue'" aiment- l^S^ÏÏ 

et de'^S:.""""" """""' ' "'"' '" '^«^'°"' - MiCn 
U conception «>ciale de ce, r8tionali,te, aboutit à une 

ment Egliee, et elle doit être constituée sur le, principes 

J*ou, voilà arrivé, aux fameux ■• rincioes de M iV 
c^^Uen doit . . libre de tou., lois etrgaÏnfhum'linT 
, '"'"""^ humaines ont été établie, par Dieu mais ,*u 
iement pour le, fil, du siècle, or les ohiétLs ne Int"; 



— 67 — 

ce monde ; le vrai chrétien n'obéit donc qu'à la loi de Dieu 
éerite dans «on ooiur. Il» en arrivent ainai au radicalieme 
politique. 

II y a. de œ côté, tout un travail d'initiation à fuire chez 
nos doukhoborstos par nos amis les politiciens bleui ou rouges. 
A l'heure actuelle, on leur refuse le droit de voter, mais il 
faut prévoir le jour où ce privilège leur sera octroyé. Le ^rti 
qui, d'ici k cette date, aura persuadiî ii ces braves moujiks 
qu'il est celui des vrais chrétiens, par opposition à l'autre, 
qui est celui du riide, ce parti, dis-je, sera assuré d'avoir 
leure suffrages. Quelque rude que paraisse cette tâche, elle 
ne dépasse pas les étonnantes facultés de nos cabaleurs. 

En attendant, les doukhoborstes s'en tiendront à leur radi- 
calisme social. Comme les quakers et les moraves, ils ont 
une grande répugnance pour le serment et la guerre. Ils ne 
veulent pas payer l'impôt, sous prétexte que les chrétiens 
spirituels n'appartiennent pas à César roiis à Dieu. Beaucoup 
d'entre eui, pour cela, ont été knoutés et déportés par Nioo- 
las I, d'autres enfermés dans des asiles. Ils furent alors obh'gés 
de se pUer à la loi commune et d'en arriver à des compromis. 
En théorie cependant, ils continuent à nier les droits dt 
l'empereur et dn pouvoir civil. 

Ils ont des espérances millénaires ; ils attendent, comme 
Tolstoï, le règne universel de la justice et de l'égalité. En 
1812. ils envoyèrent une députation à Napoléon I lui 
demandant s'U n'était pas le libérateur annoncé. Elle fut 
interceptée par les cosaques. 

Ces sectes ont donné le jour à quelques exaltés commu- 
nistes comme Popof, en 1825. qui mourut exilé en Sibérie 
et Grégorovief, sous Alexandre II. Mais les phalanstères de' 
ces deux illuminés n'ont jamais eu qu'une existence éphé- 
mère. 

La chsrité est en grand honneur chez les doukhoborstes et 



— 68 — 

l«t moloUne.. Il, ne ^ntfnnt pu d« p,uwei p,m,i t„x 
atoMt p.r de, motif, de oh.rit^ vériUble qu'iU viennent 
.u Moonnde, indigenU. En «,v„ohe, iU nWmettent pu 

cette Idée d ëg.ht< j„«,„'à de. exegënition. .taurde.. Cbe, 
le. doulthoborste^ oo p.«ne l'ëgaliti ,b«,lue de. wxe. et de. 
âge. ; plu. de di.Unctiou entre le pire. 1. mère et le. 
enfânu. On .ppelle «mplement le p-, ■ : Slarick. le vieux ■ 
U mère : Starouhka. h viMU. Le, femme, boivent et 
fument comme le. homn (*, p„r principe dVliW 

U troisième «et*,, le,, «undwto, iuue du oonUot de. 
«nabttpu,te, allemand, .Itabli. aux environ d'Ode.» ., 
rapproche franchement de. confe,.ion. proteetante,. lî, .e 
wumettent volontiers aux loi., mai., en dépit de. poureuite. 
le. , a,8 acharnée., il. refuwnt obstinément le mini.tère du 
r orge orthodoxe. C'e.t plu, simple et moin, diependieux 

Nou, p«Memn. .ou, silence toute, le. autre, secte, ruwe. • 
leur étude exigerait pre«,ue un volume, volume qu'il faudrait 
encore .upplémenter chaque année, car de nouvelle, pou,.e. 
dhéré.ie jailhsMnt tou, le. jour,. Ce .ont comme le. herbe, 
de la .teppe qui >e tesèment .pontanément. Ici encore l'im- 
posture et le fanatisme « côtoient et se prêtent un mutuel 
appui. Le moujik, .i avisé en toute, choses, reste naïf en 
religion et en politique. II accueille tout, faux prophète, faux 
t»r, faux Chriat, etc. Aussi le code prohibe-t-il trè. «Svère- 
ment le. faux prophète, et le. faux miracles 



Il est évident que le gouvernement russe ne peut voir 
toutes ces hérésies que d'un très mauvais œil. I-lusieurs sont 
franchement socialistes; toutes s'attaquent à l'orthodoxie et 
I affaiblissent en U divisant. Or celle-ci et l'Etat sont trop 



— S9 — 

iatimement uni^ trop mutusllement «,Ud.ii«, «„, qn, u 
pouToir .uprtm, n. vienne pu ,„ „oou« de l'EguJ Kn 
«uMie. le gouvernement . U m.in rude. le. hércSeie. .'en wnt 
jouvent .perçu. On ne leur . p„ n><nag< l'exil. I. pri«,„. 
1. bûcher, U tortun,. M.i. on ne oh.roWt pw Unt à oon^ 
Tertir le. coeur, qu'4 «nv , 'e, app.«,„oe,. On ne » «,„ci.it 
P- de guénr le m.l d.n. u racine, il ,uffl«it d'en m.«,uer 
te progrè.. En fin de compte, mieux eût valu un fanati me 
moin accommodant. D'autre. ïfeliw. ont brûlé autrefoi.. 

bûlVTTL^" .'*■"•"■ ••"""" """ n'a remplacé le 
bûcher par le 4afeA.cA. L'.utodaK e.pagnol était plu. bar- 
bare. la vziatka ruue, plu. rtpugnante. 

Ce. meure, de «!pre.,ion n'ont jamai, réuwi comme on 
»««p«niit. Apre, de longue, pereëoution., on a enfin décidé 
de l.,.„r aux wcte. une demi-liberté. Mai. on .'en e.t tenu 
àde.dem,.me,ure. et la légi.l.Uon e.t re.tée fort iooohé- 
rente II y a .urtout une marge immeuM où U cupidité, la 
vénalité^lacanailleriede l'admini,tr«tion (du tchinovi^j 
et du ba. clergé peuvent m donner libre carrière " La loi 
dit un proverbe ruMe. e.t une corde mal tendue ; le. g^nd^ 
pâment par-deiigu^ le. petit. par-deMou. " 

Voilà l'explication de la facilité avec laquelle le. autorité. 
ruM«i ont la«.é partir le. doukhobor.te«. n en «ra de même 
d« molokane. ., Unt e.t qu'il, doivent non. arriver à leur 
tour, comme 1 annonçait dernièrement U OazetU de Montréal 
Le départ de quelque. milUer. de .^^eto pa,M« à peu prè. 
inaperçu, grâce aux nombreux million, qui peuplent cet 
•mmenee empire. De plu., .on «,1 aun, été 'Jujé d'une 
hj^.e et .on Egli«, officielle, affermie d'autant.'n'^„ p, 
qu à .occuper de. autre.,et certe.,ill„ienre.te encore awe, 
lU.onTrl''? ^'""'r"' '^'' ■*' '"«'«^«'"«Wrétique.? 
oolon.. Ma.. ,1. .ont ru.»., et. à ce titre, il e.t à redouter 



lî 



■m 

■ii 






— 60 — 

qn'flfl aient le travail en assez mince estime. Espérons du 
moins qu'ils consentiront à modifier quelques-uns de leurs 
principes religieux et sociaux, afin de se mettre au niveau 
de la société où ils ont choisi de vivre. 

Devons-nous espérer qu'ils se fondront plus tard dans ce 
qu'on appelle quelquefois le grand tout de la nation cana- 
dienne ? Tout d'abord, ce grand tout me paraît encore à faire, 
et, si jamais U se réalise, je ne me figure pas que dos races 
aussi particularistes y disparaissent si vite et sans résistance. 
Voilà autant d'inconnues que l'avenir seul peut dégager. 
En attendant, et pour nous rassurer dans la mesure du pos- 
sible, rappelons-nous que ces doukhoborstes sont de braves 
gens, honnêtes et charitables. Mais n'oublions jamais qu'ils 
sont russes. " Chez le russe, dit Walizewski qui les connaît 
bien, sous une écorce grossière, vous avez chance de trouver 
un homme infiniment doux. N'y insistez pas ; n'y comptez 
pas trop. Il a des réveils terribles." 

Le russe est un peuple à part, comme la Russie est un 
pays à part, •' la sixième partie du monde ", disait un Tsar. 
" Par sa situation géographique entre l'Europe et l'Asie, 
nous citons encore Walizewski, par sa situation historique 
entre une suite d'enclumes où le prêtre byzantin, le soldat" 
tatare et l'aventurier aUemand ont tour à tour marteW son 
génie, ce pays, à la fois jeune et vieux, a été et est encore 
désorbité et déséquilibré. Inculte par ici, raffiné par-là. 
Pourri avant d'être mûr, a-t-on dit Prématurément mûri 
d'un oôtéî Oui, avec un assemblage troubUnt d'instincts 
sauvages et d'aspirations idéales, de luxe intellectuel et de 
profondes misères morales. 

" Immense réservoir d'énergies physiques et morales, con- 
tinue le même écrivain, découvert soudain entre la vieille 
Europe, fatiguée de vivre, et la vieille Asie, lasse de n'avoir 
pas vécu. Ab!me où sombreront les communes destinées ? 



— 61 — 

Peut-être. Fontaine de Jouvence ? Peut-être encore. Pen- 
chées «ur l'un et l'autre bord, les foules regardent anxieuses, 
scrutant les profondeurs, jetant la sonde." 

Nous ne croyons pas que, de tous les peuples de l'univers, 
U y en ait un qui, à l'heure présente, suive avec autant 
d'anxiété que le peuple anglais, le mouvement troubUnt de 
cette sonde fantastique. 

Comme conclusion finale de cette trop longue étude, per- 
mettez-moi d'ajouter que nous, canadiens-français et catholi- 
ques, nous devons remercier sincèrement la divine Providence 
qui nous a fait naître dans une EgUse vivante ; une Eglise 
qui agit et qui travaille efficacement à la sanctification de 
ses membres, en mettant en honneur les efforts personnels ; 
une Eglise dont les pasteurs se sacrifient généreusement,' 
sans calculer a\ z les profits qu'ils peuvent espérer de leur 
abnégation ; une Eglise enfin dont le chef suprême fait l'ad- 
miiation de l'univers et doni la parole infaillible, se faisant 
entendre bien haut, au-dessus des chicanes où se débattent 
les misères de U poUtique et de '" imbition, proclame solen- 
nellement au monde U vérité qui ne change pas, indique à 
ses enfants la voie à suivre, sans tenir compte autrement de 
la grandeur ou de l'étroitesse de la puissance civile. 

Pour ce suprême bienfait, qui s'apprécie surtout quand on 
examine la triste situation de ceux qui en sont privés, 
sachons trouver dans notre cœur une parole, un cri de recon- 
naissance, et jurons une fidéUté sans défaillance à notre 
divin Chef, et à son représentant, persuadés que, seul, il est 
vraiment la voie, la vérité et la vie. 



TROISIÈME CONFÉRENCE 

donné* pftr 

U. l'abW A.-H. OoiuLn 

OooUir èf IMtiM M ncmbn di U SoeMM Biril» 



LE XIX' SIÈCLE 
Tabltau iaprtmOru mtHmi BmaparU tt PU ni, 

M. le Becteur, 

Messieurs, 

M. de Vogllé, l'un des esprits les plus distingués, l'un des 
écrivains les plus brUIants de notre époque, compare quelque 
part les événements de l'histoire à des tableaui, qui s'enrou- 
lent au fur et à mesure qu'ils se développent sous nos yeux. 
La transition du siècle qui vient de s'éteindre au siècle 
nouveau lui suggère de graves réflexions ; 

" Devant ce brusque évanouissement de siècle, dit-il, j'ai 
ressenti une impression pareiUe à ceUes qui m'assailkient 
jadis, dans les ruines des grandes cités d'Asie. Devant ces 
toiles roulées, la parole d'Isaïe m'est revenue à la mémoire: 
" Oeiwratio nusa ablata eut et convoltUa est à me, quasi tabtr. 
naculum pastorvm.—Mei génération a été enlevée, eUe a été 
repliée comme la tente des pasteurs (XXXVIII, 12)." ' 

C'est bien cela ; les générations que nous avons connues 
ont passé, et, comme le voyageur dans le désert^ après avoir 

l—D'muit It Siècl; par EugènsMelchiop de VofHé, de l'Ao». 
dénué françtiu, p. 18. 



— 64 — 

dieasé un instant leur tente, elles l'ont ensuite tepliée pour 
«'en aller ailleurs. Nous ferons de mtme. Mais en attendant, 
il n'est ni sans intërtt ni sans ntilitë de déployer un pen ces 
(oites rotttAs dont parle M. de Vogtté, et d'en dresser comme 
un panorama. 

Ces toiles déployées, c'est la plua ancienne, celle des 
premières années du dix-neuvième siècle, qui attire tout 
d'abord naturellement nos regards. 



J'ai déjà lu dans les journaux et entendu surtout bien 
des jérémiades sur l'état actuel du monde, au début de ce 
vingtième siècle. Cetlris, il y a bien çà et là quelques points 
noirs, en Afrique, par exemple, et en Chine ; il y a surtout 
le nuage toujours menaçant qui se dresse au-dessus de 
l'auguste Vieillard de Borne : mais, en général, que le monde 
me semble heureux et tranquille, en comparaison de ce qu'il 
.était au commencement du siècle dernier I 

Quand on songe qu'on était alors au lendemain du terrible 
ouragan de la Révolution qui s'était abattu sur la France, et 
l'avait bouleversée de fond en comble, renversant et détrui- 
sant tout sur son passage, trônes, propriétés, autels I Suivant 
la pittoresque expreasion.de TaUeyrand, " la Bévolntion 
avait désossé la France '." Les nations de l'Europe s'étaient 
coalisées contre la France révolutionnaire : et il n'y a pas à 
dire : Quart fremutrunt genteg ? Elles se sentaient menacées 
dans ce qu'elles avaient de plus cher, dans leur autonomie, 
dans leur existence même. Déjà la vague révolutionnaire, 
franchissant les Alpes, avait envahi l'Italie ; et les républi- 
cains régnaient en maîtres d'un bout à l'antre de la Péninsule, 



1— Le Onrapmdmt de 1874, t. I, p. I. 



— 66 — 

juwjue dans lea Etats Pontificaux. L'Ulnstre pontife Pie VI, 
chassé de la ViUe Etemelle, avait dû prendre le ohemin de 
l'exU : il venait de mourir à Valence, en Dauphin^, à l'tge 
de 82 ans, après un pontificat de vingt^quatre ans, plein de 
labeurs et d'infortunes. 

_ Tel était l'état de U France, de l'Europe, de l'Eglise, à 
l'aurore du dix-neuvième siècle. 

Alors parait un homme extraordinaire, qui semble désigné 
par la Providence pour enrayer la Eévolution et remettre 
toutes choses en leur place. Bonaparte arrache le gouver- 
nement de la France aux mains débUes du Directoire et se 
fait procUmer Premier Consul de la Eépublique '. Eu quel- 
ques mois il réussit à faire régner l'ordre à l'intérieur du pays, 
et ramène partout la confiance. A l'extérieur, la France k 
fait respecter: la brillante victoire remportée par le Premier 
Consul sur les Autrichiens, à Marengo, celle de Moreau », 
à Hohenlinden, forcent les puissances coalisées à signer U 
paix de LunéviUe. Ce traité de Lunéville assure à la Fiance 
la frontière du Bhin ; il est du 9 février 1801 : voilà un 
début de siècle plein de promesses I 

Ah > si Napoléon, regardant le traité de Lunéville comme 
quelque chose de final, avait appliqué toutes les ressources 
de son génie à en consacrer à jamais le résultat, quel bien- 
fait! LeEhin— il suffit de jeter les yeux sur la carte— 
semble bien, en effet, la frontière natureUe de la France '. 

1— Les deux autres consul» étaient Cambaoérès et Lebrun. 

2—" Il avait su oonunander cent mille hommes aveo prudence et 
vigueur : personne, Napoléon mis à part, ne l'a fait aussi bien dans 
ce siècle i et si la place du vainqueur de Hohenlinden est à une 
immense distance de celle du vainqueur de KiroU, de Uarengo et 
d'Auateriitz, cette j-lace est belle encore...". (HiHoire du (hnnlat 
et de V Empire, Thiers, t. II, p. 284). 

3—" C'est pourtant U que t«t ou tard, écrivait Chiloaubriand en 
1829, la France doit placer sa frontière, pour son honneur et sa 
sécurité." 






— 66 — 

Malheuretuement, une ambition inutàable est trop aonvent 
la compagne du Renie. Ceux qui ont écrit sur Napoléon, 
mtme ses plus ardents admirateura, comme Thiera, par 
exemple, n'ont pu s'empteher de lui reconnaître cette ambi- 
tion, qui n'avait pas de limites: 

" Oénie incomparablement actif et puissant, a dit M. 
Guizol^ admirable par son horreur du désordre, par ses pro- 
fonds instinct» de gouvernement, et par son énergique et 
efficace rapidité dans la reconstruction de la charpente sociale. 
Mais génie sans mesure et sans frein, qui n'acceptait ni de 
Dieu, ni des hommes, aucune limite à ses désirs ni à ses 
volontés, et qui par là demeurait révolutionnaire eu combat- 
tant la révolution ; supérieur dans l'intelligence des condi- 
tions générales de la société, mais ne comprenant qu'impar- 
faitement, dirai-je grossièrement, les besoins moraux de la 
nature humaine, et tantôt leur donnant satisfaction avec un 
bon sens sublime, tantôt les méconnaissant et les offunsant 
avec un orgueil impie. Qui eût pu croire que le même 
homme qui avait faifle Concordat et rouvert en France les 
églises, enlèverait le Pape de Kome et le retiendrait prison- 
nier à Fontainebleau ?.„ 

" Entre les grands hommes ses pareils, Napoléon a été le 
plus nécessaire à son temps, car nul n'a fait si promptement, 
ni avec tant d'éclat, succéder l'ordre à l'anarchie ; mais aussi 
le plus chimérique en vue de l'avenir, car après avoir possédé 
la France et l'Europe, il a vu l'Europe le chasser, même de 
la France ; et son nom demeure plus grand que ses œuvres, 
dont les plus brillantes, ses conquêtes, ont tout à coup et 
entièrement disparu avec lui '." 

Que reste-t-il, en effet, de tous ces royaumes qu'il avait 
taillés dans la carte de l'Europe pour ses frères, ses fils, ses 

Ï—Mémoiru de M. GuUat ; MUtoirt de mon lempt. 



— 67 — 

beau-frère. ? Que reste-t-il de oea jonméeg fameuse, qui 
» appeUent CUglione, Aroole. KivoU. M8reiigo,Wagram. léna 
Amterlitz, Friedland, sinon quelques pages d'histoire glol 
neuses et brillantes, qui ont sëduit no. esprits et notre 
imagination, dans notre jeunewe. et pour U France une 
glande auréole de gloire, mal» qu'eUe a achetée et payée au 
pni du rang de tant de millier, de .es enfant. î 

M. de Vogtié appelle Napoléon •■ le génie furieux qui 
mit la France debout, et la saigna aux quatre membres." 
Mais comment se fait-il que la France se laissa si longtemps 
" saigner aux quatre membres " pour le plaisir de satisfaire 
1 ambition d'un conquérant insatiable? "Un système de 
ruine pour le. campagnes, joint à celui des réquisition, et de 
la conscription, aurait dû faire abhorrer l'Empereur du paysan. 
Mais on se trompe. Ses plus chauds partisans étaient là, 
parmi le. paysan., parce qu'il les rassurait sur le retour des 
dtmes, des droite féodaux, de la restitution de. biens dos 
émigrés, et de l'oppression de. Migneure "." 

Jamais homme ne fut plu. habile pour électriser une 
armée : il savait atteindre chez le soldat la fibre sensible, et 
n'était arrêté, du reste, par aucun ocrupule. Eelisez sa 
harangue à l'armée d'Italie, au moment où il va, de Nice 
faire la conquête de la Lombardie : y eut-il jamais plus 
impudent appel à la oonvoiUse et à la passion du pillage ? 

" Soldato, vous êtes mal nourris, et presque nus ; le gou- 
vemement vous doit beaucoup, et ne peut rien pour vous. 
Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de 
ces rochers sont admirables ; mai. ils ne vous procurent 
aucune gloire. Je vais vous conduire dans les plus ferUIes 
pUmes du monde. De riches provinces, de grandes viUes 
seront en votre pouvoir; vous y trouverez honneurs, gloire 

1 — Daant <c Siiei$, pp. 42 et 113. 



■.■ ■ '-i 



— 68 — 

et richeiaes. Soldati d'Italie, manqueriei-vous de counge 
ou de constance ? " 

L'exemple du général soutenait d'ailleurs ses paroles ', Il 
s'ëUnçoit avec une ardeur intrépide à la ttte de ses soldats, 
et les menait infailliblement à la victoire. 

Oœthe exprime très bien le secret de sa force et de sa 
puissance : , 

" C'était, dit-il, un être d'un ordre supérieur. Hais la 
cause principale de sa puissance, o'est que les hommes étaient 
sûrs, sous ses ordres, d'arriver à leur but. Voilà pourquoi 
ils se rapprochaient de lui, comme de quiconque leur inspi- 
rera une certitude pareille '." 

Cette confiance en son étoile. Napoléon l'avait communi- 
quée à ses généraux, les compagnons, les instruments, les 
tributaires de sa gloire. Y eut-il jamais dans l'histoira, et 
verrons-nous jamais chef d'armée entouré de généraux comme 
ceux de Napoléon ? Masséna, Âugereau, Davoust, Maodonold, 
Lannes, Kléber, Desaix, Murât, Moreau, Jourdan, Ney, 
Duroc, Marbot, et tant d'autres, quelle couronne admirable, 
digne du géant auquel elle était attachée I C'étaient tous des 
héros sur les champs de batailles. D'où étaient-ils sortis ? 
Des entrailles de la Kévolution. Chose remarquable: la 
plupart étaient même des esprito cultivés, qui ont laissé des 
mémoires remarquables sur les événementa de leur cemps : 
Macdonald et Marbot, por exemple. Tout dévoués à Bona- 
parte, il n'a qu'un désir à exprimer, pour qu'immédiatement 
ils lui obéissent et affrontent les plus truands dangers ; puis, 
en attendant qu'il récompense leur valeur par le bâton de 
maréchal ou quelque autre promotion, le grand homme leur 



l-*^ 

w"-: 



1—" Une armée est toujours faite i l'image du génénl. Son 
eaprit puie 1 ses -aciers, et de ses officiers le oommunique à ses 
•oldata." (HUtoire de la Rétotulion, Thiera, t. IX, p. 208). 

Z^Stme deê Utuz-Mo»da, 1893, t III, p. 457. 



— 69 — 

lionne, ■'iU Mnt enoow jeune., une petite tape sur 1. joue 
on leur pinœ IWUe : vou. «ve, que. de « part, c'était U 
pin. grande marque d'amiUé '. Que de foi. Marbot ne reont- 
U pa. oette réoompenM pour .e. exploit.! U plupart de. 
généraux de Napoléon, du re.te, ét«ent animé, de wnUment. 
noble, et généreux : 

Un jour.-^'était à Wagnun. pré. de Vienne-Bonaparte 
a un ordre à communiquer & l'un de m. corp. d'armée 
.ép«é du «en par toute l'armée ennemie. Celui qui con«n. 
tira à porter ce mcegage. a quatre-vingt-dix-neuf chance, aur 
cent de perdre la vie. Il appelle Marbot, qui n'e.t encore 
quaide de camp de Ma3.éna. et lui en fait timidement la 
propoMUon. Marbot écoute la prière de l'Empereur j il en 
comprend toute U portée ; » Oui. dit-il. Sire, j'irai, j'irai • 
et 81 je péns. je lègue ma mère à Votre Majesté I " 

f!" '\'"*"'« ^"^^ qui. dan. .e. Mémoires, racontant 
laffreuM bataïUe d'EyUu (8 février 1807) où il faillit être 
foudroyé par les éclaboussures d'une bombe qui éclate près 
de lui. nous dit tout naïvement les pensée, qui se prfaen- 
tèrent à son âme. lorsqu'il se réveiUa du sommeil quasi 
léthargique où il s'éteit endormi : "J'avais repris, dit-il. me, 
facultés mentales, et mes pensées se portèrent vers Dieu et 
ma mère I " 

Voilà ce qu'étaient les généraux, au moins quelques-uns ~ 
468 généraux qui suivirent Napoléon dans sa carrière 

Encore une fois, quel dommage que ce génie, maîtrisant 
son ambition, ne se soit pas contenté, pour but de ses efforts 
et de ses ressources, d'assurer pour jamais à U France les 
bienfaits du traité de LunéviUel Mais les hommes ne sont 
pas parfaits, et les grands génies moins peut-être que per- 



— 70 — 

•onne. Et id, permettei-moi, maMienn, de vou» oiter une 
page de M. IVHëriatalt sur laint LouU, ce gmnd roi qai 
gouverna la Fmnoe six nèalei avant Wpoque qui nous occupe. 
Saint Louij n'avait pai, Unt l'en faut, le génie de Napoléon ; 
mais il avait la mesura, l'équilibre qui manquait à oelui^i : 
et ces qualités le randent infiniment plus par&it aux yeux 
de Dieu et de l'histoire : 

" Saint Louu, dit M. D'Hérioault, n'a pas été un de ces 
êtres grandioses qui paraissant avoir reçu quelque chose de 
divin, une exaltation supérieure à la nature humaine. Il est 
resté un homme, et un homme de son temps. Bien des 
personnages historiques lui sont supérieurs par des élans de 
génie. Dans toutes les branches de l'intelligence, beaucoup 
d'individus sont montés plus haut que lui ; mais lui est 
monté en haut tout entier. Les autres sont tombés bas après 
avoir escaladé les régions supérieures ; lui ne faiblit en rien. 
Il ne domine pas son époque, ne U précède pas, il ne la 
dirige même pas, comme Charlemagne par exemple ; mais il 
n'a pas de vices. Il se contente de résumer son temps, de 
l'améliorer doucement et solidement. Il n'a rien de fulgu- 
rant, il n'éblouit pas la postérité ; c'est une lumière pure, 
qui brille d'un éclat plus caressant qu'aveuglant, et qui non 
seulement ne s'éteint pas, mais ne baisse jamais. 

" 11 n'est donc pas un être de génie transcendant, mais un 
homme d'équilibre parfait. Il est toujoure admirable, sans 
jamais efTrayer l'imagination, ni décourager les sages, amou- 
raux de la perfection ; on l'aime toujours, sans regret et sans 
honte, et on le comprend sans effort. Il doit être comparé- 
à cette église de Saint-Pierre de Eome, dont les mureiUes 
dépassent tous les autres monument, mais qui est si harmo- 
nieusement proportionnée qu'il faut un effort d'imagination 
pour en apercevoir la grandeur '." 

1—Bùtoin M<edo«gH< de la Frmee, t. II, p. 27». 



-71- 
«kiSnl:!''" "Ht"-"' """'•""' * '■•'"»'"'• d« no. 

S Eu"™ '««-'" jusque dan, «, foudemeou cette 

progrès ,u. devaient éolon, d'une manière .i merveilleux 
dan. le cou™ du di,-n.uvièn.e .iède. Dieu a permiaS 
»ent que ce gén.e. repréxutant la force humaine à «,„!. 
hau degrt a.t»unn.la Pai«uté aux plu. grande, humi 

de faire mieux rewortir, par le triomphe de «,n Egli.e la 

«( con/unc^aC/ortia '. 

•• Celui qui règne dan. le. deux, et de qui relèvent tou. 
le. empire., dit BoMuet. à qui soûl appartient la doi,^ " 
n.aje.té et l'indépendance. e,t aus.i le Z qui .e gS de 
faireU eçon aux Roi., et de leur donner, quand iflurpï 
de grande, et terribles le<^n8 ' " 

rn^T^VJ'}^"^"""^'^'"''' rapport, avec l'im- 
mortel pontife Fie VII, >. wm 



J ai hâte de considérer avec vous la douce et .uave figure 
de ,ce «unt pontife, qui «, déUche nettement de la toile oui 
nou, occup«, à côté de celle du géant dont je viens de parler ■ 

ax„,I* !""'^""^-. ^'' '« «"di^l Pacca, «mblait avoir 
exprès réuni dan. Pie VU toute, les quaUté. convenable. 4 

1—1 Cor., I, 27. 

2-OraiKn funitre rf. la Xrtn, d, la armdfBrttag,,. 



— 78 — 

un p«pe fugitif «t opprimé, innooente victime oooMorte par 
une longue luite de malUeun et de iouffmnaei. Cet air de 
modeetie et d'humilibi empreint lur aon viaage, w sourire 
presque continuel iur lea Urrea, cette affabilitë li simple, si 
naturelle, faisaient la pins profonde impression sur les esprits, 
excitaient partout In respect et l'admiration '," 

Pie VII et Bonaparte, la victime et l'oppresseur, appa- 
raissent ptesqne en même temps sur la scèae du monde. Le 
18 Brumaire, qui fit NapoMon Bonaparte Premier Consul de 
la République fran(^ise, correspond au 9 novembre 1799 ■ 
Chiammonti, ëvSque d'Imola, fut élu Souverain Pontife le 14 
mars 1800. Pie VII et Bonaparte ouvrent donc tous deux 
le dix-neuvième siècle. 

Ije conclave de Venise, qui se tint sous le protectorat de la 
catholique Autriche, et se termina par l'élection de Pie VII, 
dura trois mois et demi; celui qui a élu Léon XIII n'a duré 
que trois jours. Le cardinal Gonsalvi ' nous a conservé dans 

1 — itémoiru d» cardinal Fiwca.— L'auteur fût miniitre de Pie 
VII du 18 juin 1807 au 6 juillet 180>. S'sppropriaat av«o beaucoup 
d'à-propn 1m paroles du hiros Troyen : " la raconte dans cas 
mémoirei, dit-il, 

Quœque ipse tuiterrima vidi 

Et quorum pars magna fui «.(Enilde, II).*' 



2—" Il était d'une stature mojrenne, plutôt maigre, la ttte légère- 
ment inclinée en avant. Sa physiono&oie pOMédait au plus haut 
degré les deux léductioni du sourire et du regard ; un œil plein de 
feu, mais dont il aimait à voiler l'éclat, décelait sa pénétrante intel- 
ligence ; son nea, légèrement busqué, donnait un caractère d'éner- 
gie à sa figure, dont l'expression, sans cela, eût paru trop adoucie. 
Le timbre de sa voix était extraordinairement sympathique. Je 
ne sais quel homme d'esprit a appelé les prélats romains les 
Armidss de ladiplomatle. Le mat n'é tait que juste pour Consalvi, 
tant sa personne dégageait de grftce et de séduction." — (Le 
C)9rres;Kindan( du 10 février IWI, p. 490). 



. — 78- 

,Î^ r,^*^ «••«ir.M«..uiv.nt ra«ge, ,ux différente 
.uo«de l-Europejen li«nt ce. formule. «1 l.,,,',», ^ 
démodée, que I'a«Keimpo«ùt à l'Egli» vie-à-vU -, 'jL 
«n«.,„, bien «.«vent .unUent mérité tout aut™ !Z 

hL," '"'Hf r-"' "" '" «"" P-fondém.nt humï 
Hé^l que lEgh.e p.,.ut cher 1. pr„..oUon qu'elle éuU 
oen^ recevoir de ce, M.je.té, Trèe-Chr^Uenne. I 

SZ r'"*"""'' '" ■«»'^'»'' !»P« ''io VII. comme pl„. 
Uni 1 un de «M ,uoce,«,ur. à l'év-Vh. d'ImoU. p„i, „„ ,ou- 

Idée, libérale, et démocratique. : 

^ If' f ^"; ^'* *'• »'H«u.«.nville '. ■.K.vait à .ucun 
rtgime Dan, la lutte engagée en Europe, se, vœux sin- 
1" r™n"' d " "*'' '" '""r ""■ •••" '«""veaux, er de 
«.ngoû . mai. rctée à ... yeux démo<«tique et cl.rétiean., " 

IIW... la créatjon de la république Ci«lpine. par exemp'e 
nel.vaient nullement ému : au contrairef il ^r^^Tj^ 
oc«„on à «. diooé«in. une admirable lettre paatorale lÏÏ 
je me contenterai de citer quelque, ligne. • 

noû.'*dilT°„w*°""'"'°""" d-S-nocratique. adoptée ohe. 
nou. d,t,il.„e.t point en opposition avec ce, maxime, 
^aUionque,, que je vien, de vou, expoeer , elle ne répugne 

qui ne .acquièrent qu'à l'école de Jé,u.-Chri,t Si vou. le, 
pratiquez généreneemen, elle. ,er„nt le gage de votreC- 

l-VBgliu BomaiHt .1 U Prtmin- Empire. 



'»»^ 



■■1' '■ t' 



jy. 



i' 



— 74 — 

hcuT, de votre gloire, et depa aplendeur de notre répu- 
blique... '." 

Ne croirait-on pas entendre, {nessieura, un extrait de quel- 
que encyclique de notre grand pape Léon XIII ? 

Bien plus, Chiaramonti avait un faible pour Bonaparte : il 
l'avait rencontré quelque part, dans sa glorieuse campagne 
d'Italie, et il se sentait attiré vers lui par je ne sais quel 
aimant mystérieux, ou plutdt providentiel. Jamais il ne put 
se défaire de ce sentiment, même uprès les plus douloureuses 
épreuves. 

Ecoutons son éminent secrétaire d'Etat Consalvi nous faire 
part de cette disposition du saint-père : 

" L'empereur Napoléon exerçait 3ur le saint-pire, dit-il, 
une espèce de fascination et d'éblouissement que toutes les 
calamités privées ou publique^ ne purent jamais faire cesser. 
C'était un mélange d'admiration et de crainte, de tendresse 
paternelle et de pieuse gratitude... Plus mâle que lui aux 
choses et aux hommes, et forcé par L nature de mon emploi 
à les voir souvent du mauvais côté, jr > partageais pas 
d'une manière absolue tous les sentiments que le Pape pro- 
fessait à l'égard de l'Empereur. J'avais vu ce prince de fort 
près. J'admirais la puissance de son génie, la rapidité de son 
intelligence, et cette merveilleuse fécondité de ressources 
dans l'esprit qui en faisait un être à part. Mais je ne me 
dissimulais pas qu'à tant de brillantes qualités venait mal- 
heureusement se mêler de grandes ombres et d'innombrables 
défauts, que l'ivresse du succès demt développer outre 
mesure '." 

A propos de ce sentiment d'admiration du pape Pie VII 
pour Napoléon I", je ne puis m'empêcher de signaler ici un 
sentiment analogue professé par son successeur, le grand 



1 — IbièLf t. 1., pièces justifioatires. 

2 — Xémoira du eardinal Contatvi ; mémoire* tur mon MinUtèrt' 



— 76 — 
pape Re IX, à l'égard de NaDoléon HT T^ 
- pa„n si .„X. , est d^iL". aSh^nCX 
«epern-ettra, je l'espére. cette petite digression '' """ 

Après U révolution de 1830 rannnt* Vf ti, 
prince Unis-NapoLon. depuis^'ClZ lî î°rS; 

^e ^^-oire Po:.ïï:et^Lra;;r:".r^^:;^^^ 

auprès de M»' Mastaï-Fer-^tti. depuis le pape Pie IX 1! 

tv£'2:t:T' '' '^^'^•""' -^ '■^^^- »'■ > 

e rrewt était simple chanoine à Kome. son frère et l„i 
~. n.entser.i sa messe, et avaient ..i.,S:r 

" Le futu^ empereur Napoléon II[. servant U messe d„ 

«.i„„ TT ^'"""-^^"^"' "««"«illit avec bonté le fils de la 

dénûmfnuZ' '' '' '""" "" "^^"^ """«^ - P"^»^ 
vilL un ein T."'''-''"'"'''''^"" riche industriel de la 
eÎnt deeh ! """^ ft»'«=^. q""" remit à son ancien 

Puts Wnff ? ■"^'^'"''rphosé en révolutionnaire italien 
l-ms layan fait monter dans sa propre voiture il le cnn 

rsfî 1 .. "' "'"' ^" ^'^^' '^ "^-y--'^ de cardinal qu'en 



I-Le Om-e,pondanl du 10 mars 1889, 1. 1, p. 967. 



— 76 — 

Mastaï-Fenetti, en disgrâce à Borne, pour s'ttre montré 
un peu trop nomplaiaant envers Louis-Napoléon, qui conspi- 
rera un jour, avec Cavour pour la spoliation du Pouvoir Tem- 
porel : Cbiaramonti, plein d'admiration pour Bonaparte, qui 
lui infligera tant d'humiliations comme pape, et le fera mtme 
prisonnier : quel étrange rapprochement des choses humaines I 



Les disposition» bienveillantes de Pie VII à l'égard de 
Bonaparte étaient évidemment providentielles. A peine le 
saint-père était-il, en effet, assis sur son trône, que le Pre- 
mier Consul lui fit signifier son dessein de rétablir le culte 
catholique en France, et de conclure un Concordat avec le 
Saint-Siège. 

Après de longues négociations préliminaires qui ne sem- 
blent pas davoir aboatir, Conaalvi est envoyé par le saint- 
père à Paris, muni de pleins pouTiiirs II a raconta lui-même 
dans ses Mémoires ses tcavaax et m» <>ffort« pour «ener à 
bonne fin l'^aire du (k)aeaiAit, de eooeert avec les agents 
du Premier Consul : les négodations durèrent plusieurs 
semaine*. Impoeàble de les exposer ici, ce soir, pn détail. 
Je me contenterai de citer un iaeident final, qui faillit tout 
faire manquer, et peint bien le caractère violent et emporté 
de Bonaparte. 

Tout était conclu entre Consalvi et le représentant du 
Premier Consul, l'abbé Bemier : le Concordat n'avait plus 
qu'à être sigsé par les deux parties contractantes : un grand 
dtner aux Tuileries devait suivre l'apposition des signatures. 

Tout à coup Consalvi, qui heureusement se tenait toujours 
sur ses gardes, s'aperçoit que la feuille concordataire qu'on 
lui présente à signer n'est pas semblable à celle dont il est 
convenu avec Bernier : il y a des divergences notables i on 



— 77 — 

nés. '«"" ' P"'8 11 se rend aux Tuile. 

A peine le Premier Consul l'enf il 
«eant ve. Ini dan, ,,„itude de ^HT''' """■ »« «-- 

«' les pleurera avec d^sTrlt^,""'*' <l"'el'e au» &it«,, 
Plw de remèdes. " ''" "'"8' ""^ « n'y a«m 

'0118 pOUVâz luai^ii. 

vous res.. de rnie.rulrZV f"^' "'«'' ^ <1- 
-" Ap,è., dJD«, gén Jr';. ?^ Partez-vous donc ?... " 
L-aflaire était „ i," ™ ' „ •"'" ''"■'''""• 

«a-ces, à Paris, intervinréra ^^''""«iques de. pui,. 

Elles aboutirent heurlus 1' TT^'" ''' "«^««-ations. 
«fictivement conclu J' ^ ™V, •'' ^■""""^'" f»' 
™';«^^^«o^me le 15 aoûttL„,""''^ ''•'""^^^ 

PmmierCoÏ„S'^:':,t^7 P'"'«t '"""' P""^" "ï- '« 
fi-Spublique, les f.n> uxarti les " "' ^^^ '^ «^°« "« 'a 
«•" beau protester plu! T^Z "^"T''' ^ «■""'-Père 
"«ides furent «ainlen s tÎ tZ' '^ ''"''^■«'"'^«e ■ -s 
sont encore rega«i^s oommeTis de^TEL?"""" '""'''''■ «' 

volontés du P^mierConsuf Un T"""' "''' ' «^«^^ «»- 

fut très sensible à Pie VU 1. in , "' concessions, qui 

^'eVIIetàConsalvi, cefutdelaisL 



r6.^^^v:?rC^ 



:m 



— 78 — 

iiwttn sur U uouvetle liste d'évêques un certain nombre de 
Prélats conttibttionneU, qui n'avaient pas mtaie fait encore 
leur soumiasioD à l'Eglirie romaine. 

Mais voilà Bonaparte engagé dans la voie fatale de l'am- 
bition. Premier Consul pour dix ans, il se fait nommer, en 
1802, Consul pour la vie, puis en 1804, le 18 mai, proda- 
mev Empereur des Français. 11 songe alors à se faire 
sacrer : mais par qui ? Quelle gloire, s'il pouvait induire le 
souverain pontife lu:-même à quitter la Ville Eternelle et à 
venir le sacrer à Paris ! N'est-il pas le successeur de Charle- 
magne, le restaurateur de l'Eglise en France, le protecteur-né 
de la religion î Audaces fortuna juvat. La proposition en 
est faite au souverain pontife, et le saint-père, toujours plein 
de condescendance et de bonté, réunit le Sacré-Collège, et le 
consulte sur ce qu'il a à faire dans une circonstance aussi 
grave. 

Le voyage est décidé ; et le saint-père l'entreprend, non 
pas en vue d'auouu avantage temporel, — il n'en obtint aucun, 
en effet — mais uniquement pour le bien de la religion : le 
bien obtenu fut, en effet, immense. Partout, sur le passage 
du souverain pontife, en Italie et en France, les populations 
se pressaient pour solliciter sa bénédiction. Bonaparte, lui, 
ne se dérangea guère : il n'alla au devant du saint père qu'à 
une petite distance de Paris ; là, il le fit monter dans sa 
voiture, mais ne lui donna pas même la place d'honueur. 

On sait qu'à Notre-Dame, dans la cérémonie du sacre, il 
n'attendit pas que le saint-père le couronnât, mais il prit lui- 
même la couronne royale sur l'autel et se la mit sur k tête '. 
Pie VII, en cette occasion, comme durant tous^ les cinq mois 



i Il fit la même chose, lora de son oouronnemont û Milan, avec 

cette circonatance aggravante qu'il .s'agissait cette fois de 1* célèbre 
couronne de /«r, faite, comme on le sait, avec un des clous de la 
Passion. 



— 79 — 

plupart des évê<,u« ««...«IX J1"~" '^V'' 
jusqu'aux dernières tnœs du sohi,™. ■ «^temdre 

Révolution. CeU seulTffisJt ^ur^!!'"^ ^"'""'^ "* 
le voyage du vénérable ^ptu^Ze '^'"' ''^"'^" 



Lorsqu'il quitta la France, il ne 3'att«nH»;t ™ j. 

vou, voulez: il y avait des deux en BonaTTili,, '^' " 
avons maintenant à mconter: n.ais le SZ^s^^^Z "" 
de côt^ une foule de détails très inté^s^nteTret ' 
rr."^ nécessaires, pour arriver de .Z::^:::^ 

op^se..„erés.t.j:::.::i,r,,î:x™— "'eiui 
'>™.itiqu;:;t: t^iiL^"" '''^«-'-' '"- 

Ksprit généreux, frès étJ'ndu d'n,.^ „,i ■., 
connaissances et d-apt.udes,'Ï;,;r:ir";r''' ^^ 
«n.nde et ouverte à U.utes les nobles -pre^io;! Fo *""•" 
dès le début de la guerre entre fAngJZ ' Sr " 

déplorant les .xc.s qu^i uH^J^l-Z-":^ 



îÊMMs^y :M^^ài^SM::^''^-f^"J^^:^':Mml 






— 8C — 






invioUblement Adèle... Ce grand orateur était oependant 
peu propre à diriger les hommes, parce qu'il les oonnaimit 
mal. Il était plua homme de plaisir et d'imagination que 
d'action..., tandis que son grand rival, Pitt, agissant juiqne 
dans le repos, l'esprit absorbé par une pensée unique, les 
yeux incessamment fixés sur le vaste théfttre où s'agitent les 
nations, n'en perdant pas une scène, pas un mouvement, pas 
un signe, était, aveo moins d'éclat et moins de séduction, 
mais avec incomparablement plus de force, la personnification 
même de l'esprit politique '." 

Les brillantes victoires navales d'Aboukir (1" août 1708) 
et de Tiafalgar (21 octobre 1805), remportées sur la France 
par l'amiial Nelson, ont couronné de gloire l'administration 
de Pitt ; et ce grand ministre, toujours en éveil, ne casse 
d'agir sur les puissances continentales pour les faire se coali- 
ser avec l'Angleterre contre Bonaparte, Celui-ci est exas- 
péré, véritablement hors des gonds. La grande victmre qu'il 
vient de remporter sur l'Autriche, à Austerlitz (2 décembre 
1805), n'a pu elle-même rasséréner son àme. 

Mais vous me direz : qu'est-ce que tout cela a k foire avec 
ses démêlés avec le Pape ? Vous oubliez, messieurs, le rôle 
qu'il avait assumé, celui de Charleraagne. Bonaparte se 
regardait comme l'empereur de Bome : " Je suis Charle- 
magne, disait-il, l'épée de l'Eglise, l'empereur de Bome '", 
C'est en toute lettre dans sa correspondance. De fait, l'Italie 
tout entière était maintenant sous son protectorat et sa 
dépendance. 

Il avait fait au pape la faveur de lui laisser un lambeau 
de territoire ; mais à la condition que le pape se regardtt 
comme son vassal, reconnût et approuvât tous ses empiète- 



l<~~Mittoire de Napoléon 1er, par Lanfrey, t. II, p. 445. 
2— Le Corretpondml de 1868, t. II, p. 216. 



— 81 — 

c'est ,u.n nw ;a:'irr; ^ ïaî ^^7 r'^"- 
,ue >e w-rcp^ïxtrrr '" -' " ~ 

recevoir aux prttentiôLT^S^ ^^P™*' """ «» «^^ "on- 
sacerdotale, dan. CeiriHJ j f ""«""l"*' ^«^ent 

oon«,ntira à laiawr amoindrir le »tri2^^ ' '' ■"" 

ni à reconnaître à BonupaS l .,^7 ' "*"" ^'«"«' 

à épouser «,, quereU^ "^ '"'' '""P^""-' -^o «""ne, ni 

deJoÏreTtrJ^irdllir't "^•""-""- "- - 
effet. -.o^s no J „;i\'„t';/; '• P°l''Wue, dont, en 

«oigne, combien plus Tedev^Ll '^""^ ^"J""'» 

P-dre part ^^^Z^ZZ^^T'''-''' '" 
que des sujet, politiques, dans h^^T, *"" "'"''* 

attaqua, et où se trouve "Le «r^^"" "'«" l"»' 
catho^,^ (l-AutricheT" ■* ' '""' '"'''^"'=« 



— 82_ 



"I 



Bonaparte aoup<^Dne, et avec ration, Conaalvi d'être du» 
tnûtf. cette afliure le principal appui du pape ; et il rëolame 
acn l'envoi de la êecrétairerie d'Etat. Conaalvi m retira de 
lui-même ; mais il est remplacé presque aussitôt par un autre 
cardinal non moiusdévouéauSaint-Siège, et peut-être encore 
plus énergique, l'illustre cardinal Pacca '. 

Saluons ici, messieurs, ces deux noms, Conaalvi et Pacca : 
jamais peut-être. O^^s toute l'histoire, la Papauté n'eut de 
ministres plus t<"s, plus nobles, plus iutelligents et plus 
dévoués I 

Ah ! si le pag c Pie VII eût pu les gardtr iivec lui I Mais 
la politique de Napoléon était précisément d'isoler le saint- 
pire ; et que peut faire l'homme le plus saint, le plus éner- 
gique, lorsqu'il est aux prises avec la force brutale d'un 
potentat sans scrupule 7 

Les grands succès enflent le cœur : Bonaparte promine ses 
années victorieuses & travers le continent, et réduit toutes 
les puissances à ses volontés : Rome seule lui résiste : il 
veut en finir avec elle. II fait occuper successivement par 
ses troupes Ancône, Civita-Vecchia, toutes les villes pon- 
tificales ; puis il ordonne au général Miollis de s'emparer de 
Borne elle-même, et de gard<^r le saint-père à vue dans sa 
capitale, après en avoir chassé tous ses cardinaux, y compris 
son secrétaire d'Etat, Miollis accomplit tous ces ordres avec 
une brutalité révoltante (2 février 1808) : des canons sont 
braqués en face du Quirinal, séjour du saint père; et un 
officier français va prier le cardinal Pacca de quitter le 
palais : " Je ne puis sortir d'ici, répond le cardinal, sans la 
permission de mon souverain." Puis il écrit un billet au 
saint-père pour l'informer de ce qui se passe. 



1—Entre Conialri et Faoca, les cardinaux Casoni, Doria et G*- 
brielli exercèrent sucoeaaivement, mais fort peu de temps, les 
fonctions de secrétaire d'Etat. 



— 88 — 

Vh^l>''Z%T'""' ■=•«"?'=*■"'. P«"t^t« unique d.„. 

devant de lui, et je ?„ 1™!^! T^"" ' '" '""""' »» 
j'avai, entendu Jl? V»; l "^ "" P''^"<""*''e dont 

montrai nrin H» m™ i oomi-pere. — ,)e le lui 

" Alors t l ' ""' '"^""'« «spectueuse. 

«nnon Vvot^lZ,"'"™*''' .^«" '"■ - A"ez. dit-il. 

'•oppeler catholTue je ^ °'"'"' ''"' "'«' ^"«"-^ 

^urcesvioZr; o„;„:rre„''i^r "' '^ '-' -"^ 

de tous .es oonsei.i;„. S^2e ZT^'T ""^ ' ""' 

ob.. aux o'::rd.uLt::LS";r:ïtVr ""'^ 
;i.ee.se.,uvJ::-zïSt::2:r:i:/:,r 

je le déclare responsable des suites de cet «tfp„ , ' ^ 
inouï " " attentat énorme et 

p.ii"r^" r;rr„tr,i -ri 7"t 

98int-père qu'il nmmit ^ 'rançais les paroles du 

"aCi» ^ "PP"'" fidèlement au général 

Alo« le pape, me promeut par la naain : " M. ifS! 



11 






— 84 — 

nal, me diuil, allona ; " et par le grand eiotlier, au milieu 
dei ierTiteun pontifioaux qui l'applaudiitaient, il remonU 
dam aes appartements, et m'anigna trbia pièce* voisines des 
siennes, où j'eus l'honneur et la consolation de demeurer 
jusqu'à la fatale nuit du 6 juillet." 

Ceci se passait le 2 février 1808. On oonseillait au saint- 
pire de prendre la fuite ; mais il déolara aveo énergie : 

" Je ne quitterai le Saint-Siège que lorsque la force vien- 
dra m'en arracher." 

" La sage résolution, dit Pacca, que prit le Pontife de ne 
point abandonner le poste sublime où la IVovidence l'avait 
placé, passera à )a postérité comme une preuve irréfragable 
de aa grandeur d'ftme, de son généreux renoncement à lui- 
même, de la pureté de ses intentions, et enfin de la justice 
de sa cause." 

Le 6 juillet 1809 est une date à la fois lugubre et mémo- 
rable. Ce jour-là, la force brutale vint en effet arracher de 
son si^ge le souverain pontife. Un décret impérial ayant 
été lu dans Bome, ubolissant le pouvoir temporel. Pie VII 
prononça l'excommunication contre les auteursde cet attentat. 

Le général Badet assiège alors le Qnirinal, pénètre dans 
les appartements du saint-père, l'enlève de force, ainsi que 
le cardinal Pacca, et les fait monter tous deux dans une voi- 
ture bien fermée, qui se dirige vers le nord de l'Italie. 

Pacca a laissé une foule de détails sur ce voyage si pé- 
nible : je ne puis en signaler que quelques-uns : 

A Bolséna, un moine franciscain, ne sachant pas qui était 
daus la voiture, s'approche de Badet, avec qui il paraissait 
très familier, et Ini parle d'affaires : " Oh I quel coquin de 
moine I " fit le pape. 

En Savoie : ' Ces bons Savoyards, dit Pacca, se précipi- 
taient sur notre passage, s'approchaient de la voiture, où ils 
espéraient voir le saint-père, s'agenouillaient et pleuraient, 
demandant d'être bénis." 



— 86 — 

dei fleur, d.n. la vnitn« 'a "".•'•'"'" Pewonne, jeUient 
•«. Wnir. vZ d-entTT"*"'' '"" ""■'' "•«»»' 
!•«' maigri, »int-pé7Î Th ''.''"' = '^'"' "°'" «^« 

qu. l'on vou. faitïffriH " " ""' '"' '^"'^" "'«"'"»■" 

-« dirai pa, .e„leme„t prodlieuxT 1"" '•*"'•<"«■ J« 
A Omnoble, il fcllut ^"^ ] '"*""' «"maturel." 

'.p-~r::s!;r,s-^---ere. 

<fW/^■7n> irr'"': '^-'••V«fc ,„/u* 
fièrent ,ue Z^IC^'^''- ^''"''■'-''' ■»"' ^ - ^.ri. 

^tizs^ f:r::-:r ? ^-^ '--^ '- -- 

Coa«lvi et Pacca. BonaZl , * '"^' """='*"» ™°'«e 
Pari.: Pari, était deve'rt eV/"] '""' '"' ^«''" * 
«»pitale .iu monde catholique et r1 T "° *"''"«■ '" 
ville «.condaire de Y^Z I ^ L t" P'"' '"'''"'« 
pape d'être lo chef .pirSe ohl '""■ ""«"« ""■ 

di« rctxiroir '' ;-*" «-»-- «« 

personnelle. Mai C n «Z nZ '""™''°' '""^«"''^ 

""'--—- "er:::t:r.rit£r 

1—!. Msohabée,, V, 62. 



Moocorr nsatuîioN ibt ch«it 

(ANSI and ISO TfSI CHABT No. 2) 



1.0 ifiâ 1^ 

m lié g 22 

[ï la *■ 

£ 1^ 12.0 




i:25 i 1.4 



l.â 



^ APPLIED IIVMGE 

^^ 165J Cm) Main Strnt 

p^S «oclKsIir, N(* rorfc 1*609 US> 

^ (716) 288- 5989 -Fo- 



— 80 — 

dînera, aux soirées et aux fêtes, pendant que le saint-père, 
leur souverain, était en prison à Savone. 

Un incident très grave vint bientôt mettre en relief la 
faiblesse et la légèreté de leur caraolère. Il s'agit du ma- 
riage de Bonaparte avec Marie-Louise d'Autriche. Le but 
de ce mariage était d'assurer, ai possible, un héritier à l'Em- 
pereur, Joséphine ne lui en ayant pas donné. Mais avant 
de contracter cette union, il lui fallait taire annuler la pre- 
mière ; et si peu régulier qu'eût été son mariage avec José- 
phine, qui avait eu lieu la veille mfime de sou sacre, sans 
autre témoin que le célébrant, le cardinal Fesch, la dissolution 
n'en pouvait être prononcée que par le pape, d'après la règle 
constante de l'Eglise, laquelle a fort prudemment réservé au 
Saint-Siège les causes de cette nature, lorsqu'elles intéres- 
sent la personne des souverains. Or Napoléon, bien décidé 
à se passer du pape, qui était son prisonnier Ji Savone, 
arracha, pour ainsi dire, une sentence d'annulation à l'offt- 
cialité diocésaine de Paris, qui doutait avec raison de sa com- 
pétence dans une pareille cause '. l'uis il fixa la date de 
son mariage avec Marie-Louise, et fit inviter tous les cardi- 
naux à y assister. 

Consalvi ue voyait pas d'objection à assister aux grandes 
réceptions qui devaient avoir lieu aux Tuileries la veille et 
à la suite du mariage : c'étaient des cérémonies purement 
officielles. Mais il se refusa absolument à assister à la céré- 
monie religieuse de ce mariage, qui avait lieu sans que le 
pape, à qui seul appartenait ce droit, eût été appelé à se pro- 
noncer sur la validité du premier mariage, et par conséquent 
au mépris des lois de l'Eglise : l'exemple de Consalvi fut suivi 
par onze ou douze de ses confrères. Une quinzaine d'autres 
cardinaux, au contraire, eurent la faiblesse de se rendre à 



l_Voir dans le Corrtapondant de 1888, t. IV, l'article de M. 
WeUohinger sur le Divorce de Napoléon. 



— 87 — 

tous les désira de l'Empereur, et burent le calice de la honte 
jusqu'à la lie. 

Qu'on juge de la colère de l'Empereur, lor.„iu'iJ constata à 
son mariage, l'absence de Consalvi et de ses eollèi-ues 'i 
leur fait aussitôt signifier l'ordre de quitter Paris et les 
disperse cà et là dans les villes de province : il raie leurs 
noms de la liste des cardinaux auxquels il accorde un trai- 
tement, et leur ddfend même de ],orter la iK.urpre. De là 
1 appellation de cardinaux noirs qui fut donnée à ces véni. 
rab es princes de l'Eglise. I^s autres, au contraire, à qui 
seuls ,1 était permis de porter la pourpre, s'appelaient cardi- 
naux ronges ; et leur influence auprès de l'Empereur au.r 
menta en proportion de leur bassesse et de leur servilité 
i-ux seuls pouvaient pénétrer jusqu'au saint-père à Savone' 
et Ils en profitèrent, à l'instigation de Bonaparte, pour l'obsé^ 
der de lâches et indignes conseils. 

Faut-il s'étonner que le suint vieillard, accablé sous le 
poids de l.nfortune, des infirmités et de la misère, poursuivi 
d ailleurs par les obsessions de ces cardinaux qui étaient 
censés les conseillers naturels de la Papauté, ait accordé à 
1 Kmpereur ortaines concessions qu'il regretta plus tard î 

Et pourtant celui-ci ne se tient pas encore pour satisfait • 
e pape, a Savone, est encore trop loin de Paris. Il faut „„'il 
1 amené à Fontainebleau, afin de peser lui-même sur ses 
resolutions de tout le poids de sa force, de ses menaces et de 
son omnipotence. 

dt 1 Eglise, dont .1 a besoin, il veut du moins se passer du 
pape. Le fait que le pape seul peut donner l'institution 
canonique aux évêques dérange ses plans. Mais cette insti- 
ution ne pourrait-elle pas être accordée par les métropoli- 
tains ? Si le pape le veut... Et c'est cette concession, sur- 
tout, qu il prétend lui arracher. 



— 88 — 

Le cardinal Pacca nous mconte dans aes mémoires la 
manière vraiment atroce avec laquelle on avait transporté le 
saint-père de Savdne à Fontainebleau : voyage de quatre 
jours et quatre nuits, sans le moindre arrêt : 

" Cette conduite violente et barbare envers le souverain 
pontife, dit-il, fut pour Napoléon le dernier péché qui, 
comme nous l'apprend l'Ecriture, lasse enfin la longanimité 
du Seigneur, et arme son bras de la verge de ses vengeances." 

Le saint-père arriva moribond à Fontainebleau le 20 juin 
1811. C'est justement à cette époque que Bonaparte entre- 
prit cette absurfe campagne de Russie, qui devait lui être si 
fatale. 

Il avait dit un jour, en parlant du pape : " Croit-il que 
ses excommunications feront tnmber les armes des mains de 
mes soldats ? " Dans la campagne de Russie, soit par le froid, 
soit par la misère, les armes tombèrent littéralement des 
mains de ses soldats ! On assure que pas moins de cinq cent 
mille cadavres de Français et d'alliés de Français échelon- 
nèrent la route de retour de Moscou à Paris. 

Et c'est à son retour que Bonaparte, comme pour se ven- 
ger de la Provi.lence, entreprit le siège. ..de Fontainebleau. 
et arracha au saint-père, exténué de misère, à moitié mort, 
le funeste concjrdat par lequel il renonçait à la souveraineté 
de Rome, et s'engageait à donner l'institution canonique aux 
évêques dans un délai de six mois, après lequel l'institution 
pouvait être conférée par le métropolitain ou le plus ancien 
évêque suffragant '. En l'etour de ces concessions fatales, 
Bonaparte accordait la mise en liberté de tous les oaidinaux 
(23 janvier 1813). 

Il y avait trois ans et demi que 1" cardinal Pacca gisait 
écroué dans l'affreuse prison de Fénestrelle, nid de vautours 

1 — Hisioirt de VEtjUst, par l'abbé Beurlier, 



»l 



— 89 — 

trouver" ■•''!'"™'''.''"-"' ^'"^ ■'''PP''"eme„t d„ pape je 

deur . Je „e vous attendais pas sitôt." Je lui rc^pondis al 

oILT/ • ' '"' '^""K"" ■""■' '«'"'-'"'"n pour" 
cou âge héroïque avec lequel il avait souffert une si longue 
es. dure capt.vité. Il n,e répondit avec l'accent de la pi 

rouler dans la fange...Ces cardinaux m'ont tmlné là. rêvant œ 
bureau, et m'ont fait siimer " T^ .,i '"^ '-^ oevant ce 

la trirfL • ^'«''«r... Le silence de cette solitude 

la tnstesse peinte sur tous les visaces, la douleur nrofond. 
dansjaquelle le saint-p^re était pfongé. l'accuéuaurS 
qu mattendu que je venais de recevoir, me causèrent un ser 
rement de cœur plus facile à ima - qu'à décrire .'• 
Eien „éta.t désespéré, pourta.., messieurs. "Dans la 

art, les de Fontainebleau ne devaient pas être publiés" 

corda! :uir '""'' -^"^ '»""'■' '«' P^^"-™- -!■- con 
secret rji" P™? f"'' '" "^"'^^^ dans un consistoire 
secret, comme le veut la constitution de l'Eglise " 

Avec des hommes comme Consalvi et Pacca, il pouvait 

ntrfrir'"'^'?"^''^'' ""P-'«''asoi;n„eUren 
contre la vio enco qu. lu. avait été faite, et publia un Bref 
décW nulle la convention signée, et retint par ^n 

a rtt^r^'" rr'°" ''•'■" ''^"' '"'«' -^'«^^--^ 

a iinotitutiou des évêques..." 



■'i 



— 90 — 

A peine le saint-père eut-il accompli ce grand acte répara- 
teur, qu'il ae sentit soulagé et reprit la sérénité de son âme. 
Il n'était plus le même homme, et paraissait rajeuni de 
vingt ans. 

Le cardinal Pacna répondant d'avance, avec son tact admi- 
rable, à une objection qui pouvait peut-être un jour hanter 
certains esprits : 

" Le saint-père, dit-il, avait promis et acooi-dé ce qu'il ne 
devait ni promettre, ni accorder, mais il n'avait pas enseigné 
une doctrine erronée. Il est tombé, il est vrai, matérielle- 
ment, dans une faute grave, mais non dans une erreur en 
matière de foi ; or les plus ardents défenseurs de l'infaillibi- 
lité du Saint-Siège n'ont jamais soutenu que les papes, qui 
sont infaillibles dans l'enseignement, le soient aussi dans leur 
conduite ou dans leurs actions." 



li\ 



Nous n'avons plus que peu de '' >e à ajouter. La cam- 
pagne de 1813 contre la coalition ôt , ,uissances européennes 
fut, en somme, désastreuse pour Napoléon; et après les trois 
journées de Leipzig, les alliés entrèrent en France avec un 
million d'hommes. La déclaration soleniioUe qu'ils firent 
que ce n'était pas à la France qu'ils en voulaient, mais à 
l'ambition démesurée de l'Empereur, fut extrêmement fatale 
i\ celui-ci. La France comprit qu'elle devait séparer son sort 
du sien, et Bonaparte se vit peu à peu isolé, délaissé, même 
par ceux qui auraient dû lui avoir le plus de reconnaissance. 
Et nunc, reges, intelligite... 

Impuissant à garder le saint-père à Fontainebleau, il l'en 
fit sortir, non pas pour lui rendre la liberté, mais pour le 
renvoyer de nouveau à Savone. 

Bientôt cependant il se vit obligé de signer sa propre 



— 9I_ 

«bdication à Fontainebleau (6 avril 1Sli^ j , 
"«■ne où il avait tant h„m L , ^' **»" '« !»'«» 

pour ainsi di,e r^^e à 1 „ T °' " ''^^*" '»"^- 
articles dont je viens dTpaJ: ' '' "«""'•=' ''■"'" 

successivement Fontainebleau ot ^ "^ '"'°"' "î"'"^ 

d'abord, puis à Imola, SZTZZL " ""1' ' ^°'''«"'- 
patrie I. .nt. danl sa L^lt tîWu ''''""■ ^' 

dience; et voici Te a u"! . ^^'"' "'^""'^ * «O" au- 

tion à son cle^l ' ' ""' "'»" " '''■'»" "ans une allocu- 

admirable par sa patLce ' I^.. ^^' '"" ''"'"""^- "' 
tant de trib'Xtions e de "iTonlnef » r*"' '""'"^^ P" 
cesse ses mains pu,^, verale cfe '"t^""'"' '^'*™"' ^"« 
toute 1. Charge. p':ste::. ' ^ pTe^I 2^ •^™' " P»'^ 
recommandé à lui ainsi on„ nV P, \''°''' "«us sommes 

confiésànossoineenoraCr: ''!'"" '" «^«- 
nelle... i." ' *™°' '««u sa bënédiotion pater. 

-.p.~...^r.,'ï."n'ïci:î? 

'~*''"''™'"" "" ^"«î"" * ««««, t. III, p. ,55. 



— 92 — 

Cannes, et sa marche vers Paris, ramassant çà et là les débris 
de son ancienne armée, et voyant accourir à lui ses ancien» 
généraux, qui venaient pourtant de prSter serment k la 
royauté. Lorsqu'il rentra à Paris, Louis XVIII venait d'en 
partir, ayant oublié d'emporter avec lui son trône. Bonaparte 
n'eut que le temps de s'y asseoir. Les alliés, qui n'avaient 
pas désarmé, se montrèrent presque aussitôt, bien décidés, cette 
fois, l'Angleterre surtout, à en finir avec ce " géant furieux " 
qui ne cessait de troubler la paix du monde ; et la fameuse 
journée de Waterloo (18 juin 1815) " consomma, suivan', sa 
propre expression, sa carrière politique '." 

Le rocher de Sainte- Hélène lui fut assigné comme dernier 
asile; et c'est là qu'il expira en effet le 5 mai 1821. 

Pie VII, son humble et sainte victime, lui survécut quatre 
ans, après avoir eu le bonheur de voir rentrer sous sa houlette 
tous les Etats de l'Eglise, moins Avignon et le Uomtat 
Venaissin ; 

" Au cougrès de Vienne, dit l'abbé Drioux, les représen- 
tants des différentes puissances furent unanimes à rétablir la 
puissance temporelle du SainVSiège. Ils comprirent que le 
pape devait être indépendant, et que pour cela il ne devait 
être le sujet d'aucun souverain." 

Si le dix-neuvième siècle a fait faire bien des progrès au 
monde. Une paraît pas avoir amélioré la situation temporelle 
de la papauté, tant s'en faut. Espérons que ce sera l'œuvre 
par excellence du vingtième siècle. 



1_" Le général anglais a dit de la journée du 18 juin, qu'elle avait 
été " une journée de géanti." On ti^ saurait la qualifier plus jus- 
tement. Jamais armées ne s'étaient livré de plus furieux, de plus 
sanglants assauts. Mais malheureusement pour la France, jamais 
non plus armée française n'avait subi défaite si terrible, .1 funeste. 
(HUloirtdelacampagntdiMii, IKafB-ioo, par le colon' Charnu). 



— 93 — 

Et maintenant,,! voua me demandez. m,«ie„r,. ce que 
Ion faisait, ce que l'on di«.it, ce que l'on pensait au C^naT. 
au cours dea grands événement, dont je viens dCuisser 1 

comme, malgré 1 absence des communications rapides oue 
nous avons aujourd'hui, Ton suivait d'assez prés tous c^I 
^v^nements. L'évéque de Qu.^bec, M- Denault, d' „^ 
M- Pless.s, ensuite, tient ses fidèles au courant de ce , ^ e 
passe au centre du monde catholique; il sympathis au, 
infortunes et aux c'preuves du Chef de l'Kglise. efil Tlon e 
des pnèr^ publiques pour la conservation, i pa . et le t om 
Phe du P re commun de tous les fidèles. Puis' qua d 1 " 
P«te semble s'apaiser, il prescrit un Te Deur. dans le, 1,1 
afin de rendre grâces au Seigneur ^ 

Les documenta de l'époque, au moins ceux que j'ai pu p„r 
counr, ne permettent pas de douter que les Cuiadieûr/,^ 
« uéra, ne sympatbisè.nt nuUementli avlc laZt C 
n. avec Bonaparte. Kestës français de co^ur c'est A l'a„ 
cenne France que 'eurs souvenirs, leurs sentiient^e 1 u ,' 
déea se ra.ta.ha,eut ; et les excès de la Révolution, non p h 
quel ambition démesurée de Bonaparte, n'ottVaien rien „„ 
put sourire à ces âmes amoureuses de paix, de tranqn litéT 
let Ir T'"'"- """ '"""''' i^Angleterre ti ti 

r^uS S'it:: -r "■^•™ '^'^^ ^'-'«^ - -- 

On n'est donc pas surpris d'entendre un des grands vica-^es 
m ntBonapari«fe^fea„rf«i£„„p,_. et le coadjuteur do 
l J""^ '"^ "'"'<'«"'«■" d'action, de grâces à l'occa 
.on de s, défaite à Waterloo, lui donner le titi. d',«„.;:::; 
A pouvotr. et de pertnrbaUur de V Europe \ 

I-Mandemenu d« £„«,„„ rf, ç„^j„_ , ,„^ ^^^^ ^^ ^^^ 




[ai: 



_94 — 

Mais je ne puis ré«istet au plaisir de vous citer un extrait 
de ce mandement, tant il me semble bien exprimer ce que 
Von i«n«ait au Canada de Napolfan, et du dénouement tm- 
nique de sa carrière militante : 

" U Providence, dit le [.rélat, avait, l'année dernière, cou- 
ronné d'heureux succès, en Europe, les arme» de Sa Majesté 
Britannique, et de ses alliés. Le dominateur de la Francf 
avait été réduit à abdiquer le pouvoir suprême, dont il ne 
semblait user que \>om troubler le continent. U avait été 
contraint de se réfugier sur l'Ile d'Elbe, où on m. avait 
accordé une retraite plus honorable qu'il ne paraissait 

mi^riter. .,.,„, i 

"La paix avait suivi dr tels 9Uccès...Mais hélas I à peine 
une année s'est éuulée, que le perturbateur de l'Europe, ton- 
jours dominé par son insatiable ambition, contre sa parole et 
la foi de son traité avec le» puissances alliées, est revenu en 
France, usurj^r l'autorité souveraine, et par là menacer le 
monde de nouveaux troubles... 

" La Grande-Bretagne n'a pa» h^"'^ à reprendre encore 
une fois, conjointement avec ses alliés, la cause de l'Europe 
alarmée Dieu s'est plu i favoriser leurs armes, déjà tant de 
fois victorieuses. l'immortel Wellington, à la tête des braves 
troupes qu'il commandait, a défait complètement à Waterloo 
le 18 juin dernier, l'armée formidable commandée par l'usur- 
pateur en personne. 

" Cette brillante victoire a non seulement couvert de gloire 
notre aimée, elle a encore terminé promptemeut une gueire 
cnielle, rendu la paix à l'Europe, rétabli Louis XVIU sur le 
trfine de ses pères, et enfin conduit Napoléon lui-même entre 
les mdns puissa .tes de l'Angleterre. Puissent de tels événe- 
ments nous assurer une paix plus durable que la première 1 
C'est ce que nous devons supplier la divine Providence de 
nous accorder, après lui avoir rendu de publiques actions de 
grâces pour ces derniers succès..." 



— 95 — 
Voilà ce qu-ëcrivait le 18 septembre 1815 troi, ,n„; • 

■ me semble dvHent. mewieu». que c'e.t que l'on e,t ,aI 



tn termmant me„.eur,,pern,ett«z-moi,lo vou, remercier 
de attention ., .ndulgente .,„e vous avez bien vouir^o 
«.nie, et vous, M. le Kecteur.de l'honneur que von.W 
fa.t e,„.., iter à remontrer un «uditoi,.\u. , stTnJ 
Je na,p«,ae reine â me rooonnatt™ bien inférieur tTh 
tâch« et . l'u.une,. que j'ai acceptas. J'ai accepta cepeu 

volont. . rVM de cette v.nCL InSTd Z^^ 
attaché de cœur jusqu'au dernier souffle de ma vie. 
I-Onole materne. ..„ Son Erainenc, U o.„;(„,l T«.h.,«u. 



QUATRIEME CONFÉRENCE 

M- l'âbb* A..H. OoMiu» 



LK XIX' SIÈCLE 

'■""'"•"""""•"'"«••"'"■■ " C.»™.*.,* ,*,, 
M. le Secteur, 

Messieurs, 

cependant ent,« t ,' t;"'' P" "ï-fn^"" i'-I-ort.nt 
mieux d'y Lve„L tou H '' '*'"*' "' '« «««"«".qu'il <St.it 

-'eau eL~x :r:xr.r''r'""^ '^ 

colonne, du ttple dat Jr"'"- "''"" * ^'>"""" '- 

bHae. oe eon»rdar^:!itr:;r.::rt:::T.c^^ * 

«u pnx de tant de sacrifices "*"'«' "' 

^M .«a., co™i^^ra{::e7e";i:^":,.: r-- 

r«ut..t. d:t^r " e^ r .r;rj:; 7P-*.es. et 
P ■ "« '»"''«. 1 auguste Chef de 



m 



l'Eglise universelle ; puis enfin, et surtout, parce que le con- 
cordat, au tournant de deux siècles, marque dans l'histoire le 
commencement d'une ère nouvelle, toute différente de celles 
qui l'ont précédée, et dont on peut dire avec encore plus de 
vérité que le poète latin n'a pu dire de son époque : 
MagnuB ab intègre Btcilorum nasoiiur ordo \ 



Au reste, on ne peut s'attendre, à propos du concordat de 
1801, à ces scènes émouvantes que le cours des événements 
fit passer l'autre jour sous nos yeux. Le concordat fut une 
œuvre d'apaisement et de régénération ; et ce n'est qu'inci- 
demment que dans le travail préparatoire à ce grand traité, le 
Premier Consul fit entendre quelques-unes de ces notes 
brutales qui répandaient la terreur autour de lui : j'en ai cité 
une danù ma dernière conférence. Le concordat, c'est le soleil 
bienfaisant qui réapparut soudain au-dessus de l'Eglise de 
franœ; c'est la brise attiédie qui dissipa les nuages amon- 
celés par le schisme constitutionnel ; c'est le fiât lux, la parole 
souveraine qui ramena l'ordre et ressuscita la vie dans ce 
cahos où se trouvait alors la France. 

Aucun autre mot que celui de cahos ne me parait mieux 
exprimer, en effet, l'état de l'Eglise de France au sortir de la 
Eévolution. Quand on songe que sur les cent trente-cinq 
évêques que comptait alors cette Eglise, il n'y en avait que 
cinq ou six qui étaient restés dans le pays, et encore de la 
manière la plus secrète, comme autrefois les pontifes des 
catacombes : tous les autres avaient pris le chemin de l'exil, 
plutôt que de prêter le serment exigé par la constitution civile 
du clergé ; plua de vingt mille prêtres avaient émigré égale- 
ment. Ceux qui étaient restés en France étaient entrés, pour 



l_4e iglogua de Virgile. 



— 90 — 

1« plupart, dans le schisme, attachés aux ^v 
lonnels qui s'étaient substtnr!.,.? ^"^ "'"«"■'>'- 
dont le chef reconl ï '"' '" '"r ""^ '»"'»«1«<'. «' 
petit nomb« de pr«;ltu,eïelt 7' "'^"^ " ^" "*» 
et au g^nd p,SriI de ZTZI'LT''''''' ''''''''''''''^'' 
"oI& çà et là. Partout l! A- ! '"""Pe»"* de fidèles 

m^saucultecaSue .es""''' '1"°' ""°'«»^°' f-- 
^t^ confisqua au'p^fltlrÊtaT '"""' «'"'""--' 

Maisavecsong^i! ei"*^-'' ■'Pf'Ç-' •=«"- de l'Eglise. 

«tholique en France sans Z mett ' '^'"""'«■»'"" du culte 

de l'Eglise, sans le «ncours dTs^rk^r" ^"° '^ ""^^ 
un concordat. . ^amt-biège, en un mot sans 

Qu;est.ce, en effet, qu'un concordat, messienr, 7 o 
mot 1 indique, c'est nne nnn. .• "essieurs ? Comme le 

contmctanls tomtent dw:H ""■ '""™'^' «"«■"- P««ies 
gent réciproquement! oll? "" """"'"^ ?»""»• «' »'e»ga- 
'^gler leurra;;;;' enî:;: "'''™ ««■■»'- oui doive'^t 

--.3.ns doute, est i^e^r ^"2 dcm^^ 

■"iX^rtyC lTg,'û"î 'f 'f;-^»' «' -ouve«i„ ohe. 

■^e l'Etat, TBtat e„api'te;„rdt"te„H!!'','*'''"'"°"^'"''«''« 
'■Egl»e i et .i, <u„. .„„ do^^'/fj'»^ ■^«'»- '» oonstitutioude 
dans son donaine elle doit ^ ' "'* «'PMI* par elle 



— 100 — 

maia ce sont précisément les limites de ee domaine qui, en 
pratique, font l'objet des discussions : 

" Rien de plus dissemblable, assurément, que ces domaines, 
écrit le duc de Broglie ; mais rien de plus indécis que leurs 
limites ; et l'entreprise de tracer entre eux une ligne de 
démarcation est véritablement la quadrature du cerde qui 
fait le désespoir des mathématiciens politiques. 

" Il y a tout un ordre de questions connues sous le nom 
de matiirea mixtes: terrain de contact nécessaire entre 
l'Eglise et l'Etat, mais terrain toujours disputé, oii la paix n'a 
pu être établie que par un échange réciproque et concerté de 
concessions et de garanties. Telle est l'origine, la raison d'être 
des concordats '." 

N'allons pas croire, en effet, messieurs, que le fait de con- 
clure un concordat avec le saint-siège en 1801 fût une chose 
nouvelle en elle-même. Il existait en France, avant la 
Révolution, un concordat, qui remontait à l'an 1516, et était 
l'œuvre du pape Léon X et de François 1'^'. Ce qui était 
nouveau, c'étaient les conditions absolument extraordinaires, 
inouïes, presque étranges, dans leaiiuelles allait se conclure 
le concordat de 1801. 

On a même prétendu— et que ne prétend-on pas ?— que ce 
concordat n'était pas nécessaire, et que l'Eglise de France, 
laissée à elle-même, dans les seules conditions de la liberté 
ordinaire, aurait pu parfaitement se relever de ses ruines : et 
il y eut, comme vous savez, une petite portion du clergé 
catholique, ou prétendu catholique, qui ne voulut jamais 
reconnaître le concordat: on l'appela pour cela la Petite 
Eglise. 

Pour moi, la question de la nécessité, ou tout au moins de 
la grande opportunité du concordat de 1801 me semble 



l_Le Corrcapondamt de 1892, t. IV, y. 606. 



— 101 — 

suffisamment résolue par le seul fait que le saint-père attacha 
à la conclusion de ce traité une très grande importance, qu'il 
y mit tout son cœur et toute son âme. qu'il se déclara prêt 
à f^re les plus grands sacrifices pour satisfaire les exigences 
du Premier Consul, et que pour réussir il eut à triompher 
d obstacles en apparence insurmontables, même au sein du 
oacré-CoUège. 

Qu'étaient, en effet, messieurs, la plupart des cardinaux 1 
Des hommes absolument attachés à l'ancien régime, et qui 
ne concevaient rien de bon en dehors de l'antique alliance 
du trône et de l'autel. Les Bourbons et la Foi ! tel était 
leur motto politique. Pour avoir une idée de leur attache- 
ment à 1 ancien régime, il suCBt de se rappeler que. sur leura 
pressantes instances, le pape Pie VII. tout ouvert qu'il était 
aux Idées nouvelles, se crut obligé de notifier son accession 
au trône pontifical non pas à Bonaparte, chef de k Eépu- 
bhque française, mais à Louis XVIII, successeur de Louis 
XVI de droit divin. Et quant à Louis XVIII, vous savez 
messieurs, qu'il était si pénétré de son droit héréditaire et 
divin que lorequ'U monta sur le trône pour la première fois 
en 1814 il data ses premiers actes de la dix-neuvième année 
de son règne ! c'est-à-dire que c'est lui qui était censé avoir 
..gné en France tout le temps de la République et de l'Km- 
pire! II avait ^our représentant accrédité auprès du Saint- 
Siège le cardinal Maury, dont le rôle principal était d'entre- 
tenir soigneusement l'hostilité de ses collègues contre Bona- 
parte ^ 

Kt maintenant le saint-père, sous prétexte de rétablir la 

1-On connaît le mot de Loui, XVI sur Maury, alors qu'il n'était 
encore que simple prêtre. Un jour qu'il avait prêché à Ve^aille, 
C est dommage, dit le roi, en sortant de l'église = si l'abbé Maurv 

(L Egl^e et l'Etat au 18, ,i»cl,, par P: de Crouzaz Crétet, p. 280). 



— 102 — 

religion en France, allait se rapprocher de Bonaparte, recon- 
naître, pour ainsi dire, cet usurpateur, et pactiser avec lui ! 
Cela n'entrait pas du tout dans leurs idées. La faction 
autrichienne surtout, qui avait fait durer trois mois et demi 
le conclave de Venise, et reconnaissait pour chef le vieux 
cardinal Antonelli, se montrait absolument réfractaire à toute 
idée de rapprochement avec le Premier Consul de la France 
révolutionnaire. 

11 fallut que le saint-père montrât dans toute cette affaire 
du concordat une longanimité et une patience infinie. Avec 
un pape moins ouvert aux idées nouvelles, moins favorable- 
ment prévenu en faveur de Bonaparte, jamais le concordat 
n'eût été possible. 

De son côté, que d'obstacles le Premier Consul ne rencon- 
tra-t-il pas dans son propre entourage ! Ses principaux con- 
seillers, ses ministres, mais ce sont eux qui avaient fait la 
Eévolution, et qui en profitaient : ce sont eux qui avaient 
fait voter la constitution civile du clergé et créé le schisme 
en France i ce sont eux qui avaient mis la Religion et l'Eglise 
hors la loi ; et l'on voulait maintenant les obliger à se rap- 
procher du pape, à rétablir la religion et à relever les autels ! 
Pouvait-on espérer qu'ils allaient se prêter si facilement aux 
désirs du Premier Consul ? 

On ne peut se figurer les embarras de toutes sortes qu'ils 
lui créèrent ; et il eut, comme l'observe avec raison M. de 
Broglie, un mérite réel à triompher de leur mauvaise volonté. 
On sait, par exemple, qn'il eut toutes les peines du monde à 
les faire assister, dans l'église de Notre-Dame, à la messe et 
au Te Deum qui suivirent la conclusion du concordat : il 
fut même obligé d'user de menaces ; et s'il y avait eu là un 
Molière, observant avec soin, dans cette circonstance mémo- 
rable, l'attitude de Cambaoérès, de Sieyès, de Talleyrand, de 
Fouché et autres, je crois qu'il n'aurait pas eu de peine à 
k créer une pièce intitulée ie Divot malgré lui. 



— 108 — 

Faut-il s-^tonner que tous les otetaole, que le saint-père 

C est en effet peu de temps après Marengo (14 juin 18001 
que Bonaparte s'ouvrit au cardinal Martinlane, à'^,?" 
^n projet de rétablir la religion en F«„ce. et de conol'uî 
pour ce a un t.ité avec le Chef de l'EgHse citholiqu 

Son but sans doute, était avant tout un but politique • il 
-va.t que la religion est la base principale de Ce et' de 
la tm„q„„,i«d-un E.«t. et il vo'ulait fa^ servir à ses fiÎ 
politiques ce grand ressort de toute autorité ■ 

Z: ^^y ""r"' * ^"'^"^^ ' ^« «-^'^ ne peut exister 

rl;'S^''^'^~-' '*■■=' -p^^-'.^ist: 

crlïreTe~^'''' '" "'" ""'"^ ^^ P'*'-' ^ '«ut à 

Faut-il croire, comme on l'a prétendu, qu'aucun motif 

eligieux n'animait Bonaparte, lorsqu'il entreprit de eondure 

un concordat avec le Saint-Si'ge î Et pojquoi une tel! 

Italien, et par conséquent religieux. Son secrétaire Menne 

ne'lattTi :''"\.f "'"'"P'''»' """''-i' »" Jour i Chaptal, on 
ne sait m en politique, ni en religion, d'où l'on vient et où 
1 on va. J'aioie mieux la foi de nos pires...i." 

1— Le Corraponiant de 1881, t. I, p. 412. 



— 104 — 

Je ne puis admettre que tout motif religieux fut exclu de 
sa pensée dans une entreprise si grave, si religieuse en elle- 
même que le concordat. 

J'avoue d'ailleurs que je ne suis pas de ceux qui croient 
facilement à l'extinction de tout sentiment religieux dans 
le cœur d'un homme, surtout depuis que j'ai vu, racontée 
d'une manière aussi authentique que possible, l'histoire 
de Gambetta — de Gambetta si fameux par sa forfanterie 
antireligieuse — allant dans une église de Paris faire brâler 
un cierge et prier lui-même pour sa mère qui venait de 
décéder. , 

Ne suffit-il pas, an reste, de lire dans le magnifique pré- 
ambule du concordat, accepté par Bonaparte aussi bien que 
par le saint-père, les mots suivants ; " Ad Rdigionis bonum, 
internceque tranquillitatis conaervcUionem, ea quœ sequun- 
fur conventa »unt. — Pour le bien de la religion, comme 
pour la conservation de la paix intérieure, en France, on 
convient des articles qui suivent 1 " 

Plus tard, Bonaparte semblera faire fi des intérêts religieux : 
mais lors des négociations du concordat, il faut nécessaire- 
ment admettre que l'idée religieuse n'était nullement exclue 
de ses préoccupations politiques. 



Le cardinal Martinîane ayant transmis au Saint-Siège les 
désirs du Premier Consul, les négociations pour le concordat 
s'ouvrirent régulièrement, et se continuèrent de longs mois 
sous ses auspices. 

Le gouvernement français avait alors pour représentant 
auprès du Saint-Siège M. Cacault, un homme extrêmement 



bien disposé \ et ( 



— 106 — 



tact 



. . i montra dana toute cette affai 
^3 volonté admirables: 

poète: if<;.„~:L';rj"r"'"''p"'''"- -''"» 

échljstt'e'Ca^tr''"" '" ""^^'^ "" «"■'-'''"' 
les reLdt et Ie,Tr """°''''"'"^"«- ^■^'^«^^ 

commrjîai'au S rst^f ' "" «»-~n, p„i, 
les exigea. duP^tna" '"ZT' ''""^!^''"'^- 
s'entendre • et Bnn»n»« ' parvenait pas à 

rendement,'» ' uISrinTL""""" * "•"■" '"» <"-- 
clusion du couSlt remirilff!r""r"' '^"' •»"« '^ ~"- 
exaspéré de vor„u.lrtout denl """ """'' J"""' '^'"' 
plus avancé qu'au'^ mtlteÏr'"^ ■""" "" "■^'»'' '<" 

les écL que encontm la n!n ' "' ^'*" """'^ ''<' '<"" 
saint-père 0^7 '* P"'""!''^ ""Se et con.iliante du 

.i^7n:r:re'°:„'ù" itrirr';!-' "'f' ^'«^"^ ""- '"- ■ 

C.noor.a., p„ FrZ^ucl^'^ ""'™ "'*"'" "^^^ ^"'"»"'" *< 
3-Le Cwe^ondanl de 1877, t. ni, p. 193. 



m 



— 100 — 

M. D'Avenel, dont le témoignage fait autorité en ces 
matières, et qui a compulsé avec soin les archives des Affaires 
étrangères, a clairement démontré que Talleyrand fut, dans 
cette occasion, le mauvais génie de Bonaparte, et que c'est 
lui qui fit tout en son pouvoir pour empSober, ou du moins 
retarder autant que possible l'heureuse conclusion du con* 
cordât. Sans sa funeste influence, le Premier Consul aurait 
été beaucoup moins exigeant et impérieux vis-à-vis du 
Saiut-Siège : mais par ses rapports insidieux il exaltait outre 
mesure l'ambition de Bonaparte, et le remplissait de préjugés 
contre la cour romaine. 

Singulière et étrange figure que celle de cet ancien évêque 
catholique d'Autun, devenu l'un de» coryphées de la Révo- 
tion, évéque constitutionnel, sécukrisé, marié, servant tous 
les régimes, à partir de la Convention et du Directoire jusqu'à 
la monarchie de Juillet inclusivement! Il a le talent de 
s'imposer à tous les gouvernements, et tous les gouvernements 
se croient obligés de s'en servir, comme d'un homme néces- 
saire, tout en le méprisant. 

Méprisable, en effet, à plus d'un point de vue, il sait cepen- 
dant garder une certaine dignité extérieure, qui ne l'aban- 
donne jamais, et qui fait souvent défaut à ceux-là mâme 
qu'j? sert, auxquels, par conséquent, il se montre supérieur. 
Les besognes sales, il n'y trempe pas lui-même j il a le talent 
de l(!a faire faire par d'autres, par Fouohé, surtout, un autre 
ecclésiastique, un ancien oratorien sécularisé ^ 

Talleyrand est le type de l'ancienne noblesse française, si 
polie, si distinguée dans son maintien, dans ses manières, dans 
sa conversation ; et sous ce rapport, il avait raison de traiter 



1— Fouché appartint assez longtemps à l'Oratoire, mais ne prit 
jamais les Ordres sacrés. Voir le Correapondant du 10 février 1901, 
p. S8S. 



— 107_ 
Bonaparte de •■ parvenu " ii • 

'ui irt """"-« »"■ ^' "'~; ;?"'' ^--«« 

-ouveUe à lui apprendre èl,^"""' ">""" «"o bonne 

-ecIui,«a„lantrn„uXrrfllr/"''"' '''•^"^^ 
pourquoi ne me IW-vou/Z dit^ ! '>''«"»■" = "Ehl 

Bonaparte._Paroe que vous nTn.^ ' '^' '""« ' '''5""« 

le reste, .^pond TallLnd O, . '' ^' ''""'"^ «"' tont 
n'«te, pa, lZ.rd.ble^- ^""^ "°^' «'«' henreux. v„u, 

•^"P^ engean. mC:".'?'"^"'-" "> » P«» 
«her une politique de paix ''^""ïneuae, et de lui pré. 

lniXr"'«^--'«''--»3,„.M<,„,3,.n.re 

avait d'inventif, de «o„td \l\^ï' '""'"• «e qu'il y 
premier, avait b;,„inde™''Jnv"'X'>'^'-" '^■"^ '« 
«ûr dans le «oond. L'u^avai f« Z 'l '™"' ^'''^'^- <<» 
«lui du conaea L'un prol^ui f"^,"" '° ''''°""''' '""»'« 
pd.,.a„tre.vitaittout? : ;r "Vf' ? -ait de 
fougue créative de l'un pouvait Li T '"""S^"»"^ et la 
P«- 'a lenteur ci^onsperd: rau;:, '""""""«" '«"'P^'^e 

""cnn mérite; Z aadeZJfT ''"°'""' «'-^ " 

'^^-.-.,am.,px:;rz-tït;ï 



il: 



— 108 — 

il Va servie, il l'a représentée ave c honneur dam toutes les 
cours d'Europe. 

On sait quelle fut l'origine de sa vocation ecclésiastique. 
Ayant fait une chute dans son bas ftge, il était resté boiteux i 
et ses parenU ne le jugèrent bon <iue pour la carrière de 
l'Eglise. Il fit fun grand séminaire à Saint-Sulpieo, entra 
contre tous ses r^oûts et ses inclinations dans les ordres sacrés, 
se fit prêtre, puis par les influences de sa famille fut nommé 
à l'évêohé d'Autun. 

Tout cela, assurément, ne prouve pas qu'il a-t été voeatu» 
à Dm tançuom Aaron. Cela, non plus, ne le justifie aucu- 
nement d'avoir rompu, aux débute de la révolution, avec ses 
vœux ecclésiastiques, et jeté aux quatre vents du ciel les dé- 
bris de sa robe éplsoopnle. Mais il est bon, ot semble, en 
toutes choses, de présenter les circonstances atténuantes; et, 
dans le cas actuel, on apprend à ne pas trop regretter une 
époque où les mœurs et les usages pouvaient ainsi jeter 
presque forcément un pauvre jeune homme dans la carrière 
ecclésiastique, sans aucune vocation. 

Si, comme ,n l'assure, Talleyrand de Périgord s'est réoon- 
ciUé avec l'EgUse avant de mourir, s'il s'est confessé sincère- 
ment à Vfbbé Dupanloup, plus tard évéque d'Orléans, et reçut 
de lui les derniers sacremento, n'est-il pas permis de croire 
que la divine Providencar-<^i«ii<!M» Dei abymas multa— 
aura tenu compte de cette dignité personnelle et de cet 
amour de son pays qu'il n'abdiqua jamais dans sa carrière, 
mais surtout du service signalé qu'il rendit au Saint-Siège 
dans ine occasion mémorable î Au Congrès de Vienne, non 
seulement il fit admettre la France au premier rang, non 
seulement il protesta énergiquement contre le démembre- 
ment de U Pologne et de U Saxe, mais il prit une part pré- 
pondérante à la restauration du Pouvoir Temporel des Papes. 



— 109 — 
Miii revenoM «u Concord«t 

m«me le tht'âtre de, ndgoci«tion,. M- ° ..,» IrV a 
J^Ç.HntHe, , ,. ,„.„,, ^„ ^ -■ -H^v*,. 

C'dtoit un de ce. prélat, fin,, «...pk-, et réservé, m,,.,' 
Ancien secrétaire de fie VF Snin. a,.:, ■ , 

su.p.cie„ wy .ui.n..n.e\rit.t:ré:::.r"^- ^•"' - 

fort Su.»' '""""P '"^ """"'' ^"^"^•"- «' " ■"'on dit 

qu'^faTurit-'"''"' ■' ''~""" '^'"'^''' «^-' '•homme 
m lîvant rcr" ''"•'"^ "^"""' P'*'™ vendéen. 

j-^-SV;::rr-r;irrr"a 

ru,t«, et presque vulgaire,. Bernier cachait de, talent, d," 

grand faiseur ecclésiastique " 
conI::tlr' ''*•'"''"'''•"■'' '"'''^'^«'"'""^e .s 

peut, yeux caves, et sans être tout à fait louche, il dirigeai 



— 110 — 

nnnxnt l'œil en droit, ligne ver. l'objet vi.uel. H»bil. à 
M oontref.it.. il affectait l'«ir gr»ve et impo«int dan. ta 
moindre réception j il était minutieux dan. tout iion exté- 
rieur, plu. jaloux d. « faire de. créature, que de. ami., 
Dtompt à 1» réconciliation par la flatterie, mai. implacable 
ennemi de «s détracteur., et .ourd àtou. autre. oonMil. 
que oeux de .on ambition déme.urée '." 

Le Premier Cod.u1 lui ayant co M le .oin de. négociation» 
du concordat, du c4té de la France, il apporta à ae. nouvelle, 
fonction, tout le zèle qu'on pouv«it attendre de lui. 

v<allie«reu.em«nt, l'envoyé du Saint-Siège n'avait pa, de 
.on côté, de plein, pouvoir, pour conclure. Il était ouUgi 
de tranamettre à la cour de Rome le. objection, et le. 
exigence, de Bonapart». A Borne, il fallait le. prendre en 
coneidération. Tout cela prolongeait les négociation. ; et. en 
attendant. Talleyrand jouait «on jeu. 

l'our donner une idée de .a manière in.idieuee. je citerai 
ici un court extrait d'une dépêche qu'il adtewa un jour au 
Premier Consul: 

" J'ai l'honneur, dit-U, de mettre mu. vos yeux : 1 la 
déol.mUondu clergé de France, du 25 mars 1682; 2» un 
extrait fait avec quelque étendue du célèbre ouvrage de 
Bossuet en dùfense des quatre article, de cette déclaration ; 
3- le quatorzième discour, de l'abbé Fleury.ur le. libertés de 
l'église gallicane. 

•• D'après les ordres formels du Premier Consul, ajoute-t-il, 
je recommanderai aux personnes qu'il chargera de négocier 
avec les ministres du Saint-S-ège, de se pénétrer des prm- 
oipea qui sont exposés dans ces écrits, et de les regarder 
co\nme des instructions rigoureuses dont il ne leur sera 
jamais permis de s'écarter,.. '." 

l_Boul»y de la Meurthe, La Xégociation du Coneordtl. 
i—Ihid. 



-m — 

Bon.p.,to, Vui ne dl t ' "''««««tion du concord.t. 
cour d. R me. Une etti r.f ' ■"">"■" -'-i-V. U 
contre le p,pe, qui jj^, :, "'8«»'="'. " «nit ,»r «, Scher 

bliqtie f.,nc«i,e i'n„ . '* f"^*'""»' Con.uI de la Ripu. 

-"i.e. ri :c:i"L';::;v';it"' ^r ' '-'^ 

«" yeux des population, ,„,w ' ^ "'"'"' """ <'»'". 

de quelque, semaine. J^^ "Ji S"""";''' '" *"'" 
de Tal.ey«nd, .„„„t „e„.e!l bon^fir "-''-^''•l-. 

on:^ur::î::irs;=:::"rr'^^'^ '" '«^<'-'' 

le texte même d ^" ept ^tf "h °""'"" '""' "" '»"« 

C'eet „n document donTr^^ '^l^^^'^^ '" ^m- 

«cuvent aussi n'est connu q„e dT ZZ °""'' '''" ''"" 

Voici cette pièce. t™duite du iZ":""" "'" "»'""'■ 

»•# 
l_Je remprunte à M. D'Av.n.i j 

. l'uni e aani le Ci)rr«|w»i*m< de 1877. 



I 



p 

t 

II 

m' 

fi! 



— 112 — 

•■ Le gouvernement de la République reconnaît que la 
reUgion oathoUque, apostoUque, romaine, est U religion de la 
grande majorité de» citoyens français. 

" Sa Sainteté reconnaît également que cette même religion 
a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien et 
le plus grand éclat de l'établissement du culte catholique en 
France et de la profession particuUère qu'en font les consuls 
de la EépubUque. En conséquence, d'après cette recon- 
naissance mutueUe, tant pour le bien de la religion, que pour 
1- maintien de la tra'jquillité intérieure, ils sont convenus de 

o. .ai suit : • 

Article 1" 

" La religion catholique, apostolique, romaine, sera libre- 
ment exercée en France. Son culte sera public, en se con- 
formant aux règlements de police que le gouvernement 
jugera nécessaire pour la tranquillité publique. 

ARTICLE 2 

" 11 sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le gou- 
vernement, une nouvelle circonscription des diocèses français. 

Article 3 

" Sa Sainteté déclarera aux titulaires des évêchés français 
qu'EUe attend d'eux avec une ferme confiance, pour le bien 
de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices, même la 
résignation de leurs siégea. 

" D'après cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice 
commandé par le bien de l'Eglise (refus néanmoins auquel 
Sa Sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu par de nouveaux 
titulaires au gouvernement des évêchés de la circonscription 
nouvelle de la manière suivante : 



— 118 — 

Abtiolk 4 

Saintes. •^^^JZZmJT^V'J' ■^'''' '" ^ 
nouvelle. Sa SaintaM n^nfl ® ,?."*'."*« ^ oiroonscription 

changement du gouvernement "^ '^™"'^ "''*-' ■« 

Article 5 

canonique sera dounée^u le SaTu8'^rr"''^"r '''"''"'' 
l'article précèdent. Samt-Siège en conformitë de 

Article 6 

Article 7 
■ " Les ecclésiastiques du second ordre prêternnf I„ a 

"etr ""*"■' "' "« civii^d^v:^ i: 

Article 8 
"La formule de prière suivante sera récitée à U fi„ ^ 

Article 9 






— 114 — 

Article 10 

" Les évêques nommeront aux cures ; leur choix ne pourra 
tomber que sur des personnes agréées par le gouvernement. 

Article 11 

" Les évéques pourront avoir un chapitre dans leur cathé- 
drale, et un séminaire pour leur diocèse, sans que le gouver- 
nement s'oblige à les doter. 

Article 12 

" Toutes les églises métropolitaines, cathédrales, parois- 
siales et autres non aliénées, nécessaires au culte, seront mises 
à la disposition des évêques. 

Article 13 

" Sa Sainteté, pour le bien de la paix tt l'heureux rétablis- 
sement de la religion catholique, déclare que ni Elle ni ses 
successeurs ne troubleront en aucune manière les acquéreurs 
des biens ecclésiastiques aliénés, et qu'en conséquence la pro- 
priété de ces mêmes biens, les droits et revenus qui y sont 
attachés, demeureront incommutables entre leurs mains ou 
celles de leurs ayant cause. 

Article 14 

" Le gouvernement assurera un traitement convenable 
aux évêques et aux curés, dont le diocèse et les cures seront 
compris dans la circonscription nouvelle. 

Article 15 

" Le gouvernement prendra également des mesures pour 
que les catholiques français puissent, s'ils le veulent, faire 
en faveur des églises des fondations. 



-116- 

Article 16 

Aktiole 17 

actuel . r^priTurrenr::": ^°"-' 

mentionn,:, à l'article ci-dessl ^t t P'^-'ogatives 

chés seront -4é. par raolr/l "''""°»"™ "ux évê- 

" les ratifications seront échangeas .\ P„.„ . 
de quarante jours. '^"'"^ngées i Eome dans l'espace 

" ï"ait à Paris, le 26 messidor de l'an IX de la 7?^ u- 
française (15 juillet 1801).» ''^ République 

Voilà l'acte, fameux entro t„.,. • ■ 
vigueur en FrkncT et r^ ! ' '*'" '"' ^"^ """^ '''«'^^ <»> 

»iz:r:"ïï:i'';"' !:"';■' '■' ■■»-'<"'• 






— 116 — 




attachés la plupart, comme nous l'avons vu, à l'ancien 
régime, insistaient pour que la religion catholique fût pro- 
clamée rdigiun cCEtiU, ou au moins religion dominante 
en France, et qu'on lui assurât une protection »p4eiaU; ce 
fut un des principaux objeU de leur longue résistance aux 
exigences de Bonaparte, qui ne voulait pas de religion d'Etat. 
Mais le saint-père, " ayant, dit un écrivain ', comme un 
pressentiment prophétique des temps nouveaux," finit par se 
contenter d'une simple constatation de fait, à savoir que la 
religion catholique était celle de la grande m^orité des 
Français, et- de la promesse que le culte public de cette 
religion pourrait être librement exercé. C'était peu, en appa- 
rence ; c'était énorme, en réalité. La République française 
venait déclarer solennellement, par l'organe de son premier 
magistrat, que cette religion, qu'elle avait mise naguère hors 
la loi, qu'elle avait bafouée, anéantie, c'était la religion de la 
grande majorité des Fiançais : Habemua conftUntem reum. 
Elle lui rendait ses églises, relevait ses autels, lui garantis- 
sait la liberté du culte ; elle assurait même à ses ministres 
un traitement convenable. C'était la résurrection et le 
triomphe de la religion catholique en France : " bien si 
grand, écri'.uit au pape le vieux cardinal Antonelli, qu'il n'y 
a pas de sacrifice qui soit à sa hauteur." 

Certes, les sacrifices que l'on demandait à Pie VII étaient 
énormes, en effet; et l'on a peine à en concevoir toute l'éten- 
due. Les principaux, c'était l'abandon pour toujours des 
biens ecclésiastiques que la révolution avait confisqués, 
vendus ou aliénés de n'importe quelle manière j c'était la 
réduction, de plus de la moitié, du nombre l'es évêchés : 56 
au lieu de 135 ^ ; c'était enfin le renouvellement de tout 

1 Françoia Carry, Le Centenaire du Con>.c'^dat. 

à Le nombre des ëvêohés fixé par le concordat a été augmenté 

SOUB la Restauration. 



— 117- 

concordat * " conclusion du 

des Légations, ce qui nZZ t ^""'^l^''* '« ™«it„,io„ 

r»tîr~ rïrï.'-r '■"■**■"" 



— 118 — 



ces évèques fran<^i», d'aiUeurg, qu'il s'agissait d>) déposer, 
loin d'avoir démérité de l'Eglise, avaient presque tous pris 
le chemin de l'exil, plutôt que de trahir leur devoir et de 
prêter serment à la constitution civile du clergé. Et ce sont 
ces prélats pieux, attachés au Saint-Siège, la plupart de 
vieille noblesse, et aux cheveux blancs, dont Bonaparte exi- 
geait la démission I Dans sa pensée, en effet, ils étaient trop 
inféodés à l'ancien régime pour que leur réinstallation ne 
provoquât pas des troubles sans fin, et ne fit plus de tort 
que de bien à la religion : 

" Que faut-il pour pacifier l'Eglise de France, disait-il un 
jour au cardinal Martiniane ? Une mesure déoisive : c'est la 
démission de l'épisoopat tout entier. Il est nécessaire que tous 
les sièges soient déclarés vacants ; qu'au lieu de ces prélats 
émigrés qui ne cessent d'intriguer pour la royauté, dans leurs 
diocèses, je nomme des évêques qui soient dévoués au nou- 
vel ordre de choses, et leur fasse donner des Bulles par le 
pape. Je oux bien que la religion catholique soit domi- 
nante ; je ne souffrirai jamais qu'elle serve à ébranler mon 
gouvernement." 

En un mot, ce qu'il voulait, suivant une expression tout 
à fait à lui, c'était " un épisoopat vierge '." 

Le sàint-père finit par se rendre à sa demande. Avec un 
désintéressement admirable, la plupart des évêques français 
accédèrent de bonne grâce au désir du souverain pontife : 
quelques-uns même prévinrent ce désir : un petit nombre, 
cependant, s'obstinèrent à garder leur siège, et continuèrent 
à se regarder titulaires de leur diocèse, même après que le 
pape en eût nommé d'autres à leur place. Vous savez, 
messieurs, que c'est précisément là le nœud ou la trame 
d'un fameux roman d'Emest Daudet, intitulé Lea De.ux 
Evêques. 

i—Le Concordat, par le duojle Broglie, de l'Académie frangaise. 



— 119 — 

,«pe ne faisait ruTconj: ri" "t "*"' """'"'"''= '« 
jouissaient depuis un tZZl\ T' '"'' '"" •" ''<'« 
■e concordat VZ^^rr.^Z^^^f'rTr''''''''''^ 
retour de cette faveur tj '> T ' ^'■*» Chrétiens. En 
Jat. une d& laratTon I^ T^ ' "'"'"""- ''''■" '« »<"'oor- 

...* .<„.£■. r. r."L:sr'""-' "■■ * 

qui ne lui soient pas horier J"'!*""'!"»»- <"■ du moins 
s'être assur^;a«rn:.e;o°r T? '™'"""™ '^'''''P^^» 

p^-.. des sujets;::rr;-ro'';r ■«"■'^ ^' -^^ '^ - 

n-enrtflXlLnr "^" ''^""^^ ""^-^ «l- 

la France, pour Wk ml «°" ^«"'«'"«'■'^ modernes de 

•P ""oe"- la main au souverain pontife. Quand 



û 



— iso- 
le pape refusait de ratifier ses nominations, il exerçait son 
droit ou prétendu droit de Régale : Jigo nominor leo : c'est- 
à-dire, qu'il se mettait en possession de tous les revenus du 
bénéfice vacant, pour en jouir, ou en faire jouir ses créatures 
et ses favoris, aussi longtemps que le saint-père persistait !\ 
ne pas remplir la vacance. Il y eut un temps, sous Innocent 
XI, où il y avait en Trance une trentaine d'évêchés vacants, 
dont Louis XIV, pir conséquent, percevait les revenus, le 
saint-père refusant, pour des raisons majeures, de confirmer 
les nominations royales '. 

Abominable droit de Régale, qui fort heureusement a 
disparu avec l'ancien régime, et dont le concordat de 18(H a 
purgé la France ! 

#** 

En somme, ce concordat fut un grand bienfait pour la 
religion dans notre ancienne mire patrie. Mais quelle 
influence plus salutaire encore n'eût-il pas exercée, si dès 
l'origine le Premier Consul ne l'eût enserré dans un réseau 
de funestes prescriptions, 'es fameux articles organiques, 
qu'il fit voter par le Sénat de la République, sous prétexte, 
comme leur nom l'indique, d'organiser l'exécution du con- 
cordat I Dans la rédaction de ces articles organiques, il n'est 
pas diflicile de reconnaître la main néfaste de Talleyrand, 
peut-être aussi celle de Fouché : n'ayant pu réussir à empê- 
cher le concordat, ces malheureux s'efforçaient d'en atténuer 
les bons ett'ets. 

Ces articles organiques, sans doute, ne valent rie aux 
yeux de l'Eglise : ils ne peuvent avoir la force d'un contrat 
bilatéral: le saint-père protesta solennellement devant le 

l—Charles Oérin, Rechercha hUtoriqua mr l'aturMie du cltrgt 
de France de 1682. 



— 121 — 

«venu.. II, „en font pas moin, partie do la légUIation 
frança,.e, et la plupart de, gouvernement, ,e craL n.ra, 
de .en servr, ,...nd iU . mettent en frai,' de P^^Z 

Je n'entreprendrai pa, de détailler ici ce, article, orm 

d'ar«„",Lr : 't ''r— '-«"• u- ^^^tzz. 

aailleur., ont tombé, d'eux-même, en désuétude, comme 

rt^r^iir-"''""^^^-----™- 

de temp. e„ temps à l'horizon, comme arme, offS ,„u, 

exemple, le fameux article qui «,umet le. Bulle,, Bref, dZ 
s.on, de toute nature, , oit du Saint-Siège, soi même de," 

Mentionnon, au„i l'interdiction faite aux évêque, de se 

intérêt, de IEgl,,e. tenir un concile provincial, par etemnle 
et de ,o.t,r de leur, diocèse, sans autori,ation! même po„; 
aller porter leurs hommages au souverain pontife ^ 

cnnn "^°°°?' "'^'^ ^ '^«""'«t'"» d'une procédure spéciale 
2Z '""r-^g"»" »»' le nom, aWourd'hu^su râln ' 
St~ ''■f-.;' '««luisant des ecclésiastiques "ur' 
des déhts vagues et mal définis, devant un tribunal admW, 

rrcinir*''"^'"''^"'''--'^- *'■'»«- du 

La liberté de U presse, les grande, facilités modernes de 
mmunication. le bon sens public, la force de, ch^T, on 
j à fait justice de la plupart de ce, mesures aurannées 
od.euses, absuides. Espérons qu'avec le temps trïs 



— 122 — 

articles organiquea dispAnltront, au inoiiu pratiquement, de la 
législation française, et que les gouvornemenls, même les plus 
mal dis|>osés, finiront par avuir honte d'y recourir. Le con- 
cordat de 1801, dégagé de ces tristes échafaudages, apiiarat- 
tra alors dans toute sa beauté, monument impérissable de la 
aagesse du souverain pontife Pie VII. 



i: 



Conserver >i ce beau monument son caractère et le faire 
respecter; faire produire au concordat tout le bien possible, 
et prévenir les abus, surtout dans le choix et la nomination 
des évêques; entretenir des relations aussi amicales que 
possible entre le Saint-Siège et les gouvernements qui se 
succèdent si fréquemment en France : telle est la mission 
par exoellence des nonces à Paris. Ah I quelle mission 
délice*o, pleine de responsabilité I Quel tact ne faut-il pas 
pour traiter constamment des plus grands intérêts de la 
religion et de l'Eglise avec des hommes souvent mal dis- 
posés, sans rien compromettre, sans rien sacrifier de ce qu'il 
ne faut jamais sacrifier I Et comme les représentants du 
Saint-Siège à Paris paraissent avoir noblement rempli leur 
tâche durant cette dernière période de siècle que nous avons 
connue 1 

Mais entre tous les nonces qui ont passé en France sous la 
République, il en est nn qui me semble avoir brillé du plus 
vif éclat par son tact, sa grande connaissance des hommes, et 
son amour inaltérable pour la France: c'est le cardinal 
Czaski. Nommé nonce à Paris par le pape Léon XIII ', il 



1 — M. de GabrisG écrit dans ses Souvenin d^ambaèaade : " C'est 
un véritable cadeau que, dans sa pensée, le pape a fait à la Franoe 
en nous le donnant." 



-128 — 

r.I.«ie«.e était h ,„„ ,,„~ '"?'<"' q-" '• v.g„e ,„u. 

fanatique, vouI.it «b^IuTentlr," '""' "^ '~""<"«"' 
connut .lo„ p.rfaitemen" a F«„/ ï"^""'^"'- '^ >"""« 
Ç«i. do toute trempent 1 toi' ■ '"""'""» ""• *"™"- 

J'-tend,„pnJer,u , CncS;""'' ^""'«•'-'1- 
«"ère.. lorsque j'entend, ,ur o t def ^'"'"'"''"''"•"' '"P 

du-nt":: Xu^r^ïa^iriu-T" "'"'"■«" *-'"^- 

politique de, g„uven,an ;•«:„:: ''"P;"-"' 'oujour. U 
Po,.t.on à Wgard de rE,,IiL 'Iffl ■' '"' ""■•"^'"•'« *,- 
violation fréquente du concXfr P'"'"""""'»'" = la 
contre le, orire, religie„r2 Lll , "Z. ''""""'^ '^''•'«t, 
«ouffrir; n,ai, i, tâohaft autLnT'T J\ ""r' ""^"^"""" 
contenance, et de refouler, a douL. '^ , ' ''' ''"''^ '«■""' 

l^n Jour, cependant, i eut oct ::"/"? '" '"" "^- 
avec beaucoup de fine„e et de to . a t" """''' """' 
Cétau à un grand dîner officiel • 1 n '°'*"" '"'-"'«■»«. 
droite le pré,ide„t de la Cbai C.r' ''''°"''"''" ' ^a 
P amdre du .nauvais éu.t 6 tLé'^!:'"''.' '^'^ ino ,e 
''cno, lu. demanda doucement '-of;" r"""^"'" 

uonoe ?— Monseigneur 

'=-Le0.rr„p„„^„,<i„ 25 avril 1888. 



I;8iii 




— 194 — 

répondit OuDbetU, ja loufhe brauooup du ebU droit, — Vout 
étei bien heuraux, lui ripoata Ciuld ; moi, depuia que je lui» 
ici, Je aouDce terriblement du cAtë gkuche '." 

Cette bleaaure au cœur, dont aouiTrait Ciaaki, qui pourtftit 
douter que Notre-Snint Pire le Pa|i« USon XIII ne la rei- 
aente, lui auui, bien vivement, lorsqu'il voit tant de Fran- 
çais tenir ai peu de compte du sea avis, et leurs gouveniants 
montrer souvent taut de mauvais vouloir à l'égard de l'Eglise, 
de ses ministres et des ordres religieux ! Et cependant, aon 
amour, sa patience, aa mansuétude k l'égard de la Franco 
sont inaltérables. A ceux qui menacent do rompre le con- 
cordat, comme à ceux qui prétendent qu'on ferait mieux 
d'en finir avec ce traité, il répond tranquillement que c'est 
une convention bilatérale qu'il faut reapecter. Il faut la res- 
pecter, dit-il, non seulement quant à la lettre, mais aussi 
quant à l'esprit, et par conséquent maintenir les communautés 
religieuses, bien que le concordat n'en parle pas, parce 
qu'elles sont nécessaires à la vie parfaite de l'EKlise.' II lient 

\—mi. 

2 — Voioi, à ce si^et, ce que disaient tout rftceuiment, à la tribune 
française, deux orateura chrétiens, dans la diicusiion de la loi des 
asiociationa ; 

" Cette religion catholique, dit M. Piou, i qui l'art. 1er du con- 
cordat assure la plénitude de sa liberté, et qui, d'après Portslîs, doit 
être régie d'après ses propres prinoipea, proolome, depuis son 
origine, que la vie religieuse est la réalisation des enseignements 
sortis de la bouche de son fondateur. Qu'elle soit de dogme, per- 
sonne ne le soutient ; ce ({u'on soutient, c'est qu'elle est nécessaire 
au plein épanouissement de la religion ; qu'elle est conforme à ses 
règles et & ses principes. 

" S'il en est ainsi, les associations qui, seules, rendent cette vie 
religieuse possible, sont nécessaires à sa liberté ; les lui interdire, 
c'est l'amoindrir, c'est la décapiter." 

Et M. Lerolie : " Suivant un mot célèbre de M. Guizot, dit-il, 
aucune église n'est libre lorsqu'elle ne peut|pas^se développer con 
formément à son esprit et à son histoire. 



— ISS _ 

•B conoordat parce 'l 

c«~«u. Pie vu. le bien d' TL?""" """ '""■"» ?■*'•'- 

'on^rvation.m. ^"" """•''"9«« 'ranguillitati, 

j/- îe ir::;;: zi:T '" '•'■"'■^*'« - <« 

^•"";g-q..eUo réaction qui raeci,u "T "^^ ™ —•vemont 

""> «. que le „„„^ j„ ^ '^»» «"-.. par lo, («rôle, „d„i. 

■J". 'a tribune f«nv«i,e ??«?.„ " "^ """'"''"' ''•' ^aut 
»;n«^.i«i «.nt au pouvoir * '"""' '" '•»'' "-'P"bli- 

^^' -r: SiiZ'X' ::t ";':"• -- '«"- .ou, 

P«"*'nt que vous été, oc" 1 l j V"'"' "' '""' * '""P. 
^e» «.lieux intellectuel, ar ^e il. "h"'""'""' '" P»"''''. 
'ena<,,«„ee religieuse, Vou 1 '' "" '"«"'vement de 

«veo vo, loi. et vo, ddcrel y ^r^ '"'"'' ™ "«'-'vemen 
fo« q..e vous. C'e^t au ^iu^"^^^ ;•"" '"""P« : H est ,,lu, 
al"" comme une au Je vl ^ '""'^ ''«"l-o to' de 
Vous croye. ,en,er de^lnp ,"77"' '" '*'^'^-"<'"- 
chrttien, V ""P'*' • 'a France rdcoltera .le, 

/-'Perons que cette parole se .■ « 
;'ngt,éme,iéole,emo'ntread T " ',""' '" *"~"- "« 
'« «-«se. e. qu'elle ne XteZ fa" "".' " "'"''''"""' »' 
cet^ admi^ble inscription ;:e'r ! '"" "''P"""'" 

""^----«-^i.oirU^i^::î.-:-v''^^^^ 

li V- '^"gieuses prennAnt <i.» ..i_- 4ueMe place lea 



CINQUiEiJi; CoiJFÉBENCE 

donnée par 
MoxsiïOH J..E.Pk,x(,b,i,i,.j), 

^"""^ "• '"" "-'••' » 1. F„„,« d. D„„. 

UN PBOCÊS SOUS LA UESTAUHATION. 
(le MABÉOHAI, NEY.) 

Monsieur le Kecteur, 

Messieurs, 

Nandou, i E^"^'-»^-^^^ 

^tait parti pour /ik Im ee';!!^^^^^^ 
roulait encore tristement vers la fZ, ! ^ . """ '*'«"'« 
XVIII abordait par le 1711 ? "^ '''' "'*■ ^^-^ 
faisait son en.r.e':: U ' S .^3" '^. ^T" ^ "" 
Charte était lue aux Chambres ' ''' '"^ ^J"'»- '« 

La 1" Restauration commençait 

-paysavaitétélethL^etaZ,^^^^^^^ 
par le malheur et l'exil cettr^ ? , ''"™' ■''''™'' 
I-"is XVIII. sur le t ône' aTl^lif^ '!,'"'' "^ '«'■' '^ -X 
sujets et donner enfin t; "t 1 l^^h. ? r' '""^ '^'''»' 
les bons citoyens ••-pérl^LmoÏentt" '•''"'' 
-entra pas pour peu dans la conduit .^«1!?'""'"' 
viteurs de l'Empire, qui accueiUirlnf ''^'^^ '«'- 

»*n>e avec en-p^ssemlt;.:^::!-^-^-- ^^"'^ 



m 

m 




— 128 — 

Napoléon avait abdiqué la couronne. Déliés de leurs ser- 
ments, généraux et maréchaux devaient se rallier au nouveau 
régime et continuer à servir la France. De ce nombre fut le 
maréchal Ney, et, sans cette précipitation aveugle qui, devan- 
çant les événements, allait transformer sa conduite en un 
acte de lâche ingratitude envers son maître, il n'eût mérité 
aucun reproche. Mais chargé ainsi que Macdonald, duc de 
Tarente, et Caulaincourt, duo de Vicenoe, d'aller négocier à 
Paris avec les alliés, ayant mission de sauver au moins la 
régence, il avait le tort d'adhérer i la cause royale à l'insu 
même de ses compagnons, et, revenu à Fontainebleau, il 
poussait sans ménagement à l'abdication celui de qui il tenait 
tout, richesse, honneurs, fortune. 

Certes, à l'issue de cette campagn malheureuse de 1814, 
où n'avait pourtant pas faibli le génie de Napoléon— loin de 
là 1— mais où, à la tin, le drapeau avait comme plié sous ses 
propres victoires, le découragement était grand parmi les 
généraux. Ils étaient las de ces guerres sans trêve et exha- 
laient tout haut leur mécontentement. Le maréchal en cela 
ne faisait donc que refléter le sentimeLt général parmi les 
officiers. Mais sou tempérament violent, outré, sa légèreté, 
lui avait fait commettre là un acte indigne de sa gloire et de 

son nom. 

Il importait de relever ce fait en passant, car plus tard, 
en dépit des relations tendues existant entre l'empereur et lui, 
il sera accusé d'avoir comploté le retour de l'Ile d'Elbe, et 
cette opinion, malheureusement accréditée partout, pèsera du 
plus grand poids dans la balance de son procès. 

Quel était donc cet homme que le maréchal Ney ? Le 
maréchal Ney naquit à Sarrelouis, en Lorraine,- plus 
tard, département de la Moselle— le 10 janvier 1769. Il se 
trouvait alors âgé de 45 ans,— 7 mois et 5 jours de plus que 
Napoléon. Au physique, de taille un peu au-dessus de la 



— 129 — 

"S l", veux ITf "" ""''" «' '""«• I' a >e front 

«iq«e ,. la racine, t' bouo'Te pltL f ''"'^'" "" P" '^■""- 
to».banten'n,éche: ,S^ ::^^f-" «""'--0- et 

Chose singulière auta ^^ ' ^f "P'»*»-» -mobiles." 

mination sur le chat 7' " '«^ '^™^'^' «^^ ^éter. 

faiblesse et d'ind&isîon „ , . ' *""""' " ''"' P'^"^^ ^e 

--^.calculs Snio^r^r'S^ef^r^^^^ 

volonté s'affermit et 7 i • ' '" '''"""' '"'^"'""'ff'^. «« 
talents dans i'^t;,.:;' / " t f '""^ °"' ^^'^ - 
guerre des temps modèle nTZJ,^ "'""'" '""""'« '' 
son audace et sa bravouTlsi L L' . "' "•^S"'» Ja-n-s 
tête de sa cavalerie Mu™. .. -n ''""■^'■•'= *^™'' ^ '» 

tant d'autres côt/aLtoJ 'I" "'"'"" '"' ^--"We par 
laurier, sur tous le Iml d """ T"'" '•" <="-"' '- 
une m.me opprobrretfrLVn: 1^"™'' «"■' ^^ 

Fertile en expédients de toute sorte, Ney se tir« i„ • 
bernent des positions les plus désespéis' P,e Tt"" 

Su^^reTuTpo'^rL '^"t --"-."-- 
--esestrou-t'^itr:i;-r^:t:r 



i 



Vf- 




— 180 — 

fougue est sans bornes ; c'est un torrent qui déborde, brise 
les obstacles et emporte tout sur son passage. Il est à l'av.int- 
garUe s'il s'agit d'attaquer, comme à Elchingen, à EyUu, à 
Friedland, à la Moskowa, où il se couvre de gloire ; il passe 
à l'arrière-garde dans la retraite de Moscou ; il retourne en 
avant au pont de la'Béréainn, pour former enfin de l'autre 
côté comme un dtrnier rempart aux restes de l'armée en 
déroute. 

L'histoire a montré qu'il possédait un grand art de la 
guerre, mais il brille surtout dans l'eation. Issu de famille 
obscure, et voué de bonne heure à la vie des camps, tour à 
tour ministre et pair de France, maréchal, duo et prince, 
après avoir débuté comme génaral en chef à l'âge de 18 ans, 
il s'élève à tous les honneurs par une série d'exploits qui 
commandent l'admiration universelle et le font surnommer à 
bon droit, " le brave des braves," " le premier soldat du monde 
après Napoléon." 

*** 

Comme nous l'avons dit, le maréchal Ney, au début de la 
1 ' Eestauration, en 1814, fatigué de la guerre et aspirant au 
repos, s'était hâtivement rallié à la cause des Bourbons et 
l'empereur était parti pour l'Ile d'Elbe. Or, onze mois à peine 
venaient de s'écouler qu'il recevait du ministre de la guerre 
l'ordre de se rendre sans délai dans son gouvernement mili- 
taire de Besançon. C'était le 6 mars 1815. Que s'était-il 
donc passé 1 Ney arrivait le lendemain à Paris et en mettant 
pied à terre, il apprenait que Napoléon était débanj-'é à 
Cannes, depuis déjà six jours. 

On a longtemps discuté sur les causes du retour de l'Ile 
d'Elbe. Certes, malgré l'établissement récent de la Restaura- 
tion, ou mieux peut-être à cause de cela, il ne manquait pas 
de motifs pour favoriser les desseins de l'empereur. Si ses 



— 131 _ 

tien, la .ke «"i 'nC^H 7T1 '" m' ""^ "'^^"■ 
probablement suffi d' n moàZ„ll """""• " '"' 
soldats à marcher sur pZ ^ /'T^^'^ P°" «"traîner )ea 

difficile problème de ÎcSatidr " 7"' ^"'"P"^ '^ 
les tendances nouveUr itl u"' ''' ^"''"P'^^ ''^^° 

pas tout à fait T 1 ''"'^"'' ''' "^ '" ^'^daignèrent 

n,t.on ens'entourantdeminist,«sq„rn'ont 



u 



— 182 — 

cherché qu'à le rendre odieux, en faisant revivre d'anciennes 
haines et d'anciennes animositës. L'armée, disait le duc, 
montre surtout de la répugnance poar le< Bourbons, répu- 
gnance à laquelle le duo de Berry a principalement contribué 
par sa conduite exaspérante." 

Louis XVIII ne manquait ni d'esprit, ni de courage, et il 
possédait un grand fonds de bonté. Mais, dit l'historien des 
Dei X Restaurations, Vaulabelle, " la foule bientôt ne vit en 
lui que le monarque obèse, infirme, coiffé à l'antique, portant 
d'immenses guêtres de velours au lieu de bottes, ayant de 
grosses épaulettes sur un frac bourgeois, et du haut d'un 
balcon, passant des evues, assis dans un fauteuil. Le sou- 
verain lettré disparaissait derrière l'homme physique. On 
reprochait à ce prince jusqu'à son appétit." — " Ventre-saint- 
gris ! " disait-il, à la façon de Henri IV qu'il tentait parfois 
d'imiter. ..dans son langage, 

Vaulabelle nous apprend que les conditions stipulées en 
faveur de Napoléon, lors du traité de Fontainebleau, étaient 
ouveilement violées par les ministres de Louis XVIII qui s'en 
vantaient comme d'un acte de politique habile. Nettement 
affinni! cependant que la France ne lui devait rien, parce 
qu'elle n'avait pas été partie au traité de Fontainebleau ; 
mais il oublie que le 31 mai 1814, le roi de France avait 
spécialement ratifié le traité en question, lequel l'avait été 
encore auparavant, le 11 mai, parle gouvernement provisoire. 
Comment la France aurait-elle donc été libre de toute obliga- 
tion à cet égard ? Napoléon commençait aussi à sentir la 
gêne dans ses finances, et sa vie, de plus, était menacée. Les 
puissances songeaient déjà, dès cette époque, à le déporter à 
Sainte-Hélène, tant on sentait le maître proche à l'Ile d'Elbe ! 
Mais la cause principale du débarquement à Cannes, suivi de 
la marche triomphale sur Paris, est celle que mentionneut 
Henri Houssaye et autres, quand ils disent que Napoléon 



— 188 — 

ainsi enchaîné pour touio.Trt "'""' ''"'"' ""' 

qui avait ét^ che7dL a " ; Jr ""^ ^"'"^ '"- '■•«>»-« 
1814, celui nui venait * ! «^"'l «""P'" î-^ la Fmnce, en 

ambitieuses facultés mesuJnVZ , Po-r occuper ses 

succès qu'il avait dWv' "" °°"P "^ "*" '«^ «''*•><»' de 

résolu à tenter fortune. ''°"'''"' -«""^ <<«- -e prison, 



la can.pag'Te II y'viva ^1" T"""""^' " '''^'^'■' ''"'^'^ ^ 
^ait et, e' somme ™il" 'TV ■/""" " «"' "^ P^ 
J.»e pour ne pa's ^1>:::.T!^"-:^ Z^^ 

ildisaitàSégu S~.'''''''"''T'- " '■''^""•"""^ 
l'invasion; p^us taj le ,' "^'^ de toutes ses forces à 

deBounn nf . Si no se ^''"' """" " ''""' *" «^"^«l 
quand il disait à b" ci !"Tf 7 " ''"'"' '" f™«-" = 
comme sur une bête faZ ' t ''""" '" «"«aparte, 

quand il disaiTa 1^ Z To^rTT ' ' '" '' ™"'- 
d'Artois: •■ U, t-perilttt^Lti^^ri^V? 

r r:^^i:r;^;^ - -^' ^;^: ' i^ : 

d'emplâtre " land^I dT ^ ""I^ '' '* P°«"'^« '■" ^«"i" 
vaita'rrêterNap^Ton Lvon iu" 'f ''^"' '''"' ^'^ "« P™' 
que c'était le 5™ d S"; '''7?' r'?"""'^™*'«^ = 

-..nc....mmenar;:i^r:::t;i£ 



tlîl 


Q.;aH 


n 






frl 




^''il 


i'^a 


V ^ 




>'■ 


i^n 


f^iH 







— 184 — 

congi! de Louis XVIII, le soir du 7 mars, alors qu'il promet- 
tait à son roi de ramener NapoWon à Paris dans une cage de 
fer. Mais le maréchal Ney comptait sans les (jviSnemeiits. 




Le 1" mars, Napoléon à la tête de 1000 hommes, était 
débarqué au golfe de Juan et, en touchant à terre, il avait 
lancé deux proclamations, l'une au peuple, l'autre à l'armée. 

En 1815, il n'y avait de télégraphe, sur la route du midi à 
Paris, qu'à partir de Lyon, de sorte que la nouvelle n'avait pu 
parvenir au roi que dans la journée du 5. Il fut décidé qu'on 
dépêcherait sans retard vers Lyon, le comte d'Artois, le duc 
d'Orléans et le maréchal Maodonald. Mais, en ce moment 
même. Napoléon avait déjà franchi la Provence orientale. 

Jusque-là les populations avaient été "ou inditt'érentes ou 
sourdement hostiles," selon l'expression de Houssaye. Chez 
les montagnards du Dauphiné, au contraire, l'acjueil com- 
mençait à être ouvertement sympathique. A Sisteron, le 
maire et le sous-préfet vont au devant de lui, la foule est sur 
son passage, et, en moins d'une heure, une ouvrière lui 
fabrique un drapeau tricolore. Là, plusieurs officiers aussi se 
joignent à lui. Un peu plus loin, à Gap, le préfet Harmand 
et le général RostoUand veulent lui barrer la route, mais sont 
contraints de se retirer devant l'attitude du peuple. Le len- 
demain, 6 mars, pendant qu'il s'arrête à Corps, Cambronne 
pousse jusqu'à La Mure, à huit lieues de Grenoble, et, le 7 
au matin, Napoléon arrive, pendant que la foule entoure les 
soldats de Cambronne. Mais à quelques pas de La Mure, se 
trouve le fameux défilé de Laffray, entre deux lacs, et qui 
conduit à Grenoble. Là, des troupes se sont massées pour 
attendre l'empereur. Napoléon n'avait encore fait que très 
peu de recrues, et sa colonne, comme on sait, comptait au 



185 — 

départ environ 1000 hon,me. .eulement. Attaquer, con.ti 

oft .er. de ,„„ «vant-garfe escient de parlementer JaH 

le peut t V '• .,!'?'"''1'""' ^«'" '"«' »on empereur, il 
le peut, le vo.c.I" Imp^aiWe, le capitaine de la trouer 

6000 h , ■ ''«'^"^"'' ""<='""''' q"' commande à 

SraÏ:,::;,"""""'^ ''""'" "'^^' -•' ''"""«"e 
en feTmal d .'•"f T ™ '"''" P^"" '•""' «»' ^e s'enfuir 
en fe man derrière lui les portes de la ville. A l'arrivée I' 
Napoléon, la foule en démence brise les portée et leld ! 
en triomphe à travers des rues illuminé!! """" 

r!Z ; Tt ™°" "ï"" P*"'-" ™»dre et qui pourra 

1 arrêter ? " Jusqu'à Grenoble, écrit-il à Sainte-HéLe r!2 
aventuner, à G.noble. j'étais prince!" Tou.« r^ra d 

généraux partis de Pans, sont en route pour venir à sa ren- 

Napoléon Te,té troia jour, à Grenoble, avait .«pris sa course 

lont devancé; mais l'état des esprits est tel aussi dans cette 

vJ^equ à une revnedes troupes par le comte- d'ArtorC 
Donald. ,nq„,et,a résolu de convoquer secrètement les officier, 
pour leur demander leur avis. " Voyez donc cea grlZ^ 



— iso- 



dit quelqu'un au comte d'Anoia, comme ila vous font la gri- 
mace I " Macdonnld demande aux officiera ce qu'il doit con- 
seiller aux princes : " Qu'ils partent le plus tôt possible 1 " on 
lui répond. Le 10 mars, à quatre heures, ils étaient en route, 
et il était temps ; car à peine avaient-ils ([uitté que Napoléon 
entrait en triomphateur dans cette ville, In première du 
royaume en importance, après la capitale. 

Resté le dernier, le brave MacdonaUl veut résister un 
moment -, il est culbuté par ses propres troujœs et contraint 
,1e se sauver k bride abattue pour ne pas f tre pris. 

C'était le 10 mars. Le 11, Napoléon est à Châlons-sur- 
Saône. Le 13, Villefranche. Bourg, Autun, Tournus, Roanne, 
Dijon sont en pleine insurrection. A Mézières, Sarregue- 
raines, Amiens, au Havre, à Saiat-BricMC, Brest, Fontaine- 
bleau, Auch, BesK . I -, les soldats dans les casernes orient : 
" Vive l'empereur l ' " Rouen est douteux ", écrit le maréchal 
Jourdan. Il en est de même de la ville de Metz. A Ver- 
sailles on redoute la sédition. Les soldats désertent ù Péri- 
gueux. "Il faut que j'arrive à temps pour avoir un morceau 
" des Bourbons", dit un officier, à Nantes. Du 10 iiu 13 
mars, les 23, 36, 39, 72 et 76"" de ligne, le 3"" de hussards, 
se tournent du côté de l'empereur. " A Villefranche, dit 
" Henri Houssaye, 60,000 paysans sont accourus voir passer 
" l'empereur, et les villages sont déserts à dix lieues ii lu 
" ronde..." 

*** 

Qu'est devenu le mar ' hal Ney pendant ce temps î Parti 
le 8 mars de Paris, Ney était arrivé à Besançon, le 10, pour 
se porter de là sur Lous-le-Saulnier. Apprenant de Lyon la 
présence du maréchal en Franche-Comté, Napoléon lui avait, 
sans tarder, dépêché des émissaires. 

Selon le duc de Rovigo, et de l'aveu même de l'empereur, 



— 187 — 



Ney (Stoit, de tous lu 



av.it.il pcibilî;^" et «"'!"■ '7'"' * ""'''"'''■ Mal. y 

«i»ë de prévoir «lui H. 7 ™' condition», il ^tait 

B prévoir celui de» deux capitainesqui eût frotfS !■„ . 
Il pouvait .an, doute l'attaquer ; " mai» di Henri H "• 

quinou» parait résumer Lis^rZ' l ''''''^"' 

■■ pouvoir désorniHi. arrêter le riotp ^J d, ^ "" ^""""-•' 

:;--;^;f«e»pé.edu«a.^v^;'-rûw 

^.at:t:^":;::£Cd::^r'^.^-'r'-'^"- 

vcWut» au roi. M.cdona7ate»te ;: ^ ^^ "^r 
1 honneur, maU que sea «nlH-.. • ""arechal a do 

. —o 4UO se» »oWat8 pourraient bien lui ^„i 
«lue la contasion gagne " «chapper, 

quittaient Lyon. N'ayant d. n„, i . ^ <"""=«» 

avant, car il ra^rn^bre^u itru^sr^r'" ^'■ 

de» instruction» trlTa^Li' "t^r ' °" '" »-' 
«îgiment» »ont travaillé» par 7;. . '"'""""■ ""> 

plusieurs corp» fài»an Lrde de Z ' '""'"""■ ^^^^ 
-rde trico,:™ et sont pt^: XirUitTir l"" 

■odyssée de» prince» et »-i™a^-„e qu'il» "se 'so:' i;^^:"; 



i 




— 1S8 — 




MouliiM. Il regretM qu'iU n'aleat pu tout de auite couru 
•ur Grenoble, ce qui, iuirant lui, eût pu " couper court à 
l'afhire ; " de son cAtë, tout de même il avait btt^ tea pré- 
paratifs et expidié des ordres. Mais à la Un, la confuiion 
ëtait partout. " Les ordres se croisaient et se démentaient," 
dit Welschinger ; le fait est qu'on battait en retraite. " Dans 
le temps où il efit fallu (tre prêt, le maréchal' avait ii peine 
le nombre de cartouches réglementaire et pas de chevaux 
d'artillerie. En vain il conjure Oudinot et Suohet, sous ses 
ordres, de se réunir à lui et d'arriver avec des attelages. Les 
renforts espé(^s lui font défaut. Par contre, les mauvaises 
nouvelles se succèdent les unes aux autres. Le soir du 13, 
on apprend qu'une avant-garde de Napol/'on est rendue il 
M&con et que la population de Châlons-snr-SL5ne a jeté 18 
pièces de canon dans le canal en criant : " Vive l'empereur I " 
C'était précisément l'artillerie sur laquelle Key avait compté. 
De toutes parts la révolte et l'insurtection, ses troupes à 
moitié gagnées, prêtes k lui échapper. Gomme l'avait annoncé 
Napoléon, c'était la victoire " au pas de charge." KUe allait 
de même que le courant dans les grandes inondations. Le 
ruisseau grossi se change bientôt en torrent ; sous la poussée 
des eaux, partout cèdent les digues. Voici le fleuve mainte- 
nant dans la campagne envahie, le fleuve impétueux, indomp- 
table. Qu'est-ce que Ney au milieu de ce déchaînement 
universel j Un frôle Ilot battu par la tempête et que les 
vagues s'apprêtent à emporter bientôt dans leur course. 
Résister maintenant > En vérité que peut-il faire ? 



Dans la nuit du 13 au 14, les agents de l'empereur sont 
parvenus à pénétrer jusqu'au maréchal ; ils sont porteurs 
d'une lettre de Bertrand, de Bertrand le héros d' Aboukir, du 



— 189 — 

P'".U,d à SaintetH^l r „"ï;r;;'''^•-•°-- 
guerre eiyil„ Tlui !„, " '"f^'"" f""' ^^'««r 1. 

I prouvait le mouvement," ,|ii,. I. p,,,. ", 
noierait attaquer NaDoWnn», « '""• ««"'e. 

du ^« de'i^ta.e, t::io;o:zz "1;;;:"-^ 
>. -ohede iCz': tttir;:: t:'»^™"' 

•iume de, population. V„vTi J *' '^' '«»"'<>"- 

* toute. WfleS, S, „M"T' ^'™"'^- ^^ P-'e 
- ,u.„ rabaodooo; R W iTri''" l'" ""' 
troupes sont menaçantes- déià il n. . ^'"' "«» 

ou I-. averti de complô;, 11^ ^""P'- »- «"es ; 
Macdonald. Oudinot Sul^T >T T'"""'- ^'^ 1"»" 

Marchand, .ar^'lte!™;' ' ^ ^^""y*'»' B™^". 

parti le , .. :.., Tl ^""""'^ »""« d'Artoi, qui es 

B^.».^..:::n:,Sïï.-:rrirr>- 

81 Louis XVIII est n»rfi „• . 1 ™'terait ? Après tout 

prétexte de les consulter .n.i '"'"Pf' ■ P^'^Wernent sou, 

«tr^rritr - ■•"-» Si 

10 



rjij 
'/fil 



— 140 — 

monarque légitime qui va les conduire à Paris triomphantes 
et réaliser leurs rêves"... 

La défection était donc accomplie, la trahison en appa- 
rence certaine. Au lieu de remettre son commandement 
dans la situation délicate et pénible où il se trouvait et 
suivre, s'il le faut, son roi jusqu'en exil, Ney tournait ses 
armes contre celui qu'il avait juré de défendre. " Il aurait 
dû retourner à Paris," dira plus tard Kapoléon à Sainte- 
Hélène. Mais ce n'est pas ici le lieu de disputer. 

Dans cette scène de Lons-le-Saulnier, les sentiments du 
maréchal répondirent si bien à ceux des troupes assemblées 
que l'enthousiasme fut immense. Ney, comme fou, parcourait 
les rangs, étreignant dans ses bras clairons et tambours : " On 
s'embrassa à s'étouffer," dit un témoin. Seuls, quelques offl- 
cietg demeurèrent silencieux ou protestèrent timidement. 
L'un d'eux, Dubalen, demanda et obtint son congé. Le soir, 
tout l'état-major dtna chez le maréchal, — y compris bien 
entendu Bourmont et Lecourbe — et, le lendemain, les troupes 
de Lons-le-Saulnier étaient en route pour Auxerre où, le dix- 
neuf, elles devaient rejoindre l'empereur. 

Telle est en résumé l'histoire de la défection du maréchal 
Ney. 



Bendu à Auxerre et sur le point de revoir celui qu'il avait 
délaissé peu de temps auparavant, du reste sous le coup 
de la résolution si grave qui le ramenait vers lui, Ney 
voulut tenter de s'expliquer. Il avait même couché par écrit 
les motifs qui avaient dicté sa conduite, mais Napoléon qui 
s'y connaissait en hommes et à qui le maiéchal était familier, 
coupa court à tonte explication en lui disant : " Embrassez- 
moi, mon cher maréchal." Et ce fut tout. 

Comme on l'imagine aisément, l'excitation à Paris était 
grande. Mais, le 14 mars, Louis XVIII n'était pas parti. 



— 141 — 

«ut tout percl7et latn/ "°"''"' ''^ '" défection, on 

au. -.rdeXi 7ir rrvîiiî^'^- ^^-^^ 

route de l'eiil • et I^ l.„^ '^«uis AVIII dut reprendre la 
-ividu Jehaiv '""""''" "'"" '«'•^' Napoléon! 

foule hébétée ", dont ITT, ' ^ """'""'^''''u^ " de cette 
devant tous les' sole leTetnr'Ar; ""^. ' " '"'''^"-' 
ui f««.ille vicissitude, nZile^J' «'avait jamais va 
aux grands officiers de sa c û Ca^:""; "Q-^' «^nie disait 

chie^S: etCrf :'."""''^ ""^-'«-'e monar- 
face du pays, Les ^ag^ io'nsZr "" *'^°" """"«'^ "^ 
voir sans inquiétude le XwL!^" "?' "'" "'«^-'^u' PU 
raient alors l'ancien réj,„e rp» 1 ^' "" ''"'"^ »u^W^- 

I^n coname le »„ve^f "eYS^Œ " " r"-^"' ''^'^ 
plutôt ,„e de la volonté na Ln"^ l I^rII 'r""'"=«^' 
sait aussi trop visiblement le vice de i "'.''»''™"<'» "^W»- 
Pompe en voilait à peine l'illffi "*""'■ ^"^ ^aine 

voyant Bonaparte. dTt Vi ^tT;' '" '^'''^^^- " «" 
grand de cent victoires, tnv.t f 'T ^"^^ """"■"« »' 
château de cartes, déZmibrrT '^ ""« «'"''ïu-aude un 
".«on dVra, je me™,"r'"^ """" '^ P'-*" ■•™ ^éco- 
du n,man de Cervanteroïl ,7 T'?''"^"' ""« -^- 
laos une loge de «ari^ni , tktt"^-^^^ 
en pnneesse enchaînée à „„ L . 7 Poupée vêtue 

épée et pourfend le dra^n"", ts" rt "'^°' "" " «"""'^ 
aa boutique.» ^ ^' prisonniers, le bateleur et 

*** 
Mais voici la oampagne de isik • . 

^--ours,voi.waX.înrcr::.:::r 



_ 142 — 

^ » VF,,™™ Qu'il n'a que des intentions pacifiques. A la 
;;uie3n qui se%.esse cent, la F»nce, la France 

jamais l'aigle n'avaxt i^ané plus h^^P^ ^ne puis- 

ea proie et l'étre.ndre dans ses serres ^^^^ ^^ 

sanoe au delà des espaces visibles, et qui se m 
V^uUon ou des aigle. a«.nd«t^- heur._^^^^ ^^ ^^ ^^^ 

''rrThX dCnibX armées y convergent, 
points de 1 horizon, Q.u , Quel rendez- vous 

.. plateau du ««""fa.nWean a ^^^^^_ ^.^^ 

.. la têtç de la «^'^«"'•-f ''V'^Zjit^ _I1 ne veut rien 

r'^-iïï ïrcoL^tue ô:^ -— - -«^- 

écouter. Il a J"'* <»''"' "* „ uniforme et son cha- 

X„. obevaux -t t r^ -^ f^ ^Îse la mort, vingt 
peau sont cnb s de balles V ^ ^^^^ ^^ ^^^_ 

fois, la mort l^e- " ^«"^ ^^^ème cheval et son 
miers rangs anglais. " J*™ "^ J^„, hérissés, la bouche 
chapeau-, le visage en feu, l^^ " .. gi nous ne mo«- 
toimante, il crie à son camarade dErlon ■ 8 

...ons pas ici sous '^ ''^^Jl^^Sé' ^<^s U,.U> ^. 

" ''^' "'''' T^é Tort dan -„: Ique précipitée -, et 
cavalerie avait été dévorée oa ^j^_ 

voici Bliicher et Bulow qui «"-"'-f^^^Xt. ^n disant : 
..t une poignée d'hommes -es qui se r^^^^ 

;jrér:^^^oouvertdecontusions,briséde 



— 148 — 

fatigue, il a recours à l'obligeance de quelqu'un qui lui prête 
son cheval pour rejoindre les débris de l'armée en retraite." 

Là bataille était perdue. 

Comme un gigantesque palais en flammes s'effondrant sur 
ses ruines. l'Empire disparaissait dans ce brasier ardent que 
lempereur.-jedis mal,_U colère divine elle-même avait 
allumé 

II 

Forcé d'abdiquer une seconde fois, Napoléon avait pris la 
fuite. Mais les restes de l'armée française s'étaient ralliés 
sous les murs de Paris. Bientôt, sur les hauteurs, parurent 
les feux de l'ennemi. Davoust qui avait le oommandemc t 
en chef, était prêt à engager la bataille. Mais, vaincu par 
des appels au patriotisme, des considérations où la sinoé 
rité avait probablement plus de part que la prudence, il laisse 
le gouvernement provisoire entamer des négociations. Le 3 
juillet I8I0, une convention militaire est signée Les parties 
au traité sont, d'un côté les générau.^ alliés, de l'autre Bignon 
chargé du portefeuille des affaires étrangères, et représentant 
lEtat, GuiUeminot, chef de l'état-major général de l'armée 
française, pour l'armée, et Bondy, préfet du département de 
la Seine, pour la ville de Paria, trois signataires délégués du 
gouvernement provisoire et représentant la France. Au nom 
bre des articles de la Convention, le XII' qui est le plus 
important, se lit comme suit: ■■ Seront pareillement respectés 
les personnes et les propriétés particulières. Les habitants et 
en général, tous les individus qui se trouvent dans la capitale' 
continueront à jouir de leurs droits et libertés, sans pouvoir 
être inquiétés ni recherchés en rien, relativement aux fonc- 
tions qu'ils occupent ou auraient occupées, à leur conduite et 
a leurs opinions politiques." 

Les instructions du gouvernement provisoire avaient été 
positives. Si cet article n'eût pas été consenti, on se Mr.it 



— 144 — 

battu. Alfted Nettement dit que Bignon. ministre du gouver- 
nemeit provisoire, n'avait pas reçu mandat de représenter la 
France. Cet historien dont l'impartialité n'est pas à labn de 
reproche, dans toute cette affaire, oublie que la convention fu 
ratifiée, dès le lendemain, par la Chambre des représentants. Il 
dit aussi que les généraux alliés ne firent pas ratifier U con- 
vention par leurs Etats respectifs ; mais l'histoire prouve qn ils 
agissaient selon les instructions de leurs gouvernements. 
D'ailleurs, les puissances ratifièrent implicitement cette 
convention en se prévalant entièrement des avantages qu elle 
renfermait. Comment ne l'auraient-elles pas fait, puisqu en 
entrant dans Paris, elles devenaient maltresses de la France 
et mettaient fin à la guerre? Aux conditions arrêtées dans 
le tv lité, Davoust consentait au retrait de l'armée derrière la 
Lo-' ■ et cette armée allait bientôt être licenciée. 

Le premier soin de Davoust fut de communiqueraux troupes 
qu'il commandait, les assurances qui leur avaient été données 
"Les hommes et les principes, disait le maréchal, seront 
respectée.» Comme gage certain, il leur annon<!ait que Fou- 
ché, régicide, impliqué dans les Cent-jours commetentd au- 
tres au demeurant l'une des plus tristes personnalités de 
l'époque, était choisi comme ministre de la police, et Gouvion 
Saint-Cyr, ministre de 1» guerre. Davoust disait qui 
n'avait accepté qu'avec l'assurance que le gouvernement 
marcherait dans un esprit de modération et de sagesse. Les 
sentiments de l'armée, écrivait-il dans une lettre, sont bien 
connus Elle a combattu vingt-cinq ans toujours pour la 
France, souvent pour des opinions contestées; le seul pnx 
qu'elle demande du sang qu'elle a versé, c'est qu'aucun citoyen 
ne puisse être poursuivi pour aucune de ses opinions dans 
laquelle il a pu être de bonne foi. A ces conditions, ajoutait- 
il l'intérêt national doit réunir franchement l'armée au roi. 
Ajoutons à cela que. suivant Ernouf, historien de la Capitu- 
lation de Paris, M. de VitroUes, muni de pleins pou- 



— 146 — 

Lou.8 XVIII Im-même. C'ert à cette prome»e .i impor- 
tante que Benyer devait plus tarf faire allusion dans le cour, 

I^rYVlif'r'^/"'"""'''™''"-'^"' '"^ négociations, 
LOU.S XVIII attend sur la frontière belge, son sort devani 
dépendre du nouvel état de chose qu'elles feront naître 
Mais la Convention du 3 juillet 1815 est signée et le roi 

I^nis XVIII va.t.,1 tenir? Quels seront les débuts de la 
i Kestauration ? 

*■*# 

A peine le roi est-il remonté sur le trône que par deux 
de ses premières ordonnances, oeUes du 29 juiUet, 29 nom. 
sont retrenché, de la liste des pairs de F«nce. 38 mLT 
oùaux généraux et officiers sont condamnés à l'exil, et 18 à 
subir eur procès devant des conseils de guerre. Le maré- 
chal Ney figurait naturellement parmi ces derniers avec La 
Bédoyère. Grouchy, Bertrand, Drouot, Cambronne et autres 
Vainement Bavoust s'indigne et proteste. Vainement Mac' 
donald demeuré fidèle' à Louis XVIII, et qui l'a suivi dans 
lexil de Gand, révolté dans son âme, se déclare contre les 
orfonnances. Dans aa protestation. Davoust " rappelait, dit 
WeUch,nge,que l'armée avait accueiUi une première fois 

en rebeUes et en vaincus. " Et, disait Davoust, voici que les 
faits se renouvellent." Il écrit au maréchal St-Cyr, ministre 
de la guerre : " Il vient de paraître ici une orfonnance de 
proscriptions qui a été criée et vendue publiquement dans 
i-ans. Si je devais faire quelque foi, M. le maréchal, sur tout 
M que vous avez dit aux maréchaux Gérard. Kellermann et 
Haxo, et que je rapporte ici : ■' que l'armée fasse sa soumis- 
sion pure et simple, et comptez que le roi fera plus que 
vous ne désirez ; si je devais ajouter foi à ce que m'ont dit les 



— 146 — 

différente officiers que vous m'*vei envoyés, notamment M. 
Warin, votre aide-de-camp, qui m'a assurt, ainsi qu'à tous les 
généraux et officiers qui se trouvaient au quartier général, que 
Votre ExceUence l'avait chargé de nous dire que ces bruits ré- 
pandus relativement aux proscriptions annoncées étaient tout- 
à-fait faux, qu'oucunejmwmpeMm n'aurait ii««,"eto. Vais il 
sommait le maréohalSt-Cyr de mettre cette lettre sous lesyeux 
du roi. " Nul de nous, dit Ségur, n'aurait souscrit au Traité du 
3 juillet, aux dépens d'un seul d'entre nous, et bien moins 
encore en Uvrant celui à qui l'armée avait dû tant de fois sa 
gloire et son salut." " Qui le croirait, dit Macdonald î C'est 
sur le rapport de Fouohé, duc d'Otrante, ministre de la police, 
que ces ordonnances prosoriptives étaient rendues, de celui 
qui avant et pendant cette période, avait si largement parti- 
cipé i. tous les événements intérieurs dont elle avait ét^ 
remplie 1 " Dans un premier mouvement et non sans quelque 
intérêt personnel, Touché avait écrit à Louis XVIII une 
lettre où il cherchait à le dissuader des mesures qu'on vou- 
lait prendre. Mais au lieu do l'écouter, on lui intimait tout 
simplement l'ordre de préparer lui-même la liste des pros- 
criptions, ce qu'a faisait d'ailleurs avec sa souplesse accoutu- 
mée, ne négUgeant rien pour qu'elle fût complète. " Il 
faut lui rendre cette justice, disait Talleyrand, en repassant 
les noms, U n'a oublié personne de ses amis." Le zèle même 
avait été si grand que cette liste de noms avait dû être 
diminuée de moitié. Fouché et Talleyrand ! De Maistre ne 
peut s'empêcher de trouver équivoque la posture de Louis 
XVIII entre ces deux acolytes, comme il les appelle. 

Napoléon, au fond de son exil, à Sainte-Hélène, recevait 
quelquefois des nouvelles de France. U était loin d'être 
indulgent pour Ney. mais il se désolait de son arrestation. 
" Pauvre Ney, disait-il, quel sort funeste l'attend I " " Il n'y a 
qu'une manière de sauver Ney, disait-il encore, s'il y en a 
une, c'est de faire éclater en sa faveur toute U force de U 



— Ï47_ 

BourboM. continue l'exilé de Sainf!.H/il " "^^ ' . ^' '«• 

tera le premier la maison H'n.i^ ^ P™"" 







c 




SIXIÈME CONFÉRENCE 

(looB<« par 

Mo».iEO« J..B. Pmxo., LL. D. 

r™f—ur i, drert ™a.|„ j I. p„„|u j, „^, 

UN PROCÈS sous LA HESTAURATION. 
(1.1 MABÉOHAL KEV.) 

III 

«ço.t d-aborf avec hauteur et refuse de lui rfpoud«. Z 

naeuté au roi jusau au 13 mur. ti j.-. .1 "<==<• 

olamation toute ZZl à 2 ' he^ » T ' ''"' "'"' P"" 
Ir,^. loi- P"?*™*» * '= beana du matin, le 14 à 

deux généraux «,„s 8e, ordre., oeux-ci l'avaient appJuvt 

nt«t """ '" '"" "■* '~"I«»- " disait: "'72 
entrain^ j a. eu tort. Il n'y a pas le moindre doute ..MàU 

îr.Zl'ne-^tl f^-r'""»"^ o-estlac^int^d^a 
guerre civile. -Le, troupes, demande le préfet, avaient-elles 
manifesté, avant votre procUmatiou, de mau;aise dt^^ 

sourfe; mais les mauvaises dispositions étaient connues 
Java,, cru pouvoir les changer eu faisant arrêter le 13 lu 
matm, un officier que le général de Bourmont doit conuattrë 

t^u. avait IWion de passer à Bonaparte." -jT^^, 

quÏtédeTr' " "? «"^™' "'"'■ P<»" '-"-^- '^ 

quantité de troupes que j'avais dans mon gouvernement. Je 



— 160 — 

n'ai pu rien obtenir. Le fait est que «i j'avais suivi ses 
instructions, je n'aurais fait faire aucun mouvement à mes 
troupes. Je serais resté seul à Besançon. Comment se fait- 
il qur . dide-de-oamp du ministre soit venu disséminer ces 
troupes au lieu de les réunir î 8i j'avais voulu trahir, j'aurai» 
donné de faux avis à Suchet et à Oudinot et je je les aurai» 
pas pressés de marcher en avant. Suchet m'écrivait que ses 
troupes étaient déjà en fermentation, et Oérard qui so défiait 
de lui, avait envie de reprendre le commandement. Ma femme 
qui croyait bien que je marcherai» contre Bonajiartc, s'affli- 
geait de ce que cela n'avait pas encore eu lieu. J'ai été fort 
maltraité par Bonaparte et ma femme aussi. J'étais regardé 
chez lui comme la bête noire." Ce premier interrogatoire 
finissait par ces paroles : " J'ai eu bien des fois envie de me 
brûler la cervelle, disait-il, je ne l'ai pas fait, parce que je 
désirais me justifier. Je sais que pour mon action, les hon- 
nêtes gens me blâmeront. Je me blâme moi-même. J'ai eu 
tort, je me le reproche, mai» je ne suis pas un traître, j'ai été 
entraîné et trompé." 

Le 2^ août, le préfet de police revint à la charge, cherchant 
à faire avouer au maréchal le dessein prémédité de trahir. 
Voyant ses efforts vains, il lui demande: " Comment expli- 
quez-vous ce changement ai brusque de conduite ? " — " O' 
peut dire, répond Ney, que c'est comme une digue renversée. 
C'est l'effet de toutes les assertions de» agents de Bonaparte. 
Tout paraissait perdu. ..J'ai été entraîné par les événements... 
Lorsque j'ai quitté le Koi, je suis parti dans l'intention du 
sacrifier ma vie pour lui. Ce que j'ai fait est un grand mal- 
heur. J'ai perdu la tête."... 

A la suite de l'ex-i-ution de La Bidoy-re, Chateaubriand, 
dont la sincérité géi alement n'est pas suspecte, disait dans 
ce langage qui n'est qu'à lui : ** Sire, ce n'est pas sans une 
vive émotion que nous venons de voir le commencement de 



— 161 — 



vc»ju.tioe. Voa. .ve, w.i ce gUiv, q„e k Souverain 
oiel a oonl\é aux prince» de la terre 



|>euple 



du 
pour aiaurer le repoa âer 

W«î:*,'''"ti'"' '',V "P"'"""'» "^i' Po-rt'-'t deux «,pect, 
b^n tranché. Un autre hon,n.e de valeur a«.,i, n,ai. dont 
éloquence d ordinaire tenait plu, de l'épée que d„ la plu^e, 
se chargea, «„, le vouloir, de répondre au g„nd écrivain 

I^ Conseil de guerre, oon.titué le 21 août, devait être 
dan, la pe„,^ ,!„ gouvernement, présidé par le maréchal 
Monce,, 1 un de, plu, ancien, officier, de l'Empire Celui-ci 
déclina auMitôt cette fonction ; mai. le ministre ayant voulu 
I».«r outre, le duc de Conegli.no adre«a une lettre au roi 
dan. laquelle ou liuit ce pa«nge : 

"Je n'entre pas dan, U que.tion de «voir ,i le maréchal 
e,t innocent ou coupable. Votre justice et l'éouitë de ae, 
juge, en répondent à la poatérité. qui pé.e dan, la même 
balance le. ,»i, et le, .ujet,. Eh I quoi. di„it.il, le „„g fr»„. 
ça.» na-t-il pa, a,.e« coulé? Noe malheurs ne aont-il, p., 
^z pand, 1 L'avili.«,ment de la France n'e,t-il pa, poWé 
à «,n dernier période 1 Et o'e,t lor.qu'on a be»in de rétablir 
de «,.uu«r, d'adoucir et de calmer qu'on „ou,pn,po,e, qu'on' 
exige de nou, de, proscription,?... Ah I Sire, di«it Moucev 

Votre Majesté, lU lui diraient que jamais l'échafaud n'a fait 
dami». Croient-ils donc que la mort ,oit ,i redoutable pour 
ceuMU'Ia bravèrent ,i auvent ?"...■• Moi, disait-il i'h-ai, 
prononcer sur le sort du maréchal Ney ? Mai',, Sire, p^rmet^ 
tez-mo. de demander à Votre Majesté où étaient les Vccusa- 
teurs tandi, que Ney parcourait tant de champ, de bataille ? 
Lont-il, SUIVI et accusé pendant vingt-cinq ans de dangers et 
de travaux ! Ah ! si la Bussie et le, allié, ne peuvent pas 
Pardonner au vainqueur de la Moskowa, la France peut-elle 
oublier le héros de la Bérésiua ?...C'e,t au paesage dota Béré- 



— 162 — 



sins, Sire, c'e^t dan> cette malbeureuw cattitrophe que Nty 
suuva le> d(Sbri« de l'armée. J'y avais dei psrenta, de» amia, 
dea soMata enfio, qui août les amis de leiira chefs. Et j'en- 
verrais à In mort celui à <|ui tant de Franchis doivent la vie, 
tant de familles leurs fils, leurs époux et leurs parents ? " 

Le noble Moncejr on fut quitte pour trois nru i de déten- 
tion, Cu fut le maréchal Jourdan qui le remplaça comme 
président de cu Conseil de g'i.'ue composé de Massén», 
d'Augereau, de Mortier, dea lietitonants-géiiéraux du roi, 
Villate et Claparède, Joinville était procureur, et Urundler, 
rapporteur. 

Le Conseil se réunit le 14 septembre. Le maréchal avait 
pour défeiiSuur, Berryer, pire, avocat presque septuagénaire, 
mais ';'>., à l'ardeur de ses meilleures années, joignait beau- 
r>' , de Bavoir et d'expérience. Son fila, celui qui sera tout à 
i iicuie le grand Berryer, alors âgé de 26 ans, l'assistait, tout 
en jouant un r61e effacé dans le procès. Dupin atné et Dela- 
croix-Froinville, deux autres sommités du temps au barreau 

de Paris Dupin surtout— agissaient en qualité de conseillers 

du vieux Berryer. Dupin et Delacroix présentèrent deux 
mémoires an aujet de la juridiction du Conseil de guerre. Ils 
prétendaient que le maréchal Key, pair de France, n'était 
justiciable que de la Chambre dec pairs, comme autrefois les 
puirs ne l'avaient été que du Parlement de Pari». Ils déniaient 
donc la juridiction du Conseil. — La deuxième séance du tri- 
bunal s'ouvrit le 10 novembre. Dans l'intervalle, on avait 
fait une très longue enquête. Le maréchal, revêtu d'un simple 
uniforme et portant le grand cordon de la légion d'honneur, 
entra lentement dans la salle des assises, pour se rendre au 
fauteuil qui avait été disposé pour lui à côté de se» défen- 
seurs. C'était la première fois qu'il paraissait devant la Cour 
des pairs. A la question d'usage, il répondit fièrement : " Je 
suis Michel Ney, duc d'Elohingen, prince de la Moskown, 



— 168 — 

r.r%hev.Cg^J?J,Ï"';:ij'"»^'''' delà Cou„„„ed, 

P«' oi p.? iret^ .Ï Lu? "". °"*"" "" *"•■' «""" «trait,. 
T • n °* l""" "■> peut lire ' 

.ouventTltil *''"'' " "" '"-J"»- ^'-é et atteint 

imHnétmble /««! «!,"!'"'*"' """""'■" " '« '""«'«», 
d« 1. fatolW J„' "^r ""'"' P" '" 8»"""" "e» coup» 

brave, "mtl„rdrol'%'"r'"-" "" "'■' "'■"^ "- 



-•154 — 






qu' " il rompait avec M. Beiryer tout lien d'estime et de fra- 
ternité," Enfin, Dupin nous apprend que " tons les anciens 
avocats étaient lé);;itimistes et regardaient comme un acte de 
félonie de défendre des hommes qui étaient l'objet des accu- 
sations politiques." 

Interrogé sur la lettre de Bertrand reçue par lui dans la 
nuit du 13 au 14 mare, le maréchal Key répéta ce qu'il 
avait déjà raconté : " Une glande partie des soldats, disait-il, 
travaillés par des émissaires, avaient abandonné la cause du 
roi avant la proclamation. Grand nombre d'agents obscurs 
et inconnus s'étaient mêlés parmi eux. J'ai su depuis que 
deux aigles leur avaient été apportées. L'exaltatation était à 
son comble. Un silence sinistre annonçait que les troupes 
étaient prêtes à lever l'étendard de la révolte. Les soldats 
menaçaient de me tuer, ainsi que cela me fut rapporté par le 
général de Bourmont et par plusieurs officiers. J'étais moi- 
même troublé de la position affreuse où je prévoyais que la 
France allait se trouver, et j'ai plutôt suivi l'entraînement 
général que je n'ai donné l'ei^emple." 

Le 10 novembre, co haut tribunal déclara par 5 voix 
contre 2 qu'il était incompétent à juger un maréchal de 
France. Ney, au comble de la joie, embrassa ses défenseurs, 
en disant: " Voyez-vous, ces b...-là m'auraient tué comme 
un lapin ! " Telle était la bonne opinion qu'il avait de ses 
camarades. 

De longues discussions avaient eu lieu devant ce tribunal. 
La défense de l'illustre homme de guerre devait passer par 
toutes les chicanes de la procédure et cette tactiqne a donné 
lieu è quantité de commentaires par les historiens. En assi- 
milant cette cause aux causes ordinaires des cours d'assises, 
n'était-ce pas en effet réduire les proportions du débat et 
amoindrir d'autant la personnalité de l'accusé ? Bon non '.>re 
d'écrivains l'ont pensé. 



— 166 — 

Napolfon, à Sainte-Hélène, est de oet.vi. n h,> . 
défendant le marénh»! «„ = «i avis, u dit qu'en 

«an, couleur." On^'iZriM " 'l '""""'' '"""- «' 
PlaMé 1-inoon.pé.n.rcl dt^e^-tït^r"" 
«ans «n douloureux étonnement. dit Zlabe^r ?" 
spectateurs favorables au maréchal IW.»' ''"' '°' 
- la compétence du cZ^t^^'SZTy '"'"■ 

rirCe^nV^e^-'^-T-"^"--- 

<«tcethisi\tu;^;'-r-„^^^ 

étaient des ami, qui touLr? , '«' J"8«»; 1» plupart 

après le 20 marl'";^"» 1,1 f "' """" '"' »"""»»». 
deacent-jours" ll^l™'"'^' °°'"'°^ '"i-même à l'effor 
sid^ration's timides^eT' .!'/ '°° '""' '"«™"« " ««' «»- 
la résolution de dlcllnerf l *™"'" ^"' P"'°'^'« ^ ^ey 

où-unsoldareû éL liVrr"' M "t""""' """'»'- 
croit qu-enacoeotantli? '^^J " ^*''- ^«'«chinger 

^e 4 .tairptt:îre7L^t^ltÏr '' T'^" 
mais que les ii.™.. „• ' P*' condamné . 

-cou.\nXenu-::r"" ^.""""'"'^ '' "■«»« - 

ily aurait Cà dlerL «r," "" "" '" "•'^^■" ^a'» 
d^ense. Qu'il suffird?. '''"""'"'^ '*'"' ""•y""» ^e 

n.oires.qurrarife j 'Trr"''"^''^*'''' '«» Mé- 
-arécha,!safamiret:ram- e^rt^^""^"^^ P" '« 
ment i^solu de plaider l'inoom^éll^d Conseil de"""™" 
Il existait plus d'un mot.f „ '^ "° "" i^onseil de guerre. 

membre, dLtribunTpT;'''"''^!'"''^ '»''-'»•'''« des 

personnels avec le malharËL"rrr "''='' "'" "^"'«'•S» 
Poui^uoi n'onUls XÎuÏé , l^^ll'''' '^'''''«°' J"'''-«on. 

mains. Ecoutez l'un at, "Cst T "" '"' """* '««" 

mort: " Nous avons été de, il' T *"■""• '" '»''«' «"e 

oha. Ney malgré lulfa^m t^^' r^-Ï^' '^ "'*'^- 

V,ue de^despotisme avait crbé'r 'vo^ ^ s";: 



— 156 — 

joug, et avili ]ea caractères. Le Conseil de guerre eut peur 
de juger, parce qu'il ae sentait impuissant à mener l'aflaire et 
il profita de l'échappatoire pour se dérober. Ce qui eut lien 
par la suite laisse à penser sérieusement que s'il eût jugé, il 
fût allé aussi loin qu'on U désirait. Fait bien connu, ce ne 
furent ni les génénux, ni les maréchaux qui se distinguèrent 
le plus dans toute cette affaire. 



IV 



Si le maréchal et ses amis trouvaient' matière à se réjouir de 
la décision du Conseil de guerre, il était loin d'en être de 
même à la cour et ailleurs. C'était le deuxième échec du 
gouvernement. La première fois, le maréchal Moncey avait 
refusé de présider le Conseil ; la seconde, le Conseil se décla- 
rait incompétent à juger. Le tribunal militaire fut accusé 
de trahison et l'on parla de faire le procès des juges. Le 
monde des ultras était furieux. " Le langage des salons, dit 
Viel-Castel, fut impitoyable. Les femmes d'ordinaire les plus 
douces, transformées en furies, exprimaient sans ménagement, 
sans scrupule, l'impatience sanguinaire dont elles étaient 
animées." On croyait fermement que le retour de l'Ile d'Elbe, 
qui avait occasionné tant de malheurs, était moins le résultat 
de circonstances exceptionnelles que le fruit d'une conspira- 
tion dans laquelle le maréchal principalement avait trempé. 
Plus la révolution qui avait amené les Cents-jours coûtait de 
sacrifices et d'humiliations, plus la réaction semblait s'achar- 
ner aux prétendus auteurs du complot. L'affaire ne devait 
donc pas languir. 

Le 11 novembre, lendemain de la sentence, Louis XVIII 
fit enjoindre à la Chambre des pairs de procéder sans délai à 
juger le maréchal Ney. En lui coiAmuniquant les ordres du 
roi, Richelieu, président du Conseil des ministres et au porte- 



— 157 — 

leur joie soit courte pour qu'eUe n. • ""'"'^' ^''■''- ''"' 
n'est paa nécessaire, ^t le mi " re oZ ""' '"""'"■" " " 
juridiction q„e la Chambre . "^ '""'"' ''°^'' '"""e 

opinai.. L foIX- ,eti:r:t """"^ "" '"—' 
sont assez solennelles et !« ''"'P"'"''""'^'' '"'• 

homme quelle qu-a' /sir L~''''' P''" J»«- >•» 
ce qui fit dire à M de b11 f ' 17' '''"' ""' «"" «'"le"- 
Chambre d'expédier e S.?"!'' """''*" ""»«"""" 
loi ",.0n eût voulu trouver d„, ri! "" "T P"^'^' "« 
P«bUc. ce cime, cette impartiaK^I '°.'''"8*8« <*„ ministère 
o'«-e,de la justice. ZZlZZ'"""' ^' "''" "" 
paroles: " Ce n'est pas seul™ . ''"" P"""»?'» "«s 

««plissonscetoL ;^ rr^Vr '" ™' 'î"« '■°''» 
stupéfaite. C'est mém;::t::"'*^™"--'i'gnée et 

vous conjurer et vous reJTflf T ''"' °''"» ^«»°»^ 
Ney."...La Chambre toute im.!.J"" "^f ^"^^ '" """^ehal 
loyalistes. co.nn.e s'exprime M ÏeT" 1""° '"'"'--"-ts 
eet appel inconsidéré. *''*' *'*»^"'" fort mal 

#** 
Que la main de l'Eumne fA^ .i 
«■est que tmp certain etTeft/™ ■ "^ P"°^' ''''"""'•■<. « 

"Préakblement a^ n'octttT' h"T '""'"'^"' '^"l^""'- 
'■ouvrir pour fixer le s rde'a Fr ' T"""" ^"' »"--' 
'es puis«.„ces coalisée, iiè,^"7' ^""^ ''''"«""""' 
«Jeux mesures considéréesnl «""vernement royal 

châtiment exemp,»^^ t, rn"""' '' '""' ''""« ^'«"'o 
révolte du 20 mars™ 'l/'''^*'"' instigateurs de la 
JuilK dit WeUchin«er l'em Jl 7,""''' °''^'"'"'""=«' de 
festé du mécontentem' 't lu Ct"d 1 T"'" "'»'" ""«"- 
" conseil des ramiatres, lui 






— 168- 
«v,it réi«nda "qu'il était étonné d'avoir à défendre devant 
?rL7^e.«re qui n'eût pa, été pri,. de bon gyé. « Ion 
nlût été pre«é par les insinuation, et même par les mstanoe. 
des aUiés '"-Ce n'est pas la mesure en eUe-même que je 
b^^t^pondait Alerdre. Je l'ai crue néc.ssa.re pour 
assurer vo^ avenir et prouver qu'on savait répnmer une 
aussi audacieuse trahison. 

n est à présumer que la Chambre des pair, eu sava.t elle- 
même plus qu'elle n'en voulait laisser paraître Ma« ce 
TpÏau nom de l'Europe avait quelque chose de choquan 
;^„ une justice moins délicaU, que ne l'est «^ -airemeut la 
Cce fiçaise. De fait, les alliés menaçaient de prendre 
en mains leur propre cause, si la France ne pouvait punir 
ceurqû, suivant eux, avaient si traîtreusement compromis 
r Lx de l'Kurope Les uns conduiraient les ooubables en 
SiS'd'uUeXferaient pendre. I. Ti«i« et le 3for»^», 
Îo^tr prochaientau roi sa magnanimité et le retard qu.l 
m^ttat rsévir. LeKm« allait jusqu'à dresser des hstes 
r proscrit Lord Clancarty disait qu'il fallait frapper es 
têtes dT la conspiration, autrement l'Europe n'en aurait pas 
lur un an De son côté, lord Liverpool écrivait à Talley- 
C ^etnt que justice ne serait pas faite, il s«ait imp^s- 
Bible de croire à la durée du gouvernement du roi. C est 
au nom de l'étranger que l'accusation a ^^ ^^' ^^ 
^ r«t aue l'on a requis condamnation; c'est sous son 
fnrûrqri'lrêt aie rend. Il voulait je " 
gloires militaire » Woj.u.es et onj^u, a s^^^^^^ 

!ï^iralfr:rrdr:o:L la mL forcée etqu'i. 
n-v a Qu'à s'en prendre à l'étranger qui a voulu flét ir 1 
V- ZL armes- " manière trop commode en vérité de 
f^^réUnassLXu complicité gênante. Non, il y avait des 
lt^:Z France qui applaudissaient aux proscnptions. 



— 189-. 

tot dan, le mouvement, de la situation ? " " L'Europe, dit 
cet écnvain demandait à la France de faire justice au non. 

t'iZ"7\ r'^ "' ^'^ ""1""^"«'<» de l'avenir." 
Le baron de Vitrolles, secr.!taire des min.-,tre,. se contente 
d observer froidement q„' - après les menace, des alliés H n'y 
avait plusàreculer!" Ces exigences, pamtt-il, répugnaient au 
«.. i mais Louis XVIII n'éta,t pas de taille à résister NÔblë 

^vsTr'rr' /"""""''" ^' """"" ""o^'^-"*"" '^ 

pays, Il était lom de posséder cette éneigie indomptable oui 
commande dans le, situations les plus ^fficile,. Ce oulà 

d Campagnes du I" Empire, sous la p«.tection des baïon- 
nettes étrangères qu'eurent lieu la Terreur blanche et la 
grande réaction politique qui maïquèrent les premières année, 
de la Bestauration." «unee. 

Mais revenons à Bichelieu. U ton de son discours attes. 
tau quon voulait être expéditif. "La justice, disait L 
ministre, doit être prompte, car il importe de retenir Tindi 
«nation qu, de toutes parts, se soulève I Vous ne souffrirez 
I»,quune longue impunité engendre de nouveaux fléaux 
plusgrands peut-être que ceux auxquels nous venons d'écha,^ 

" Cette pièce, suivant Viel-Castel. est un des plu, triste, 
monuments de Kpoque." " Avez-vou, lu l'ukase de M ^ 
K cheUeu faisait Talleyrand ? " M. de Richelieu était unémi! 
gré qui avait longtemps habité la Russie 

Telles sont les auspices sous lesquelles s'ouvrent le, débat, 
de ce procès célèbre à la Chambre des pairs; procès do^ 
hnstruction avait déjà duré deux mois devant le Conseil do 
guerre. v/uuoou ub 

.S.sf'T»"' """"«^ ^' """*"■' l'acou^tion. Bell„t 
avait défendu Moreau sous le Consulat. Royaliste arient et 



— 180 — 

ami des Bourbons, il »v«it écrit un opuscule sur la question 
de légitimité. Pendant les CenU-jours, U s'était retiré en 
HolUnde et, une fois rentré en France, il avait été nommé 
procureur-général à la Cour royale de Paris. Avocat remar- 
quable et disert, il devait déployer un «èle indigne dans ce 
procès. 

Son réquisitoire contenant l'acte d'accusation, commençait 
ainsi : " Un attentat aussi inconnu jusqu'ici dans l'histoire 
de la loyauté militaire de toutes les nations qu'il était désas- 
treux pour notre pays, a été commis par le maréchal Ney ; " 
début qui promettait! Et Turenne, et Coudé pour ne parler 
que de la France, surtout le grand Condé I Et cet affreux 
connétable de Bourbon, au temps de François 1" ! Et combien 
d'autres hélas I... 

Parlant du maréchal, il disait: ", C'est lui et ce sont eux 
seuls que chaque Français peut justement rendre responsable 
des maux publics ou domestiques qu'il a soufferts et souffre 
encore." " Un si atroce forfait, dit-il, doit être puni ! Il doit 
l'être sans délai I L'impunité ne fut déjà que trop longue 1 
Pourquoi faudrait.il des délais ? Est-ce pour rassembler des 
preuves ? Elles sont malheureusement partout 1"... 

M'" Bellart, on le voit, est encore plus pressé que le duo 
de Kichelieu. Toute preuve même est superflue à l'entendre, 
alors que le Conseil s'est récusé et que tout le procès est à 
refaire. 



L'un des facteurs les plus importants de la réaction de 
1815, fut sans contredit la Chambre des députés d'où origi- 
nèrent les mesures répressives. Des mobiles très divers l'agi- 
taient. La plupart de ses membres appartenaient au parti 
royaliste ultra comme on l'appelait. Chaque groupe cependant 



-161 — 

onptivedu 24 juillet. UoomUi^Tl'^S ''"^°"«'"» P"»- 
Poupe le plus avancé ^^^0,^^ Bo«rf„„„.ye. au non, du 

tioo ■• et disait -Pu' S , '" ^'''^™- "l» '» Bévolu. 
feut des fers, des bcuZ.ûx S^ 'eurs t™n.es criminelles, il 
seule peut effrayer W„" , '"''P''""' ' ^ "«"'. 1» »ort 
plotsZ-^ansr pr ;: ÎT^V' """" '" * '«'"''^- 
mises en jugement. Et "e t le mf'T''^'. f'^^^"' ^'" 
Chambre qui s'était ,v,t- «"««tere .iclos de cette 

et les accu,ati:„s JeSn t;,:«t': ' '" "'""■""•"»- 
oet état des esprits les d7f! .^^ '"'' "*'*=''«'. Dans 

prés des .lliérirtÏTr '""'"" '^•'■"«"«"-«u- 
"Pe "que le min^rB des aT " f " '" """' ^^ ''««- 
Chambre des pai«dpir!T •'"'"'«'"' " ^"-«""^ '" 
de Paris signée parles Zl 2? ''î^'^"""» Capitulation 

pan. et deTu^Ïrt co„r^ "*^'''''^'"°''"'''»''<> 
provisoi^. le 3 juiUeT sÏ Par rarZ^Xir f "^"''^'"''"' 
coalisées avaient promis l'amni r '"""'«.^"-le» puissances 
-■> -n.ble,à leur "urTt àTeuf t""- ,^"r ''^'^'"''' 
pour le faire respecter si k Fr« ï"""" ^^ '''-'«"euir 

«aient. Une PaTde l^uf rT : t si''?' '^ ''^"- 
maréchal et ses avocaU n'étaien a Ls ^l à "f "'''' '^ 
démarche. La femme du m.^ i. , * '*"e «ette ' 



— 162 — 

P»ri«. Et il sollicitait noblement l'intervention du cabinet 
de liondre*. 

Maia toute tentative de ce côté, »u«si bien que du o6t* 
d'Alexandre devait être vaine. 

Le» Béance» de la Chambre, le 16 et le 17 novembre, eurent 
trait «eulemont à des affaires de procédure et de forme. 



Le procès pour le public ne commença à vrai dire que le 
21 novembre. Ce jour-là, à lOJ heures, la grande salle des 
assises était déjà envahie parla foule. Berryer et Dupin arri- 
vèrent de bonne heure. Sur les premiers bancs, on remarquait 
les plus hauts personnages tant étrangers que français. "A 11 
heures, le maréchal Ney entra, précédé de quatre grenadiers et 
alla se placer entre ses avocats." " Il était vêtu, disent les 
journaux de l'époque, d'un frac bleu et portait les épaulettes 
de général, avec le cordon de la Légion d'honneur et le petit 
ruban de Saint-Louis." 

Son visage avait quelque peu p&li ; mais il était droit et 
c'était la même fermeté dans l'attitude.— I.« Chambre des poirs 
était composée de deux cent quatorze membres. Cent soixante 
et un répondirent à l'appel. L'acte d'accusation fut lu à haute 
voix parle greffier. M"" Bellart qui l'avait préparé de concert 
avec les ministres, commençait par l'historique des faits que 
l'on sait déjà. Il parlaitde l'entrevue du maréchal avec le roi,du 
propos de la cage de fer, du départ de Ney pour Besançon, 
pais il disait : " Il a trahi sa gloire passée, uon moins que 
son Koi, sa patrie et l'Europe, par la désertion la plus crimi- 
nelle, si l'on songe au groupe de maux dans lequel elle a 
plongé la France, dont le maréchal, autant qu'il était en lui, 
risquait de consomm..; la perte, en même temps que, sans 
nuUe incertitude, il consommait celle de sa propre gloire." 



■-168 — 

rtvilU. le crime tntiZlu"V^-. ""'' '"""'»" « 
d'homme. q„i, p.^ ."^f'*;, Hi •'"'^" "'''''™ P»'»"^ 
be.«x&ito miS olln^ <»» ;»«"*>*„» p.r quelque, 
mettre .«-d.„u. deTioT de "? '. """'"" '" """' «'^ ™ 

-Cueit donc aT atlt"/ .t''""""^ ' " "^""' 
Bonaparte de, inteUigenoe. à r!L H ,- ""'"'*"" "^«^ 
baude, l-entrA, aur le « J T "' '^"""'«' * ''" «' * ««• 
viIHforte«.,e,. mag^reTat?" t."*""' ""^' ''- 
«cour, en .oldat; et eTZL^T'"'- '"^ ''"""'' "^ 
ses arme, ,ur le, poMeZ!!'f "'"'■'''"'" P~»rt' d» 

<!b«nlant la fidélité r^'""" '""«•'«'^; notamment en 
Bonapar.»etZfat'4tr/' ~;<^t« «an, 1 Wrét de 
«-ntre lui," etT °'^ * '» '""^ P-Wique agi,»nt 

* S'ni Soi'rrs: au^^ ^"""' '•''« ^^~'' 

vait «t«, imputée à l2 ' î, *'»?''»"''" ne p„„. 

vante, BeUart parlant rfV ^*'" '>''* '» ''^anoe ,ui. 

de «. lévree'^jr:;:: X r »ï-7;'*'- '-"er 

«fait. Eh! bien nn„..' ï' 'eut «tre justifié de 

q-e le U «ar, eh'lTe Zr "• " "•" "'"-'^ "■"" 
"■y a plu, ni oomolot n" """'"«'■««'"«'n,." Comment! il 

de la dicti:nT£is":xrrQ:eT '^ " -"'• ^°" 

imputation,, toute, ce. fl,™ .^"° '^«"«''■'ent alors le, 
officielle etréuCerontt ■»•". P«»^'»"»ent la F«„co 

«tal qui a préparé le .lur de vlS "'" P'"» '« '»'"^- 
Cent.joun,II.,e„lfeir-„;;,J,f;P»'*''' ."""' »"- de, 
mentdu Umarel ^""™'* «^ ' »'«'"atioa, c'est l'événe- 

«-d tou., le, p^eédure, qu-„u ,,, ^.^ , ,,^^^ 



— 164 — 

n'aunient abouti qu'à oe réiultet, c'était déjà une victoin uns 
prix. Depuii quatre jonra et quatre nuita, Berryer et Dupin 
luttaient. A la séanoe du 21, Bellart était revenu six foia à 
la charge. Siii zile lui avait fait échapper oeu paroles qui 
éclairent tout un prooia : " La procédure devant le Conaeil 
de guerre a été trop longue, beaucoup trop longue I II fout 
enfin que le jugement arrive I "... 

••• 

Devant la ferme détermination des ministres et malgré les 
révélations de la preuve, l'opinion, loin de s'apaiser ne faisait 
que s'irriter davantage dans les milieux défavorables à l'ac- 
cusé. A la cour et dans les chambres, dans les salons, l'agita- 
tion était intense, an dehors les gardes étaient doublées, et la 
prison du maréchal dans laquelle pourtant celui-ci était si 
tranquille, avait l'aspect d'une forteresse à la veille d'un siège. 
Des placards incendiaires étaient affichés. Un matin, on 
trouva le suivant sur l'une des portes de la chambre : 
" Amnistie à tous les Frani^is... excepté à un tiers qui sera 
roué, à un second tiers qui sera pendu, et au troisième qui 
rouera et pendra les deux autres." Wellington, suivant M. 
de Réniusat, soumettait les ministres à ses exigences." 

**# 



A mesure que les débate avançaient, le tribunal était 
obligé de se tracer des règles de procédure. La Charte, en 
lui attribuant la connaissance des crimes de haute trahison, 
n'avait rien statué là-dessus. Jusqu'à 1831, au moins, l'his- 
toire de la jurisprudence nous apprend qu'aucune loi n'avait 
encore réglé la compétence, l'organisation et la procédure 
devant ce tribunal. La position d'un accusé ainsi livré à 



— 1«6 — 
l'*rbitn(ra de tei iu 

,«"»p. A, rtvoiuuoi rxpuZrJn "••'":'^ ■"" ""'• '« 

>«n..nt.bl... .. u où n T': "'";'""•'' """« P«- >noi„. 
»"t I,„pi„, , „.y ^ ^ _j« y^. _P« de régie. di..u ,i ju,t.. 

•■' «"„„ du^artohÏÏ': ', ; P^"' ''""'"''• -^y' 'io venir 
qui permit .„ „„,„. d'I;' 2f ~ -« ■»«■"*■- de ,,„,e«er 
Cette pnStention ,i juareTl,!""^""'"'*"'"''"''"'*»- 

V"t le, n,„,e„, de d" "rrrr'- ''"^" '"■" "" '^«- 
'«pondreauxaoou,.tio„ 'rjr • '"""""^ l"'" »"«" 

proclamation et qu'Jlle .vT/J r?!:" " "«-'-" ^ 1« 
<i'«t™ communiqué ;r„t'*f' *"' "''''""''■ -«■'' 
c'dent qui fit een^tion futXr' "'T'"""- «'"» '•"'■ 

et celle aueei du généra ^"0^^ '"' ^f '"'"^'"™ ^«"'« 
vant. Malheureu«me tuZrtr'T '"'^ -""-Para. 
^ témoin Bourmont . ^" """* ''^P"'"' 

""-«me : .. I, p.,; ;; 7 ""^""'"Vvec Leoourbe et " 
»» thème depuis, on J^'"j'«f""«d''Bo„rmont a fait 

''«itait flatté peut-être ou! n '""''°'"'' «ccus^.... il 

-" 9«e je ,e^-, tS It Tj! "°'" '-"-- P'us. Il a 
qui »•«! p., le talent orati^^™ """""^ ^ ^•'""^^re- «oi 
1» "«n ; " Il eat fâcheux l'i, T 'T" "'"''• '^ant 
'Oit plus, mai, je rinv;„; fn^T , ''f '' ^^"■'""'^ "« 
pelle contre œa témoSlÎd vant 7 • k'"" '^ '''■««'■ 
devant IHen qui noua entend tll^ . "'"'"' P'"" ^'"v^- 

--— oi. M. délier- iStr^r 



— 166 — 

mont m'tooibla ; lit noua leroDi jugte l'un et l'autra," L'ac- 
cent qu'il mit dtna ce» paiolea oauia une émotion profonde et 
Bourmont pllit. " J'ëUia, dit le maréchal, la ttte baiaaée aur 
la fatale proclamation et via-iuria d'eux qui étaient adoaaéa à 
la cheminée. Je aommai le général de Bourmont, au nom de 
l'honnenr, de me dire ce qu'il penaait. Bourmont lut san» 
mot dire et manifesta ensuite son entière approbation. Le- 
courbe lut à son tour; il ne dit rien, mais ne protesta pas... 
Je demandais les lumières et les conseils d'hommes à qui je 
croyais une ancienne affection et aases d'énergie pour me 
dire: Vous avez torti — Au lieu de cela, vous m'avez entraî- 
né, jeté dans le précipice." Le téiuoin avait lui-même 
assemblé les troupes, pour qu'elles entendissent lecture de la 
proclamation : " Il a eu deux heures pour réfléchir, dit le 
maréchal. S'il jugeait ma conduite criminelle, ne pouvait-il 
pas me faire arrêter 7 J'étaia seu( je n'avais pas un homme 
avec moi, paa un cheval de selle pour m'échapper." 

L* PrMdent. — Qui a donné l'ordre de réunir les trou- 
pes I 

BourmmU : — Moi, sur l'ordre verbal du maréchal, 

iVey. — Après communication de la proclamation au té- 
moin. 

Le Préndent. — Comment se fait-il qu'ayant désapprouvé 
sa conduite, vous l'avez suivi sur le terrain, sachant ce qu'il 
allait y faire ? 

Bourmont.— Je voulais voir l'effet sur les troupes. 

Berryer. — Si c'est la curiosité qui vous a conduit sur la 
place de Lons-le-Saulnier, quel eat le motif qui vous a porté 
à dtner ensuite chez le maréchal ? 

Bourmont. — La crainte d'être arrêté, le désir d'écarter les 
sonpçons... — réponse qui jeta un froid visible dans l'auditoire. 

Le Prérident. — Quel était le nombre des hommes dont 
Bonaparte disposait à Lyon le 13 mars? 

Bourmont. — 5 mille hommes I 



X 
I- 



— 187- 

^-^.-M. d« Bouraonf-Uil orié: Vive lo ,V , 

I*ui« X Vm, e„ ™^-. J^ , *"" * ''»■'<* <"i «• trouvait 
au m.nich.1. " * ''**'"''"' ""« <S'^ favorable 

conduit à ua réX ^tlrZ'i "'"-""" ""' '" '*■ *'"> 

••# 




— 168 — 



La défense arrivait au point culminant de la preuve, celle 
de la Convention du 3 juillet 1815, et celle de» Traitéa. 
Mentionnons de nouveau que l'article XII de la Convention 
du 3 juillet contenait la disposition suivante : " Seront pareil- 
lement respectées les personnes et les propriétés particulières. 
Les habitants et, en général, tous les individus qui se trou- 
vent dans la Capitale, continueront à jouir de leurs droits et 
libertés, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien, 
relativement aux fonctions qu'ils occupent ou auraient 
occupées, à leur conduite et à leura opinions politiques." Or, 
le maréchal Ney était Itabiiant de Paris; il y avait son 
domiciU, il y exer<jait des forustione et il appartenait à l'ar- 
mée. " Ou la Convention du 3 juillc' s'applique à Ney, 
disait Napoléon, oti elle n'a aucun sens." Rappelons aussi 
que non seulement le gouvernement provisoire représentant 
la France avait négocié, mais que la ville de Paris et î'armée 
avaient, chacune pour son propre compte, délégué un com- 
missaire pour traiter. Enfin, une autre cl'\use, la clause XV, 
disait qu'en cas de doute, l'interprétation >• 't donnée en 
faveur de la ville et de l'armée. Mais, ce \ -..ii qui avait 
permis aux Puissances d'entrer dans Paris sans coup férir, 
ne devait guère avoir d'autre utilité que la leur. 

" La stipulation, suivant les cabinets étrangers, n'exprimait 
qu'une renonciation des Hautes Puissances pour elles-mêmes, 
à rechercher qui que ce fût, en France, pour raison de sa 
conduite ou de ses opinions politiques." Mais, comme la 
police intérieure des Etats indépendants ne regarde aussi 
qu'eux-mêmes, les Puissances auraient dou", renoncé à un 
droit qu'elles n'avaient pas ? De son côté, Louis XVIII pré- 
tendait qu'il n'avait pas signé la Convention, et il affectait 
de l'ignorer comme n'y ayant pa$ été partie. Louis XVIII 
était-il tenu par cette convention î II suffisait en droit qu'il 
l'eût ratiSée expressément ou implicitement. La ratification 



— 169 — 



^toit implicite dan. le cm même 



t.^ j ""^ '* "' "* désavouait pas 

vouer... Mais il doit le &^ . .l^""^*™'" Pe-t dd.,a. 
venu à » connai,r,L T v "f "'"' '^ "^"""^ «»' I»- 

'e r^^'wrei::- [d^rrdronj"' ^ '"''" 

que l'on ne veut naa mtifi»,- rT '^'^' """ »■=«"■<» 

l»" d&avoué. m^ 2 Jl ' """''""«■"''»' >« 'oi n'avait 
••enavaitaouCetpl^rrr""'' "'"°'^ *' ""P-". 
, la retraite de wl de " * ^ t""""' ™ "* ■»■" '=<'"«<'™e 
de Paria et de Vi^tnc n """'• '^ """^ ''«» «™e» 
1«-l-int,Srétdeemo„r „Jj„ f.*^»" '^«'-^ ''«^-ution 
'- au profit de la vi»e d W'cTf™!'".^ """ '"'"'■ 
surtout dans une occasion V '" '^'*" P"^»'' 

à Pans. Blucher i„~^''l"'"«"''''''''- ^n e„t™„t ' 
voulu faire sauter rZt '"''"""" '^'^''"'- »vait 

au nom de I^uTxviII él' H " "?' '' ^'"'«y~-«^. 
quant la Convention d' 3 Vr"''"'' '" »•'■-•»«'. ■«vo- 
eomme Nettement, affectant de H^ """ f '*«''" '"syriens. 

"^e; les »nventi;:fCe,ivt:r'le 1'"* ''"" '*' 
la fois invoquer M^ ^- °''"^""''«'' '« "» »« pouvait à 

"•-ne ^.UIZT—U^f'' "" '^'^""" ''"^-«o» 
entière du tmité "^cemirement la ratification 

senÎirairrlSni^ ZT^r '""""' '^"^ "P^^" 

^ient la Coalitio'nTntllfttur 't' '"' "'''''- 
terminer le conflit n», ^ T» * ' °* Pouvaient-ils 

L'affirmative^ ÎCirte Or .1" °" '" -P''»'""»- » 
XVIII, succédant au?oblL «°'"'"'''°""" de Louis 
gouvernement provia^irê 2^ h"""""" *" ""'''' «■' 
lation du 3 juillet '^' '"^P"='«' >» ^apitu. 

nint7-:r'r"°7 "--'-'« q- les Puissances 
'Pns en mam, U cause de Louis XVIII. tout en 




— 170 — 

combattant dans leur propre intérêt. Toutes les négociations 
en font foi. En traiUnt, ne liaient-eUes pas le roi par la 
Convention qui terminait la guerre î 

On peut encore raisonner comme suit: Dans la situation 
désespérée où se trouvaient l'armée et la ville de Paris, qui 
s'étaient fait spécialement représenter lors de U Convention, 
n'avaient^Ues pas le droit de pourvoir à leur propre sûreté ? 
" Lorsqu'un sujet, dit encore Watel, ne peut ni recevoir les 
ordres de son souverain, ni jouir de sa protection, il rentre 
dans ses droits naturels et doit pourvoir à sa sûreté par tous 
es moyens justes et honnêtes." 

Quel est ensuite le devoir de l'Etat? " Le bien de l'Etat, 
continue le même auteur, demande que la foi soit gardée et 
que les sujets aient ce moyen de sauver km vie ou de 
recouvrer leur liberté." Selon le droit international, Louis 
XVIII et son gouvernement étaient liés aussi p«r une danse 
d'amnistie générale du Traité du 30 avril 1814, ratifié pen- 
dant le cours du procès par «lui du VI novembre 1815 
dans lequel cette cUuse était reproduit*. 

Ainsi, de quelque côté qu'on l«««/««Klè«- «* d/.,it, on arrive 
k k oonolusion qu'ils étaient liés « [»r l'article XII de la 
Capituktion et par le» Traita et par les prinoipe«. 

Au point de vue politique, la situation de la France était 
sombre. Les (Wiesances alliées de Louis XVIII se oondui- 
salent en puissance» ennemie» de son pays. Jamais roi sur 
1,. trône n'av»rt hérité peut-être d'une succession aussi oné- 
reuse. Le» alliés exigeaient la réduction des frontières, 
l'abandon des forteresses, avec celle des conquêtes, la disso- 
lution .1« l'armée, une indemnité de 800 millions ; la Prusse 
voulait l'Alsaœ et la Lorraine, tous l'occupation armée de la 
France plusieurs années, et pendant que se débattaient les 
clauses du Traité de Paris, 700 mille soldats ravageaient le 
territoire. Les malheurs publics étaient donc grands ; mais 



— 171 — 

l'on peut faire hZ'^ "" "^""^ '™ ''»°"«ur? Si 

de désespoir l'étraolr «^ '^ ?" ™'" '^■" '"'^ '^i'^er 

royale, ferme détermina. ■ '™"' ''°'' "''""té 

ment ^clairée^ Ï™ll T ?"' "" """""''^ -- 

tauration commettaienf i,„ . j- ., ®' •* ^«s- 

prévoyanoepoHt t "sL ,^H ; r '''""" "" "'''»- ' 
disait Monoe^ l^exand^d P "' "" "' ^'""'^ "''""« ='' 

fauration, w^uini^tit: S:r:::"'' *" "^^ 

C'étaient ce! deuXlr r"™ ''^ ''"" "■«"«• 

^stanration devait^tX^ Xt^ ^ ^J^^^ ^^ "^ 
s devant au-da««ii. H.. «"gner. jj, eléraence du roi 

d..p.rtir»uTudSr' ^''^'"'^"'"^^ 

ce qu'avait de dime et de l.,,'. """"P"' P^ «<"« 
^vat.^ed.iudulgfnl^depard:::»'""'' ''^^'■^' <=« ^- 

nab.e,-p„„vait.i, oublier Tn'i deTaTt T.t "'.'" ""'* 
patnotiquer.!aiguatiouderaruK^eVpor- f '*"'"^'" '^ '" 
foi et le, intentionsdeceTe ! ,'»""'"''''«'"'« 
-ait reçues des Z , reTdu ri 't ^ """'"'^' ""'^"^ 
Pouvait.il enfiu oubl " ^r '' "" 8^"^™»- allié, ? 
Ij 'ï'"- "•"<' eonventiou avait de fait 






— 172,— 

terminé une gnene entreptMe autant pour » o»U8e que œlle 
des Pu««noe.? Cette capitulation ain.i que la .«nsidérait 
Napoléo», eftt dû «tre tenue pour sacrée. 

La question des traitée est en ce «omeiit devant la 
Chambre des pairs. Il s'agit Je li..er le sens de U Conven- 
tion Que dit celui qui en a été le principal mstrument î 
.. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, dit Davoust, tout était prêt 
pour le combat. Le goavernement envoya l'ordre de traiter 
avec le. généraux alliés; les premiers coups de fusil avaient 
été tirés, j'ai envoyé aux avant-postes pour arrêter 1 effusion 
du sang La Commission m'avait remis le projet de la Con- 
vention. J'ai ajouté les articles relatifs à la sûreté des per- 
sonnes et des propriétés, et j'ai spécialement chargé les 
commissaires de rompre les «.nférences, si ces dUpos.tions 
n'étaient pas ratifiées."-Q«'eussiez-vous fait, si on n eût pas 
signé Î-J'aurais livré bataille, dit Davoust ; j avais 60 mille 
hommes d'infanterie, 25 mille hommes de cavalerie, 4 ou 500 
pièces de canon; j'avais tout l'espoir de succès que peut 
avoir un général qui commande à des.França.s !. Le maré- 
chal Davoust, dans son indignation, avait abdique le comman- 
dement général de l'armée. Comme chef de l'arma il avait 
agi avec toute la circonspection et la bonne fo. possibles rela- 
tfvement à l'amnistie. "Je pense, dit encore Capefigue 
que la capitulation engageait moralement Louis XVIII. et 
nu-il eût été utile à sa cause et dans le. intérêts de son 
honneur d'interdire toute poursuite." Il faut donc conclure 
qu'au triple point de vue du droit, de la politique et de la 
morale, le Roi était tenu de respecter la Convention du 3 

^"'quo fait Louis XVIII ? Quelle position prend U Chambre 
des pairs? Quelle conduite tient le ministère public qm 
VinsDire î Le président de la Haute Cour a promis solenne - 
lement d'accorder la plus grande latitude à la défense, dès le 



-T^ 



— 173 — 

commeucenient des drfhBt» i • 

^» point ,„r ,eq„e. C 'et Cr""" "<''',' "^'''- *«' «" 

tous leur, efforl M," H "^ ""' '''°''' "^ «°'"*'"~' 

' oppose à ce ,,„■,« i„terDrète Ur *"'«■»«>' BelUrt 

'" Chambre, ,uLs ,1 .Co,e m m ""'■'"' "' J"'"" '^'^ 
'•"Pie m„,e„ de défe„T xTl t , w'" ™ ''"'™''''— 
du ministère public Jamli. ' ™ ''" "''"■ ■«' «" '"«"ire 
ce premier privi te 17.»!° 7" ™'' f''"' °-'™««»e„t 
de la défense. "U ColVeM ' " "'""''' "'"■'■■'^' '« ""erté 
■eUeme„tp™,«,tri^,:: •: '::;7-'« '? ««*!«". ^tait 

à la main ?•' ' ■" ° ""'* P*' P^-Sf^'^ P^rir le sabre 

la «^"rd&embT"''''' '™" P^'^'P'''^^^''' ■""que 



cetSrd^r"Lt:-'-r -^ 'le^lére ^^^ «« 

heure pendant laquelle l CI,.™! '^"'^./'" ™«Pendue une 
question de permet rVLdir.""'"*'^*'^'' ''°''™'"' 1» 
Un arrêt sur'Ie po „t ' tu," ,*" "'';'" '" ^"'■'-"«-• 

■na-^uis de Sémonville v„„ ''" '«««■«'■t fc 

temps au ParlemencCle^T" "'"'''" "°'^<' -"-" 
^^■l-enda. eu portant la n'oS^ritir ^ W " i^"^- 
-u^s mots : " Ah / /.„irf^ ^,/„„„tT' ^'' '" "'' 

«erryer'4"uTia';ati:"m"i""™'' "''^'"'''" ^ -"'<'■ 

'i- les trL,=s. i, e,T le n'o"? "":""""'"<'* " -« invo- 

est ,1e nouveau provenu ,i„, fe, c„„,^,.,. 



'fi 



— 174 — 

lires du roi .'y opp<«nt. C'en est fait. U principal moyen 

,1 tour ■ " En vertu du Traité du 20 novembre 1815. dit- 1, 
Sarrluis itrie du maréchal Ney. ne fait plu, part>e de la 

Li Je les prie de cesser de me défendre tout à fait. J aime 
'ZZ défendu que d'avoir un simulacre de défense. 

'Ti alors minuit, cette dernière séance avait duré sei.e 
heures Ney fut déclaré coupable de haute trahison et con- 
damné à mort. 

#** 

bataille que lorsqu'il avait recommandé son ame i D.eu. 



— 175 — 

•■Tua, peut-être r»i«>„, „on brave, dit le m.réch.Un.u 

faites apfwler an prêtre." ' 

I^e matin, sur le lieu de l'exéoutioD, une voiture s'arrêta 

-Mai se mi^f ■"?""""" «""W"». et après l'avoir 
-bén^, se mit à genoux à quelque distance pour prier 

On It^l'utt^"":'* '"""' *'™'" "» »"« "« -'J""»- 
: ':"'". '"" '»■«'«'• l"» yeux.-" Oubliez-vous. dit-il eue 
depms vmgt-cinq ans.f^ rhabitude de regarde en face N 
boulets et les balles ,... Je proteste devant Dieu e la It rie 
outre le jugement «^ meoondamne; et j'en appeliraux 
hommes, à U post^ri.^, à Dieu I Vive la Fn.nL ! ", puTs ô^nt 
"loMarr > """"' " ■"'" "">'" -' - poitrine 1 sC 
r„„ 1 T '°°"'"°™'; ■"> 'i««ième aussitôt s'avanoe 
onze baUes à la poitnne, à la tête et «.x bras. Un roulement 

étendue nar IT 'T '''"^■" ""' '« »"« «^^ "» "«"i-» 
wlL^Lr . "" ' """"'■ " "" ^"«'«'^ * *eval, dit 
Welachmger «uta par des«ns le cadavre et s'enfuit à toute 
br.de sans qu'on pût l'arrêter."... ^ 

Et, maintenant, messieurs, quelles conclusions attende, 
vous que vous n'aye. d.jà vous-mêmes tirfe dXtude J 
K.goureusement et de son propre aveu, Nay était cou . 
Pable; ma,a outre que la sentence porté, blessait déjà gr^vë 
me»' >« J.-fce en ce qu'elle exc^^ait une faute «tt^Tufel" 
tant de circonstances exceptionnelles, après le. traités et C 

rri'e'n":^ t^t- r^ - --"-tiL: 

1 armée 1 entière bonne foi de ses officiers la conduit,. 

N~ Yr:i:\'r ''* "-' '"" «'ii'onnant'lZe:: 
IZ T ,T '»""""■«. « ^« outrageusement mis à 
mort. Napoléon n'hésite pas à dire qu'âne-, •„ tmiw i 
maréchal a été a«uwiné ""^'' '* 



M 




— 176 — 

U kloin» «eule eût dû Bauver de tant d'opprobre ce gi.nd 
w,ld«t L'inexomble ohMinient atteignit «u plu. profond le 
cœur du peuple et de l'armée qui ne devaient jam»ia Pardon- 
ner à la bVanohe atnée de. Bourbon.. Combien différent le 
.ort de cet enfant du peuple comparé à celui d'un Turenne 
et d'un Condé ayant autrefoi. combattu directement contre 
leur propre pay. d«"' les armée, étrangère. 1 Aux grand. 
our.de la mSchi..cependant,I.ui,XIV avait p^^^^^^^^ 
et l'art nou.repré«,nv3 encore aujourd'hui le héro. Je Rocroy, 
déchirant wuleme.i une pHje de .on hi,toire. pendant qu a« 
nom du repentir et de. haute, actions, les écho, à peine 
attiédi, de la chaire chrétienne glorifient .e. cendre.... 

Triste inégalité, mcsieur., de. temps, de. homme, et des 
oho.e. 1 Mais le jour devait bientôt luire où l'appel du maré- 
chal en tombant serait entendu. De. 1830. «.n nom est 
réintégré .«r le, registre, de U Légion d'honneur et e 7 
décerna 1863. la nation, élève au " brave de. braves «n 
iTnument .urle lieu même où il est tombé. Ceux qui ont 
Isé par le Luxembourg, à Pari^ ont pu voir la .tatuo du 
rarécial Ney. H e.t U. debout, la têU, haute, comme aux 
iour. où U commandait à ses troupes, le sabre en main et 
défiant l'ennemi. Sur le soc du monument sont inscntes .es 

^'SS:.:;'Ï^ai..térité si juste, oubliant la «.iblesse 
.«momentanée de l'homme à tmvers le. temps """"eureux ou 
il a vécu n'a plu» voulu se souvenir que de la vaillance du 
héros l'une de. gloire, militaires épiques de son pays. 



LISTE D'ADTEURS CONSULTÉS 



B. W,lKklnttr.-U prooèi du ia.r«oh.l N.y, eto. 
X. Homuft—lili. 

i" "'"■•— "'"oi" du Coniutat «t de l'Bmpire. 
rayi.6.H,_Hl.toire de. deu, ReetauntionJ. 
A. A.««»«<„Hi.tolre de I. IU.Uur.tion. 

A. d, La««r(m,._H„to,re de I. Re.t.ur.tion. 

^Oo^«r«J._Hl.toire Ues campagne, du premier Emoire 

A.pi. a1.*_RéquUition., plaidoyer, et di.oour.. "^ 

/(•flaH.— Œurre.. 

Birn/nr, pire— Sourenir. de— 

Le. annales du Barreau français. 

I-e journal du Palai., année 1S15, 

Sfrq(._B«pertoire de jurLprudenoe. 



a: 

s 



SEPTIÈME CONFÉRENCE 



M. AWOTOi RiVARD 

m RYTHME DANS LA LANGUE FRANÇAISE 
M. le Recteur, 

Messieurs, 

E^rS"'^', ?"" "" '"' '"'"""«^ "" 'i'«'h''' empire 

Etudier la nature, l'origine, et d'une. façon «énmle I« 
n,an.fe.Ut,on,dan, la langue f^uçaise. de'oet^pltJ:: 

Qu est-ce donc que le rythme ? 

a'oi^dtr;:!:/''"'" *-- '■^''"'' -- --<- '«^^ 

Aussi, les Latins avaient-ils tru.iuit le mot i:rec™,;mo, 
r^'T"- "«y"'"-.>.e.numerus."d,. »,i 1 121, L 
dans son l.vre sur la musique ■; et Marin, Victorit.rr,' 

1— De Muttea, 1. III, o, I. 



MiaOCOPY nSOlUTION TBT CHAIT 

(AN$I and ISO TEST CHART No. 2) 



1.0 



lit 

UL 



12.2 



l.l 



^ iss 



J /APPLIED HVHGE Inc 

1653 ËMt Main SIfMt 

Rochnivr, New rorV 14609 USA 

(716) 482 -0300-Plione 

(716) 2H-59S9 -Foi 



— 180 — 

son AH Ommmatical ', dit, de son côté : " Eythmu» latine 
numerus dicitur." 
C'était aller du coup au fond des choses et tout dire d'un 

seul raot. 

En effet, de même qu'on ne mesure que ce qui est étendu, 
on n'ordonne que ce qui peut se compter, c'est-à-dire ce qui 
a du nombre : l'ordris n'est donc que le nombi-e ordonné. 
Mais la multiplicité ne suffit point; on n'ordonne que ce qui 
est varié : l'ordre est donolA variété dans U nombre ordonné. 
Enfin, quand on a constaté l'existence de l'ordre, on en com- 
pare entre eux les divers , éléments, et alors apparaît la pro- 
portion, u • y a 
C'est ce que Joseph de Maistre expose, dau3 ses Soirées : 
" Le nombre, dit-il, ou l'ordre et la symétrie ; car l'ordre n'est 
que le nombre ordonné, et la symétrie n'est que l'ordre aperçu 
et comparé." 

On pourrait donc affirmer que le rythme, c'est le nombre. 
Mais ponr en donner une définition plus précise, nous dirons 
que le rythme est le groupement, ordonné avec mesure et 
proportion, d'éléments multiples et variés ; ou, plus simple- 
ment encore, que c'est le résultat combiné du nombre, de la 
variété et de la proportion. 

ExpUquons en quelques mots les trois termes de cette 
dernière définition. 

Le nombre, d'abord. C'est la multiplicité ; c'est la répéti- 
tion d'êtres semblables ou distincts ; c'est la succession de 
plusieurs parties ; à un certain point de vue, c'est le mou- 
vement.— Ainsi, un son continu ne peut être l'objet du rythme ; 
on ne peut pas le mesurer; il n'a pas de parties qui se puis- 
sent compter et comparer entre elles. Coupei-le de façon qu'il 
forme une suite de sons ; vous n'aurez pas encore le rythme. 



1_L.I. 

2 8e Entretien. 



— 181 — 
^ai, vou, aurez un élément de rythme. le nombre -De 
i"o. i>ivi8ez-la en plusieurs fraernents • vn„. 

V Lit f" '•'' P"'"'^""' des êtL semblable la' 

™n^té a «ne p «s noble mission : aubatantielle ou a d'en 
e, .euperficelle ou profonde, elle implique toujour, u'^ 
elle différence. Dan, la multiplicité elle n Ôd" U 1 
d émeut nouveau, d'un ord.. supérieur, elatif, non 1 à la 
s mple quantité, mais bien à la qualité de 'être 'g elle 
n exige point nécessairement plusieurs être, elle exi.f / 
un m,me.tre plusieurs propres ou atS:"- eX : 

mppor.ythm.que. Mais i«urvu qu'elles diffè..n I s «J 
des autre, soit par leui, dimension,: soit par len.. diL ti" ns 
etqu une heureuse association les réunisse dan, un desli 

J„7 ?/ ^ "'""' *°"=°''«- "'est en vain que des 

1-£W., rf„ 6„„ aan, la pki,o.opUe * S. THoma. (1883), p. ,4. 




— 182 — 

veille à ce que des choses disparates ne soient pas associées, 
à ce que les dimensions de chaque partie s'accordent avec 
les dimensions des autres et répondent à celles du tout. Elle 
dispose les éléments du nombre, les sépare ou les groupe, de 
façon à établir entre eux un rapport constant qui tient à 

l'unité. Par exemple, un simple roulement . de tambour n'a 

rien d'agréable. Mais, s'il bat la marche, si ses roulements 
se succèdent par groupes distincts et périodiques, le bruit du 
tambour verse dans l'âme des soldats ce que M. Taine a 
appelé " l'ivresse rythmée."— C'est encore le groupement des 
bruits et leur retour symétrique qui plaisent à l'oreille, quand 
on écoute le battement régulier du galop d'un cheval.— 
Enfin, la musique procède aussi de la même manière. Les 
sons, même les plus beaux, s'ils sont mêlés et confondus, 
déchirent plutôt qu'ils ne captivent l'oreille. Mais, quand ils 
sont assortis suivant un certain ordre, quand ils reproduisent 
à intervalles mesurés certains dessins réguliers, il y a rythme, 
et partant source de plaisir esthétique. 

Sombre, variété, ■proportion, voilà donc les éléments 
constitutifs du rythme. C'est bien par la combinaison de 
ces trois éléments, qu'il " satisfait, suivant les paroles du 
R. P. Longhaye, le besoin d'ordre qui est eu nous '." 

Car le rythme n''jst pas d'invention humaine. C'est une 
force, indépendante de notre volonté, créée par Dieu pour 
répondre à une aspiration de notre nature, et à l'influence de 
laquelle nous ne pouvons échapper. Aussi, le sens ryfAmiçue 
n'est pas le privilège des seuls lettrés. Les gens les moins 
cultivés, les peuples \6i plus barbares, «n ont, pourrait-on 
dire, naturellement l'instinct. Dans les œuvres informes que 
ces peuples produisent, dès que chez eux l'art commence à 
balbutier, le rythme qui chante dans la nature a laissé son 







l_r**>rie da BeUaLtttra, p. 434. 



— 183 — 

empreinte. C'est ainsi que le, chansons populaires, dan, 
leur incorrection, "omissent aux lois d'une rythmique in- 
consciente '." •< i 

Aussi bien, le rythme est partout dans l'univers; il nous 
entoure. La distribution des astres et leur gravitation dans 
1 espace, la cristallisation des mindraux, la croissance des 
plantes, le geste de l'homme, tout cela est rythmé ; cnr Dieu 
suivant la parole des Ecritures, "a tout créé avec poids 
■nombre et meêure." ' 

■ Le rythme étant une loi de la nature, il serait étrange 
quil ne se trouvât pas dans l'art, qui est une imitation de 
la nature. 

Aussi, là où il n'y a pas de rythme, il n'y a pas d'art; il y a 
bien d excellente maçonnerie, mais il n'y a pas d'architecture ; 
.1 y a bien des sons, mais il n'y a pas de musique; il y J 
bien des mots, mais il n'y a pas de poésie. 
La parole a aussi son rythme. C'est le rythme lilUraire 
Le rythme littéraire peut être défini la succession des sons 
vocaux par groupes proportionnels ; ou encore, reprenant la 
défimtion à laquelle nous nons sommes arrêtés en parlant du 
rythme en général, nous pouvons dip e le rychme litté- 
raire est le résultat combiné du nmno. „, de la variét-' et de 
la proportion des groupes sonores qui constituent le discours 
II faut donc y distinguer aussi trois élément, : la eucces'. 
«on, qni, rompant la continuité du son, y détermine des 
nombres; la varUté, qui distingue les sons les uns des 
autres; la proportion, qui établit entre eux un rapport ryth- 
mique. •' 

Cette définicion du rythme littéraire est l'équivalente de 
cette autre, devenue classique; " Le rythme est la propor- 
tion sensible entre groupes sonores et successifs V Celle 

l^_Ferd. Srunetiére, BiUoirt et LilUrature (Edit. 1891), vol. 2, 

2_R P. Longhaye, T/iéorU du BeUel-LetIre,, p. 432. 



— 184 — 



qu'en a donnée Ciceron n'est pas différente : " Distinctio, et 
lefiualium et sœpe variorum intervallorum percussio nume- 
ram conf.cit '." 

Mais, à ces définitions, peut-être devrait-on préférer, pour 
sa kilarté, celle de Quintilien : " Un assemblage de temps 
syllabiques, gardant entre eux certain ordre ou certaines 
proportions." 

En effet, la matière du rythme littéraire, ce sont les sons, 
ou les syllabes. 

Or, " les syllabes, dit le E. P. Longhaye, ne sortent pas de 
nos lèvres à intervalles égaux comme les tintements d'une 
cloche ou les gouttes d'eau tombant dans un vase. Elles se 
joignent et se séparent de manière à former des groupes 
distincts. L'écrivain trouve les uça tout faits : ce sont les 
mots ; sa libre habileté compose les autres : ce sont les 
incises, les membres, les phrases entières. Quand l'oreille 
saisit entre eux un rapport appréciable de symétrie, d'oppo- 
sition, de périodicité, la parole est rythir ' ou rythmique '." 

Il faut encore remarquer que chaque ^.j'ipe est composé 
d'une suite de syllabes longues ou brèves, légères ou pesantes, 
escortant un son principal, ou plus intense, ou plus durable 
que les autres. 

Ainsi, dans œ vers de Racine : 



Toujour» I A ma douleur | il mil | quelque interroge 

mon oreille distingue quatre groupes de mots, exprimant 
chacun l'une des idées simples qui entrent dans la phrase : 
Toujoum — à ma douleur — il met^^uelque intervalle. Dans 
chacun de ces groupes, il y a un son qui domine les autres, 
sur lequel la voix appuie davantage, et que marque l'accent. 



l—De Orat., t. 111,48. 

li—TUorie dis BtlltsLetIra, p. 432. 



— 185 — 

ToTatr» n L'""" ''"'''■ '""'" '« ^-' ^•'"■•'.e reposer 
sur quatre syllabes: ,-.o«r»-««„,._,„«j_„„, ' 

Eh b>en c'est le retour périodique de ce son domiuant oui 
constitue le rythme. ^ 

Dan, le vers cité, il y a du rythme, parce que les syllabe, 

trouven à 1» «„ de chacun des groupes de moto, qui comntent 
altemauvement deux et quatre syli "^ 

N . avons dit déjà que le son dom.m.nt du groupe sonore 
» isfngue des autres soit par sa durée, soit pTr so'n inZ 

le s^Zh"' ''"'"^r '^- °'' " "" "^'*™ "^^ ?»<"'"■«.• dans 
ie second, un rylkme d'accent. 

On»itceque c'est que la quantité de, voyelles Dan, 

vo,x I^s grammamen, de PortRoyal l'avaient défini • ■■ Une 
élévation de voix sur l'une de, syllabe, du mot. après laquelle 
a voix vient nécessairement à ,e rabaisser V Sette défin ! 
e 'iZnTr^'M "" '•"PP'-I-*"' P'oaonciaron 
orte des langues chantées ; mais elle ne saurait convenir au 

rr'' '"■ '" "'""' '""' ""« '■"■«"« ""•-• Po- 1« lat.^ 
a^ sSX""^ ""' "''^'^'"" ^ '•" '» ""'"« de l'accent 
alttull ZL ?"""T""' """^"«'' a'oi. la syllabe 
a«!entuée î Btait-ce. demande M. Ferd. Brunot, " par une 

éva.on de la voix montant d'un ton ou d'un d^milTon, ;:. 
exemple ? par une intensité plus grande du son poussé avec 
pIusdeforc«? oudecesdeuxfaço^àlafois? rquesUo„ 

p. '-f -"""•'"" «'"*"'« " ^oi-onnée * Port-Soyal (2e éd.. 1810), 



— 186 — 



i: 



eat tris controverse '." Cependant, gr&ce à des recherches 
savantes \ il nous parait maintenant démontré que l'accen- 
tuation latine consistait dans une intonation plus aiguë ; " la 
syllabe accentuée était chantée sur une note plus élevée que 
les syllabes atones : elle se distinguait de celles-ci par nue 
acuité plus grande et non par une plus grande intensité '." 
Telle était l'accentuation à l'époque classique. Mais, au troi- 
sième siècle, la nature de l'accent latin changea : la sylUbe 
chantée ne fut plus qu'une syllabe forte ; l'acuité se transfoi- 
ma en intensité. 

C'est de cet accent latin, ainsi transformé, que naquit l'ac- 
cent français. Et c'est pourquoi ce dernier ne consiste pas dans 
l'élévation de la voix. La syllabe accentuée peut être aiguë ou 
grave ; elle peut occuper un degré quelconque de l'échelle 
musicale : cela n'a aucun rapport avec l'accent, qui se borne 
bt frapper cette syllabe avec plus de force que les autres, indé- 
pendamment de sa hauteur relative. L'accent français n'est 
donc qu'une augmentation dans l'intensité du son '. Castil- 
Blaze le définit : " L'augmentation d'énergie et de solennité que 
l'on fait sentir sur la syllabe la plus forte, la mieux sonnante 
du mot ^." Ainsi, nous prononçons, en lançant le son avec 
plus de force sur la dernière syllabe sonore : déJk, aobri^k, 
bienfaisASce, 

Cet accent n'a rien de commun avec Vaccent grammatical 
ou signe orthographique, qui, chez les Grecs, mar <ait une 



1 — Précis de Grammaire Hiatorique de ta langue française (Ed. 
1887), p. 63. 

2_Benloew et Weil, Tliéorie de l'aecentttaiion latine — Louis Havet, 
Cours élémentaire de métrique grecque et lat''ie. 

3_Charle8 Aubertin, La Versification française (1898), p. 18. 

4 — Voir : Becq de Fouciùères, Traité Général de Versijîeation, 
p. 51 Louis Havet, Caursde Métrique (3e éd.), p. 220.— Ch. Auber- 
tin, La Versification française, p. 17. 

5 — Vart des vers lyriques (Edit. 1858), p. 13. 



— 187 — 

prem^r^ ,yl .be, n,.i. raccent tonique frappe la dernière. 

0U^;.^.e..en.ae;.na^l,^:f2;:'~ 

Qui 'ex.i ZT ?'' '" '"""=*"• " ^ -î"""'*'^ ""^"ique. 
qu' exige de» nombres terminés, c'est-à-dire de, temps qu'on 
pu-se mesurer e^ctemen, dans des propor i nT'^T 
tnques n'existe pas dans la langue f^nç^se- ", dont Uprin 
cpde harmonie est dans la distribution des ace nts Lnioûes 
en prose comme en vers. "juiyues, 

ait'irrjS!?'"' ""T '''" '^ '"'"«*'"■ »»'** "u latin, n'en 

Remarquons d'aboM que. dans le latin même, l'accent 
.emble vouloir absorber la quantité, pour ainsi dire II ne L 
pose qu avec répugnance sur les syllabes . brèves f^n^ T 

pwti:^ ',T"' " occupe lui'lV^ïïeu: 
paces: la pénultième, quand elle est longue, ou que le mot 

c«lle-ci, en effet, on a observé que. si les sons nT' . 
tons égaux en durée, s'ils ont\„-co Jul^^e :ul?J 

Géw't* iiitTiU:' *"""""'"" •^™"'°'«' "" •^-B-v. 

13 



Ir' 



— 188 — 



■??:: 



■*-i;:' 



" approximative " et douteuse, " la principale (ource de cette 
quantitiî prosodique est dan l'accent tonique," qui " influe 
nécessairement sur 'a quantité des syllabes '." Car " il y a 
une certaine oonuexité entre l'effoit musculaire qui fait durer 
une syllabe et celui qui lui donne plus d'intensité '." 

De plus, la syllabe longue n'a pas de place déterminée, dans 
la langue latine : elle peut se trouver aussi bien au corn jen- 
cement, qu'au milieu ou à la fin des mots. Dans mBcifiulnm, 
c'est la première syllabe qui est longue ; dans aMirum, ost 
la seconde ; dans juveUtB, c'est la dernière. Au contraire, 
une règle invariable, nous l'avons vu, indique la position que 
doit occuper l'accent ; il est sur la pénultième ou »ur l'anté- 
pénultième, jamais ailleurs ; aHAntm est accentué sur l'avant- 
demière syllabe, maeipulum etjuvesia sur l'anté-péuultième. 
Eh bien, il semble qu'un élément rythmique aussi variable 
que la. quantité ne convenait guère à la langue française, 
essentiellement logique et précise, et que, pour cette raison, 
elle n'a retenu de la prosodie latine que l'accent, dont les lois 
sont fixes et définies. 

L'accjnt, d'ailleurs, n't. pas passé du latin dans le français, 
sans subir une légère modification. Tandis que " l'italien, 
conservant les mots dans leur ampleur, dit Littré, a, par cela 
même, conservé l'accent de la langue mère, le français, qui 
contractait les mots, s'est fait un accent à lui '." 

L'histoire nous apprend comment s'eat opérée cette trans- 
formation de l'accent latin. 

Une loi de l'histoire veut, quand deux peuples se mêlent, 
que celui dont la civilisation est supérieure impose à l'autre 
l'usage de sa langue. C'est ce qui arriva, quand César eut 



l—Qihant, Milhode mphmique, pp. 119 et 120. 
2— Becq de Fouquières, Traité général de Venifieation, p. 51. 
3_Littré, HUtoire dt la langue françaiM (6e Mit., 1873), Vol. II, 
p. 343. 



— 189 — 

?»«"tau hurlement de, bête.. Inférieur, .ux R^ruain. en 

tèrent la langue dea vainqueurs 

mou'dïti'nl"' r'"T';:' ' ™"^ 'P™»"" '»'»"' "•"'*''» de 

^retr ;iV"^l;'ïtf "rr*'""' •'^-^ "-«- 

«avant, H 1 u, " «««««îtM Je» lettre,, des 

»v.„to de 1. noblesse, et le tatin populaire. p.,M p^^ J 
masse du peuple. '^ "^ 

NatureUement. ce fut avec le peuple, soldats ou colon, 
^^.n. «ne aaulo;,eu„„t le p^,.Vrelation. et^^^ 

ÏamWt r'"-^""""" '"" ''"°P'""* dans ia Gan . 
L ambition d'arriver aux fonctions publiques, le dés^ " 
d^galer les rhéteui, de Rome, poussèrent, i? e. v ai le, 

témire. Mai, id.ôme d'une aristocratie restreinte, le latin 
htéraire devait bientôt passer à IVtat de langue ;orte H 
vécut, toujours dépéris :. ;nt. jusqu'au V siècle . f t quand v'in 

le. i'ies l'a M ""'™"",'"»" '-' P-««ele. institutions. 

le. écoles, la noblesse, et l'empire romain lui-même, la langue 

classiques disparut dans la tourmente. ' Le latin popuIaC 

resté seul maître du terrain, iit de mpides progrèrStm 

ZT' ■" "r '" '•""" ^' ""-'""- tLsformation!^ 
donna naissance à un nouvel idiome q.''on appelait /Za 
ro^ana ru.tùa, et que nous nommons la J«C ~. 

divers dialectes, dont l'un fut le frança'- 

Eb bien, dans le latin populaire, et par suite dan. la lr.n- 
que romane. la quantité d3. voyelles avait déjà disparu ; eHe 
était remplacée , .r une différence de timbre. De là no"! 
son venues les , .ce. de notre voyelle «, par exemple""^ 
peut être ouverte, fermée ou muette. " 



— IM — 

Au oontnire, l'accent •'ittit maintenu dana la langue du 
penple. Laa ayllabei faiblei étaient parfait lombëet, dans la 
oontnujtion des mota ; mail la ayllabe accentuée avait été 
invariablement oonaervée, Ainai, txculum était devenu 
SjRcium, rotitui s'était contracté en roatua, etc. 

Ce raapect de l'accent primitif et l'oubli de la quantité 
pertiatèrent dans lea tranformationa ultérieures du latin. La 
quantité tendant de plus en plus à s'eflHcer, la syllabe accen- 
tuée devint, comme dit Littré, " le poin. **ao et invariable 
autour duquel t'est constitué le mot nouve.iu '." 

Auui, tous les mota ftanqaia do formation populaire, c'eat- 
à-dire tous ceux formés avant le XII' siècle, ont l'accent lur 
la même syllabe que les mots latins. /mPRlmerc, dont 
l'accent est sur la syllabe fri, a donné tmtaBïidre, qui a 
l'accent sur la syllabe pkxin ; de même, rttliieipem a fait 
PRIMM, amartTudtnem a fait amerrvme, etc. 

Ces seula exemples font voir que, si la voyelle tonique est 
conservée, les syllabes atones qui la suivent sont toujours 
sacrifiées, ou sont remplacées par une terminaison muette. 
Ainsi, roHAnua a donné roMiUN ; mininsrium, m/TUB ; 
osaculum, ORAcle ; HAre. HIB ; nsgere, nivdre ; aUkvimuê, 
aïMÂnua : rRi^<2tu, fboid ; Tabula, TkbU, etc. 

Et cela " détermine, du même coup, l'accentuation fran- 
çaise, toujours obligée de porter ou sur la dernière syllabp, 
ou sur l'avant-demière '," quand la terminaison est féminine. 

Les tnots ainsi formés, et qui sont " le vrai noyau de la 
langue ^ ", sont relativement peu nombreux. On n'en 
compte que 3,800, sur 27,000 mots que ixjmprend le diction- 
naire de l'Académie *. Sur lea 23,200 mots qui restent. 



1—Hlil. dt ta langut/ranfaiit (6e M. 1873), Vol. I, p. 242. 
2— Uttr*, Hiil. dt la langvtfrançaiu (6e éd.;, Vol. I, p. 2«. 

3 Bracbet et Dusaouohet, Grammaire, 

4— Brachet, Viel. itym., p. LXXI. 



— IM — 

or, de linv„,„„ de, barbwe. ; d'.utre, nou. viennent di™»: 

ZZeLT'T f" """•^- "" «"" ^^' -"«'<« 

Fr«n^ du H ' '1^'"'^'" '•'" """^ """'»""» »~l'">'"'' «u 
Se. n«l ,°T • *" ■'"■"•-'*'»«' •i*oIe,4.i „.„™«,o. 
ou ; ^^ ""«""" '"'•™'' 'o'" 1"' '«» ■'"»- de ville. 

•avant,, 4 meture qu'il, en ont eu bewin 

Ce. dernier, le, mot, d'origine «v.nte, ne wnt , le. 
n»eu,f.,t.. Ceux qui le, ont introduit, d.n, l.'.„ '* 
.gnoraient .pparemment "le. loi. .uivie. rar la nT 
d.n.l.t,.n,f„,„.«„„ du Utin en Jn^". •' Au„T ï" 
»oU„.ant^ généralement c.q„,. ,ur'îe, mot.!"^ i" 
.ont la reproduction fidèle, y oompri. le. «yllabe. atone^om 

de. érud t^ de, écnvain,, Je, beaux e.prit., développant ■■ U 
fond, primitif de notre langue, oonetit,^ pir le t^aU i„L 
nncuf de. population, V et in.primant à Lr, cS. ut 

fat/aoïte; le peuple, .'il avait voulu transformer enf,^! 
ça.. » mot Utin. aurait plutôt dit .tU. comme "a dp^^ 
pour traduire FHAffiii.,- de drM(„„, le peuple avL't fÎ^ 

l-Br»ohet, Dict.ilym., Introd. 



:! 



— 192 — 



On le voit, dans ces mots formés artiSctellement, l'accent 
latin se trouve déplacé ; si on lui gardait sa place, il ne frap- 
perait plus la dernière syllabe. Le mode de formation des 
mots savants ne peut faire loi ; quelle que soit l'origine d'un 
mot, c'est l'accentuation créée par le génie populaire qui s'y 
applique. 

L'accent français se pose donc toujours sur la dernière 
syllable sonore du mot. 

Sans la pratique, l'accentuation française s'atténue ou 
s'augmente suivant les circonstances. Ses règles, qui, cepen- 
dant laissent au lecteur une grande liberté d'interprétation, 
enseignent dans quels cas un mot prend ou ne prend pas 
l'accent. Ses détails là-dessus nou^ entraîneraient trop loin; 
disons seulement qu'en général, "les mots qui n'ont par 
eux-mêmes aucune signification, aucun sens, et qui n'en 
reçoivent ou qui n'en doivent recevoir que par ceux qui les 
accompagnent, ces mots-là ne sont pas accentués et ne peuvent 
pas l'être. Ainsi, dès que je suis obligé de les rattacher 
par la pensée au mot suivant, pour qu'ils offrent à mon 
esprit quelque idée, ma voix, expression de ma pensée, les 
rattache immédiatement et rapidement à ce mot sans s'arrê- 
ter '." L'accent n'a donc pas toujours la même force. II 
affecte surtout les mots importants du discours. Car son 
intensité varie avec lu valeur de la syllabe qu'il frappe ; cette 
syllabe elle-même tient sa valeur du rôle que joue le mot 
dans la phrase ; et le degré d'importance du mot dépend de 
l'idée exprimée. 

Le français a aussi emprunté au latin un accent secon- 
daire, appelé ictiia, qui relève la première syllabe des mots 
longs. Mais le rôle de cet accent est plutôt euphonique que 
rythmique, et ne concerne pas le sujet de cette étude. 

On a cru longtemps que le français n'avait pas d'accent. 



1— Qihant, mth. Etiph., p. 134. 



— us — 

Concluons donc, encore une fois, avec le B P P. 
" le rythme littéraire fiançais ne p^nrêtre autr!' .f ^' '"' 
groupement de syllabes foL et Ses t^l auél H™' **" "° 
des fortes et des faible, r,ri^J T T^ ^^"''^'"'^ 
«ymétriqueaV '""* ""' "^^""^ ''^8'"'»'» et 

Au XVI. siècle, Baïf, le " docte et très docte " Baïf. Jean 

1—Dialogut dti moeali. 



— 194 — 







Mousaet, Jodelle, Nicolas Denizot, Jacques de la Taille, et an 
commencement Ronsard lui-même, n'étaient pas de cet avis. 
Ne soupçonnant même pas qn'il pût exister un autre rythme 
que celui des Grecs et des Romains, ils se mirent à composer 
des vera mesurés suivant le système latin, de véritables hexa- 
mètres français, basés sur la quantité des syllabes. C'était 
un anachronisme, puisque, la quantité des sons latins n'a 
pas passé dans la langue française. 

Les vers de cette école sont assez curieux à lire. 

On connaît les deux hexamètres, mis par Jodelle à la tête 
des poésies d'Olivier de Magny, en 1553 : 

Fhœbus, Amour, Cypris veut sauver, nourrir et orner 
Ton vers, cœur et chef, d'ombre, de 0amme, de fleurs. 

Une pareille prosodie, contraire au génie de la laugue, ne 
put s'acclimater en France. Malgré les efforts de la Pléiade, 
et à son insu, pourrait-on dire, l'accent est demeuré " l'âme 
de la langue et de la poésie françaises." 

C'est bien, en effet, l'accent qui a créé le mot français ; 
c'est lui qui le fait vivre ; c'est lui qui, suivant les expres- 
sions de divers auteurs, lui donne " toute sa valeur " (R. P. 
Flkubt), " son cachet d'individualité " (Bknloew), " sa phy- 
sionomie propre " (Braohbi). C'est l'accent, en un mot, qui 
rend le français ai délectable à tiir, comme on disait autre- 
fois. 

De fait, les principales qualités du français tiennent à 
l'accentuation. 

D'abord, si le langage français est simple et naturel, s'il se 
prête mieux que les autres à la conversation, c'est que son 
accentuation exclut toute psalmodie. " C'est pour être enten- 
du que le français parle, dit (Jéhant, et non poiir produire 
telle mélopée agréable à l'oreille." 

La variété de notre langage procède aussi en partie de 
l'accent tonique, qui, se laissant naturellement dominer par 



^ 195 — 

le ton et dans l'infleMon de la voix. 

C'e.t encore à l'accent que doit être attribué l'heureux 

Idiome En eôet. tanis que les autre, langues néo-latines 

mouUé les sons et amolli les consonnes, le français, lui. a 
gardé 1 acœntuation énergique du son final, et, paHà l'in^ 
na^on douce et délicate de la syllabe initiale des'^ots. 
, *.nfin, notre accentuation particulière engendre la clarté 

éludant que l'absence de quantité nous permet de nou 
expnmer vivement, sans que pour cela les soS soient al«r^ 

la foUnat "n '" TT '"'"''•'^' '" '""^ue française est à 
lafo^natureUe, vanée, douce, énergique, vive et nette; et 

fa'Ïu: rumtné l^' '''''' ^'"^ '^ •^"^ ^--- «•- 
Il y a longtemps que cette parole a été prononcée- et 
dep^ les nations de l'Europe n'ont cessé d'en re»::^;^ 
Juste.o en adoptant l'idiome de F«nce comme la langue 
ipk.mat.que. Si, aujourd'hui, cette glorieuse prérogative 

doute a la décadence d'une littérature qui ne connaît plus U 
préc^.on ancienne et qui fait de la sonorité son prLipal 

Nous n'avons encore étudié que l'accent dans les mots, 
test 1 accent dans les phrases qui détermine le rythme 

sonTZ'lI"' ''""'"'"'" '""' '""' ''' accents toniques ne 
sont pas nécessairement rythmiques 

reç^ri'a^c^nft "'' ^ ""' ""P'^ ™'«"' grammaticale 
reçoit 1 accent tonique; mais l'accent rythmique franne 
celu-là seulement qui fait césure. c'est-Mire qui fiju^ 

l-i).«. »r VHniv^^iu d, la lanp,, /ra»f.<«, en 1784. 



— 196 — 



î 

% 



II 
II 



groupe de mots intimement liés ensemble, un nombre ter- 
mini, après quoi le sens, s'il n'est pas complètement arrêté, 
est du moins légèrement suspendu. La césure n'exige pas un 
silence, mais une certaine tenue de la voix qui ressemble 
beaucoup à la quantité. L'accent rythmique n'est donc pas 
un accent spécial ; il n'existe pas par lui-même. C'est plutôt 
un accent tonique renforcé. 

Or, comme il serait illogique de renforcer un accent toni- 
que naturellement faible, il s'en suit qu'une phrase bien 
rythmée doit pouvoir se diviser en groupes sonores frappés 
sur leur dernière syllabe d'un accent tonique, que l'impor- 
tance du mot permet de marquer avec force. Le rythme aura 
donc plus ou moins de puissance, selon que les accents ryth- 
miques seront superposés à des atcents toniques plus ou 
moins importants. 

En d'autres termes, le rythme n'étant sensible que grâce 
au renforcement de certains accents toniques, il convient que 
ces derniers surmontent des mots dont la valeur dans la 
phrase justifie ce renforcement. 

Comme exemple, je prends ce vers de Bacine : 

Et le bruit en ira bientôt à ses oreiltes. 

J'y distingue trois groupes de mots, et sur la dernière 
syllabe sonore de chacun de ces groupes, un accent ryth- 
mique : 

Et le 6rut'(— en ira hiantôt— à les oritiles. 

De ces trois groupes, ne retenons que le deuxième ; 
en ira bientôt 

L'accent rythmique est sur la seconde syllabe de bienTbT. 
Cependant, il y a aussi un accent tonique sur la dernière syl- 
labe du mot IRA. Mais remarquons que bûntât est lié par le 
sens à ira ; par conséquent, l'accent rythmique, qui termine 
toujours le groupe, ne peut se poser sur ira, il est rejeté sur 



— 197 — 

iWdfc EtidaMcet oxemple. r.«»„t rythmique no poite 
P-^à^au,. p„«,ue «.„.,, e,t le .„t ,e plus LportanT^^ 

Ain« construit, ce vers n'. pas de repos 4 l'hémistiche- 
»n rythme est plutôt «mantique que cU^iqu,. '^'*'' ' 

acintmh T"" '"*^'''"''' " «'«Omit poser un 
accent rythmique sur le mot ika : 

Et le 6r«.Y_«n ir*_bien«<_l .e» orri/les. 

«rait mauvais, parce qu'il ne s'ajusterait pas à iTconstruc 
Uon naturelle de la phrase. Tant il est vrai^ue, IT Uu." 
guefranca.se, tout, même le rythme, est subordonné à U 
logique et à la clarté du discours ooraonne a la 

On le voit, distribuer dans une phmse des accents ryth- 
miques, c'est grouper les mots da.s un orire tel, que 1 
a^nts flattent l'oreiUe par leur retour périodique à intet 

ouek «"""?"' '"""""" '" P""™ '"'^ «»' P'"» >y*niique 

~Cll 7".™°''™ ""■«*'. ^ui déplace les mots et 
P»r suite les accents, il parvient plus facilement à concilier 
e 8ens et le rytime de la phmse. Le français n'y réusai pas 
s. bien parce qu'il suit, dans l'arrangement des motsX^e 
natureletlo^quedes idées. C'est ce qui faitque les rythme" 
delà prose française sont toujours indéterminés, et ne soit 
C T^"?;-'^"'' '^ """• "" «""^*'-' '« fonçais peu 

Quelque difficile que soit, dans ces conditions, la rythmi- 

Zt-tre T; "" ^"* "*"'"'"' «° "■" ""--^ '-^or- 

peut-êre même «ins en avoir consoience,_et leur style 
nous pUat d'autant plus qu'ils en ont mieux groupé lesT 






— 198 — 

oients. Que noua liaions du Boesuet ou du Racine, de la 
prose ou des vers, ce qui enchante notre oreille, et par là 
même captive notre imagination, émeut notre sensibilité, et, 
soutenant la mémoire, facilite la tftche de la raison, c'est l'or- 
donnance des syllabes, se pliant à tous les mouvements de 
l'âme, s'ajustant à toutes les nuances de la pensée, du senti- 
ment ; c'est le nombre, la variété et la proportion des groupes 
sonores ; c'est le retour périodique des accents autour des- 
quels sont assemblés les mots ; c'est le rythme, uuiin. 
Ecoutez un passage du Sermon «ur la Paesion : 
"A la vue d'un tel excès de miséricorde, — y aura-t-il 
quelque âme assez dure — pour ne vouloir pas excuser— tout 
ce qu'on nous a fait souffrir par Mbleêae, — pour ne vouloir 
pas pardonne»' — tout ce qu'on nous a fait souffrir par ma- 
îioeî — ...Ahl pardon, mes frères, pardon; — grâce, miséri- 
corde, indulgence, — en ce jour de rémission ; — et que per- 
sonne ne laisse passer ce jour — sans avoir donné à Jésits — 
quelque injure insigne, — et pardonné pour l'amour de lui — 
quelque offense capitale." 

Ce qui fait le charme et la force de cette prose magnifique, 
n'est-ce pas le groupement des mots, et le retour (.resque 
symétrique des accents qui terminent chaque partie de la 
période î Ce style oratoire, suivant l'expression d'un poète ', 
" se meut en des balancements rythmiques accentués," On 
n'a peut-être jamais mie ax défini, et en si peu de mot», le 
style de Bossuet. 

Voici maintenant une phrase de Louis Veuillot : 
" On dit au peuple qu'il est souverain, — il montre ses 
maîtres ; — on lui dit que sa condition s'améliore,— il répond 
qu'il a faim." 

Ici encore, ce sont les accents dont la aimUitude rythmique 
accuse Vantithise ^. 

1 Robert de Souza. 

2— B. F. Longhaye. 



— 199 — 

N'esta pa» snoore le nombre qui nntoTee ce d8.mi» du 
Plaidoyer de M- Marie pour Jeanne: <=« P«»«8« du 

" Un eii^ole ne devine pas le ,i4ole qui «uitro-et s'il 
apparaît un homme en avant de son é^que,!^ ■;;^ e - 

on n. ,e c„„,p,,„d PO. ;-il a,i.,_on le'peUu.; J:^ 
encort, — on le tue. "= , u agit 

On dirait presque que ce ont rfes vers 

„. ^'^^^T"^ ^' '* '^P*'*' " '« développement logique du sens 
qui or^ le ythme". c'est-à-dire, qui délimite rgroup^ 
«.nores et détermine leu™ dimensions. Par là, ,e Se 
devient l'au«liaire de la raison, et peut, ^ 

" "•>«' le lecteur dompté, 

Comme avec des clou, d'or, flwr la Térité ■. 

Les clous d'or dont parle le poète, ce sont les accents, dont 
lén^^e^grave profondément dans .prit chaque élément de 

En effet, comme nous l'avons déjà vu en parlant de l'accent ' 
ryaimique une pens e ,e compose de plusieurs idées simples 
que lespnt saisit d'abord séparément, l'une après l'auC 
avant d'embrasser l'ensemble. Eh bien, le rythme as emt 

expriment chacune de ces parties de la pensée. 

le jour n'e»t p« plu. pur ,„, î, f„„d de mon oœur. 

m!^^ ''"' '^^» «'«'Pka que renferme ce vm, sont'cUire- 
ment indiquée, par les ac<»nts rythmiques qui fmppe„t te 
.ons dominants de chaque groupe de mots . Jour, ^TL^_ 

Le>«r-n'e.t p«, plu, p„_que le fond de mon cœ„r. 
for™!r V "" •"'"' '*" "'" "^ '" "'«''^ <!« discouw et de la 
Fe«MtremêmelaT,u.ssance de conviction d'un syUogisme 

1— E, de Souza, Le rylhvu pottique. 
2-I*Veuillot,So«r«. 



:*, 






'S' ' 



I 



bien constitué n'est-elle pu étrongèie au groupement régulier 
des mots qui en expriment les trois termes. 

Le rôle du rythme, c'est aussi de rendre, avec le secours 
de la mélodie des mots, les mouvements et les bruits physi- 
ques, sensibles à l'oreille. Quand il remplit cette mission, 
on l'appelle hamumit imitativt. 

Souvent la mélodie seule se charge de reproduire ainsi la 
nature. 

Pour qui «ont ees «erpents qui «iflSent fur vos tâtei T 

Le rythme ne contribue en rien à cette harmonie imitative ; 
la mélodie la produit toute seule, au moyen de l'allitération. 
Mais quand Racine dit d'un monstre : 

S» crou I pe M rewsr | be €ln nflU | tortueux 

Sans doute, c'est encore la mélodie qui distribue dans ce 
vei» les consonnes rouUes, propres à exprimer ce qui se 
courbe ou s'arrondit ; mais c'est le rythme aussi qui, se 
repliant quatre fois sur lui-même, dépeint, pour ainsi dire, à 
l'oreille, les mouvements du serpent. 

Lisez maintenant cet extrait du Lac de Lamartine : 

On n'entendait au loin, sur l'onde et boub les oicux, 
Qje le bruit | des rameuri | qui tnf patent | enoadenoe 
Tes flots harmonieux. 

Ce n'e it plus la mélodie, c'est le rythme seul qui, dans le 
second vers, rappelle la régulière cadence des rames, — rythme 
ternaire traduit en musique par M. Niedermeyet avec tant de 
vérité que le poète en fut jaloux. 

C'est encore iin rythme balancé sur trois syllabes, qui, 
dans les ners suivants, nous fait voir un attelage s'avançant 
lentement et à pas mesurés : 

Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, 
Fromenaisnf | dans Parts | le monar | que indolcuf. 

(BOILSAU.) 



— 201 _ 

Veut-on voir maintenant courir la ™rf • . 

chiens : '* ^'f poursuivi par le. 

(A. estes».) 
«'âoeV.r K"in^r '" ''"°'"' -" ^- -«e. 

oblique et «^.1" ";° """ "SiliM «.upleleur trace 
une'ononatoï^ mL X f""" '"°'- -ï"' '»'' ""'«e. est 

-iHeu de, air: !Z.Z1 t SS "fr"' " "" 
croisent, s'entrelacent, se fuient,- »*. '"' ™'"*=«' 

pour^ croiser, et «, b^uiUer ^Z^'I^Zl^'^^Z^'^' 

«.mbautpresquriîin iat.™'" ; ""^^ ™ P'^piti^cnt. 

Voici enfin La Tr„„t„.- . ' °" ^^'^^e» d'un an.» 

Son génie y aptl T '"*r' * ^ '"^°"' "^«'"P"""- 
méloletl^Xe """ '^ ™' "«"^ P"'—-. '" 

Pmgné me vient enlever le. morceaux 
a'racotan,.fr..a«t l'air et l„ „„,. ' 

"«veiUe '"a^toullf " '"" ""■ '" '"" «enre. une 

ai-o.uncroret'r:crrT;-ï^rr 



— S02 — 

leuri eit une véritable onomatopëe : on j »oil le» »ileâ Uttr», 
npide» et muette». Dan» la suite, l'oiieau plane ou plutôt 
il raae, allant droit Mn chemin avec la raideur et l'immobi- 
lité de U flèobe." 

Nous avon» déjà parlé du galop du cheval. Il a été l'objet 
de nombreux euaia d'harmonie imitative. 

On Donnait le ver» de Virgile : 

Quadrapadant* putrem lonUu quatit unguU eanpum. 

Le» cinq dactyle» qui commencent le ver» y déterminent 
un rythme ternaire, o>\ l'on distingue nettement le» troi» 
battues du galop. 

Boileau a merveilleusemeat mi^ ce rythme dans un vers 

bien connu : 

Le obAgri» I mont» «n erov | pe et gaJo | pe avec lui. 

M. Becq de Fo" (uière», dan» »on ingénient traité de ver- 
■iiioation, a démontré que Boileau, avec un art inimiUble, a 
eu faire entrer dan» ce ver», " un curieux enchaînement d'al- 
litérations et d'a»»onance» " ; mai» il n'en est pas moin» vrai 
qu'ici encore le rythme d'accent e»t le principal facteur de 
l'harmonie imitative. 

Des effet» de ce genre veulent être employé» avec diecré- 
tion. Trop recherchés, iU ne »ont plu» que de» gaUardiaea 
de styU, a-t-on dit, ou, si l'on veut, de puérils tours de force. 
C'est ca qu'on reproche aux vers suivants de Du Bartas, éga- 
lement sur le galop du cheval, bien qu'on y découvre une 
imitation très Adèle ; 

Que ee fougueux oheyal, «entant laicher «on frein 
Et piquer «m deux flanc», part Ti«te de la main, 
De«bande tau« «m n«rf«, à »oi me«me« iaohappe. 
Le champ fiai bal, abal, df trappe, grappe, allrappe 
Le vent qui ra devant. 



— 208 — 

<Ju«d J. .«1. ^,, , ^ f^, ,„ j,,^, j^__ I ^^ ^^ ^ 

(La FoirTAïKi.) 

ce Jjf »'"''■"> <=■'■ '^ " .'Xf-e qui Ui„ee .i .„d.cie„«„e«t 

AiUeun U Fontaine raconte U mëtamorphoM de Phili 
mon et de Bauci,. chanit^, en «rh». m; J . '^'"'*- 
dit.il. ^ lui UndàitZZ; ^ *"""'" »'*''• 

Il «ut lui t.„d„ .u„i le. .,„. ,,.,„, p,„. p^^ 

vo^ .on ,mpn.s»noe et son découragement ' 

Pa.cl sondant le, profondenre du ciel, ,-toie- 

de ™:t:;tt''affi;tir""'"' ''" "'^'^' p'»'-™ '- 

"aepr;,ont:t\taTuerr:i:~^^^^ 

Ou encore, diir.!rents dessins rythmiques Muv^nt *. 
comb.nds, croisé, et groupés, en vue^d^ZltaT;, 1 ^ 

Mais, que par là on veuille produire un ^kT, ' 

ou de gradation, toujours le r.ZZZZÏZZfl 
14 



■1 






— 204 — 

Mt MnngenMiit, ditpo»Dt ohiKin. forme ou chKju. .«ne de 
formée rythmique! »veo meeure et proportion. • 

C-eet eu oela que ooneiste Urt d'a.»rtir et de combiner 
le» ttrophee d'un poime. ou le. période, d'un diwour.. 
Pour iUmtrer oeite théorie, il faudreit citer de. p«ge. 
.>tière«. ce qui Mr»it trop long. Hor on..nou. i rappeler la 
-ieuM architecture de cette poé.ie de Victor Hugo, intitu- 
lée le. Djinnê, que M. Erne.t Dupuy a appelée un " obef- 
d'œuvr» d'indu.trie lyrique '. 

Toute la pièce Ml en .trophe. de huit vere. Il y en a quinzi . 
La première e.t en ver. de deux .yUabe.. et le. .uivante. en 
ver. de troi., de quatre, d. cinq, de .i«, de «pt, de huit, puu 
de dix .yliabe. ; en.uit6. la meeure de. ver» diminue de 
.trophe en .trophe : huit, «pt, .i»'. cinq, quatre, Iroi». et enfin 
deux .yliabe.. Un arrangement de rythme, habilement gra- 
dué8 accompagne U meeure croiMante et déoroiMante de. 
ver.. I« tout a pour but de décrire le pawage de. Djinn», 
des génie, de la nuit, sur la mai»n. 

D'ab.rd, tout est calme; on n'entend rien, ou preKiue 
rien : à i«ine le murmure de U brise ; tout dort. Pui. dan. 
la pUine, natt un bruit, comme une plainte dan» U nuit. 
Pui. U voix plu. haute wmble un grelot. Pul.. U rumeur 
approche ; c'e.t un bruit de foule. Pui., on di.tingue ta voix 
,é-.ulor«le des Dj.nn.. Leur troupe est tout prè.. EUe .abat 
sur U maiMn, qui crie et chancelle, secouée comme une 
feuille ^che,' tandis que, dans un vacarme d'enfer, hurlent et 
pleurent le. vampire, et le. dragon.... Et pui.. le. Dj.nns 
.ont passés; ils 's'éloignent; leur voix s'éteint; ce n est plus 
qu'un son vague, un murmure, un écho, et 

L'espace 
EfTue 
Le bruit. 

l—Vietor Hugt, p. IM- 



k'4-i, 



— 80S — 

«~. ~ ™™ ...„, „, „ ; ta*"™ * 

LiMi enoora la JV«.< rfe mai 

Pou, pl.„r.r „.„ „i d«„„j. j„ h.u. d« .':;„ 

Qui rl.nt? q„, m'.ppell. f_P„«„„,. 
•'..ui.«ul,....tl'h.uroqui„„„,. 
O lolitude I A (warralt I 

do«r 'C ™'^' '^ ^^"""^ *«'-» '« - avec „„e 

Et )• >en< du; I» nuit profonde 
D» ta robe d'or qui m'inonde 
Jm i»yon- gliuer dîna mon cœur. 

«nXlX'Zr """ " '°"'^"'"''' -- •»' '"'«''^ 
Molière . .ouvent employé le n>él.„ge dea rythme,, dan. 




_20« — 

les dialogues où prennent part des personnages de caractère 

différent. 

On connaît le tempérament emporté du Mr^antlirope 
Alceste, et le calme philosophique de son ami Philinte. An 
sujet d'un procès survenu à Alceste, PhiUnte lui dit : 
Mois qui Toulezvou» donc qui pour vous sollicite î 

Et Alceste de répondre ; 

0,ui je yeux î | La raison, 1 mon bon droit, | l'équité. 
Avec même mesure, ces deux vers sont d'un rythme bien 
différent l'un de l'autre. 

Mentionnons aussi le discours de Racine à l'Académie 
Française pour la réception de Thomas Corneille, et spéciale- 
ment ce passage, cité si souvent, oii l'auteur d'^fAaJie dépeint 
l'état du théâtre avant et après l'auteur de Polyeucte. Dans 
la première partie, le rythme est haché, saccadé, en apparence 
désordonné ; mais il y a là un ordre merveilleux, qui pemt 
"le chaos du poème dramatique " avant le Cid. Au con- 
traire, dans ce qui suit. Racine, pour parler du père de la 
tragédie française et de son œuvre, emploie un rythme large, 
prolongé, et dont les éléments, admirablement proportionnés, 
se suivent et s'enchaînent sans effort. 

On le voit par les exemples qui précèdent, il y a du rythme 
non seulement dans les vers, mais aussi dans la prose. 

" 11 y a du rythme aussi dans la prose, ainsi s'expnme 
M Vallet, parce qu'il y a du nombre. Le prosateur converse, 
discute, il ne chante pas comme le poète, il ne bat pas, comme 
lui, la mesure, mais s'il s'appelle Cicéron ou Bossuet, il sait 
donner à sa phrase une harmonie toute musicale '." 

Pour être sensible, le rythme n'a donc pas besoin de la 
mesure du vers. Le rythme est la régularisation du mouve- 

I_Vallet, Le Beau, etc., p. 50. 



— 207 — 

Ce sont deux .hosea "absolument distinotea"" dZv 
peut exister sans l'autre. De même ou^I v « H " '""' 

Lltf d' -"T ''' ^'"-'- ^^^^X : z::2 

mètre, des rythmes très sensibles Le stvl» L 7 
suivant des dessins r^^rni^J^nl^^'lTlZZ 
à une mesure régulière. C'est le rythme de U proTe ' ""' 
tertC !'^^''*"'"'"'"''y"'""'- "écessairement indé- 

uu vers, qu el k allonge ou raccourcit à sa guise. Dans l'es- 
pac a,ns, éhmité, la .^thrne se joue en' mille ma" érL 

paraUèle de ses dessms principaux. Aussi, le rythme poétique 
est déterminé, et ses règles sont définies •^ ""^ I»"'^"» 

■ Au contraire, dans la prose, le rythme est libre- rien n» 
1 arrtte, rien ne le dirige. C'est un rythme in&a ' indéter 
mm , incessamment varié, qu'on ne pe'ut déflnS Tuf n^" 
Pa« de règles ,■ ou, s'il a des règles, elles " échappent à no^ 
moyens actuels de définition V ^ 

Cette liberté n'est pas un avantage pour le rvthme S'il 
en de p,„, nubile peut-être à sîp'lîer à LT t^on 
ments de la pensée, d'un autre côté, iKen a moins de régu 
W, partant moins de puissance. Pour échapper, pou f^t^ 

ondi., à cette liberté qui lui pèse, le rythrc'El*; 

1— R. de Souza. 

2-V. de Uprade, Q. fart et de morale (1861), p. 221. 



Ui 



i 



— 208 — 

parfois, même dans la prose, à U mesure. C'est ainsi que 
les grands écrivains ont inséré dans leur prose des vers 
entiers. Voyez, par exemple, dans J.-J. Rousseau, tous ces 
alexandrins : 

Ses yeux étinoolaient du feu de ses délira 

J'oiai trop oontempler ce dangereux ipeotaole 

Mai» j'ai lu mieux que toi dans ton oœur trop sensible 

Mon faibli- cœur n'a plus que le ohrU de ses fautes 

et cent autres pareils. 

C'est Rousseau qui a dit: Le meilleur moyen d apprendre 
à bien écrire en prose, c'est de s'exercer à faire des vers. 

On trouve même, quelque part, dans les œuvres dAl- 
phonse Karr, une page de prose qui, lorsqu'on la Ut bien, se 
touve être une pièce de vers. Ce n'est pas une raison pour 
qu'on la lise, non plus que les œuvres de Rousseau. 

Mais ce sont là de brillantes exceptions. NatureUement, 
les rythmes de la prose sont indéterminés. 

En notre fin de siècle, une nouvelle école a surgi, qui 
prétend introduire dans les vers les rythmes inégaux de la 
prose Ces poètes nouveaux ne font que proser de ta nme ■ 
souvent, ils oublient la rime elle-même. Peut-être vaut-il 
mieux continuer à tout simplement rythmer de la prose,- 
ce nui n'est pas déjà trop facile. 

Quand l'un de nos grands prosateurs donne à ses phrases 
ce balancement rythmique qui les rapproche du vers, il nous 
rappelle ce mot d'un poète : 

M6me quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes. 

Mais après la lecture des laisses rythmiques de nos réfor- 
mateurs, de ces Ugnes de mots, qui veulent être des vers et 
ne sont que des pastiches de prose, on est tenté de dire : 

Même quand l'oUeau yole, on sent qu'U a des pattes. 



— 209 — 

. Jbi f ^' "'"°''''' **'' ""^^ "*'" '^ **"" M.rie Kry. 
In™.. . ,, ^' J" «"'• 'e If u» jardin oublié, 

Ma., ee ne ft,r.nt point U, ,„„venir. de ce gri, math, ' 

Si gns et pourtant si clair, 
QOD je retrouvais au fuyant des allées 

De ce vieux i,rdin oublié. 
Sur un roy,l couch«,t les maronnier. étendaient 
Leur tapis. 1. de haute lice. 

«uitj? ^'T'"^Z •"' '" **"• " "> " ""■> 'i^-dedans qui 
rançaise. Il y a pourtant un rythme ; mais c'est un rrthme 
hbre; I. mesure ne le fatigue pas: il a à sa dispositif des 
Ters de quinze et même de dix-neuf pieds. 
Booutez encore ceci ; 

Ils s'en revinrent à Yonville 
En suivant le bord de l'eau. 

Dans la saison chaude, 
I* berge plus élargie 
Découvrait jusqu'à leur base 

Les murs des jardins. 
Ils s'en revinrent à Yonville 
En suivant le bord de l'eau. 

«t Jm* '"T ■"■ '^"""'' ''"^^'^™i°^. e' qui parait peut- 
«tre mieux chantant que le premier. Eh bien! ce ne sont 
même pas des vers libres ; c'est de la prose, tirée d'un roman 
paru vers le milieu du siècle, bien avant l'épanouirmeût 
de la nouvelle prosodie décadente 

dél^r ""'"'""""■ P°" •"""P""". des vers à rythme 

Quand l'hion- 1 a gla<!< | nos guér«(,, 
^ priptmps] vient rej,r™ | dre .»p(ace 
Et reio» I ne à nos champ, ) leurs atfra.ï, : 
Mais, héZa./ 1 lorsque l'« | ge nous glace, 
No. beaux ^our, | ne remoi | nent jamais 



:f- 



-ml 



— 210 — 

Cest de Molière, et «on système paraît «tie encore le 

meillear. 

Du reste, le rythme oes vers fournirait à lui seul la matière 
d'nne autre causerie. En effet, l'alexandrin classique se prête 
à trente-six combinaisons rythmiques absolument distinctes 
et parfaitement définies, auxqueUes il faut ijouter les quinze 
formules du vers romantique avec leurs dérivées, et tous les 
rythmes créés par les ^mbolUta, les d^oadenf et les «istru- 
mentiste, modernes. Une étude sur le rythme poétique, ses 
lois son histoire, ou, comme on dit aujourd'hui, son évolu- 
tion du XVI* au XX' siècle, de Bonsard à M. Viélé-Gnffin, 
en passant par Racine, Hugo et Verlaine, serait donc le com- 
plément de celle-ci. 



HUITIÈME, NEUVIÈME ET DIXIÈME 
CONFÉRENCES 

doBn^M pu 

Monsieur l'abbé Stamisias-A. Lonii 

Docteur ,„ n&i„,|„, ft„f„^„ 4 ,. p„„„< j, né«\«^. 

LE SOCIALISME 
EXPOSÉ DES DOOTKINES SOOIALISTEB 



M, le Keotenr, 

Messieurs, 

1 mai 1892, donnait dans son premier et unique numéro 
1 article suivant : ' 

" :ftoi8 civilisations marquent les grandes périodes histori- 
que. de lévoluUon sociale : la civilisation païenne déjà dis- 
parue, la civilisation chrétienne qui touche à sa fin et la 
civilisation socialiste qui est en fermentation et s'annonce 
Pour 1 observateur superficiel, il peut sembler qu'entre ces 
tro«gmndes périodes historiques, il n'y ait aucune relation 
substantielle, mais seulement une raison de contiguïté qui 
joint la civihsation qui meurt à celle qui se lève ; cependant 
SI nous observons bien l'évolution sociale, nous voyons l'hu- 
manité s agiter sans cesse autour d'un seul principe, et pour- 
suivre un but unique : la recherche du plaisir 

Jads U civilisation païenne la «cherche du plaisir était 
déterminée par des besoins a^ -eut % ,tes. dans le sen» 



— 212 — 

strict du mot. Le» pUiain étaient terrestre», et le» dieux 
d'alora ue promettaient pas aux mortels une félicité d'outre- 
tombe, mai» descendaient eux-mêmes de l'Olympe, venaient 
au milieu des hommes et participaient à leurs joie» et à leur» 
fête». 

Pendant longtemps dans le monde païen la recherche du 
plaisir fut saine et honnête ; puis elle dégénéra et devint 
bestiale. Les grands, les riches, les puissant» prirent plaiair 
aux douleurs et aux misères de leurs semblables. Le» orgies 
le» plus effrénées, la barbarie la plus atroce, eurent leurs 
adorateurs et leurs applaudissement». Toute vertu fut mise 
de côté, tout vice eut sa justification. Les dieux appelé» en 
témoignage pour justifier les plaisirs les plus honteux, com- 
mencèrent à perdre la considératio'n du vulgaire. Et ce vul- 
gaire, constituant la grande majorité des hommes, condamné 
à souffrir perpétuellement, sentant en lui-même ce besoin de 
bonheur qui es, le but de notre existence, accueiUit avec 
enthousiasma les doctrines enseignées par Jésus, qui en com- 
pensation des souCranoes terrestres, lui promettait le bon- 
heur après la mort. 

Vaincue par le christianisme, la civilisation païenne tomba. 

La religion nouvelle marchait dans une direction opposée 
à la civilisation païenne, mais au fond elle affirmait le même 
principe, la recherche du plaisir. Cette recherche cependant 
s'élève, elle cesse d'être terrestre pour devenir céleste. Elle 
n'est plus égoïste et personnelle ; elle n'est plus le monopole 
de quelques privilégiés ; elle est devenue le droit collectif, le 
droit de tous. Le christianisme enseigne la fraternité et la 
solidarité ; et il assure qu'aux yeux du Dieu nouveau, tous 
les hommes sont égaux. 

L'enseignement de cette doctriue résista à la calomnie, aux 
persécutions, et triompha. Mais le christianisme n'est qu'une 



— 218- 

«ber«Oon humaine ; de uin et de moral, il „e contient que 
le pnnoipe de l'égaUtë et de la solidarité. 

Aussi le doute s'élera bientôt si la "rëiigion'VMi'iënne ne 
. serait pas une grande fiction, et si les premier, apâtres n'ont 
pas rompe les hommes en se trompant euï-mêtaes 

Alors surgirent les hérésiarques, les réformateurs, les ratio- 
naUstes, les matérialistes et les philosophe, du positivisme. 

La fo. s éteint, et avec l'extinction de la foi, meurt la 
avihsation chrétienne. 

lisme"^ "''"''*"^ «ivilisation s'annonce et se lève : le socia- 

A l'homme qui travaille et qui souffre, ce n'est plus assez 
de la promisse éphémère d'une félicité d'outre-tombe II 
veutioi-bas sa part de soleil et de bien-être. L'humanité 
toujours à U recherche du plaisir a découvert de nouveaux 
horizons. S agitant toujours autour du même principe pour- 
suivant toujours la même fin, elle a retenu des civUisa^ons 
païenne et chrétienne ce qu'elles avaient de bon et de vital 

Avec le socialisme, la recherche du plaisir redevient ter. 
restre comme dans le paganisme, mai, elle se perfectionne 
au concept de la solidarité et de l'égalité comme dans la reli- 
gion chrétienne."— a MonticeUi. 



Il est difhoile d'exposer plus clairement et sous des oou- 
eurs plus attrayante, l'idée socialiste, telle qu'eUe est dan, 
esprit de se, auteurs, et telle qu'elle apparaît dan, les mul- 
tiples déclamations de leurs partisan,. 

Le socialisme?... C'est le dernier résultat de l'évolution 
néccMaire et progressive de l'humanité, de l'état d'imperfec- 
tion à 1 état de perfection qui lui convient, sous l'influence 



— 214 — 

de la grande loi de la sélection; c'est la civilisation de l'ave- 
nir, appelée à s'élever sur les cendres du christianisme 
vaincu; c'est le remède infaillible qui doit guérir la société 
de tous les maux dont elle souffre, et donner à l'individu de 
satisfaire ce désir intense de bonheur qu'il ressent, et dont U 
réalisation est la raison de son existence. 

Voilà la doctrine dont les promesses alléchantes entraînent 
les masses, et dont l'étude sérieuse s'impose à tout homme 
■ soucieux de l'avenir de hi société. On peut voir déjà, par 
cet article, l'art et le talent avec lequel les socialistes 
savent présenter leur doctrine, l'influence facile qu'ils peu- 
vent exercer sur le peuple, et que, pour lutter contre le 
sooialUme, il ne suffit pas de démontrer la fausseté des pnn- 
cipes sur lesquels il s'appuie, xi> il faut le suivre pas à pas 
sur le terrain théorique, dans ses insinuantes et sophis- 
tiques démonstrations, et sur le terrain pratique, dans 1 étude 
des œuvres qu'il préconise et qu'il met en opposition avec 
les œuvres sociales catholiques établies ou à établir pour lui 
faire échec. 

Etudier le sociaUsme dans ses origines ot ses progrès, 
analyser et réfuter ses doctrines en général, puis eu particu- 
lier dans les questions plus importantes et plus déhcates dej 
grèves et du sakire, étudier les organisations ouvrières, les 
teuvres sociales catholiques et socialistes, voilà le but que 
nous nous sommes proposé. Nous vous donnons ce soir les 
prémices de ces études que nous voulons continuer dans la 
suite selon que le temps et les circonstances nous le per- 
mettront. 




Bien que dans un sens général le mot êocialisrm puisse 
signifier " l'ensemble des ettorti théoriques et pratiques ayant 
pour but d'obvier par des institutions sociales aux maux dont 



— 216 — 

aouffro l'humaniU ",et que, entendu dan» oe sens, il n'ait rien 
qui offense la raison; cependant le mot tocicdiême se prend 
en mauvaise part d'après l'usage qui en a déterminé la signi- 
fication. 

Léon XIII définit le socialisme :— une doctrine de l'ordre 
moral et économique dont les partisans soutiennent la sup- 
pression de toute propriété privée, la communauté à tous les 
biens de chacun et l'administration de ces biens par l'Etat '. 
Cette définition est génémle et peut s'appliquer à tous les 
systèmes, qui, issus des doctrines communistes, veulent 
transformer la société par une modification radicale des 
classes, au point de vue de la répartition de la richesse. 

Ces systèmes sont multiples et leur étude en est presque 
impossible, si l'ou n'essaie de les réduire à l'unité. Tous 
directement ou indirectement s'attaquent à la propriété pri- 
véo : voilà un élément qui leur est commun, et qui nous 
permet de les classifier sous un même genre : le Commu- 
nisme, lequel, dans son acception la plus large, désigne tout 
système d'épouoœie politique qui supprimant la propriété 
individuelle, en tout ou en partie, y substitue la oommu- 
nauté des biens. 

Le communisme peut se diviser en deux espèces : le com- 
munisme négatif et le communisme positif. 

Le CoMMDNiSMï NÉGATIF se Contente de nier tout droit de 
propriété et enseigne que tous les biens sont com.juns; de 
sorte que cnaque individu peut user de tout bien comme il 
lui plaît. Ce communisme n'a jamais été sérieusement en- 
seigné par personne. 

Le Communisme i-ositif enseigne que tout bien appartient 
non aux individus, mais à la communauté. II comprend 
deux espèces : le communisme absolu ou radical, et le com. 
munisme modéré. 



1 — Lettre encyclique : JUe condition- opijtcum. 



p ■ 






— 218 — 

Le CoMMOKiSMl voantw BADiOiL, i<ol»me, outre U oom- 
muMUtë de tous les bien» aana exception, la ooimnuiBaté 
dann la produotioo, l'exploitation, et l'mage de ces biens. 
Pour tous, mimes heures de travail et de repos, mêmes 
npa», même» soins dans la maladie, le tout en commun. 

Le CoMMONiSME POSITIF MOOÊsi, ne détruit pas toute pro- 
priété privée, les biens productifs seuls appartiennent à la 
communauté. Il comprend à son tour l'anarchisme et le 
socialisme. 

L'Anaeohisiie enseigne que les bien» productif», les instru- 
ment» du travail appartiennent à des communautés ou grou- 
pes constitués fédérativement, ou i> des a»»ociation» ouvrières 
indépendante» les une» des autre» et à l'abri de toute ingé- 
rence de l'Etat, ou de toute autorité centrale. Se» moyens 
d'action sont la force, la violence, le» incendies, le meurtre, etc. 
Le Socialisme veut réformer la société en mettant aux 
mains de l'Etat tous les biens productifs. Il diffère de l'anar- 
chisme d'abord en ce qu'il reconnaît une autorité centrale, et 
ensuite par les moyen» auxquel» il recourt: il rejette la 
violence, il prétend réformer la eociété par le» moyens politi- 
ques, le» élection» et la législation. 

Le socialisme peut se subdiviser en socialisme collectiviste 
ou collectivisme, et en socialisme agraire. 

I^ Socialisme collectiviste, dont le principal représen- 
tent est l'allemand Karl Marx, est un »y»tème éoonomico- 
^litique qui transporte au gouvernement démocratiquement 
constitué la propriété des bien» productifs, et la réglementa- 
tion de la production et de la distribution de ces biens. Les 
partisans de ce système, voulant organieev la société sur une 
base tout à fait démocratique, ont pria le nom de démocrates 
socialiste». C'est par oppœition à ces démocrate» socialistes 
que Léon XIII permet dans sa dernière encyclique : Graves 
de commnni, l'usHge de la dénomination de démocrate» chré- 
tiens. 



— 217 — 

Le SooULisHi XORAIBE timosports à l'Eut non tou» lei 
bisns prodnotifa, mai* aeulement le aol, 

" Nous avona aujourd'hui, dit Leroy Heaulieu, toute etpèco 
de petit» aouialismea éduIconSa qne lea ambitieux de toute aorte 
diatribuent au peuple, comme dea fViandiaea aux enfanta," 
maia toua cea ayatèmea ae rattachent en quelque manière à 
ceu» dont noua venona de parler et qui ae réduisent au nom- 
bre de quatre: Communirm» pontif rudical que l'on peut 
appeler aimplemer.t communiime, Vananshitme, le tocia. 
Umu collectivute ou aimplement eolUctivimie, et le «ocia. 
lim.t agraire. Noua niions étudier séparément chacun de 
oea ayctèmea. 



.j:-' 



-«18 — 

1,E COMMUNISME 







Nous avons défini le Communwtne positif nàu»\: un 
.Titime économique réoUmant la oo.nmunauti de tous let 
bien. »n. cxoeption, et la communauté dan. U production 
r„ploit.tion.t l-««ge d. c. bien.. Cette doctrine ne^ 
p„ nouvelle ; on lu trouve d^i dan. le. loi. que Mino. donna 
Ma Crète, et c'e.t de là un. doute que Lycurque tira » 
famenw légi.lation pour Ucédémone. La "• oom>nune 
établie par ces deux légi.Uteur. avait comme corrélatif, les- 

"^mon, dan. .on " Traité de la' BépubUque," donne le ptan 
d'une «eiété idéale ayant pour base la communauté de. 
homme, libre. .ervU par de. ewlave.. 

U faut remonter en.uite au XVI .iècle, à la Réforme, aux 
Anab.pti.te. pour trouver 1. «.urce de. doctrine, .ocialei. 

modemefl. , ^ » ,„ 

Le. Frère. Morave.. débri. de. Hu..ite^ n'eurent qu un 
.uccè. éphémère dan. leurs cai. de communauté. Storck 
et Munzer, Mathia. et Jean do Leyde .ont dan. leur, prédi- 
cation. égalitaire.le. véritable. précur«,ur, de. commumstes 
et de. .ocialietes. , 

.. Durant les quatorze année, qui .'écoulèrent de 1521 à 
1535 dit le protestant Soudre, dans son Hi^oire du Commu- 
nwme (1850), la secte des Anabaptistes a formulé tous les 
principes professés pat le communisme et le socialisme 
modernes. Kéhabilitation de la chair et des pMsion.; de.- 
truction delà famille; abolition de la propriété ; commu- 
nauté des bien., égalité absolue, etc.. Munzer parcourait te 
villages de la Saxe, en propageant sa doctrine ■. Nous sommes 
tous frères, disait-il à ses auditeurs, nous avons un père 
commun Adam, pourquoi dohcla différence de biens et de 



— m — 

cunditioM qu6 U tjmnnie t introduite parmi noui » Pounjuoi 
g4mirioD(.nou« dam U pauvreté, pourquoi •erioni-Doue . oa- 
blë. par le travail. Undi. qu'eux lea grand, du monde na. ont 
dauela nchem î N'avoiu-iom paa droit à l'dgaliui det bien* 
qui de leur nature .ont faiu pour «tre partagée tant die- 
tinotion 1 U terre est un héritage commun où noue avon» 
une part qu'il, nou. ont ravie. Qu'il, nou. montrout le 
contrat de ce..ion. KeodeI.nou^ riobe. du .ièole, avare, 
luurpateur., le. bien, que vou. retenez .i inju.tement." 
(Soudre, ouv. cité. Le. AnaUpti.te., 1" période, chap VIII 
pag. 68, 69.) 

L'application des doctrine, anabaptiste, aboutit i des 
abominations sans exemple, à un despotisme si monstrueux 
qu elle, furent bientôt abandonnées. 

Thomas Morus publU, en 1816, sa célèbre " Utopie," dan. 
laqueUe, à c6té d'une critique vigoureuse de la société et des 
abus du pouvoir, il traçait le pUn d'une nouvelle société 
fondée .ur U communauté. Le titre qu'il donne à son livre 
ne nous permet pas de douter du jugement de l'auteur, sur 
la réaliMUon po.<ible de cette .ociété. 

Campanella (1368-1639) italien qui pas«, vingt-sept 
années de sa vie en prison, fonde la innovation sociale, dan. 
son livre « La cité du Soleil", sur l'abolition de la propriété 
privée et de U famille. r F «w 

Au XVIII siècle Morelly dans " la BasiUade " et n>n 
"Code de la nature " (1755) proclame avant Rousseau que 
1 homme est naturellement bon, et qu'il est dépravé par la 
société i pour détruire l'avarice, l'égoisme qui est U plaie fon- 
damentale de cette dernière, il faut établir la propriété com- 
mune, en réglant les devoirs selon les facultés et le. droita 
selon le. besoin.. 
_ " Le. loi. éternelles de l'univers, dit Morelly, sont que rien 
n eat à l'homme en particulier que ce qu'exigent ses besoin. 
«ctueU, ce qui lui suffit chaque jour pour le soutien ou les 





— 220 — 

agréments de sa durée ; le champ n'est point à celui qui le 
cultive, ni l'avbre à celui qui y cueille lesfruite; .1 ne lui 
appartient même des productions de sa propre mdustne que 
la portion dont il use ; le reste, ainsi que sa personne, est à 

l'humanité entière V 

Mably, dans son " Traité de la législation" (1776) et dans 
celui " Des Droits et des Devoirs des citoyens", proclame 
aussi la communauté comme l'idéal d'une société parfaite. 
J -Jacques Rousseau est communiste quand il dit : • Le 
premier qui ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : ceci est 
à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fat le 
vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, 
de meurtres, de misères et d'horreurs n'eut point épargné au 
genre humain celui qui arrachant les pieux et comblant les 
fossés, eut crié à ses semblables : " Gardez-vous d'écouter cet 
imposteur; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits 
sont à tous et que la terre n'est à personne ' " ! ^^ 

Linguet (1730-1794) dans " La théorie des lois C""), et 
les •■ Annales politiques, civiles et littéraires," Londres 1777, 
a tracé une analyse du droit de propriété conforme aux théo- 
ries actuelles, il a décrit les maux de la société et le sort des 
ouvriers avec une éloquence qui n'a pas été surpassée : bien 
avant Lassalle il a maudit la loi d'airain qui accable le tra- 
vailleur, il a donné la formule et le principe de la grève. U 
est avec MoreUy la source où semblent avoir puisé Lassalle, 
Karl Marx, Engels et Henry George. 

Selon Brissot de Warville, " Recherches philosophiques sur 
le droit de propriété et de vol " (1780), le droit de propriété 
dérive du besoin, et la propriété exclusive est un vol dans la 
nature. 

l_Morelly, BaMade, t. II, p. 265, cité par H.aement. Réforme 
•ociale, 1er mai 1896. 
2— ŒuTreB de J.J. Rousseau, t, I, p. 551- 






— 221 — 

U Eévolution fit fermenter to.,^ . .., ;.,(,,. Robe.pierre 

d.«..t dans son projet de décla..,:..„ dea Ur„i« a. l'hoL™ 

I«s secours nécessaires à l'i, .li,, .ce sont .ne dette dn 

mhe enve« le pauvre; il appc,,.,,' à ;, loi .e déterminer 

la manière dont cette dette doit être acquittée ' 

Babœuf (1764 97) membre de la faction jacobine, remis en 
l.berté par l'amnist.e du 3 brumaire an IV, tout pénétré des 
d.ctnnes du .■ Code de la nature," de MoreUy, Jdév opt: 
dans son journal " Le Tribun du peuple." C'était le corn- 
mumsme pur, poussé jusqu'à ses dernières conséquences ; éga- 
ité absolue, communauté des biens et des travaux. BaboTf 
trouva de nombreux partisans, avec lesquels il organisa une 
conspiration qui allait éclater au moment où elle fut décou- 
verte : il paya de sa tête son audacieuse tentative 

Avec Saint-Simon (1760-1825) s'ouvre l'ère du commu- 
nisme et du socialisme moderne. Selon lui -la chair " 
frappée_ au moyen-âge d'un injuste anathème, doit être •■ réha- 
bUitée. et la classe des travailleurs, améliorée. Saint-Simon 
mit que cette améliomtion se fera par la communauté des 
biens en vert,, du progrès nécessaire qui régit l'évolution de 
la société. Cest ici-bas que doit se réaUser le bonheur de 
Ihomme et cest par voie d'autorité que s'accomplim la 
réforme sociale. C'est la science qui doit organiser la société 
en donnant aux travailleurs la place qu'ils doivent occuper 
.. e. la première place. II fit appel ensuite à l'industrie eVà 
une religion nouvelle dont le prêtre devait relier la chair et 
lespnt, et «sanctifier la chair par l'esprit.» 11 fut l'auteur 
de cette formule: à chacun suivant sa capacité, à chaque 
capacité suivant ses œuvres. 

,B«,'r'^" ''"'*'"' P''"l«"«''^™° de ChsFourier (1772- 
1837) fut le même que celui de Saint-Simon: établir pour 
tous, sur cette terre, la félicité que le chrisUanisme résle 
pour les élus à une autre vie ; seulement ce que Saint-Simon^ 
attend dune. autorité absolue, Fourier l'attend d'une liberté 



absolue de tous, liberté, i. e. à son sens, satisfaction sans 
aucune contrainte de toutes les passions. " Le monde phy- 
sique, dit Fourier, s'explique, depuis Newton, par l'attraction 
mutuelle de toutes les parties de la matière, le monde moral 
doit s'expliquer par ce qu'on peut appeler l'attraction pas- 
sionneUe, laquelle rapproche et associe les individus doués 
d'inclinations analogues et harmoniques. Toutes les misères 
et toutes les fautes sont le résultat de passions contrariées." 
Pour l'application de son système il inventa la phalange. 
composée d'environ 400 famiUes, soit 16 à 1800 individus, 
ayant un but commun et travaillant d'après leur goût, leur 
choix, leurs passions. Un vaste édifice, le « Phalanstère ", 
doit servit d'habitation aux. membres de cette commune ou 
tout s'organise pour le bien-être général. Chaque famille y a 
sa place suivant ses instincts et ses besoins ; les enfants y 
rec-oiveut tous, mêmes soins et même éducation ; ils appar- 
tiennent à la communauté plutôt qu a leurs parents ; tout 
doit tendre à l'harmonie universelle qui est l'idéal du bon- 
heur sur terre. Il faut sans doute que l'ordre soit réglé par 
une hiérarchie; l'élection distribue les fonctions et les grades ; 
chaque groupe, chaque série a son chef, et Vunarque est à la 
tête de la phalange, en attendant Yomniarqm qui sera le 
chef de toutes les phalanges, quand l'association sera répan- 
due sur le globe entier. Tout est aussi prévu pour la réparti- 
tion des bénéfices produits par le travail. 

Les doctrines communistes trouvèrent un défenseur en 
Proudhon (1809-1865) dont les ouvrages : " Qu'est-ce que 
la propriété ? "— " Avertissement aux propriétaires ".— " Solu- 
tion du problème social ", sont de violentes diatribes contre 
la société et un appel au communisme. " U société idéale, 
d'après cet auteur, est une association de travailleurs libres, 
indépendants, vivant en famille, sans autres capitaux que des 
instruments de production, sans épargne, échangeant entre 



— 223 — 

eux leurs produ.ta; égaliuS de salaire pour des temps égaux 
de travail. L'état ne se composera que de travailleurs, sans 
consommateurs oisifs, sans gouvernement politique. ■■ Pl„, 
de propnété, c'est le vol,. plus de Dieu, c'est le mal; plus de 
capital, cest l'infâme '. Proudhon peutêtre considér/comme 
un commumst , un anarchiste et un socialiste, puisqu'il en 
veut en même temps à la propriété, à l'autorité et au capital 
Cependant ce ne sont là que des théories, il faut venir à 
la pratique. 

#•# 

Robert Owen (1771-1858, fut à la fois l'homme delà 
théone et de la pratique; le premier il chercha à réaliser ses 
rêves communistes. Il laissa l'Angleterre en 1823 et vint 
aux Etats-Unis où il fonda la colonie de " New-Harmonv " 
Nouvelle Harmonie, dans l'Indiana. Cette colonie était 
fondée sur le principe de la vie ..^,mune ; chaque indivMu 
travaillant selon ses moyens : - industrie, recevrait tout 
ce dont 11 aurait besoin. L'é. était la même pour 

tous, on n admettait aucun dro.t de propriété privée. Onze 
colonies furent établies dans la suite sur ce plan: toutes 
aboutirent à un misérable échec. Owen revînt en Angle- 
terre ruiné; il n'en continua pas moins à attaquer la société 
et a prêcher ses théories dans un fameux manifeste paru à 
Londres en 1840. i«» u » 

De 1842 à 1846 les Etats-Unis voyaient une inondation 
du Fouriérisme se répandre sur le pays : trente colonies ou 
phalanges furent fondées. Le manque de jugement et les 
quereUes intestines réduisirent à néant tous ce, essais et 
ruinèrent leurs adhérents. 

Etienne Cabet (1788-1856) renouvelait en France les doc- 
tones communistes dans son " Voyage en Icarie" paru en 
1846. Cabet trouva des partisans et se rendit aux Etats- 
Unis en 1848 pour y fonder sa république d'Icarie. Sa 



II'! 

m 



— 224 — 

colonie, fixée d'abord au Texas, transportée ensuite à Nauvoo, 
en IlUnois, et plus tard dans l'Iowa, passa par de tembles 
épreuves, et fut dispersée au bout de quelques mois par la 
misère et la souffrance. 

Tel fut le résultat des établissements fondés par les oom- 
munistes, en la première moitié du dix-neuvième siècle, pour 
appliquer leurs doctrines ; aucun n'a réussi. Ces échecs mul- 
tiples n'ont pas empêché cependant toute nouvelle tentative 
Dans les dernières décades du siècle, plusieurs colonies ont 
été fondées surtout aux Etats-Unis. Leur histoire a été le 
plus souvent, pour ne pas dire toujours, m récit non inter- 
^mpu de défaites. Défaut d'organisation, absence de direction 
ambitions personnelles, rivalités, querelles fatales, telles ont 
été les causes des échecs subis. , 



En 1892, une colonie de 600 personnes quittaient l'Aus- 
traUepourle Paraguay, aBn de s'y établir avec u° <«P"='l ^^ 
180,000 dollars. C'étaient des gens énergiques et pleins d en- 
thousiasme. (Wvixon, SociaiMm, p. 18.) 

Leurs statuts disaient : Il est désirable et nécessaire que 
™r l'établissement d'une com.uunauté dans laquelle tout 
tovail soit en commun pour un bien commun, «ne preu.ve 
ir,.médMe soit donnée qu'hommes et femmes peuvent ^vre 
dans Vaisance, le bonheur, et l'intelligence, et dans un ordre 
tTunu à une société dans laquelle nul ne peut être sûr de 
ne pas mourir de faim le lendemain lui et ses enfants. A 
cette fin une société de travailleurs est fondée. 

Ces statuts proclamaient l'abolition de toute autorité ; en 
cas de désaccord d'un membre avec la communauté ou avec 
,„ autre membre le différend était '™"*^. P»'"""''^^, 
choisi par les parties. Us posaient en prmcpe légalité des 



— -^26 — 

«aîairea, le droit pour chacun de vivre sur les biens de la 
communauté. 

Les membres de la Nouvelle-Australie, c'était le nom de 
la colonie que l'on allait fonder, arrivèrent à Villa-Hioa au 
mois de septembre 1893. A peine débarqués les premières 
déceptions commencèrent. Le terrain concédé par le gouver- 
nement du Paraguay était loin des centres, le train mettait 
trois jours ponr les conduire à la station la plus voisine du 
territoire de la Nouvelle-Australie, et il y avait encore 40 
milles do ce point à la colonie. Les administrateurs, qui 
avaient été choisis à la majorité des membres, firent preuve 
d'incapacité ; bons tout au plus pour haranguer la foule sur 
la tyrannie capibiliste et les droits des travailleurs, ils étaient 
totalement dépourvus de l'esprit d'organisation. 

Les dissensions s'élevèrent, les directeurs s'arrogèrent des 
droits régaliens et expulsèrent, sans indemnité et sans forma- 
lité, les ivrognes et les inutiles. Les colons se divisèrent en 
deux camps. Les premiers reconnurent momentanément 
l'autorité de celui qui s'était emparé du pouvoir, les autres 
quittèrent la colonie probablemeni guéris de leurs illusions, 
et revinrent à ViUa-Rica. Là ils racontaient que l'absence 
do liberté, l'isolement, les disputes incessantes faisaient du 
phalanstère de la Nouvelle-Australie un enfer plutôt qu'un 
paradis terrestre. Les uns furent rapatriée en Australie par 
le gouvernement de Sidney, les autres furent fixés sur de 
nouvelles terres par le gouvernement ->u Paraguay, où aban- 
donnant les principes socialistes et communistes, ils peuvent 
espérer en un avenir assez prospère. 

Les disputes et les di. , «ons séparèrent bientôt aussi 
ceux qui étaient restés à li. NouvelIe-AustreJie, si bien que 
quelques mois après leur débarquement, les membres de cette 
association étaient divisés en trois fractions. Aujourd'hui les 
derniers partisans de la Nouvelle-Australie demeurés sur le 



il 

il! 

lii 
I 

1; 



— 226 — 

territoire de U colonie, s'occupent d'assurer le succès de l'en- 
treprise par de bonnes méthodes agricoles, et non par l'appli- 
cation des statuts de l'association. La Nouvelle-Australie 
existe donc encore, mais en tant que société communiste elle 
a fait banqueroute à toutes ses promesses. 

"L'expérience a montré, dit M. Peel, auteur d'un rapport 
publié par le Foreign-Offlce, mai 1895, (Report on the New- 
Australia, colony in Paraguay) l'expérience a montré que le 
fait d'e8t;-ner au même prix le travail de chaque personne 
sans acconJer de considération au tempérament, au sexe, à 
l'âge, aux services, aux capacités physiques et mentales, ne 
produit pas les résultats satisfaisants espérés." 

" Quand on parle de la Vouvelle-Australie, dit M. Charles 
Droulers,dans la -Réforme sociale" du 1" août 1895, on ne 
peut s'empêcher d'évoquer le souvenir d'une colonie plus 
importante et mieux connue qui fut créée dans ce même 
Paraguay il y a trois cents ans. 

"Le contraste est intéressant entre les organisations col- 
lectivistes dont nous venons de parler et le petit état théo- 
cratique fondé au XVI siècle entre l'Orénoque et le Rio de 
a Plata par les Jésuites. Cette répi-blique chrétienne qui 
s'étendit sur plus de trente bourgades ou "réductions" et 
comprit à un moment 300,000 citoyens, présenta un aspect 
de prospérité et de bonheur que l'on chercherait en vain dans 
l'histoire de nos pays civilisés. Les ennemis les plus irré- 
conciliables He l'EglUe n'ont pu s'empêcher d'exprimer leur 
admiration pour la concorde, l'honnêteté, l'aisance, les mœurs 
simples et douces de ces Indiens régénérés. Voltaire lui- 
même a appelé, "le triomphe de l'humanité," cet établisse- 
ment " où les Jésuites espagnols furent à la fois fondateurs, 
législateurs, pontifes et souverains." 

Chateaubriand nous a donné dans son " Génie du Chris- 
tianisme " le tableau suivant de cette heureuse république : 
"Dans chaque réduction il y avait deux écoles: lune 



— 227 — 

pour le» premiera aëments des lettres, l'autre pour la danse 
et la musique. Dès qu'un enfant avait atteint l'âge de sept 
ans, les religieux étudiaient son caractère. S'il paraissait pro- 
pre aux emplois mécaniques, on le fixait dans un des ateliers 
de la réduction, et dan, celui-^à m«me où son inclination le 
portait. Il devenait orfèvre, doreur, horloger, serrurier, char, 
pentier, eto Les jeunes gens qui préféraient l'agriculture 
étaient enrôlés dans la tribu des laboureurs, et ceux qui rete- 
liaient quelque humeur vagabonde de leur première vie 
erraient avec les troupeaux. 

"La terre étaient divisée en plusieura lots, et chaque 
famille cultivait un de ces lots pour ses besoins. Il y a7ait 
en outre un champ public appelé la posaeamon de Dieu Les 
fruits de ces terres communales étaient de.stinés ,-. suppléer 
aux mauvaises récoltes, et à entretenir les veuves, les orphe- 
lins et les infirmes. Les magistrats étaient nommés par 
assemblée générale des citoyens, mais seulement sur une 
liste formée par les missionnaires ; c'était une loi empruntée 
du sénat et du peuple romain. Les missionnaires avaient 
ainsi que le conseille Platon, mis à part ceux qui aiinon^ 
çaient du génie, afin de les initier dans les sciences et dans 
les arU...C'était de cette troupe excellente que devaient sortir 
un jour les prêtres, les magistrats et les héros de la patrie " 
On a souvent cherché à représenter les " réductions du 
Paraguay , comme de véritables phalanstères, et on a voulu 
conclure de leur longue existence, à la possibilité de la société 
telle que la conçoivent les communistes ; mais il est facile de 
voir que nous sommes loin de la vie commune et de l'égalité 
absolue posée en principe par les organisateurs de la Non- 
velle-Australie. Aussi le résultat fut-il tout différent 

'• Les missionnaires avaient tiré de la dégradation les sau- 
vages du Paraguay, et les avaient élevés à un haut degré de 
culture morale et inteUeotuelle. Dans ce même pays trois 
cents ads plus tard, les socialistes ramenaient à la sauvlgerie 



nue réunion d'hommes mvilisé». La petite république théo- 
pratique des Jésuite» se maintint pendant plus d'un siècle à 
m haut degié de prospérité, et ne disparut que par le fait 
d'un ennemi extérieur. U Nouvelle-Australie fut, dès son 
origine, le théâtre de discordes et de troubles interminables, 
et en Unt iiue société elle tomba d'elle-même." 

On jieut trouver la raison de ce contraste dans le fait que 
les " réductions " des Jésuites avaient pour base la religion 
qui se conforme à l'ordre naturel établi par Dieu, Undis que 
les organisateurs de la Nouvelle- Australie avaient cru pouvoir 
s'en passer, et la remplacer par des théories d'égalité et de 
solidarité qui échouent au premier contact avec les faits, pré- 
cisément parce qu'elles s'opposent à l'ordre naturel et en sont 
la négation. 




Aux Etats-Unis il y avait en 1897 bon nombre de colonies 
fondées sur les principes socialistes et communistes. " La 
colonie la plus fortunée et la mieux connue par la réclame 
dont elle s'entoure, écrit M. l'abbé W.-J. Kerby dans son 
ouvrage : " Le socialisme aui Etats-Unis," semble être celle 
de Ruslcin, Tennessee. 

Elle fut fondée en 1894 dans un endroit peu favorable ; 
l'hiver 1894-95 apporta de grandes souffrances ; puis arriva 
la querelle inévitable, l'auteur du plan de colonisation dut 
partir. 

La colonie acquit alors une nouvelle propriété dans un 
meilleur site au prix de 13,500 dollars, et y transporta ses 
constructions. Elle se compose eu 1897 de 55 familles ayant 
en tout deux centa membres. EUe possède 230 acres de terres 
en culture, amant d'autres susceptibles de l'être, et 1200 acres 
de forêt, dont U valeur totale est estimée à 80,000 dollars. 



— 229 — 

T* capital de l'Association est de 500,000 dollars, divisé en 
1,JC ) actions. On ne paie pas de dividende car les profit» 
appartiennent & l'association. Les actions sont intransmissibles 
et chaqiiu membre doit en avoir une, mais ne [«ut en avoir 
plus. 

La colonie est propriétaire d'un journal " The ComiuK 
nation ", comptant en 1897, 35,, 00 abonnés répandus dans 
tous les Etats-Unis. 

L'organisation comprend huit départements : des travaux 
publics, d'éducation et de récréation, do manufacture, d'agri- 
culture, de distribution, d'hygiène, de cuisine, d'horticulture, 
d'impression. Un comité de treize membres élus par le vote 
des colons nomme un préaident et doux vice-présidents qui 
forment eux-mêmes un comité d'administration. 

Le travail est assuré à chaque membre autant que possible. 
Tous reçoivent un salaire égal, ne travaillant jamais plus de 
dix heures par jour. L'association n'intervient pas dans les 
affaires religieuses qu'elle considère comme étant du ressort 
privé. L'éducation est obligatoire. Les jeunes gens sont 
apprentis depuis l'âge de 18 ans à 21 ans. Les membres 
peuvent vivre à l'hôtel ou habiter une maison particulière. 
Il y a une cuisine et une salle à manger centrales où chacun 
prend ses repas. 

Dans les statuts de la corporation nous lisons : " Chaque 
membre de l'Association abdiquera sa liberté naturelle, dont 
la tendance est de faire oublier les droits d'autrui, au profit 
de la liberté civile ou sociale, qui, étant basée sur les prin- 
cipes du droit et de la justice, sauvegardera ses droits per- 
sonnets et ceux des autres." 

La colonie n'est pas officiellement anti-religieuse, mais la 
plupart de ses membres semblent hostiles à la religion. Le 
" Coming nation " félicitait la colonie de n'avoir ni loyer, ni 
besoin, ni prison, ni vagabond, ni shérif, ni locataire, ni pro- 



^^ii 



1 



k'^' 



— 280 — 

priétsire, ni mendiant, ni banquier, ni égUt, ni noUire, ni 
prWicant, ni millionnaire, ni agent de ohanRe. 

Monsieur Kerby, à qui noue avons emprunté cet détails, 
termine ses observations sur la " Ruskin Colony " er disant 
U colonie paraît pleine d'enthousiasme ; elle répand active- 
ment ses journaux et ses écrits de propagande, elle i pu sur- 
monter de grosses difficultés et se croit maintenani, selon un 
de ses membres " sur le chemin large et battu d'où l'on voit, 
à "Soiizon, les hautes tours d'une nation socialiste s'élever 
jusqu'aux nues." 

Ceci était écrit en 1897 ; malheureusement sur ce chemin 
large et battu, on a rencontré des obstacles où sont venues 
se heurter et sombrer les plus belles espérances. En effet 
en 1898 les dissentime-*» commencèrent à st faire jour de 
nouveau, et un certain ■ i bre de membres voulurent retirer 
leur part du capital et sortir de l'Association. On ne voulut 
pas acquiescer à leurs désira ; alors les mécontente recou- 
rurent aux tribunaux avec le résultat que les biens de la 
colonie furent mis sous séquestre. Ceux qui avaient encore 
loi dans les principes sur lesquelles la colonie était fondée, 
crurent bien de vendre les intérêts qu'ils avaient dans les 
propriétés du Tennessee, et de transporter U colonie en Géor- 
gie. Ce qui fut fait au mois de septembre de 1899. La 
nouvelle colonie est établie à Duke, comté de Ware, au sud 
de la Géorgie. Tout est à refaire. Cette troisième tentative 
aura sans aucun doute le même résultat que les deux pre- 
mières, car il est impossible qu'en une semblable société, les 
passions humaines, les intérêts et ambitions personrelles ne 
finissent pas par amener des querelles, dont U conséquence 
est nécessairement la dispersion de ses membres. (The 
Annual Cyolopedia 1899). 

Noua avons exposé brièvement l'histoire des doctrines 
communistes et des essais que l'on a tenté de faire pour les 



— S81 — 

mettre en pratique. Tou. oe. eaasis ont été vtiue et le 
comniuni.nie proprement dit n'a jamais eu qu'une exi.teoc« 
éphémère; cependant aee doctrines sur la propriété, et se. 
attaques contre l'organisation actuelle de la société, ont été le 
fondement et le point de départ de l'anarohisme et du socia- 
lisme, de sorte que nous pouvons considérer le communisme 
comme k source de toutes les théories antisociales préconi- 
«ées pendant le siècle dernier. C'est à ce titre que nous 
Tarons étudié ce soir. 

Nous passons maintenant à l'étude Je l'anarohisme : les 
quelques notes que nous vous présentons sur ce sujet ont 
été puisées à des souicea multiples ; nous devons cependant 
un grand nombre de nos renseignements à l'intéressant et 
imporfant ouvrage : " Socialisme et Catholicisme," de Mon- 
sieur le comte Edouard Sodérini. membre de " l'Union oatho- 
lique des études sociales " en Italie, ouvrage paru en 1896. 



— 281 — 
L'ANAKCHISME 



L'ttnarchiame e.t le «yitèrte qui, proolamant l'abolition et 
le renverwmeut de toute autorité, tranaporte le domaine 
inaliénable de. bien, productif, aux municipalité, ou aux 
«ociét^. ouvrière, indépendante, le. une. de. autres. Le. .eul. 
moyen» de ^former la woiété actuelle et de la recon.tituer 
.elon la doctrine anarchi.te, «ont le pétrole et la dynamite, 
l'incendie, la violence, le meurtre, etc. 

Un 8y.tème de doctiine ne s'élabore pas en un jour. Le. 
principe, produiwnt par voie d« conséquence des lonolusions 
qui à leur tour deviennent le. prémice. de oonelu.ions nou- 
velles; mai» ce travail d'élaboration demande un état de. 
esprit, et un milieu favorables. Ain.i nous trouvons hinn 
le, principes anarchistes énoncés avant le dix-neuvième 
«iècle Rabelais (1483-1663) faisant le portrait de la société 
idéale habitant son abbaye de Thélème, nous dit que chacun 
agissait selon son propre gi^, d'après ce principe devenu cher 
aux anarchistes : Fais ce que tu voudras. 

L'anabaptiste Munier, dont nous avons entendu déjà les 
déclamation. communUte., fondait à AUted une association 
dont les membres faisaient le serment de travailler à la des- 
truction de l'ordre de choses existant. 

La Béotie (1530-1663) énonce le principe : " L'ennemi, 
c'est notre maître." Diderot nt&ime que la nature n'a créé m 
esclaves ni maîtres ; " je ne veux, dit-il, ni donner, ni -eoevoir 

^Cependant U foi chrétienne encore assez fortement établie 
dans les âme. était un obstacle invincible à la diffusion et à 
la mise en pratique, du moins d'une manière permanente, de 
semblables principes. Il fallait le naturalUme du dix-neu- 



— 388 — 

viime uèole, l'iUndon dn vérité» religieuMs et l'impiété 
r<|«ndu« dtni le« maaset, pour amener à leurs dernièreii 
ooDs^uencet lea principe» qui sont i U base de l'aniirchisme. 
On peut onnsidjrer l'roudhou (1809-186S) comme l'un 
des premier» anarchiste» moderne». Il ne veut dan» j'Ktat 
qu'une administration chargée de garantir à chacun su liberté 
et de veillera ce que tous obtiennent lu même part de joui», 
«ance et de justice, sans qu'il y ait des inattres nu autorités 
ni en haut, ni en bas. " Ainsi, conclut-il, le gouvernement 
n'existe plus; de l'anarchie est sorti l'ordre." 

" Lorsque Dante, dit M. de Laveleye dans son livre du 
" Socialisme contemporain ", descend les cercles de l'Enfer, 
arrivé au plus profond de la ciu! sans esi»!raiicB», il s'y trouve 
face à face avec l'effroyable souverain des anges révolté». 
Ainsi quand on pénètre jusqu'aux dernières couches du socia- 
lisme révolutionnaire, on y rencontre Bakuniu. On ne peut 
aller au delà, car il est l'apôtre de la destruction universelle, 
de l'anarchisme absolu." 

Le prince Michel Bakunin, le grand maître de l'anar- 
chisme, naquit en 1814 à Torchok, en Russie, et mourut à 
Berne en 1876. Il fut le continuateur des idée» do Herieu 
et de Tchernycheffsky, les fondateurs du nihilisme russe, qui 
ne se diati i,^', ym > ). ■oprement parler de l'anarchisme. 

Herzen la'iui- à Moscou en 1812, et déjà i\ vingt-deux ans 
il était un socialiste enthousiaste. Mais pour lui, le socia- 
lisme " est la société sans gouvernement. ..la religion ter- 
restre, U religion de l'homme... Le christianisme a fait de 
l'esclave un fila de l'homme ; la révolution l'a émancipé en 
le faisant citoyen ; le socialisme le rendra homme." Il exposa 
ses doctrines dans son livre " La Russie et le vieux monde " 
dans lequel il propose l'aboUtion de toute autorité ; et dans 
l'opuscule " Après la tempête." Tchernycheffsky passa l'i la 
mise en pratique des doctrines de Henen, il fonda le parti 
de " la Jeune Russie " et fut bientôt exilé en Sibérie. 



il 
IL 



■ :■ . !.■ 




— 284 — 

Bakunin fut son successeur. Après avoir servi dans l'armée 
tusse, il abandonna la oarrière des armes, quitte son pays et 
vint à Berlin en 1841 où il suivit les leçons de philosophie 
de Hegel. En 1843 il était à Paria où il entra en relations 
intimes avec les réfugiés polonais, et les sociétés communistes 
et socialistes. 

En 1847, encore à Paris, il prononça dans un banquet 
polonais un grand discours dans lequel il demande aux Polo- 
nais et aux Eusses de se soulever en masse contre l'autorité 
de l'Empereur de toutes les Russies. A la suite de ce discours, 
le gouvernement russe obtint son expulsion de la France, et 
promit une récompense de 10,000 roubles à qui le lui Uvre- 
rait. Bakunin, devenu craintif, 88 réfugia à Bruxelles; mais 
après la révolution de Février là48, il passa de nouveau en 
France; de là se rendit au Congrès Slave de Prague, qui 
eut lieu au mois de juin de la même année, et prit une large 
part aux menées révolutionnaires qui suivirent ce congrès. 

Venu ensuite à Berlin, il reçut ordre de quitter immédia- 
tement le territoire prussien. En mars 1849, il était, à Dresde, 
l'un des chefs organisateurs des émeutes qui eurent lieu dans 

cette ville. 

Forcé de fuir après le rétablissement de la paix, il fut 
arrêté à Chemnitz, conduit à la forteresse de Konigstein, et 
condamné à mort le 10 mai 1850. Sa sentence fut commuée 
en un emprisonnement pour la vie, et en juin de la même 
année, il était livré à l'Autriche, où, accusé aussi du crime 
de sédition, il fut de nouveau condamné à mort. Mais 
encore cette fois la peine de mort fut commuée, et Bakunin 
fut livré à la Russie, pour y subir un nouveau procès et une 
nouvelle condamnation sur accusation de délits politiques. 

Après avoir passé plusieurs années dans la forteresse de 
Saint-Pétersbourg, il fut envoyé en Sibérie par le tzar Nicolas. 
Grâce à la connivence du gouverneur de la Sibérie, qui était 



— 285 — 

alors le Comte Mouravieff. son parent, il réussit à s'enfuir et 
à gagner le Japon en 1856. Il passa de là en Amérique se 
rendit ensuite à Londres où il se lia avec Herzen dont nous 
avons parlé tout à l'heure, puis en Suisse, où il passa pres- 
que entièrement le reste de sa vie sou, le couvert des lois 
libérales de ce pays. 

Dès 1866, il s'associa à 1' " Internationale ", association 
socahste fondée par Karl Marx. Il se sépara cependant 
bientôt de ce dernier, trouvant trop modérées les doctrines 
du grand socialiste allemand. - 

11 se mit alore à propager sa propre doctrine. Il déve- 

T iul""^"'' "^^ *^'"' ^"'"" "''^^ <•*"» •"> livre 
resté célèbre: " L'individu et son avenir." Stirner y corn- 
mente ces paroles de Méphistophélès dans le Faust de Goethe • 

J ai basé mes choses sur rien." Il affirme qu'il faut détruire ■ 
1 ttat avec toutes les institutions sociales, et leur substituer 
des groupes libres, où nul individu ne se tmuve lié par aucun 
principe v.s-à-vis des autres, où nul n'est subordonné à qui 
que ce soit, où chacun, au contraire, peut agir à son gré. sans 
avoir à tenir compte de ce que la société appelle le devoir 

liakunin accepte les conséquences de ces principes, et dès 
1868. an congrès de la Ligue de la paix tenu à Berne, il 
réclame laboUtion de l'Etat sous toutes ses formes, de t»ute 
religion, des droite de succession, etc. Il veut étabUr l'égalité 
parf^te par une nouveUe organisation de la société industri- 
elle dans laquelle tout homme devra se livrer au double tra. 
vail de I intelligence et des bras. 

'• Le communisme, dit-il. concentre toute la force de la 
société dans l'Etat et met la propriété dans ses mains • moi 
au contraire, je veux l'abolition de l'Et«t. je veux que l'or™.' 
n«ation de la société et la distribution de la propriété, pro- 
cèdent de bas en haut, par le moyen de l'action libre de la 
société elle-même, et non de haut en bas par voie d'autorité " 
16 



iw 






:;:: 



'- r"- I 

'.i 



i:^-ih 






h-' ■•"'Il 
I'' H\ 

m. r' 



m 



■m 



De 1869 à 1871, Bakumin entre en lutte avec Marx qu'U 
veut supplanter dans la direction du parti eociaUste II lui 
repioche de vouloir la centralUatwn autoHtaire. alors que 
lui prêche un /<!d<fraJMm«anJi.a«*oritair«. 

Pour assurer le succès de cette lutte il fonde contre Marx 
» l'Alliance internationale de U démocratie socialiste. Voici 
le programme de cette association : 

L'Alliance commence par se déclarer athée. Elle veut ''la 
suppression de toute organisation politique, judiciaire et civile; 
la substitution de la science à la foi. et de la justice humaine 
à la justice divine; l'abolition des cultes et du mariage eu 
tant qu'institution religieuse; l'éçalité politique et économi- 
que des classes et des individus des deux sexes, 1 abohtiou de 
la propriété, de l'hérédité, etc., eu sorte que la jouissance de 
chacun soit égale à sa production." ,, . . . 

Quant aux moyens de procéder: " 11 faut détruire toute 
chose, dit le programme de l'Alliance : états, église, barreau, 
banque, université, systèmes phUosophiques. pobtiques, éco- 
nomiques, administration, armées et poUce ; institutions qui 
sont autant de citadelles élevées par les privilégiés contre le 
prolétariat ; mais il ne suffit pas de les renverser dans un 
seul pays, il faut les abattre partout, parce que, depuis la 
formation des Etats modernes jusqu'au dix-huitième et au 
dix-neuvième siècle, il y a eu et il y a entre toutes ces ins .- 
tutions et à travers les frontières de tous les pays une soli- 
darité toujours croissante et une alliance internationale. 

Les anarchistes ainsi que leurs frères les mhil^tes, se 
forment par groupes de dix personnes unis ensemble deux 
à deux par un intermédiaire, membre de l'un et de 1 autre. 
Un groupe ignore ce que fait Vautre et ou évite ainsi le 
danger de la trahison. On sait d'ailleurs que tout membre 
qui donne prise au soupçon est impitoyablement mis à mort 
Un lien féodal unit entre eux les différents groupes dont les 



— 287 — 

chef, aont les membre, de la fédération qu'on pourrait «ppe. 
1er le conseil suprême de l'anarchie. 

L'Alliance se composait de " cent frères internationaux " 
initiés ; Il y avait en outre " cent nationaux " nommés par 
les premiers et tenus dans une ignorance complète de l'orga- 
msation mternationale; en dernier lieu venaient les simples 
adhérents obligés d'obéir aux ordres quand le moment était 

L'Alliance internationale née en 1869, se transforme en 
1871, en " Fédération du Jura." 

Ce fut le moment décisif de U lutte entre Marx et Bakunin 
Marx vainqueur au congrès socialiste de La Haye en I872' 
auquel Bakunin n'avait pu assister à raison de condamnations 
judiciaires lui interdisant de traverser la France et l'Aile 
magne, vit sa fortune chanceler au congrès socialiste de 

Fét::ioTdVr:'^''''™''"^^"-"°''«'^'---<>»^ •'"■'' 

C'est alors que se fit la division entre socialistes et anar- 
chistes. qui formèrent deux partis distincts, unis entre eux 
cependant, par les liens d'une sympathie réelle et souvent 
manifestée. 

C'est à cette époque que parut le livre de Bakunin '■ Dieu 
et Etat " dans lequel il enseigne les doctrines que nous 
venons d exposer. 

En 1872, il fit une propagande considérable de ses idées 
révolutionnaires auprès de ses compatriotes russes qui sui- 
valent au nombre de 300 les cours de l'Université de Zurich 
et de 1 école polytechnique de la même ville. 

Ces jeunes étudiants et étudiantes acceptèrent avec en- 
thousiasme les doctrines du maître. L'impressiontiabilité du 
caractère russe, impressionnabilité qui le porte facilement à 
aller jusqu aux extrêmes, peut seul nous expliquer l'exalta- 
tion de cette jeunesse qui renonçait aux carrières libérales et 







m' 



1' , '. 



v;:<i|.' 



il'' 

Ml 

m 



m 
m 

M' 



— 238 — 
.pprenait de, métiere, afin d'entrer plu» facilement en com- 
Zoiction avec le, ouvrier, et le. ?»?»■»•; P'^P^f'^ 
doctrine révolutionnaire. Le, femme, ,e -""J-f"^ 
ardente, et quoique plusieurs appartinsMnt à la haute 
t^wT lie, ,e condamnèrent aux travaux le, plu, humble. : 
^vaUd champ, et travail de, fabrique,. I*, étudiant, e 
riante, de Zurich, devenu, di,ciple, de Bakumn, furent 
ie, apôtre, acharné, du nihilisme en Russie 

B^^unin mourut à Berne le 1" de ju.Uet 1876 en 

octobre de la même année. ,e, <i«-Pl''y"""wTGuÎl 
diatingue Elisée Reclus. Paul Brou„e, Jankow,ky J. Gm 
laume et Salvioni. ,e réuni„ent en congre, a Berne Apr s 
avoir . ndamné la Commune de Pari,, parce qu elle a voulu 
Zu gouvernement autoritaire, il, formulent la doctrme 
T.rluL Cette doctrine comprend une partie négat.ve et 

une partie positive. . 

Zs la première, il est dit : " H n'y a plu, nen ; m pro- 
priété, ni eut, ni autorité quelconque, m parlementarisme, 

ni lutte entre les peuples." „ 

Dans la seconde, la partie positive, on reconnaît^ la 
nécessité de former une société dans laquelle Vindividu ne 
dérndant plu, que de lui-même, sa volonté ne pourra avoi 
aucune lim'ite et ne sera plus déeormai, contrar.^ par U 
volonté du voisin ; de là le, deux grand, principes . Fais 

lue à ce même congrès par Charles Cafiero et Henn Malatesta . 
l-tLinsurrectLnel. destiné à raffermir ^J^'^^.^ 
principe socialiste, est le ,eul moyen de P«>I»rf 'f^^^ 
Pour réalieer le règne de la " Pandeatruction , U première 

LZition requise L une ,érie 'l'»'-'"f '/^^ X";*:; 
„ême de folle, eut^prise, qui inspirent de leffroi aux pui 
^;û et éblouirent le peuple de manière i^-^î^ <»>"-"';.! 
eCux-là finissent par croire au triomphe de la révolution. 



— 289 — 

La même annie les autorités allemandes séquestrent à 
KœnigsWrg le programme anarohico-nihiliste suivant : "Notre 
mission est celle de la plus épouyantable, impitoyable et uni- 
verselle destruction... quant à la mesure de la mise à mort 
des individus en particulier, on doit considérer comme plus 
utile la suppression de ceux qui sont les plus dangereux pour 
l'organisation révolutionnaire, et dont la mort instantanée et 
violente, peut surtout effrayer le gouvernement et ébranler 
son pouvoir." 

Un deuxième congrès se réunit à Fribourg en 1878, où est 
fondé le premier crj,.ine anarchiste " l'Avant-Garde ", ayant 
pour directeurs Brousse et le prince Krapotkine, et dans 
lequel on réaffirme les doctrines du congrès de Berne. 

L'anarohisme commence à porter ses fruits. Cette même 
année, en effet, eurent lieu, en Allemagne, les attentato de 
Nobiling et de Hœdel contre Guillaume I ; en Espagne, 
celui de Moncasi contre Alphonse XII ; en Italie, celui de 
Passanante contre le roi Humbert. 

Nouveau Congrès anarchiste à Chaux-de-Fonds en 1879 : 
Krapotkine décide de publier à Genève le journal " Le 
révolté" qui prendra la place de "l'Avant-Garde" déjà^up- 
primé. C'est lui-même qui l'année suivante au Congrès 
Suisse (1880) donne au parti le nom de "Communisme 
anarchique." Cette année 1880 est marquée par l'attentat 
d'Ottero Gonzalès contre Alphonse XII, en Espagne. Le 13 
mars 1881 l'empereur Alexandre II de Russie, est assassiné. 
Sa voiture précédée et suivie de la garde d'honneur, se diri- 
geait vera le Palais d'hiver, lorsque, à la hauteur du théâtre 
Michel une bombe éclata entre les roues. L'empereur, 
voyant la foule se précipiter vers la voiture et apercevant 
plusieurs cosaques blessés, ouvrit la portière et mit pied à 
terre. A ce moment une autre bombe vint éclater aux pieds 
de l'empereur, qui tomba en jetant un cri. Il avait les deux 




— 240 — 

jambe. ft.e«.A>. et une partie de l'abdomen emportée. On 
le plaça immédUtement sur une oiviè«. et on le tiunsporta 
.u Vaîai» où il expi» une heu« aprà, au mUieu de eoul- 
frances atroce.. L'œuvre des deux meurtrière Ky»akoff e 
Elnikoff ne fit pa. cette seule -ictime, sept ou huit cosaques 
furent tués par les éclats de la deuxième bombe, et une 
quiniaine blessés grièvement. iq i„iil«t 

Un nouveau congrès, tenu à Undres du 14 au 19 judlet 
1881 fait encore un pressant appel à la violence, et proclame 
dans ses résolutions que "pour arriver au »«;?»""";»;• ^ 
l'anéantissement des souverains, des mimstres. de la noblesse 
du clergé, des grands capitalistes et d'autres exploiteurs, tout 
moven est légitime." 

ie 2 juillet précédent, le présMent Garfleld était assas- 
siné à Washington par l'anarchiste Guiteau. et l'année sui- 
vante (1882) une tentative d'assassinat était faite contre la 
reine Vie Ja. Le 11 août de la même année, une insuT- 
rectionédatekMonceau-les-Minesetdurejusquauquator». 

rbrise les croix, on se rue sur la chapeUe et on brûle les 
ornementa et les objets du culte. •' Quelle belle initiative 
s'écrie le " Révolté de Genève," journal anarchiste racontant 
ces v uements. Il n'est pas possible qu'une si héroïque 
Ipagaude resta longtemps inféconde." En effet, des mani- 
festas révolutionnaires sont affichés à Marseille; de. explo- 
1 surviennent coup sur coup au théâtre Belle»ur ^au 
bureau de rccrutament à Lyon. A la suite des ^neut» de 
nTutceau et des explosions de Lyon, le Pnuce Krapotk me 
fut arrêté avec 52 anarchistes. Krapotkme i-\^-^'^^^ 
cinq ans d'emprisonnement, et à dix ans de surveillance par la 

^^^ femmes prennent part au mouvement: et pendant 
nue les filles d'Elisée Reclus contractent des mariage, hbres 
S mieux faire parade de leurs idées anarchistes. I^u^ 
Michel, •• cette âpre et sombre apStre qui eût volontiers b-ûlé 



— 241 — 

de Pari» moitié pour ohauCfer l'autre," prêche U doctrine, non 
•an» succès, dans toutes le» partie» de la France. 

En 1883, en Allemagne, on arrêtait Renisdorff, Milden. 
berge, Lieske et plusieurs autres anarchistes auteurs de la ter- 
rible explosion au Niederwald, sur les bords du Rhin, près de 
Mayence. Un almanach «narohiste rapportait le fait en ces 
termes : " 28 sept. 1883. Inauguration au Niederwald de la 
statue de la Geitnanie glorifiant la guerre de 1870. Eenisdorf 
et ses compagnons avaient miné le sol : le tyran de l'Alle- 
magne et sa suite devaient sauter en l'air ; un salaud coupa 
la mèche et ces braves garçons furent arrêtés." Plusieurs 
furent condamnés à mort : Lieske recevant sa sentence ne 
craignit pas de dire au Juge : ■' Malheur à vous 1 votre arrêt 
de sang ne me survivra pas longtemps." 

Chaque année la vitalité du parti anarchiste se manifeste 
par des voies de fait, par l'apparition de brochures et de 
journaux anarchistes. Kn 1885, à Varsovie, cent vingt-deui 
socialistes anarchistes furent condamnés à diverses peines, 
dont plusieurs à la peine de mort. Les Polonais Bardowsky 
Kunitzky, Ossowsky et Petrussiniski, acclamèrent la révolu- 
tion sociale en montant our l'échafaud. 

Eu 1886, une bombe est trouvée dans l'église de Saint- 
Nizier à Lyon; l'ingénieur Watrin est tué à Decaseville; 
ce meurtre est glorifié par les journaux du parti, et l'expres- 
sion devient à la mode, qu'il faut watrinieer les traîtres. A 
Chicago, les ouvriers, qui ont appris par un journal anarchiste 
que " c'est le poignard dans une main, le revolver dans l'antre 
et les poches pleines de bombes que l'on doit marcher par la 
révolution k l'anarchisme ", célèbrent armés la fête du tra- 
vail, le 1" mai. Une formidable bombe éclate qui blesse plus 
ou moins grièvement quatre-vingts agents de police. Sept 
anarchistes furent condamnés à mort, et leurs obsèques don- 
nèrent lieu à des discours d'une violence extrême. " Ici de- 




■ i, > 



;■!■! 



âl 



— 248 — 

vant oet homniOT »Ma«im<», «'écrie un de» owteurs, jure» 
que vouB vengerez ce crime, que von» le ferai expier à ceux 
,uivon»h8i»»ent." U foule répondit: "Non. le juron» 1 
Non» aiBrmonsquB von» aura» le sang pour le sang." 

En 1887, le tzar pen»e quatre foi» être victime de» nihi- 
liites, et on compte, en Ru9»ie,»707 attentat» contre de» 
fonctionnaire» de l'Etat ; .. iix bombe» font explosion devant 
le palais de justice de Lyon et ble»aent »ix personne» ; 
l'anarohiate Gallo décharge »on revolver au milieu de la foule 
réunie à la Bouree de Pari». Gallo e»t l'auteur du couplet 

«uivant ; j ■. , 

Dynumtoni, dynamitonn I 

Pâme dynamite 

Que l'on dania vite, 

Dansoni et chkntont, 

Dame dynamite. 
Plu» d'exploitéi 1 plut d'exploiteur» I 
Ni dirigeant», ni dioUteur», 
C'est bien au tour de la canaille, 

Dynamitons, 

Dynamitons I 

En 1888, les chefs anarchiste» cherchent à faire de la pro- 
pagande chez les paysans : à cette fin Malato pnbUe une 
brochure : " Les travailleurs des villes aux travaiUeure des 
campagnes," dont on distribue 20,000 exemplaires: 

En 1889, pendant que les ouvriers sans travail parcourent 
les principales rues de Rome, brisant les vitrines des maga- 
sins, Most, directeur d'un journal anarchiste à Londres, et 
propagateur de l'anarchisme en Allemagne, en Autriche et 
en Suisse, publie un pamphlet dont le titre est très expli- 
cite : " La peste religieuse." 

En 1890, manife-stations internationales du premier mai 
qui pcoasionnent des désordres dans plusieurs villes. Les 
brochures anarchistes répandues partout pendant cette pénode 
sont innombrables. En France, 24 ouvrages de ce genre volent 



— S48 — 

le jour, «t leur tirage s'élève à 150,000 exempliirea. On 
publie Ruui dea manifestes dont voici un exemple. En 
titre : " Nous n'en tuerons jamais assez." — " Nous nous rap. 
pelons ce qu'a coûte de sang le capital et à notre tour nous 
disons : nous n'en tuerons jamais asses. N'écoutons pus ces 
fumistes qui viennent nous prêcher le calme quand on nous 
tue. A la foçce répondons par In force. Ces scélérats osent 
encore nous parler de fêtes ? Croient-ils donc que nous ayons 
le cœur de danser sur le cadavre des nôtres ? Ils voudraient 
voir le peuple s'étourdir pour oublier sa misère et sa servi. 
tude...Noue ne ferons fête qu'au jour de la Révolution sociale, 
quand heureux et libres, nous danserons sur les ruines 
fumantes '«^ la société capitaliste et gouvernante." 
L'anarchie a aussi ses poètes : 

TraTsilleur immolé, victime des bourgeois. 
Dans l'ombre, dans la nuit, frappe-le«, tu le doi». 
Soi» comme eux isna pitié, partout jette l'effroi, 
Et par tous les moyen», travaillsui», venge-toi I 

Les journaux se multiplient. Voici quelques titres : " L'Af. 
famé," " l'Insurgé," •■ la Révolution sociale," " l'Emeute," 
" l'Internationale," l'un des plus importants du parti, et dans 
lequel on lit des articles comme le suivant : "A côté de la pro- 
pagande théorique, qui se poursuit saus trêve, et que nous 
sommes heureux de saluer. ..il devient indispensable défaire 
parler sur un ton élevé tout ce que la science a mis à notre 
disposition. Inutile de dire que nous concevons logiquement 
la nécessité d'exproprier par tous les moyens possibles la 
bourgeoisie, comme l'objet de notre haine implacable. Ainsi 
avec le vol, le meurtre et l'incendie, qui deviennent natu- 
rellement nos moyens légaux. ..nous n'hésitons pas à admettre 
la chimie, dont la voix puissante devient absolument néces- 
saire pour dominer la mêlée sociale et faire tomber brutalement 
en nos moins la fortune ennemie, sans gaspiller le sang des 



i;? 



h: 



— S44 — 

n6tr«»...P»i- .n-a est nieeuaire de démolir tonta autorité... 
il faut abu-.ument brûler lea égliw lee peUU, le. oouvenU, 
lea oaaernea. lee préfeoturee, let mairie», lea place» forte», le» 
pri»on., enBn prendre en ma«»e tout oe qui a pu v.vte ju»- 
qu'aujourd'hui du travail humain «an» y prendre part." 

C'e»t pendant cette année 1390, que Kropotkine publie 
rindicateur, ouvrage destiné à initier les compagnon» à la 
manière de fabriquer le» explosif». Cet indicateur renferme 
40 page» de texte. On y donne la manière de fabriquer la 
dynamite, le fulminate de mercure, le» cigarettes incen- 
diaires, U nitro-benzine, les bombes asphyxiante», etc. 

En 1891,1e» explosions de dynamite sont à l'ordre du 
jour, à Charleville, Nantes, Parjs où Ravachol tente de faire 
sauter le commissariat de police et plusieurs maison» de ma- 
gi.trat8. Condamné à être guiUotiné en punition de »on onme, 
il devient le saint de l'anarchie. « Autour de lui Bavachol 
a vu la douleur et il a exalté celle des autres en offrant la 
sienne en holocauste. Sa charité, son désintéressement incon- 
testable, la vigueur de ses actes, son courage devant la mort 
inévitable, relèvent jusqu'à la splendeur de la légende. En 
ce temps de cynUiue et d'ironie, il nous est né un saint... 
La grande idée de l'altruisme universel Beurira dans le 
flocon rouge aux pieds de la guillotine. Le meurtre légal 
de Ravachol ouvrira une ère I "... 

L'année 1892 est celle dea grandes explosions. Explosions 
dans les rues, places. paUis à Rome, explosions à Paris, chez 
la princesse de Sagan ; au boulevam Saint-Germain ; explosion 
à la caserne Lobau, a- restaurant Véry ; bri. de carreaux au 
café Riche, et finalt .-3nt explosion au commissariat de 
police, rue des Bons-Enfants. 

En 1893, complots, -'ols de dynamite à Saint-Denis, Rou- 
baix Paris; troubles en Autriche ; en Espagne, PaUas lance 
des bombes contre le général Martinez Campos, son héroïsme 



— S48 — 

ut eiâiU au oongrèa intarnatioiuil tenu U m<me *na<;e à 
Chicago ; une terrible exploiioii a lieu au thtttre Le Lyofe j 
Uauthier au Bouillon Duval frappe le miniitre Oeorgevitoh ; 
Vaillant jette une bombe daui la chambre fhinçaiae. 

En 18'J4, k Barcelone, on attente à la vie du pn^fet ; à 
Home, «ur la place Monte-Citorlo, éclate une boite de dyna- 
mite contre lu façade du parlement ; à Pari», l'anarchiste 
Henry lance une bombe dans le Café Terminus, une bombe 
est trouvée devant les magasins du Printemps; à Lyon, 
Caserio assassine le Président de la Riipublique Française, 
Camot ; à Rome, Lega tente par deux coups de revolver 
d'ossaasiner Criapi, président du Conseil; à Livourne, on 
assassine un malheureux journaliste, Bandi, et des bombes 
éclatent à Turin, à Florence, à Rimini, à Pise, à Livourne, à 
Milan. 

En ces dernières années l'anarcbisme a oontinné son œuvre 
de destruction. 

En 1890, en janvier, attentat à Lisbonne contre le roi du 
Portugal. L'assaillant arrêté, tut interné dans un asile 
d'aliénés après examen. Le lendemain de son internement 
une bombe éclate dans la maison du médecin qui a délivré 
le certificat de folie, ce qui amène l'arrestation de soixante 
anarchistes, la plupart étrangers. Le 18 avril, M. Domingor, 
grand manufacturier portugais, est tué par l'explosion d'une 
bombe placée dans sa voiture. 

En 1897, le maire de Toulon est frappé de quatre coup.? 
de couteau ; assassinat do Canovas del CastiUo, premier 
ministre du cabinet espagnol, par Angiolillo, anarchiste ita- 
lien ; une bombe éclate au boia de Boulogne sur le passage 
du Président de la République (13 juin)., 

En 1898, 26 février, tentative d'assassinat contre le roi de 
Grèce par Karditzi et Giorgis; 8 mai, émeute à Milan: 
juin, Etievant, anarchiste, tente d'assassiner des sergents de 



»■ 



4 



t'^'n 



— 146 — 

ville ; 10 wpMmbra, l'impëntrioe d'Autriche ert tweniD^e à 
Oenive p*r i:n anarohitte italien, Luoobeni. 

En 1809, 2 Mvtier, on (Mcouvra à Livourne le plan d'un 
va>t« complot anarcbiite ; pluiieun explotiou de p"vlrièrea 
notamment à Toulon, Bourgen, Huy, prie de Liig.; ; juin : 
troublée anarohietes à Barcelone ; juillet : n'iaminat du pré- 
sident de la république de Saint-Dwiiingue, le génital Hen- 
réaux. 

Aoi\t : gravée déaordree h Paris, causés par les anarobistas, 
l'église Saint-Joseph dévastée, 71 agents de police blessés. 

Septembre : 'entative d'assassinat contre l'ex-roi Milan, à 
Belgrade, k la suite de kquelte trois anarohiates sont oon- 
0.amnéi ■> mort. ' 

F.y. -tfOO, avril, à Bruxelles, attentat de Sipido contre le 
PiL.ae de Galles, aujourd'hui Edouard VII ; les anarchistes 
incendient l'Eglise d'Aubervilliers, près de Paria, après l'avoir 
pillée. 

Mai : émeute à Madrid. 

Juin: émeute à Saint -Louia, Miswuri, explosions de 
bombes. 

Juillet : aaaaasinat de Humbert, roi d'iulie, à Monia, par 
l'anarchiste Oaétano Breasi. 

Août ; à Paris, un anarchiste, François Saison, tente d'assas- 
siner le Shah de Perse ;— Dimitrof tue à Sjfia M. Milaiteao ; 
troubles dans la même ville et pluiiieurs assassinats ; complot 
contre les rois de Serbie et de Roumanie. 

L'année 1901 à peine commencée a enregistré déjà plu- 
sieurs exploits anarchistes. M. BogolejMV, ministre de l'Ins- 
truction publique, a été assassiné par Pierre Karpovitch, à 
Saint-Pétersbourg. A la suite de cet assassinat, des émeutes 
ont eu lieu, et un grand nombre d'étudiants nihilistes arrêtés 
et condamnés ont été envoyés en Sibérie. Une réunion d'anar- 
chistes et nihilistes a en Ueu à New- York, dans le New- 



— J4T — 

Irving HâU, an eommunsiment d'avril, «u lujetdea troubles 
de S«nt.Péter.bourg. Le Prinoe Kropotkine aat en ce mo. 
ment i New. York où il hit de* oooféren. - anarohiatea. 

Une d^plohe du 13 avril au " Morning l«ader " à Londroa 
dit ; "De très gravée nouvelle] me parviennent de SoHa par 
dëp«ohe ohilTWe. U aituation an Bulgarie eat trèa critique. 
La vie des ministrea eat en danger, dea conspirateurs ont juré 
leur perte." 

Eniin les oomploU sont à l'ordre du jour contre la per- 
sonne du Izar, de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Italie. 

Nona avona fait d'une manière inonmplète le bilan de 
l'anarehisme. Ce tableau épouvantable de crimes de toutes 
aortes, noua montre jusqu'où peut aller la malice dea homme^ 
lorsqu'ils abandonnent la saine notion de Dieu «t les vérités 
religieuses, pour embrasser ces doctrines néraates, qui placent 
en ce monde la fin dernière de l'homme. La logique naturelle 
mène vite à leurs dernières conséquences ces principes sub- 
versift de tout ordre et de touU société, et alors l'homme 
retourne à la barbarie. Donoso Cortès disait avec raison que 
" le jour où cette illusion sera crue de tous, le sang jaillira 
même dea rochers, et la terre deviendra un enfer." 

C'est en vain que l'on cherche à arrêter le torrent impé- 
tuenx en recourant à la force des lois et de h police. " C'est 
une peste mortelle, dit Léon XIII, qui se glisse à travers les 
membres les plus intimes de la société et qui la conduit à sa 
perte ; il n'y a point de vertu dans les lois humaines, ni 
dans les répressions des magistrats, ni dans les armes dea 
soldat», qui puisse détourner le socialisme. Les hommes ne 
sauraient y porter remède qu'en hâtant le retour des indivi- 
dus et de la société vers Jésus-Christ " '. 

1—" Quùd apoilici."—" MUtricon DtUB." 






— 248 — 

Si donc on vent mettre le» intelligences à l'abri de oea 
erreur» funeste», il &ut leur Ui»»er la foi chrétienne, la 
croyance ferme et inébranlable aux vérité» contenues dan» le 
vieil Evangile qui, comme le reconnaît M. Taine, peu »u8peot 
de préjugé» en semblable matière, " est encore aujourd'hui le 
meilleur auxiliaire de l'inatinet »ooial " '. 



1_" SicmtHtutio» dt U Frana « I80a" 



— 249 — 
LE COLLECTIVISME 



Nons avons défini le socialisme collectiviste : un système 
éoonomioo-jjolitique cjui transporte au gouvernement démo- 
cratiquement constitué la propriété des biens productifs, et la 
réglementation de la production et de la distribution de ses 
biens. Ce système est le résultat de l'évolution des doctrines 
communistes, évolution qui s'est opérée en Allemagne parti- 
culièrement, dans la dernière moitié du siècle que nous 
. venons de finir. 

Nous avons vu déjà la preu. ère source de ces théories 
dans les déclamationB de Munzer et des autres anabaptistes 
qui, selon l'historien Soudre, sont les véritables ancêtres des 
socialistes modernes. 

Pendant qu'à la fin du dix-huitième siècle et au commence- 
ment du dix-neuvième, Morelly et Lingnet,Soussean, Proudlon 
et Saint-Simon réveillaient ces doctrines en France, Fichte 
énonçait dans ses ouvrages les principes qui devaient servir de 
base aux théories socialistes. Dans une étude utopique, "l'Etat 
de la Baison," il fait la peinture d'un Etat oii travail, indus- 
trie, consommation, sont soumis à des règlements et à* un 
contrôle, assurant à tout homme qui travaille une part de 
jouissance. 

Un peu plus tard Weitling, tailleur de Magdebourg, au 
retour d'un voyage à Paris, oii il a vu et entendu les apôtres 
dn communisme, publie, en Suisse,de8 opuscules, notamment : 
" L'Harmonie," dans lequel il dessine à son tour les grandes 
lignes d'un Etat basé sur la communauté du travail, et sur 
l'égalité de jouissance correspondant à l'égalité du travail, 
(1836). 




— 260 — 



Avec le professeur Winkelblech, plus connu sous le pseu- 
donyme de Carlo Mnrlo, le socialisme cesse d'être une vaine 
déclamation fondée sur des idées plus ou moins chimériques, 
pour devenir l'objet d'une étude sérieuse, appuyée sur l'ana- 
lyse sévère et rigoureuse du système économique. C'est à 
cette transformation, qui lui donne pour base l'économie poli- 
tique, qu'il doit cette appellation qu'on lui donne assez sou- 
vent, de socialisme scientifique. 

Carlo Mario a été amené à l'étude de la question sociale, à 
la suite d'un voyage qu'il fit dans le N'ord de l'Europe, lequel 
lui permit de constater la situation misérable de l'ouvrier. 
" Il fallait donc, nous dit-il dans son ouvrage " Recherches 
sur l'organisation du travail," paru en 1847, rechercher les 
causes premières d'une aussi lamentable situation, causes qui, 
comme me l'ont démontré mes recherches, ne résident pas 
dans la nature et ses lois immuables, mais dans les institu- 
tions et les lois humaines. Par conséquent ce sont ces der- 
nières qu'il convient de réformer, afin de porter remède aux 
maux qui tourmentent la société, et comme les progrès 
industriels si grands qu'ils soient, ne peuvent rétablir le bien- 
être universel, il convient de s'adtesser aux progrès de l'éco- 
nomie politique d'où dépendent ceux de la civilisation." 

lia cause du mal n'est pas l'inégale distribution de la 
richesse, c'est, pour lui, le manque de production. Ou ne fait 
pas produire aux ressources naturelles tous les fruits qu'elles 
pourraient donner. 

Le remède, c'est le respect du droit de propriété qui con- 
vient à chacun, et le développement normal de la population 
qui ne doit augmenter que relativement à l'augmentation des 
moyens de subsistance. 

Carlo Mario admet donc le droit de propriété,, mais il 
explique ce droit à sa façon. " Tout homme, dit-il, a un égal 
droit à la propriété, non en ce sens qu'il a l'opportunité de 



— asi _ 

e.t que Dieu aZt 1^ rL 1^""" deuxr.i,„„,. Up^mière 
a donné un dX natur», T' ^"°'""' "' "»■' *<'»«■ '"' 

indi-pen^bH" .r?"" * '"°''"^'^' «">'«""«'tle moyen 
oeru^e manié" ,^0^^ ■'\^"°'"""- '^'"^''- "» "'"' 
fournit le, ToyeJs' ""■""""' ■"" "^^^ '" 8» «' 

£p£^in:ri;rs— - 
J^^^^,=ai:-::r^nt^^:jr 

la^te™ et de, .nstruments de p:»,„otion en propri Jr^Î 

nomique,, affirme I Ln V' , "" *" ^'"d*» ^««- 

«ctVel le Lv^ni '''^''"'" **" 'y»'*""^ économique 

P«-anen^. au-deseu, du ^^ ,ti T;: Î7„^ ™"'^"' 

P plus productif, grâce aux moyens de perfectionne- 









''i 


h 






'■^î 




: \ 




^' 


rc 




l 


1 


>,■ 





fU 



— 252 — 

meut ntUieés, U part qu'U en reçoit tend à diminuer de 
plus en plua. 

Il faut donc neutraliser cette tendance, et trouver le 
moyen de faire croître le revenu du tiavaiUenr proportion- 
neUement à la valeur du produit. Eu consëquenoe, il vou- 
drait que l'on fondât une institution de crédit, à laquelle 
l'ouvrier puisse confier son produit, dont la valeur devrait être 
déterminée par les heures de travail normal qu'il a fallu pour 
le produire, et par la moyenne du temps que l'on regarde 
comme nécessaire pour cette production. L'ouvrier rece- 
vrait en paiement une cédule représentant les heures de tra- 
vail, et il s'en servirait pour retirer du magasin sooUl un 
objet quelconque dont le prix brait fixé de la même façon. 
Il veut donc que le travaU seul soit la mesure des valeurs ; 
de cette manière le bien-être de chaque individu sera propor- 
tionné à la part qu'il aura prise à la production nationale \ 
Les véritables maîtres du socialisme collectiviste furent 
Karl Marx et Lassalle. On peut même dire que Karl Marx 
est le père du sociaHsme, car si ce système a eu de nombreux 
adeptes en Allemagne et ailleurs avant lui, nul cepen- 
dant ne l'a présenté d'une manière aussi complète, nul n'a 
revendiqué les droits vrais ou supposés des classes inférieures 
avec plus de précision, nul n'a donné du sociaUsme une 
exposition, on pourrait dire, plus scientifique. Marx et Ias- 
salle complétèrent au point de vue spéculatif les théories de 
leurs prédeceôseuTS, et organisèrent au point de vue pratique, 
l'action universelle appelée à amener la rénovation sociale. 
Ils firent en effet du sociaUsme un parti politique dont les 
représentants devaient prendre, dans les parlemenU, une part 
active à la création des lois. 

l_8oderim : Soeialiime et eathoticime. 



•'• 



— 288 — 

Karl Marx naquit à Trêve., en 1814, de parente Uraflites. 
«.nverti, au prote.Unti.me ; il fit se. étude, à rUniversit^ dS 
Bonn, et m livra à l'ëtude de l'économie polit' ,ue et de 1. 
question sociale, sur laqueUe il a publié plusieurs ouvrages 
dont le pnncipal a pour titre : ■■ Le Capital." Il mourut à 
Londres, en 1883. ""urui, a 

Marx présente le sociaUsme comme le résultat de l'évolu- 
tion néces^ire de la société vers le progrès. Voici comment 
Il démontre la nécessité du socialisme dans sou ouvrage- 

Le Capital." ^ " 

Le capital, propriété privée et individuelle, employée sui- 
vant les lois et le. exigences de la libre concurrence, permet 
an (ap.tali.te d'absorber tous les bénéfices de la production 
an détnment des ouvriers. II est donc la cause du malaise 
social. En conséquence, que le capital privé soit transformé 
en capital collectif, i.e. que la propriété privée soit remplacée 
par la propriété coUective, confiée à l'Etat, et toute cause de 
malaise ayant disparu, la paix et la tranquillité renaîtront 
entre toutes les classes de la société. 

L'antécédent de ce raisonnement est fondé sur la théorie 
de la valeur, longuement exposée par Marx, et générale- 
ment admise par tous les socialistes. 

Selon cette théorie, il faut distinguer deux espèces de 
valeur : la valeur d'usage et la valeur d'échange. La valeur 
dusage consiste dans l'aptitude d'une chose à satisfaire les 
besoins personnels de l'homme; et la valeur d'échange, dans 
1 aptitude d'une chose à être échangée avec d'autres objets 
Ainsi la valeur d'usage d'un vêtement consiste dans l'apti. 
tude qu'il a à couvrir et protég, r le corps, sa valeur d'échange 
dans son aptitude a être échangé avec d'autres marohan- 
dises. L échange direct a été la forme primitive du corn- 
merce; mai. bientôt on est arrivé à* adopter une certaine 
marchandise comme commune mesure, c'est la monnaie 



>!v:-,' 



t'a.* 



tiV 



I 



— 264 — 

La valeur d'naage est constituée par les propriétés physi- 
■ques et chimiques de l'objet; mais la valeur d'échange 
résulte du travail nécessaire à le produire. 

En effet, si des objets de natures si diverses peuvent être 
échangés les uns pour les autres, leur valeur d'échange doit 
être constituée par un principe qui leur soit commun. Or ce 
principe ne peut être leur utilité constituée par les propriétés 
physiques et chimiques, puisque c'est par là qu'ils se distin- 
guent entre eux. " La valeur d'échange ne résulte donc pas 
de l'utilité de ces différents objets ou de leur aptitude â satis- 
faire un besoin quelconque; non, elle dérive d'un autre 
attribut que tous les biens possèdent, et d'où par conséquent 
dépend la détermination de leur Valeur. Cet attributoommun, 
est que tous également sont produits par le travail. En d'au- 
tres termes, les biens, les produits sont des quantités de 
travail cristallisé, et ils s'échangent en proportion de la quan- 
tité de travail qu'ils représentent. La quantité de travail est 
ramenée à sa durée et on le mesure par heures, journées et 
semaines. La valeur est donc établie par le rapport intrin- 
sèque qui existe entre les bien», et la durée du travail qui a 
servi à les produire ; d'où cette formule : " une journée de 
travail d'une longueur donnée, donne toujours un produit de 
la même valeur." 

" Hais, fait observer Marx, quand je dis que la valeur est 
en raison directe de la quantité de travail requise pour la 
créer, je n'entends pas qu'on prenne comme mesure la quan- 
tité de travail employée individuellement par tel ou tel 
ouvrier. Non, j'entends la quantité de temps mciaUment 
néceemire au travail, i. e. la quantité qui, normalement, est 
nécessaire pour produire une chose, étant donné les conditions 
sociales actuelles." 

La conséquence immédiate de cette théorie, c'est que tout 
> -capital est absolument incapable de produire une valeur, et 



— 268 — 

que, par conrfqnent il n'a aucun droit à la nSmunëmtion qu'oir 
appeUe intérêt du capital. '■ P., lui-même le capital «t inerte 
cestdu trav.,1 mort qui ne peut m teviviUer qu'en .ucant 
comme le vampire, du travail vivant, et qui vit et e'engrais,e 
d autant plu. vigoureu,ement qu'il en absorbe davautaae " > 
Voici comment Marx, par l'application de aa théorie sur U 
valeur, arrive à expliquer cette absorption du travail vivant 
par le capital ». L'ouvrier met sur le marché un bien qui a 
la merveilleuse propriété de créer la valeur: ce bien est la 
capacité, le pouvoir qu'il a de travailler pour un autre. C'est 
donc 1 usage de ce pouvoir qui orée U valeur. Or, comme le 
propriétaire de ce pouvoir, pendant le temps qu'il travaille a 
besoin de vivre, il arrive qu'il vend l'usage de ce pouvoir 
pour autant de temps qu'il lui procure les moyens de vivre 
Ainsi s'il vend l'usage de son travail pour un jour, il obtien- 
dra de quoi vivre pendant un jour. Mais il arrive générale- 
ment, lorsqu'il use de «,n pouvoir, qu'il orfc en uu jour, une 
valeur supérieure à celle qu'il reçoit en échange ; en d'autres 
termes, le produit de son travail d'un jour est supérieur au 
salaire qu il en retire. Il y a donc excès d'un côté ; l'ouvrier 
donne plus qu'il ne reçoit et c'est cet excès qui constitue œ 
que Marx appelle la plus value. Elle c .nsiste dans la dif- 
férence en plus qui existe entre la valeur de la subsistance 
nécessaire à l'ouvrier et la valeur de la chose qu'il a produite ■ 
différence, affirme Marx, dont s'empare seul et exclusivement 
celui qui avance à l'ouvrier son salaire. Voilà donc où est le 
secret et la cause première de toute accumulation de capital 
Uplua value peut être, ajoute Marx, absolue ou rela^ 
hve. Elle est absolue lorsque moi, patron ou entrepreneur 
pour obtenir un bénéfice toujours plus grand, je prolonge les 



l>^F 



1— £e capital, traduit par Deville, p. 144. 
2— Soderini, op. oit., p. 28. 



— sse — 

'heurot du travail njoeuain sans augmentation de lalaira. 
(Il appelle temp» rUeeuain du travail le tempe que repré- 
sentent exactement les heures pendant lesquelles l'ouvrier, 
en travaillant, ne produit qu'une valeur correspondant à ce 
qui est nécessaire à la conservation de son existence). La 
|i2u« value relative consiste en ceci : obtenir un gain plus 
considérable moyennant une invention, une machine qui pro- 
duise en trois heures ce qui demandait autrefois six heures 
de travail, sans que le capitaliste toutefois soit amené de ce 
chef ou à diminuer la journée du travail de l'ouvrier oo à 
augmenter son salaire. Prenons un ouvrier cordonnier qui 
auparavant, dans les conditions ordinaires, aurait produit en 
six heures une paire de chaussbres de la valeur de trois 
schellings, et qui continuerait à travailler les six autres 
heures, recevant pour prix de toute la journée de travail trois 
schellings. Le patron aura gagné la seconde paire de ehaus- 
enrea faite par l'ouvrier pendant les six dernières heures de 
la journée ; oe qui revient à dire que, par le fait de n'avoir 
pas rémunéré oe surcroît de travail, le patron aura augmenté 
«on capital de trois schellings. Mais si maintenant, avec la 
machine, l'ouvrier produit la même paire de chaussures en 
trois heures, et si le patron le paie néanmoins le même prix 
et le fait également travailler douze heures, qui ne voit dans 
quelles proportions considérables augmente le gain, la plus 
value qu'encaisse le patron, qui garde non plus l'M, mais trois 
paiies de chaussures 7 

De ceci Marx déduit deux choses: la première, nécessité 
de fixer par une loi la journée normale du travail, qu'il vou- 
drait limiter à huit heures afin de conserver les forces de 
Touvrier et lui permettie de satisfaire aux besoins intellec- 
tuels et sociaux qui chaque jour s'imposent davantage. L» 
seconde c'est que les machines ne peuvent créer aucune 
valeur: elles ne transmettent au produit que la valeur 






— 267 — 

qu'elle, peideut p.r l'uaiire et U détérioration subie, durant 
le cour, de la produotion. 

C'e.t donc de l'exploitation de l'ouvrier, par l'appropria- 
tion de la plu, value que résulte le capital qui finit par tout 
abwrber au détnment de l'ouvrier obligé de m contenter 
d un maigre salaire. ■• L'accumulation de la richesse, à l'un 
des pôles de la ««iété, marche du rnSme pas que l'accumu- 
Ution, à l.utre péle, de h misère, de l'asMrvi«ement et de 
la dégradation momie de la clasM qui, de Mn produit, fait 
naître le capital '." 

U faut donc mettre un terme aux usurpation, injortes du 
capital en transportant à l'Etot U propriété de tous les biens 
productrfs, plaçant «nsi sur un pied d'égalité capitaliste et 
trayuneur, en partageant le produit selon la quantité de tra- 
vail fourm par chacun. 



* * 

La théorie de Marx sur la valeur fut admise et déve. 
oppée, d'nne manière plus oUire, par Lassalle, né à Bres- 
lau, en 1826, de parents Israélites, et mort en 1864 Heine 
qui le connut à Paris, disait de lui, qu'il était " un vrai 
ffls des temps modernes." Lassalle a écrit de nombreux 
opuMules et pamphlets dans lesquels il expose sa doctrine. 
n étudie en particulier la question du salaire : le salaire est 
pour lui U principale cause de la misère de la classe des 
travailleurs. La loi de l'offre et de la demande rt-tient néces- 
sairement le salaire entre des limites qui ne peuvent assurer 
à 1 ouwier qu'une misérable existence. C'est ce qu'il appeUe 
la loi de fer du salaire. 

Ussalle ne demande pas immédiatement la transfonnaUon 
dn capital privé an propriété collective, mais fl se contenta 

1— Harx: LteapUàl, 



L:if i\ 



Sï 



— 268 — 

pour la moment d'nn Eut lubvenant aux besoin» de tout en 
tcoonUnt aux aaaociation» oQvrièteB de» lubventioD» qui le» 
placent dan» une position lemblable k celle de» oapitali»te». 
C'eatlk la différence entre h doctrine de Marx et la doctrine 
de Laaaalle. Marx ne veut pa* do cette demi-me»ure, il veut 
le changement radical. Celte différence amena une divi»ion 
conaidérable entre le» parti»an» de» deux mattre» »ociali»te». 
Laaaalle fut plu» populaire que Marx en Allemagne, il fut 
le grand oiganisateur des a»»ociation» ouvrière». " La manière 
élégante, l'entrain oratoire', U verve pittoresque du »ocUU»te 
allemand, dit P. Leroy-Beaulieu, nou» font comprendre «an» 
étonnement qu'il ait fuoiné le» ouvrière et »oit devenu pour 
eux un prophète, presque un Dieu'." 

Ecoutona ce» parole» sur le capital et le travail : 
" Le do» de» travailleur», dit-U, e»t le mattre tapi» vert sur 
lequel le» entrepreneura et les spécuUtaure jouent à ce jeu 
de hasard qui e»t devenu ce que l'on appelle aujourd'hui U 
production. Le dos de» travailleur» e»t le tapi» vert sur 
lequel ce» measieun encaissent les monceaux d'or que leur 
envoie le coup de roulette favorable, et sur lequel ils se con- 
solent du coup défavorable par l'eapérance de meilleures 
chances à venir. C'est le travailleur qui paye par la rédaction 
de son salaire, par le sacrifice d'épargnes péniblement amas- 
sées, par le manque de travail et, par conséquent, parla perte 
de ses moyens d'existence; c'est lui qui paye les insuccès 
inévitables de ce jeu des seigneurs du travail et des spécula- 
teur», bien qu'ils ne soient pour rien dans leure fausses apé- 
culations, dans leure faux oalcuU, ni dan» leur avidité, et 
bien qu'il» n'aient aucune part aux heureux résultats '." 

Le capital, disent les économistes, c'est le produit de 
l'épargne, de la non-consommation' d'une chose. " L« capita- 

1_P. Leroy-Beaulieo : Lt tolUeUvUme, p«g. 211. 
2_Liu«ale: M Boêtiat Stkulu, f»tP i^- 



— 369-. 

lUte. ëorit ironiqnement Unalle à oe .ujet, «st un martyr 
«ilenoiaux. Le» voilà donc noa capiuliitm europ4«n>, voyet 
leur, facn ptlea et bUmea. ils «ont ailencieux et oonaum^a 
de chagrin»! Soucieux et lea yeux Iniaséa, ila ne penaent 
qui leur douloureuae carrière pleine de privations et iU 
rougiaaent preaque de pudeur de oe que leurs grands mérites, 
qu'ila auraient volontiers cachés à tous les yeux, soient 
dévoilés avec tant d'éolaU et devant l'univers tout entier '." 

" Non, ce n'est paa l'épargne, oe n'eat paa l'abatinenoe qui 
eat la mère du capital. Je auppoae le caa où, à U fondation 
du chemin de fer de Cologne-Minden, j'aie aouacrit pour 
100,000 thalera d'actions au pair. Sans me soucier davantage 
de ce chemin, j'ai touché pendant longtemps, pendant des 
années, d'abord 6, puis 8, ensuite 10, 12, 13% de cette mise de 
capital, un dividende vraiment énorme, et je l'ai dépensé jus- 
qu'au dernier liard. Je vends maintenant ces actiona de 
Cologne-Minden qui valent auivant le cour» 175 thalers, et 
je gagne un nouveau capital de 75,000 thalera aana avoir 
jamais ni accumulé, ni épargné un denier de mon revenu. 
Ce nouveau capital a pu avoir toutea aortea de causes, excupté 
le travail et l'épargne du propriétaire." 

Ailleurs Laaaalle écrit : " U diviaion du travail est la 
source de toutes les richesses... C'est une loi sociale naturelle ! 
Et parmi toutes lea nations, une poignée d'individua est 
venue et à confisqué à son profit individuel cette loi sociale 
naturelle qui n'existe qu^ par la nature intellectuelle de tous, 
en ne Uiasant aux naUons stupéfaites et indigentes, gar- 
rottée par des liens invisibles, de leur produit de travail 
toujours croissant et a'accumulant toujours plus, que la m«me 
part que, dans des circonstances favorables, l'Indien gagnait 



ïM 






1— Laïuille, op. oit page 121. 



— S60 — 

(UJà âvwt tonU oiviltation, c'ett-à^w, l'équlTiIent •teict 
du bewina in«t«eU da It vie Cett oomnw li quelque 
individu! «vwent àédai v» U gravitation, l'élMtioit* dt U 
v»p«nr, 1* chaleur du loleil «ont leur propriété I lU nourria- 
aent le peuple comme il» chauffent «t graiMent leur» ma- 
chine» à vapeur, pour lo» entretenir dan» un état propre au 
travail ; la nourriture du peuple n'e»t coniidérée que comme 
frai» de production néoeaaaiie» '." 

LauaUe fonda en 1863 " I'A»»ociation générale de»ola«»e» 
ouvriiie»" qui prit immédiatement de» proportion» coniidé- 
rables. Mime aprèi »a mort qui eut lieu l'année auivante, 
1864, l'A»»ooiation générale continua à former une école, 
diatinote de celle de Marx qui avait pour cheb Bebel et 
Leibnecht Bornant son action il l'Allemagne, i. e. prtchant 
un mcialiame national, par oppoaition au »ooiali»me inter- 
national de Marx, elle demandait l'intervention immé- 
diate de l'Eut pour donner aux ouvrier», »oua forme de 
aubaides, le» capitaux néceaaairea pour se oonetituer en 
eociétéa corporative» de production. Cette a«»ociation fut 
supprimée en 1875, et tous le» »ociali»te» allemand» «'unirent 
dan» l'adoption d'un même programme au congrès de Ooth». 

»•• 

Le développement oonaidérable que l'action socialiste a pris 
de nos jour» au point de vue politique, mérite d'occuper main- 
tenant notre attention. C'est Karl Marx qui a été le légis- 
lateur du parti socialiste, comme secrétaire de 1' " Association 
internationale ouvrière," connue sou» le nom de " Ligue inter- 
nationale," ou de " l'Internationale." Cette aa»ociation est 
sortie de la " Ligue communiste " fondée i Paris en 1836. 



l_LuulU : Capilal êl IravaU, page 249. 



— J«l — 

A un ooi.gr*. - «UlUte r^uni à Londia* en 1847 Ktrl Uarx 
«t Frfudrlc EngeU pablièrent, .u nom du puti oommunUu, 
m ia.nireiiu> deitin^ i unir tou. le. ouvrier, du monde en 
^m^ ligue gënimle, dont le but wnut U revendicaUon do, 
droiu «Ole. de la oUm. ouvrière. Ce m^nifeet. «ter.»,,,.,, 
p«r oe. mot. : " ProUuire. de tou. te. p,y., uni,M,.vou, " 

Lin.uooè. de 1. WvoluUon de 1848 refroidit quelque ,«« 
l«»_e.pnU j et ce ne fut qu'en 1863, que la Ligue ,.,.„mB.,va 
i.organuer à tondre., alor, qu'4 l'oooajion de l.xpoaitmn 
univerwlle, une réunion oon.idénble de repv !,onlai.i , ,V 
prewjue tou. le. métier, reconnut U n,Scouitë <!,. I,. oo„voc,. 
tion fréquente de oongrè. ouvrier». En 1864, une i^..ndf 
aMemblée internationale d'ouvrier, w réunit A St. Martin ^, 
Hall, à Londres nomma un comité permanent devant résilier 
dan. cette ville, wu. U préeidence de l'angUi. Odger, et lui 
oonBa le mandat d'éUborer le. .tatnt. d'une amociation ioter- 
nationale ouvrière. Le comité m compoMit de cinquante 
membre, de différente, nation., dont U Lnbe. et Bowiuet pour 
^ France, Ecoariu. et Kari Marx pour l'Allemagne. SuVle 
déeir m«me du comité, Kari Marx devint le légi.Uteur de la 
nouvelle aMociation. Un tripU programme fut préiienté au 
oongrè. de Genève, en 1866, par Maxxini, Bakunin et Cari 
Marx. On rejeta les deux premier, aheolument révolution- 
naire^ pour admettre celui de Cari Marx. 

En peu de tempa, la Ligue Internationale fut un fait 
accompli, et au oongrè. de Lausanne, en 1867, on constatait 
•es progrès considérables en France, en Suisse, en Angleterre 
en Allemagne et en Italie. L'association s'étendit bientôt à 
la Belgique, à U Hollande, k l'Autricbe et aux Etats-Unis 
Au commencement, U ligue était plutôt communiste que 
socialiste, dans le sens strict du mot, elle devint ensuite en 
parue révolutionnaire, mais bientôt les doctrines se préci- 
sèrent, oe qui amena la séparation des deux partis anarchistes 



et aooialistes. Cette aoiaùon eut lieu, au oongrèa de Bile, en 
1872, qui choisit Kew-York comme siège du aouMil général 
de r " Internationale," et dana lequel Bakunin refusa d'ap- 
prouver l'œuvre de Marx, regardant oomme ineffiQicea les 
moyens politiques préconisés par ce dernier pour conduire à 
bonne fin les revendications du prolétariat. 

Au congrès de Genève, 1873, on décida que dans les diffé- 
rents pays de la fédération internationale, les ouvriers d'une 
mAme profession s'associeraient, et que dans chaque pays, 
chaque état ou métier nommerait un comit<' exécutif qui se 
tiendrait en communication directe avec les comités des autres 
pays. 

Les socialistes allemands, réunis en congrès à Ootha en 
1876, signaient le programme sui>rant : 

I. Le travail est la source de toute richesse et de toute 
dvilisation. Or le travail d'utilité générale, n'étant possible 
que par la 8ociét<î (oollective), c'est à la société, c'est-à-dire à 
tous ses membres, qu'appartient le produit collectif H'« travail. 
Se plus, étant donné l'obligation générale de tr» . :ier, ce 
produit appartient au mime titre à chacun dans la nesure 
de ses besoins. 

Dans la société actuelle, les moyens ou instruments du 
tnvail sont le monopole de la classe dus capitalistes. L'étroite 
dépendance de la classe ouvrière qui résulte de cet état de 
choses, est la cause de la misère et de la servitude sous toutes 
ses formes. 

L'affranchissement, des travailleurs exige, outre la transfor- 
mation des moyens de travail en bien commun et la régle- 
mentation corporative du travail collectif, l'utiliiiation dans 
l'intérit commun et la distribution équitable du revenu du 
travail. 

II. Partant de ces principes fondamentaux, le parti ouvrier 
socialiste de l'Allemagne poursuit par tous les moyens l'éta- 



bl.«ement de l'Etat libre et de la soeiëbS ««ialUte, l'abolition 
de h lo, duram de, aalai». par la euppre^ion du système 
du travail «alané, la cessation de l'exploitation sous quelque 
forme quelle se présente, et la disparition de toute inéJité 
sociale et politique. *^ 

III Le parti ouvrier socialiste de l'Allemagne "demande 
quel Etat soit constitué sur les bases suivantes: 1» Droit 
de suÉfrage électoral universel, égal et direct par scrutin 
secret et obligatoire pour tous les membres de l'Etat fteés de 
vingt ans ou plus. 2» Législation directe par le peuple 
(«eferendum suisse). Il décide de la paiit et de la guerre 
3 Conscription universelle. Milices nationale, au lieu des 
armées permanentes. 4» Abrogation de toutes les lois d'ex, 
oeption. notamment en matière de presse, de réunion et 
d association, et en général de toute loi réprimant la libre 
manifestation des opinions, la libre pensée, et le Ubre examen 
6 Sentences juridiques rendues par le peuple. Administra! 
t.on gratuite de la justice. 6" Education universelle et égale 
du peuple par l'Etat. Instruction obligatoire. EnseignemVnt 
gratuit dans tous les étabUssemants d'instruction. EnseiBoe 
ment de la religion, considéré comme une affaire privée 

Cette portie du programme de Gotha est restée la formule 
classique du socialisme allemand. 

Dans une dernière partie. le programme expose ce que les 
«ocialistes réclament, en attendant, de la société actusUe Cette 
dermère partie du programme de Gotha mettait en avant les 
•d«,trinesdeUssalle,et Karl Marx, toujours intransigeant, 
blâma fortement ses disciples, surtout Bebel et Leibknecht 
d avoir souscrit ce programme. Marx n'avait pas raison de' 
blâmer ainsi ses partisans qui, grâce à quelques légères oon- 
cesiions,amenaient l'union entre tous les socialistes allemands 
1. e. entre les partisans de Marx et de Lassalle, union qui' 



— 264 — 

favorisa beaucoup l'action politique. D'ailleurs, au congrès 
d'Erfurt, en 1891, Leibknecht faisait triompher la doctrine de 
Marx en laissant complètement dans l'oubli les principes que 
les partisans de Lassalle avaient maintenus au congrès de 
Ootha. 

En 1877, au congrès socialiste de Gand, après une discus- 
sion orageuse entre Baknniens et Marxistes, les délégués de 
Belgique, d'Angleterre, de France et d'Italie, signaient un 
programme qui oonsacrait les doctrint < de Marx : propriété 
collective aux mains de l'Etat, action politique du prolétariat, 
fédération internationale des professions, lequel devint le 
Credo de tous les socialistes des deux mondes. Marx mourut 
en 1883 et le " Sozial democrat " qui, sous l'administration du 
juif Bemstein, était l'organe officiel du socialiste allemand, 
disait : " La science sociale à laquelle Marx a initié le peuple, 
tue le capitalisme, et avec lui les idoles «t le* aattres de la 
terre." 

L'action socialiste était eo progrès, Ica jfivna»* m multi- 
pliaient pour répandre ses doctrines, et Im brocàoKs et pam- 
phlets étaient jetés par centaines de aille parmi le peuple. 

Un double miigrès socialiste international eut lieu à Paris 
en 188'^, pendant l'Exposition. Neuf cent quatre-vingt-sept 
délégués y i'eprésentai«i>t près d'un million d'ouvriers d'Amé- 
rique et d'Europe. La Fmnoe, l'Allemagne, la Bussie, la Bel- 
gique, l'Italie, l'Angleterre, la Pologne, la Suède, la Norwège, 
le Danemark. l'Espagne, l'Autriche, le Portugal, la Suisse, la 
Boumanie, la Hollande, la Hongrie, la Bulgarie, la Grèce, le 
Brésil et les Etats- Tnis y avaient des représentants. 

Voici en quels termes Leibknecht jugeait la situation du 
parti : " La vérification des pouvoirs a prouvé que les ouvriers 
de toute la terre sont représentés à ce congrès. Le monde n'a 
jamais vu jusqu'ici un spectacle semblable. Le jour où le 
prolétariat des pays civilisés sera définitivement organisé, il 



— 266 — 

»n.tit«e™une pui«.„oe av«, laqueUe il faudr. compter 
non p., seulement dans lee questions écononiqûerC^ 
dan, le, queefon, politique,. U lutte de, cla«e, domla^ 
rt '-"r ■"'«"'«'^''■«J^ de, ouvrier, e,t le dernier"^ 

tout" •Te'^*!',?''"'"' ^''''^- '■''''"•' ^''«'■" ■««'' i-n 
tour . Je SUIS le premier socialiste de l'Eur»,*. £„ 1843 

nou,avo„,prt„w les doctrine, coUectiviJ et aloL „o«; 

pas, on, pour de dange«,ux utopiste,. Un demi-sièc^e "w 

écoulé et no, doctrine, sont devenue, eeUe, d'un plrd don 

reo^» !r* T,T'' *"='"""*' '^'"' '^' Pariement. de. diffé- 
rents^y, de I Europe nous montre le, progrès immenses de 

!^rr r^ ''"'■ ^^ ''" " '"' """"''■'"^^ "'«vaieat aucun 
rep^senunt; vo.c. le. stati,tiques c,„e je coi, exacte, Z 

En 8nMe i „ ,',' «3 

Bii inïtoleire , . . s .. ,' " ^^ 

Kn Holludo 3 „ " "TO 

Bn Danemark 13 .1 100 '• 

En Autriche 14 .. ,',' " IW 

EnluUe 33 .. ", " 353 

En Belgique 33 „ ', " 508 

En Pr»uce 4, «• " ^38 " 

En Allemaïf nu . . 56 » 5M 

■■un 

Betlt"Sn!h?' ^'"'«"^-»' '^ P-'y^ du socialisme. 
Bebel. Leibknecht, mort au mois d'août l'an dernier Wolmar 

Ha,enclever. GilIenbe.^er.Singen millionnaire et f«'t^;Z 






— 3»8 — 

des chefs expérimentés qai n'ont cessé de oonduire le parti 
somaliste ù la victoire. L» progression de leurs suçais élec- 
toraux, constitue une menace terrible pour l'arenir. Voici 
un tableau du résultat des différentes élections an Allemagne : 

EleptuiIU. Députas Bix-iBllste». Vote» soclallsteB. 

1871 -i 

18» !l, ;BI,670 

1877 13 •*»».«' 

1884 IB M».»» 

1880 3(1 I,437,3iî8 

1888 4» 1,786,738 

1898 !» 3,000,000 

Si le parti socialiste est plus nombreux en Allemagne, c'est 
en Belgique q^u'il exerce proportipnnellement une influence 
plus considérable sur le vote de la chambre. Les principaux 
chefs socialistes belges, sont le millionnaire Vandervelde, 
Anseele, le fondateur de la célèbre coopérative socialiste belge 
de Grand, Furnemont, etc. En 1885, soixante-seize groupes 
socialistes belges étaient représentés au Congrès de Gand ; en 
1890, cent trente-quatre groupes, au Congrès de Louvain ; en 
1896, au Congrès d'Anvers, trois cent soixante. Avant les 
élections du mois de mai 1900, les socialistes belges avaient 
28 députés à la chambre basse, et 2 membres à la chambre 
haute. Lee dernières élections ont porté le nombre des députés 
socialistes à 33 et le nombre des sénateurs à sept. 

Les élections de juin dernier ont été aussi très favorables 
aux socialistes italiens ; dans l'ancienne chambre iU n'avaient 
que lô députés, ils ont plus que doublé à cette dernière 
élection. Les grands chefs du socialisme italien sont: De 
Amicis, Agnini, Andréa Costa, Badolini, Bertesi, Bereniui, 
Enrico Ferri, Gassi, Morgari, Pescetti, Pampolini, etc. Aux 
élections de 1895, le nombre des voix socialistes était de 
75,000 ; aux élections de mars 1897, il s'éleva à 35,000 ; et 
aux élections de juin 1900, à 215,000. 



»• ■ 



— 267 — 

Le» fleotioM qui oat eu lioa le 3 «vril dernier au Dane- 
mark donnent deux sièges de plu. aoi «cialistes. Les chefa 
socialistes sont : MM. Kundsen. Bo>s*jeFg. etc. 

En France, la doctrine socimliate collectiviste a été aimlu. 
ment empruntée à l'Allemagne, Jules Guesde déolaa» au 
congrès de 1889 : ■■ Le socialisme français ne se diwingue 
pas du socialisme allemaBd, il n'y a qu'un soci«liMne dan, le 
monde qui a partout le même drapeau, le drapeau rouire du 
prolétariat." 

Le parti socialiste français se divisa en deu.x fractions an 
1882 : les uns, les nfirxUta, suivent exactement les doc- 
trines de Marx, p<™rsuiva» la transformation radicale de la 
société ; les autres, les pom.bUUte$ se contentent du " pos- 
«ible ; " on pourrait les oonip,rer aux partisans de Lassalle 
L«s premiers, le» Marxistes ont pour chefs: Jules Guesde, 
Faul Lafargue (gendre de Cari Marxj, etc. ' 

Les autres, les Powibilistes, ont pour chefs, Jaurès, Ubus- 
quière, etc. 

Plus tard le parti socialiste français se divisait en plusieurs 
poupes ; les m«rOT«««, les blanquiMex, les aUemanitteé les 
brouagutee et les indépendants. 

Cette division du parti socialiste fran^is apparut surtout au 
congrès international de Paris ou )889,.t»o congrès de 1900 
qui donna heu aux disputes les plus vivat, au sujet de la oon-' 
quête des pouvoirs publics, et de l'alhance du parti socialiste 
avec un ministère bourgeois lyjs partisans de M. Gonde 
flétrirent M. Millerand imur avoir accepté un portefeuille dm» 
le ministère de M. Waldeck-Rousseau. 

Le parti socialiste autrichien marche .sous les oidns de 
MM. Adler, Popp, Pokerny, KorU'k et fiavel. 

Les socialistes hollandais suivent la direction de MM 
Van Kholl et Trœlstia. 

ia Suisse, qui a toujours été l'asile des socialistat expulsés 
a aussi ses chefs socialistes, Vung, Fnrholz et Eapio. 



— 268 — 



En Angleterre il n'y a pas au parlement un parti socialiste 
proprement dit, il y a le parti du travail (Labour partyj qui 
comptait 12 membres en 1895 dont quelques représentants 
furent quelquefois des socialistes ; mais actuellement, nous 
ne croyons pas qu'il y ait de représentant du socialisme col- 
lectiviste de Marx dans le Parlement anglais, bien qu'aux 
dernières élections trois députés plus ou moins socialistes 
aient été élus. Les chefs du socialisme anglais sont : Keir 
Hardie, Sydney Webb, Tom Mann, John Bums, Bell, Peter 
Curran, etc. 

Aux Etats-Unis, le socialisme fut répandu par des émigrés 
allemands en 18S0, Un cercle communiste fut établi à New- 
York en 1857 ; des cercles Laissalle furent fondés à New- 
York et à Chicago dès que Lassalle eut acquis quelque popu- 
larité en Allemagne. Le terrain ainsi préparé offrait un champ 
fertile pour l'Internationale, qui pénétra en Amérique aus- 
sitôt après sa fondation et y créa des sections. Après le 
Congrès de LaHaye en 1872, elle établissait son quartier 
général à New-York. 

Après 1875, il y eut chez nos voisins, l'Internationale 
noire, et l'Internationale rouge ; ces deux associations étaient 
composées d'anarchistes qui jouèrent un rtle dans les grandes 
grèves de Chicago, 

Le " Socialist Labor Party " fut fondé en 1877, mois il 
n'exerça jamais une action bien considérable. Le docteur 
Aveling, d'Angleterre, marié à une fille de Marx, ainsi que 
Leibknecht, firent une tournée aux Etats-Unis, mais sans 
succès bien éclatant. 

L'action politique des socialistes américains a été à peu 
près nulle. En 1888 le parti présenta un candidat à hi Prési- 
dence qui ne recueillit que deux mille soixante et huit votes. 
Le socialisme américain chercihe cependant à s'introduire 
dans les sociétés ouvrières, et il espère en l'avenir. 



action dan, reslCiln. J!"".' """"^ '" '« "'™*» '''' '"•" 
«.on ..iSi^r'"^'^-" -« deréf„™.erla.„i,té 

une progremon anthmëtiane nmi» .=u_ 

.-eea,t.r:.^r;.izT;::y^:.2 



lUO.OO 
200 . 00 
400.00 
800.00 
1.600.00 



2,000.00 
^000. 00 
4,000.00 
5,000.00 

^Lmdu droU au travail qui obliaCTait TFtaf 4 „ 

du tmvail à ton, ,« o„™e.' I^uH^lf^ 8U~ 

pubhc.te françai, qui exposait depuis 1840 ses ré e," Lefa 

4" Ui prohibant U prit à intérêt 
toullTs Ir^- '™°^^'''^"' ' '■^- '" .«Pn^t,; de 



— 270 — 

6* Loi dt «uccMaioTM, supprimant le droit de auooeuion 
en ligne oollaténle, et imposant un impAt progieuif lur lei 
•ucoeasions en ligne directe. 



Il ne nous reste plu, i<jur terminer l'expoij des do<:trines 
collectivistes, qu'à dirt quelques mots sur l'idée Teligieuse 
dans le socialisme. 

D'abord, comme nous l'avons vu dans l'article de Monti- 
«elli, publié dans le " Il primo Maggio," le socialisme se 
présente lui-même comme une ^religion, religion de l'avenir 
destinée à remplacer toutes les autres. Voilà pourquoi les 
socialistes ont aifeoté d'abord de n'ôtre imbus d'aucune reli- 
gion, et de rester indifférents vis-à-vis de toute secte. Cepen- 
dant, comme il est facile de le voir, le socialisme est opposé 
par ses doctrines au christianisme, il en est la négation, et 
bien que le programme de Gotha dise que la religion toit 
affaire privée, les socialistes n'ont pas manqué d'afficher leur 
haine pour toute forme religieuse, et spécialement pour le 
catholicisme. Ainsi au congrès socialiste de Gand en 1877, 
on fit la déclaration suivante : " Nous aurons le plaisir d'as- 
sister à l'agonie des prêtres... Couchés dans les fossés des 
routes, ils mourront de faim, lentement, terriblement sous nos 
yeux. Ce sera notre vengeance, et pour le plaisir de cette 
vengeance, nous vendrions volontiers notre place au ciell 
Que disons-nous ? Le ciel 7 Nous n'en voulons pas. Ce que 
nou6 désirons, c'est l'enfer, l'enfer avec tous les plaisirs qui le 
précèdent, et nous abandonnons le ciel an Dieu des papistes." 
(Applaudissements). 

D'ailleurs, Karl Marx avait dit le premier : " Le parti 
socialiste doit avoir pour objectif de délivrer la conscience 
humaine de ce fantôme qu'on appelle reliffion" 



— 271 _ 

An«H!le di«it k I, chambw belge en 18M. « «• a 

homme. „ou,i„te„^„. à propo/t'ao" il, „, jl' "'" 

Nou. li,„„ dan, le " Mi«^ -m" *"""^ "***•'" 
Wge: •■ fidfe de ni.,, '°'«»"« ■*" »«'«""«'• 

.>iam.„d.dSiJ: ::;';• ': "■°"''«»'.<'« »-«,„.« 

1877 dit • •■ P„.,, ^ '"'°'°'"' •'»'" »»" noméro du 2J mm 
et priucipalement Cm^U efet ea^d"' " ""•'"' ""J"'^ 

-«^."Be.u..orrr^--::;27^:^ 
aai::=rdSt^rL-— -««'• 

notre ,«ligi„„ ,„„t l'humanité " ' "'" P""' "' 

nement I'EbUm pf i. „ <■ ■ ■ "«^truire avec aohar- 

1-inteliigeni ' Et l > ."! ' '''" '""' '«' ■"""'»*" "^e 

affirment tous les iouP^r i' t u "■"='»''"«' f™nçai. 






— S72 — 

L'un des lUtuU d« la Moiété internationale d'iulie, porte : 
" Chacun prendra pour baae de aea principea religieux la 
libre penaée ou l'adhéaion à une aecte quelconque ennemie de 
l'Eglise catholique." Un journal sooiallite d'AnoAne : " La 
Oiovane Maica," disait en 18S4 : " Tolérants aveo tout le 
monde, nous croyons devoir rester très intolérants vis-i-vis 
du clergé: le prêtre, c'est la négation de la civilisation et de 
la patrie." 

Enfin, dans l'assemblée socialiste tenue à Berlin, le 20 
septembre 1890, Voigtherr, conseiller municipal, s'écriait : 
" Il faut sortir en masse des églises reconnues par l'Etat, en 
finir avec toutes les religions positives, et montrer ainsi aux 
non socialistes que les socialistes ne craignent pas la divine 
Providence, quoique leurs adversaires s'égosillent à l'invoquer, 
et se fassent de la religion une arme pour la latte des partis." 

Nous comprenons facilement la haine du socialisme paur 
la religion, surtout pour li catholicisme. La raison en est 
d'abord, l'opposition manifeste de la doctrine catholique avec 
la doctrine socialiste, mais surtout, l'obstacle invincible que 
constitue le catholicisme pour la propagande du socialisme. 
Les socialistes alleman le comprennent bien alors qu'ils 
voient leurs principes se répandre rapidement dans les pays 
protestante de l'Allemagne, et ne faire que très peu de 
partisans dans les parties catholiques de l'empire. C'est la 
même chose pour les socialistes belges, qui rencontrent chez 
les catholiques leurs plus sérieux adversaires. Vandervelde 
rendait un magnifique hommage au catholicisme quand il 
disait avec vérité k la chambre belge : " Contre le socialisme 
qui monte, contre l'idéal nouveau qui éclaire le monde, il n'y 
a qu'une force à opposer, c'est l'idéal ancien, c'est l'idéal 
catholique." 



; 

i - 278 - 

LÉ SOCIALISME AGRAIRE 



Comu.e nou. venon, d» le voi,. 1, coUactivi.me de Marx 
. e.t répandu mp.dementd«n. le. diver, pay, de l'Eurow • 
an Angleterre «,«„dant. m.lgrt le, nombreux »S'd,' 
U,ad,e, I n'eu, p„ de ,ucoè. oon.idér.ble. ■■ Le oapC" le 
fcmeux Uvre de M.rx. traduit en plu.ieur. Un«ue. 'e 
p.. 1 honneur d'une complète traduction en langue anglais 
U r.,«,n de o«t .n.aocè, .e trouve .urtout dan, le ca», r^^ 

plutôt idéalutea qu'objectives. 

n^l'*.''""'""'' '"'*''"*■ *' "• ^''- ^'"'^^ '. ne «orre.. 
pond chez no. vo«in.. ni au génie individualité de U rm* 

ZllZ.r^'\"^'^ '" "*"™"'- '"^ ««"rinaircTu" 
«^al«m.ne,ont..l.pa,angIai,...Il, »„t fn.nc.is. comme 

Lwialle et Karl Marx, le. «.oialiate. angUU n'ont fait ou. 
reproduire ou refléter leur, l-ons " ' 

facfnttT" *•"' '! *"" ^""'"'«^ '""' «»»«««» » leur 
fa,on et d une man.ère pratique. " liue transformation «,u 
da.ne ou «multanée de la société, basée aujourd'hui .ur d!. 
pnncpe. md,v.duali.tes. écrit M. Sidney Vebb. un des chef! 
du soc.al,sme angUis. en une «>ciété collectivi te. eeTchot 
teUement.mpos.ibIe qu'il n'y faut même pa. songer. Le b„^ 
de no. efforts est de découvrir par nous-mêVes et d'on^n 
comment on pourrait pr,tiquon.ent transformer l'Auglet!" " 
en une république sociale démocratique >" 

Toutefois, si le «wiali.me collectivi.^ n'a pu jeter en ,« 
p.y. de racines bien profondes, un autre ,^-stème «>au.. 

I_Lm clatMa oumOra m Angltltrr,, page 505. 
2-Sidney Webb, Soeialim i, Englmd, p. gj. 



MiatOCOPY IISOIUTION TBT CHAIT 

(ANSI end ISO TEST CHART No. 2) 




l.l 



lit 



1.8 



mt^tii. 



A 



A APPUEU IIVMGE Inc 



Mil Eo*l Main Strxl 

Rocht»t«r. Nw. York U6C» US* 

(716) *eï -OJOO-Phon. 

(716) ÏBS- 5989 - Fa< 



— 274 — 

liste, dont Henry George fut le principal auteur, le socialisme 
agraire semble y exercer une inHuenoe assez considérable. 
Pour bien comprendre cette influence il faut jeter un coup 
d'œil.sur l'état de la propriété on Angleterre. 

Dans tout le Eoyaume-Uni de la Grande-Bretagne, la terre 
est divisée en grands domaines, et les paysans sont les tenan- 
ciers des landlords. Il n'y a pas ou presque pas de petits 
propriétaires. Ces grands domaines des landlords sont divi- 
ses en grandes fermes louées à des fermiers qui, ne pouvant 
cultiver de leurs propres mains ces grandes exploitations, ont 
BOUS leurs ordres des ouvriers agricoles salariés. Ils sont 
alors comme de véritables chefs d'ateliers industriels, n'exer- 
çant qu'un travail de surveillance et de direction. 

" En Angleterre, dit Monsieur P. Arminjon \ le sol n'ap- 
partient pas à celui qui le cultive ; il est travaillé par un 
nombre de plus en plus petit d'ouvriers salariés qui vivent 
au jour le jour, sous la direction d'un assez petit nombre de 
fermiers, à la merci d'une maladie, d'un changement de temps, 
ou du mauvais vouloir de ceux qui les emploient." 

Ces ouvriers, non seulement ne sont pas propriétaires, le 
cottage le plus souvent misérable qu'ils habitent étant aussi 
la propriété de celui qui les emploie, mais ne peuvent même 
pas espérer le devenir ; car la loi et les frais considérables 
qu'impose toute mutation immobilière rendent impossible l'ac- 
quisition de la moindre parcelle de terre. Manque de sécurité 
et sujétion, voilà les deux traits les plus saillants de la vie 
des ouvriers agricoles anglais. Ils ne disposent d'aucun capital 
et vivent uniquement de leur salaire hebdomedaire, suffisant 
généralement pour la classe des oontre-maitres, des bergers et 
des charretiers, dont les engagements sont permanenU, mais 
insuffisant pour la plèbe des ouvriers dix fois plus nombreux 
que les premiers. Ceux-ci, en effet, n'ont plus d'engagements 



l_ia quutUm agraire en Angleterre, informe eoeiale, 16 oot 189S. 



— 275 — 

pera.anent8,plu8 de salaire laicsant marge à la prévoyance et 
à 1 économie, mai» une existence précaire et sans avenir 
Aidés par la charité publique et privée, ils supportèrent a.sez 
patiemment leur misère jusqu'au jour, où le socialisme fit 
miroitera leurs yeux les espérances d'un «venir meilleur 
jusqu au jour où prenant conscience d'eux-mêmes, à l'occasion 
,«a M P°""5"«« 1»i •«•" f»™-' données en 1884 et en 
1888, lis voulurent avoir leur part de jouissance et de bien, 
être. Alors on comprend qu'ils accueillirent avec empresse, 
ment les doctrines du socialisme agraire demandant " la res- 
titution intégrale et aussi rapide que possible du sol anglais 
au peuple anglais "'. comme le remède à tous les maux dont 
souffre la société. "Remède simple, mais souverain, dit 
Henry George, remède qui élèvera les salaires, augmentera 
les profite du capital, détruira le paupérisme, abolira la pa«. 
vreté. donnera à ceux qui le désireront des emplois rémuné. 
rateurs diminuera la criminalité, élèvera la morale, le goût 
et 1 intelligence, purifiemle gouvernement et dirigera la civi. 
lisation vers un but plus élevé." (Il est facile de reconnaître 
ICI lamér'G(.m vantant sa marchandise.) 



■■il 



#"* 



Henry George naquit à Philadelphie, le 2 septembre 1839 
de parents anglais émigrés aux Ktats-Unis. Il est mort à 
New-York, le 29 octobre 1897. Après avoir fait du journa- 
lisme à San-Francisco pendant quelques années, il publia en 
18-9 son pnncipal ouvrage : " Progress aud Poverty." dans 
lequel il expose toute sa doctrine. Selon Henry Geoive le 
remède qui doit ramener le bonheur dans U société ce n'est 
pas la transformation du capital privé en capital collectif, ni 

\-Manifut 0/ Ih, EnglM Land Restoration Uag«.. 



Ï 



Ml 




— 278 — 

le transport à l'Etat de la propriété de tous lea instruments 
du travail, c'est tout simplement U nationalisation du sol. 
" We must make land common property," nous devons 
rendre la terre propriété commune. 

La propriété privée du sol, voilà la cause de la diminution 
constante et progressive du salaire et par conséquent de la 
misè.e et de la pauvreté. En effet trois facteurs, la terre, le 
capital et le travail, concourent à la produotton de la richesse, 
et sont rétribués, la terre par la rente, le capital par l'intérêt, 
et le travail par le salaire. Donc rente, intérêt et salaire, 
égalent le produit, et si l'on augmente l'un de ces trois iao- 
teurs, on diminue d'autant les deux autres. Or dans les 
pays qui progressent, la rente augmente à mesure que la 
production s'accrott. Donc avec le progrès, avec l'augmen- 
tation de la production, l'intérêt et le salaire diminuent 
nécessairement. Voilà comment s'explique le phénomène 
étonnant de la persistance ou même de l'augmentation de la 
misère et de la pauvreté, à côté de la richesse croissante et 
l'augmentation du progrès. 

" Chaque pas que l'humanité tait dans la voie du progrès, 
dit Gfiorge, affermit le règne de la rente, et quand les progrès 
réalisés nous auront fait atteindre le dernier échelon du 
régime actuel, alors la rente aura complètement supplanté le 
salaire e*. le capital, et elle accaparera tout le produit '." 

Pour donner au travail et au capital, qui n'est, selon 
George, qu'une forme du travail, sa juste rétribution, il n'y a 
qu'une chose k faire, c'est de rendre la terre propriété com- 
mune, de sorte que la rente n'ira plus condenser les bénéfices 
dans les mains de quelques nrivilégiés, propriétaires du sol, 
mais sera répartie entre les membres de la société. 

C'est là le grand argument de Henry George, pour démon- 
trer que le droit de propriété privée ne peut s'étendre au sol. 

1 Progre» and Poteriy, page 179. 



— 277 — 

A ce premier argument qui l„i est propre, il en .joute 
d autre, qu .1 emprunte, en partie ou en tout, au socialisme. 
Personne ne peut posséder avec justice que ce qu'il a pro- 
duit par son travail, car le travail est le seul titre légitime de 
la propnété pnvee. Donc, comme la terre n'est pas une pro- 
duction du travail, elle ne peut être l'objet de la propriété- 
pnvée Vo-la pourquoi la justice naturelle, n„i sanctionne la 
propriété de, objets créés par le travail, désavoue la propriété 
de la terre. Voilà pourquoi chez toutes les nations, nous 
trouvons d abord la terre propriété commune, etelle ne devient 
propriété privée que peu à peu par la force et la fraude 

Ainsi donc la propriété privée du sol est une bévue écono- 
mique et une erreur morale, et sa valeur doit être confisquée 
Pour accomplir cette réforme, dit George, pas n'est besoin 
de recourir à I expropriation : il suffit d'élever l'impôt sur le 
sol, de façon qu'il absorbe la rente." Cet impôt ne frapperait 
que le sol lui-même et non pas les améliorations qui résultent 
du travail de l'homme. •■ Quand il n'y aura pas moyen de 
fa.t6 la part de ces deux éléments, alors le titre à la propriété 
de. améliorations se confondra avec le titre à la propriété de 
la terre : le droit individuel sr erfu dans le droit collectif. 
Cest le plus grand qui avalera ;. plus petit .t non le plus 
petit qui avalera le plus grand '." 

En même temps que la rente serait frappée d'un impôt qui 
équivaudrait à une confiscation, il faudrait abolir tous les 
autres impêts. ■• C'est une violation de la justice de taxer le ' 
travail. De là le nom de ■• système de l'impôt unique " 
donné aux doctrines de George. 
_ Chaque individu ne pourrait occuper plus de terre qu'il 
nen pourrait exploiter lui-même: par conséquent, plus de 
fermage, plus de sous-location, plus de ces immenses terrains 
de chasse et de pêche ; mais en retour chaque individu se 

i—Progrtu and Potirty, page 242. 



— 278 — 

verrait garantir aa demeure, aa récolte, tout produit de ^tn 
travail, et l'industrie, défjBgée de toute entrave, prendrait un 
essor tel que le bien-être deviendrait général. Voilà le moyen 
infaillible de faire régner sur la terre la justice, la prospérité, 
le bonheur. 

" Aux Etats-Unis, dit M. l'abbé J. Kerby ', tout semblait 
prédire à Henry George une influence énorme sur la matohe 
des événements politiques et sociaux. Depuis la publication 
'de ses livres, l'Amérique a éprouvé une période de trouble 
social extraordinaire : des batailles acharnées ont été livrées 
entre forces hostiles ; les mécontentn se sont organisés ; le 
trede-unionisme a coïncidé avec un des plus grand* mouve- 
ments agraires de l'histoire ; cependant George n'a vu aucune 
portion de ces masses agitées se tourner vers lui, ni chercher 
du secours dans ses doctrines. 

Les théories de George n'eurent donc pas de succès aux 
Etats-Unis ; le peu d'influence qu'elles exercèrent, ce ne fut 
pas au point de vue de la ■■ ■ onalisation du sol, mais plutôt 
à raison de sa doctrine dt impôt unique, dont on tenta 
quelques essais dans le Maryland et le Delaware. En Angle- 
terre capendant, George rencontra de vives sympathies, et son 
livre : " iTogress and Poverty ", y eut un réel succès. 



Les doctrines préconisées par Henry George n'étaient pas 
absolument nouvelles dans ce pays. Déjà en 1785, au 
moment oii s'achevait la transformation de la petite propriété 
en vaste domaine aux mains des landlords, Thomas Spence 
proposait de mettre fin à la misère des campagnes, en attri- 
buant aux habitants de chaque paroisse la propriété de tout 
le sol paroissial. 



1—L« aocialHiiu aux ElaU- Unit, p. 176. 



— 279 — 

Il expoMif son projet en «ne plaisante allégorie, dan. une 
conférence à New-Castle : " S„pp„,ez que tou' le habLn 
dune paroisse .-«nis^ent, qu'il, p„„oent la Bible dan „n 
mam sasseo^blentsurlaHouse voisine et qu'après avo" 
d..cuté sur le „,oyen d'arriver au bonheur, ^reL; 
unanimement à rédiger une déclaration des' droits dans 

S::T"'' t '°'" '" "'-^ '-"- '- '-^'' - 

d?, Tw ; "'T ''™"' ''"-"'"' P'OP"^'^ de la paroisse 
des Abe.]le, exploitée présentement par lord Frelon doi 
28 mars 18... jour de l'Annonciation, devenir p opr^é 

MI serait déclaré plus loin, qu'à la Saint- Jean suivante, 
tous les revenus provenant du sol, des mines, des cours d'eau 
de houmeres etc., de la dite paroisse, au lieu d'être comme 
antrefcs payés entre les mains de lo«l Frelon ou de on 
.ntendant le seront à un comité directeur de la paroisse u 
par la majonté des paroissiens ; et, après que les^m ^ ;t; 
.ons nationale, provinciale et parois.,iale se seront ZTZ 
à ces revenus, le reste sera distnbué en parts égales à ton 

* relon et tous les petits Frelons de leur famille " 

Thomas Spence, venu à Londres pour y propager sa doc 
tnne. fut condamné à la prison, à cause de s^ TdJ et i 
mourut en 1814, au moment où ses efforts commenS'ert 
lui donner quelques fruits. uicnçaient ù 

En «'«me l«mps que Thomas .Spence, un professeur ,ie 
1 Umversité d'Aberdeen, William Ogilvie (1737-1819) slffi 
mait partisan de la nationaUsation du sol dans un écrit publie' 
sou» 1^ titre .. -. An essay on the right of Property in Lan] '■ 
dan, lequel il posait en principe et comme une maxime 
chr lenne que chacun a droit à la terre. Ogilvie cependan 
djffèie de Spence en ce qu'il demande d'indemniser leVland- 




— 280 — 

La r&ction, produite en Angleterre par la révolution fran- 
çaise, empéoh» ces doctrines de se nîpandre et de faire de 
uombreux partisans. Elles restèrent dans l'oubli jusqu'en 
1850, alors que Patrick Edward Dove, chrétien philanthrope 
et riche propriétaire des environs de Glasgov, lea réveilla <le 
leur sommeil dans un livre intitulé : " The thsory of human 
progression and natural probobility of a reign of Justice." 
Le courant de philanthropie qui passait alors sur V t^ ngleterre 
les fit louer par un certain nombre d'écrivains : Htmiltou, 
Stuart Mill, Herbert Spencer, mais elles ne prirent de l'im- 
portance que vers 1881, avec Wallaoe et Henry George. 

**» 

Alfred Russel Wallaoe, célèbre voyageur et uaturaliste, 
naqu.t en 1822, d'une famille sortie d'Ecosse. C'est de ce 
pays, oii vécurent Ogilvie et Dove, qu'il semble avoir emprunté 
ses doctrines sur la naturalisation du sol, " L'Ecosse, dit 
Monsieur Pierre Verhaegen, dans son ouvrage ; " Les socia- 
listes anglais" est la contrée où la grande propriété est 
encore aujourd'hui la plus mal vue; les territoires des 
landlords y servent surtout à la chasse: les propriétaires 
lea clôturent par des barrières, et souvent à l'expiration des 
baux avec les cultivateurs, ils transforment en tirés les 
champs de pomme de terre et de seigle. Cette situation est 
presque générale et a causé dans le cours de ce siècle de fré- 
quentes révoltes de crofter» (tenanciers) V 

1_" De 1814 à 1820, dans le Sutherlanilahire, là où 15,000 indi- 
vidu» vivaient, on a installi 29 growes ferme» et .31,000 mouton». 
La population des tenanciers et petits propriétiiire», dépouillée de 
ses droits, a été chassée vers les villes, notamiuent Glasgow; les 
maison» ont été démolie» ou brûlées, et les champ transformés en 
pâturages." 

Anui^jon : La jueiiion agraire en Angleterre. R^orme Moeiale, 
16 oct. 189S. 



— 281 — 

M. Wa!l»ce. pris de sympathie, pour ce, mùérables -..Iti- 
TZ 'f •:"• '''.'• "" ""^"«^ ■■ " ^-^ N-tionalisa, . 

vZT " ."' ""' "■ """ '^1"'" " -I"- •» théorie 

Un.y,tèn>erafonneld'oocupatioD,dit.il. dan, la préfaœ 

,ou, le d„.a.„e .mi„e„t de l'Etat, «,™it .,„ .„èd: olpS 

aux maux oau,é, par le ,y,time actuel de propriété ab,„ ue 

et ce changement pourrait être effectué aan, faire aucun tort 

con,S '' ""'r''- '' '«'■'««"'°" '«' ^é-'ltat, fâcheux 
c n„déré.comme.n,é,»™bIe,d'un ,y,téme de nationalisation 
du «,1 M. Wallace affirme que la .ni,ère qui persiste à côté 

dela„che ^3„Hedup..priét«rismeenïrla„de.e„Kco,,e 
et en Angleterre; car le bien-être et le bonheur du cul.iva- 
^n .tenproporuou de l'intérêt qu'il p„s,ède dan, le Jl. 

Toutangla,,. d.t-il, devrait pouvoir une foi, dan, » vie 
choisir une portion du ,ol pour l'occuper lui-même " 

l-*.tat serart ,enl propriétaire du sol, et les habitants 
auraient le droit de l'occuper à tit. de tenancier, de^^ 

huTr^lr T- "'*'"'" "''"' '^' P^Priétaire, actuels ou 
•Ëutdtnr '"' """ d«ommagé, p„„r permettre à 

1 Etat d entrer et, pcsession du sol. ce qui pourrait ,e faire 

dune façon équitable, en assurant au propriétaire ou IZ 

héritiers vivant, ou à nattre, une annuité équivalente a. 

revenu annuel de la part expropriée"; tandi qu ^ "' 
egi^dant la propriété privée du sol comme le r',u taTd?U 

ftaude et de la violen», prétend qu'il n'y a pa, lieu dtdem 

niser le, propriétaires. 
Sur l'initiative de M. Walkce, une société fut fondée à 

Londres, en mars 1881, dan, le but " de rendre la terre au 

people and the poeple to the land) ; elle prit le nom de- 
Wallace lui-même, qui occupait encore cette chaire en 1897 



— £82 — 



I.'aiiparition du livre de George, " Progrès) and Poverty," 
en Angleterre, amet'a les murabres de la Land NcUianaliêa- 
(l'on Society à étudier le» doctrines de l'écunomiste américain. 
Un certain nombre, mécontents de lu modération de Wullaoe 
et de des ménagements pour les propriétaires, constituèrent 
une nouvelle société au mois d'avril 1883, à la suite d'un 
premier voyage de George er Angleterre, La nouvelle société 
prit le nom de " I-and lieforra Union ", »t se proposa " la 
propagande des principes sur lesquels Henry G'^orge se fonde 
pour réclamer la restitution du m)\" 

Immédiatement el;. se mit i\ l'œuvre et publia un mani- 
feste et une luultitude de brochures «qu'elle ré])andit |>armi le 
]«uple. Dans le manifeste, la " ^nd Ki furm Union " mettait 
ainsi en relief le principe qui la séparait de la Land Ni tiona- 
liaation Society : " Nous déclarons ne pouvoir tolérer l'idée, 
que le peuple d'Angleterre doive être obligé ^e racheter la 
terre qui lui appartient de droit naturel, ni d'indemniser ceux 
qui en tirent parti mainteuaut." 

Elle invita M. George à visiter de nouveau l'Angleterre et 
à y donner un»" série de conférences, ce qu'il fit en 1884. Au 
mois de mai de la même année, la société changea son nom 
en celui de " Englisb Land Kestoration League " (Ligue pour 
la restitution du sol anglais au peuple). 

Voici en substance le programme de k Ligue publié en 
18S6>: 

" Il est du devoir de tout anglais de poursuivre la restitu- 
tion du solde l'Angleterre à ses véritables propriétaires, c'est- 
à-dire, au peuple anglais. A t/>us ceux qui comprennent ce 
devoir nous demandons qu'ils nous aident à réaliser les 
réformes suivantes : 

Abolition du privilège, en vertu duquel les propriétaires 
du sol sont dispensés de payer à l'Etat la rente qu'ils retirent 



1— Verhaegen ; Le» soeialiaia anglait, page 309. 






— 288 — 
diT' ""*• "- '"•" " '~"" "•• -»>*" P*- - '-in- 

cependant à le diS/^Ur., ii '"«"que. Wou« tenona 

de brX" . p2 f*^""!; "■*'■""""■' '" di.tribution, 
ouvrier. ru»„,i ri i'^'"°""""'= " l' d'i-oulquer auï 

au r;r;::rr s '-' -^'"- Sere« 

ue caricature^ d historiettes écrites ou 
ïZl^L •=*"«»■'. •' Arminjon, op. oit. 
19 



— 284 — 

ileHin^ de oitationa ompruntéca aux gnndi paiiMun, et 
•urtout de textes bibliques. " Dieu est le maltm de la terre... 
Il l'a donné en héritage à tous les hommes. Il a dit : vous 
ne la vendrez pas pour toujours, car elle est à moi et vous 
(tes seulement des étrangers et des voyageurs." — " Tous les 
cinquante ans les Hébreux, le peuple élu, procédaient k une 
nouvelle répartition des terres. C'était le jubilé. En fait de 
jubilé, les Anglais ont célébré, il y a quelques années, celui de 
la Reine. Ne conuattront-ils jamais celui du peuple 7 " 

George lui-même use fiou 'eut, dans ses ouvrages et ses 
discours, d'arguments basés sur des textes de la Bible. Ain^i 
il paraphrase le Pater dans un discours prononcé à Olas- 
|{0w, en 1889 : 

" Que votre règne arrive I disons-nous depuis notre enfance. 
£t cette même prière s'est élevée vers Dieu chaque jour, 
pendant des semaines, (lendant des siècles. Ceiiendant, aujour- 
d'hui, dans cette ville soi-disant chrétienne de Glasgow, 
125,000 êtres humains, 125,000 enfants de Uiei' n'ont qu'une 
seule chambre pour abriter leur famille entière. Que votre 
règne arrive ! nous avons prié pour cela depuis, toujours et 
sans cesse, et le règne divin n'est pas encore commencé... 
Quand le Christ nous apprenait à dire ; " que votre règne 
arrive," il voulait non pas seulement que les hommes pro- 
noncent cette prière, mais aussi que tout le monde travaille 
à l'effet de hftter la venue de son règne. ..Et à qui nous 
adressons-nous î C'est à " notre père." Notre père I Le père 
de qui î Non pas mon père, mais " notre père ; " non pas le 
père d'une secte, d'une classe, mais le père de tous les hommes, 
le père égal, le père aimant de tous. C'est à lui que nuu» 
demandons de nous donner son règne. Mais comment le 
prions-nous ? Du bout des lèvres. Quand nous nous age- 
nouillons pour le prier, nous l'appelons " notre père," le père 
universel, et en même temps, nous gardons des institutions 
par lesquelles nous refusons de le reconnaître comme le père 



d" tom le, hoiuniM S'il ••> I. . a j 

q»e cette ter« „■. p.,XdJ„f'^^ "'•■"" '"'•*"»' 
tou. .e, enfant. ,1^,^ *"' ^""' ''<"" ''"«K» *> 

privilégia. .." ■ """ """""""■' l»»' '««" de .,ueiqu«, 

e..e . pour ^u::rHou ZT'^: zrz'''"''''i ''•"^'- ■• 

de. -.iUier. ';:„!'" ::"'''* '^'"''' in<i„,triel.ct«e, 
heu», par j„ur. wltr. "". '"'''' '''""'"" "" -'" 

tout cela, écrit M Genr™ • . , , ^ *** «>"ection, 

fruit d'un ,y,Z S; eTr i'fr '"!."'«"'"^- '" 
dit: " Tu ne volon., „«•• n- ! «"«""«ndement qui 

P«.fe«ion de pS^^Ev. T "'' "■'"■"' ''""■ '""' 

.■•«ni«er.it,e.,C ' vr/'L" '™"'' T""'"'''""'"' 
en Pri«.n." Ainei donc il vÔu !? " ""1 '* " P" "'« 
quevou. voliez aaser^ue V ''*™" '''' ""''"• ?<»•"« 

vou. pui.ie. -nrerdWu'pervoTpC Itf '' '- 
volez pa. q„e| , .^ d'arBent Il^l*^ *''"• ^'' 

funeste, u>ai, volez de! ™in, . * f"""'»" ™''» «t™ 

loi de Dieu mai. LZ i • • "'*"' P" ' t»"» «t la 

ne n.ett.z pa^ ^n r/laTct ^^ T ' ---' 

elle .•gnifietnl";»^;:' Vl """ "" '"'"'"^ •^«»'""- - 

prendrons pas ce à quoi ni. . '""^ """^ """ »« 

de. autre. ^ ' """" "■"""" P" d'oit au détriment 

>-H.n,yO«„g., .e™o„i„y,„,,, «M*.,*»«^ 



II 



" Il y avait une foia un désert, continue M. George, et, 
dans ce désert, une caravane en marche. Survint une bande 
de voleurs qui se dirent : " Voilà une riche caravane ; pre- 
nons-lui ses trésors, enlovons ses chevaux et ses chameaux; 
et si c'est nécessaire, tuons les hommes." — " Non, dit l'un des 
bandits, ne faisons pas cela ; œ pourrait être dangereux et, 
après tout, ce serait un vol ; dirigeons-nous plutôt en hâte 
vers l'oasis, qui est le seul endroit où la caravane puisse 
trouver de l'eau. Nous entourerons l'oasis d'un mur, nous 
dirons qu'elle aous appartient, et, quand la caravane arrivera, 
nous forcerons celle-ci à nous donner tous ses biens avant de 
lui permettre de se rafraîchir." Assurément ce second projet 
était d'un homme qui savait sou monde ; il est à la fois poli 
et respectable. Mais cela empêche-t-il que ce soit un vol i 
Et le même vol n'est-il pas pratiqué par ceux qui, arrivant 
les premiers dans un pays, accaparent tout le sol, même celui 
dont ils ne peuvent se servir, et ensuite quand le peuple 
arrive, quand la population s'accroît, n'abandonnent l'usage du 
sol aux nouveaux venus qu'après que œux-oi leur ont payé 
un prix exorbitant î Tel est le genre de vol auquel les plus 
anciennes familles de ce pays doivent leur situation. N'est-ce 
pas là une violation aussi évidente du commandement, que 
celle du misérable qui prend de l'argent dans la poche de son 
voisin ' 1 " 

On comprend facilement que des déclamations de ce genre 
ne soient pas sans influence sur l'esprit du peuple. Les doc- 
trines dp George ont trouvé des défenseurs en Ecosse dans la 
" Scottish Land Restoration League." The eingle tax, organe 
mensuel de cette société répand parmi le peuple les principes 
du maître sur la nationalisation du sol. 

Toute cette campagne du socialisme agraire en Angleterre 
a eu pour résultat, sinon de faire admettre complètement les 

\ Henry George : Thou thalt not tteal. 



— 287 — 

doctrine, de Geonse et deWaIlaoe.dumo™d-.mener les hom 
paysans de les fevoneer par l'augmentation de. impôts fon 

sKm sr '»r'"^'-«°"' <ie. petit. P.ÏIÏ: 

sts ;ne r;™""'r "" ^"'—'."F*' les élection de 
1895, une qumzaine de membres libéraux prête à voter la 

obteT:?^ """""'"" "'"P~^«»-'^«-»"»«^t» «les s^és 

pay'Tdel^EuZ "r" " "" '"^ '""''P'«' d'Haies autres 
!r.t , '^' '""»'"'°«°'e» Belgique, en Allemagne et 

S leSlZ' " ""T^- "* '■»«"*"''"' '«™- --"^ 
par les socialistes se manifesta, en 1897 nar denr n^„^ 

«»les. Toutefois, en dehors de l'Angleterre, l'action du soda- 

e«rc.!eparlesocml.smecoUectiviste,avee lequel d'ailleurs 

Nous avons terminé notre travail d'exposition des doctrines 
^.alist^s : nous avons fait tour à tour lïis,»ire du tmmT 
"«me. de l'anarohisme, du coUectivisme, et du sTmrme 
agraire, d'abord histoire et exposé des idée; ensuitrhîi 
et exposé as faite, puisque nous avons vu quelle émZ ' 
fluence pohtique etsociale de ces différente systèmes, nnou, 

aeralobjetd'unenouvellesérie de conférence, que nous nous ' 
proposons de donner durant la prochaine année'u^iZ tore 



■-< I 
■( 



'1: 






.;i!- 



'f 



ONZIÈME CONFÉKENCB 

donnée par 

M. l'abbé Hixii Simabd, S.T.D/ 

Proftn.iip di Thsàva i I. j„aii« a„ jjrt,. 



LES COURASTS ÉLECTRIQUES ALTERNATIFS DE HAUTE 
TENSION ET DE GRANDE FRÉQUENCE. 

M. le Baotaur, 

Measieurs, 

Les applications de l'éleotricité, cet agent mystérieux 
et encore tout à fait inconnu, deviennent de plne en plus 
nombreuses, de plus en plus étonnantes et de plus en plus 
fécondes, sous 1 impulsion de savants infetigables et d'indus- 
triels entreprenants. Née d'une simple observation de Thaïes 
de M>let. un des sept sages de la Grèce, elle n'a été. durant 
la longue période du moyen-âge jusqu'aux temps modernes 
qu un objetd amusement et de curiosité, et cela, pour un tout 
petit nombre d expérimentateurs. C'est dans le siècle qui 
vient de finir qu'elle a franchi définitivement l'enceinte des 
aboratoires et qu'eUe est devenue, dans les mains des indus- 
tnels un agent aussi souple que varié dans ses manifestations 
en même temps qu'elle se prête admirablement à la satisfacl 
taon des exigences de la vie. 



h. .-.:{■ 


i ■"-■' 


fc:K 

ii 



-m* 



— 290 — 

n seiait pufiiitemAit inutile d'énuméreT ici lea conquêtes 
de la science électrique ; maia de toutes ces applications, aussi 
merveilleuses les unes que les autres, et dont l'industrie a 
si largement bénéficié, un grand principe scientifique se 
détache clairement: c'est que le rSle essentiel de l'électricité 
est de servir d'agent de transformation de l'énergie. 

L'énergie du courant électrique est développée par le travail 
de l'affinité chimique dans les piles, par une dépense de cha- 
leur dans les couples thermo-électriques, ou encore par une 
absorption de puissant a mécanique dans les dyuamos. A son 
tour, elle peut se transformer eu chaleur et en lumière dans 
' les conducteura et les lampes électriques, produire des décom- 
positions chimiques dans les pllénomines d'éleotrolyse, enfin 
surmonter des résistances mécaniques dans les électromo- 
tenrs. 

Mais l'application du principe de la conservation de 
Vénergie peut être poussée plus loin ; l'énergie électrique 
peut se transformer elle-même efrevètir, dans certaines con- 
ditions déterminées, des modes différents de manifestation, 
et' tout il fait caractéristiques. 

L'étude des courants de haute tension et de grande firé- 
quence, que j'ai l'honneur d'entreprendre ce soir avec vous, 
en sera une preuve manifeste. 

Avant d'étudier en détail les propriétés de ces courants et 
de décrire les appareils qui servent à les produire, il est indis- 
pensable, croyons-nous, de rappeler brièvement lea principes 
généraux de Yinduction éUctrique, découverts par Faraday 
en 1831. 

On donne le nom de courante d'indv/stion ou courant» 
induUa à des courants instantanés qui se développent dans 
des circuits métalliques, sous l'influence des courants élec- 
triques ou des aimants. 



291 — 

phénooiènes ^^ """^"^ '"'" ''"""""''le des 

L'on sait, en effet, qu'un cirouif ft.,™^ 

puis,ue:rsTe .«r^l-^Cr/e T^ ""^*''- 



t 



'riil 
■M 



■■ 1 



— 292 — 



il!' 



mignétique inducteur (loi de Lenz), Si le flnz inducteur, 
V. g., qui trarem le circuit ooneidérë, augmente d'intensité, 
le courant induit développé dans ce drouit aura .un aena tel 
que le champ magnétique dû à ce courant devra è'oppoter à 
cette augmeutatioD, par conséquent, sera de «en» contraire ; 
d'autre part, si le flux inducteur diminue, le courant induit 
qui en résulte aura un sens tel que le champ magnétique 
qu'il produit devra «'apposer il ce' diminution, par suite 
sera de même «ena que le champ magnétique primitif. 

Comme nous le disions plus haut, ces lois sont absolument 
générales, quelques soient les causes de variation du flux 
magnétique inducteur. 

Il est facile de démontrer ces, principes par quelques expé- 
riences classiques, dues également à Faraday. 

Les deux bornes d'un galvanomètre très sensible— appa- 
reil indiquant le passage d'un cornant et sa direction— sont 
reliées à une bobine creuse dans laquelle des courants induits 
pourront se développer; une deuxième bobine, destinée à 
recevoir le courant d'une pile, peut s'introduire dans la pre- 
mière, mais sans communiquer avec ellC; et sort de circuit 
inducteur. 

Dès que le courant est établi dans cette bobine, la dévia- 
tion du galvanomètre, rendue sensible à tout l'auditoire au 
moyen d'un rpvon lumineux, suivant la méthode de Poggen- 
dorff, indique iiLinédiatement la production d'un courant 
induit, développé à distance dans la première bobine. L'on 
remarque, en outre, que le galvanomètre ne conserve pas la 
déviation causée par le passage du courant, mais qu'au con- 
traire, il revient tout de suite au zéro ; ce qui prouve que le 
courant induit ne dure que pendant la variation du flux 
magnétique engendré par le courant inducteur. 

Si l'on interrompt brnsquemeut ce même courant induc- 
teur, l'on constate encore la production d'un courant induit, 
mais de sens contraire au précédent. 



Le. oonjant. induit, ,onl plu. inten... lorsqu'on plaoe un 
noyau de fer doux d.n. 1h bobine inductrice, parce qu^Ior" 

m L« '"J^r"' '""''«« ■'" courant eue. champ 
magnéuque, produit, par la bobine et l'aimant étant touiour, 
de même .en., il. ajoutent leur, effet, inducteur ' 

Mm,, Messieurs il y a plu,; le. différente, ,pire, d'un 
courant enrouW en forme d'hélice ou de bobine, a^iJnt le" 

luï-même le ,iège de courant, induite qui p.mlv,ent „, 
augmentent, a pui^ance; cj ,ont ce, phlmCSu^ 
bon d un courant .ur wn ,,rop,e circuit que l'on apoelle ^If 
^niuct^^. Ur«,..U courant «.«J,,. nt!!^^^t 
.on propre „.rcuit un courant de «n. inv>r„ qui l'.ki^," 

m^r" ^"^ ^'^ " '^irUerrompt, il induit un couran 1' 
n^éme «„. appelé ««r„.«„^„,. et qui „nforce «,n" t on 

rr„t r ,^"^"*™ '" '»•«' "•'"' -on. énoncée 
plu. haut et que l'on déaigne ,ou, le nom de «oi <fe Lenz 

t^jour..„,'oppo,entàlacau.e qui le, produit. C'eVt iV 

daUlour,. «ne loi trè, générale de la nature qu> «mbie ton 

jour. ré.„ter le plus po,.ible aux déformation, quetn vent' 

in 'l "' '"' P"""""*"'' hydraulique, nou, en 
oftrent de nombreux exemples. 

Le. boUne, d'induction, ou bobine, de Suhmkorff onn 

st. uent une application très heureuee de. princi^, ,£' „::," 

venons d'énoncé., eUe. ont pour but. au moyeVde l'indÛc 

««et de/mW« Un»um, fréquemment interrompu, en un 



— S94 — 



lii 



courut de faiUe intenêiU et de haute Unêion, de manitre 
à pouvoir répéter toutes lee eipérieDces d'élestricité à haut 
potentiel. Ce ne aont donc rien autre ohoie que des traïu- 
/ormoteurs qui ne sauraient rien produire ni créer d'eux- 
mtmes, mais qui ne font, conformément aux lois de l'induc- 
tion, que changer le mode de manifestation de l'énergie 
électrique. 

Voici, en deux mots, comment on les construit : 

Soi un noyau de fer doux, ou plutAt sur un faisceau de 
fils de fer isolé*, pour éviter les courants parasites de Foucault, 
ust enroulé un premier fil, gros et court, appelé fil primaire, 
et destiné à recevoir le courant qu'on veut transformer. 
Autour de celui-ci, mais séparé, par un isolant convenable, est 
enroulé \efil êecondaire, très long et tris fin, à spirales par- 
faitement isolées les unes des autres. 

Bans le circuit du courant primaire, généralement celui 
d'une pile ou d'un accumulateur, on dispose un interrupteur 
convenable, et il se développe dans le fil fin un courant d'in- 
duction, alternativement direct et inverse, à chaque ouverture 
et fermeture du courant. A cause de la résistance que lui 
offre la longueur et la finesse du fil secondaire, le courant 
induit qui prend naissance sera de faible intensité, mair de 
potentiel très élevé, de telle sorte que si l'on ménage une 
interruption entre les deux extrémités du fil induit, des étin- 
celles pourront jaillir à travers l'air. 

Comme la force électromotrice d'induction est proportion- 
nelle à la vitesse de variation du fiux inducteur, l'interruption 
du courant primaire doit être le plus rapide possible. Il est 
avantageux, comme nous le faisons ce soir, de se servir dans 
ce but d'un appareil indépendant de la bobine, imaginé et 
construit par M. Ducretet, l'habile constructeur parisien. 

Cet interrupteur est constitué par un petit moteur élec- 
trique, actionnant par un excentrique une tige équilibrée par 



— ses — 

fLTT'"' " ''°"' '''""^°"" P'""»» ■•"• " (!«'•' q»i con- 
tient du mercure recouvert d'une couche d'alcool j le mou- 
vementde vvet-vient, con.muniqu<!e à U tige plongeante 
par le moteur, ouvre et ferme .ucoe«ivoment le courant pri- 
maire dan. lequell'interrupteure.t iutercalW, en pénétrant 
et en abandonnant la couche conductrice du mereure. Comme 
Llcool e.t un excellent diélectrique, l'interruption du courant 
dérable' ' "' '" '°™ ^'•«"'«■"«"rioe d'induction cou,i- 

I>V*» le. loi.de l'induction, on devra recueillir, aux deux 
borne, du circuit secondaire, de. eourant, aU,rnatif,, c'est- 
à-dire, dontle,,en. est périodiquement renversé, puiajue ce, 
courant, prennent naimnoe à l'ouverture et à la ftrmeture 
du circuit primaire par le jeu de l'interrupteur 

Cependant,.! l'on écarte .uffl»mment le. extrémités du 
fil Mcondaire, ce qui constitue une grande résif.tance au pa.- 

direct., ce»t-à-dire de mSme .en. que le courant inducteur 
traversent beaucoup plu. facilement la couche d'air et il 
arrive un moment, pou. une certaine longueur de décharge 
où ce. courant, peuvent seuls w frayer un chemin 

Dan. ces condition., le. courant, engendré, par la bobine 
ne «>nt plu. alternatifs, mais bien des courant, de môme 
sens, et fréquemment interrompu». 

I*. étincelle, qui jaillissent de" ces bobine» sont vive» et 
bruyante. ; leur longueur peut devenir considérable, et «Iles 
peuvent produire des effet, calorifiques, lumineux et pKvslo- 
logiques du plus haut intérêt; une ooloMale bobine "con- 
struite parlam.-.i8on Radiguet. de Paris, donnait à la dernière 
Exposition Universelle. une étincelle èCunmitreAe longueur 
Ce e dont je me ser, ici peut donner sept à huit pouces 
détincelle. et les commotions énergiques qu'elle peut occa. 
sionner dans I organisme, en prenant avec le. mains les deux 









— 296 — 

extrémité* da fil Induit, aont, ainon foudroyantsa, du moiiu, 
H cou,j iftr, extrêmement désagréables. 



Sans insister davantage sur oes préliminaires, peut-Atn un 
peu trop longi, mais que nous avons crus indispensables, il 
est temps d'entrer dans le vif de la question, et d'aborder 
l'étude des courants alternatifs de haute tension et de grande 
fréquence. 

L'on sait que si dans un champ magnétique uniforme, et 
avec une vitcâse angulaire uniforme, on fait tourner un cir- 
cuit métallique eutour d'un de ses diamètres, ce circuit 
devient le siège d'une force éIe(itromotriae périodique, chan- 
geant de sens deux fois par tour et affectant la forme sinu- 
soïdale. Ce circuit, fermé sur lui-mtme ou sur une résis- 
tance extérieure, engendre un courant aJ(erna<i/ sinusoïdal, 
changean', également de signe deux fois par tour. 

On appelle période d'un courant alternaCif, l'espace de 
temf 9 qui s'écoule entre deux instants consécutifs ai le cou- 
rant passe par la même valeur et avec le même sens, ou, si 
l'on veut, le temps qu'il met à changer deux fois de sens à 
partir d'un des moments oH sa valeur est nulle ; on réserve 
le nom de fréquence du même courant au nombre de ses 
périodes par seconde. Un courant de grande fréquence est 
donc celui qui change de sens un nombre de lois très grand 
par seconde. 

Les fréquences employées couramment dans l'industrie 
oscillent entre 42 et 133 périodes psr seconde, soit lUO 
péiiodes en moyenne. Ce sont les petitee on faibles fré- 
quences. Les propriétés de ces courants, et les différentes 
manières de les produire, ont fait l'objet d'études complètes et 
savamment poursuivies de la part des physiciens et des 
industriels, ainsi que leurs applications à la distribution de 



— 497 — 

l'énergie a«otrique pour réolainge et la fo.oe motric. Une 
fo,, ce. propriété, bien connue^ que- .. «v,„ta „ .o„t 
Uemendé ce que deviendraient le. piopriétA. de. eouninu 
alterDatif., .1 .'on pouHait leur (i^iuenoe bien au deU de. 
limitei induatrielle. actueUes. 

C'e.t poM répondre à cette que.tion que M. Nikol» Te.la. 
léleotric. . «mërioain-hongroi. bien connu, a entrepri. et 
mené à bonne (in une brillante ,éne d'expérience, qui ont 
oau.é toute une aeoMtion dan. le monde de. uvant. 

Le. recherche, de M. Te.la ont ét^ préwntée. par leur 
«ute,,r, le 20 mai 1891, devant -■ r> merican In.tlltute of 
*.lectnoal Engmeer.", à Columbia Collège, New- Vorlc 

A la .uite de cette communication, dont le retenti.Mm.nt 
fut immenw même au delà de. mer,, M. Te.U .e rendit en 
Europe, et pràenta à Londre.. le 3 fév-ier, et à Pari, le 19 
février 1892, devant la SoeUté français de phy^ue. et 
la SoeiM mlemationaU de, tUctricien,, réunie, wur la 
o.rcon.tance. le, remarquable» expérience, déjà exécutée, en 
Aiiénque, le. complétant et en y joutant de nouvelle. 

Primitivement, à l'aide d'un alternateur .péoial. dont la 
dMcription nou. entraînerait trop loin, M. Te.l« obtenait 
preeque 10,000, exactement 9,600 période, par seconde, au 
lieu d une centaine Mulement, que donnent le. machine, oidi- 
nairea. 

Mais ces fréquences sont encore relativement faibles et il 
était néoeseaire, pour les dépasser, de se servir d'un autre 
dispositif. 

M. Tesia eut l'ingénieuse idée d'ntiliser la décharge oMil- 
lante d'un condenwteur. 

Permettez-moi, Messieurs, pour faire bien saisir ce phéno- ■ 
mène de. décharges oscillantes et en comprendre toute la 
portée, d'avoir recours à une assimilation hydraulique, dont 
1 analogie, d'aïUeure asMZ exacte, ne manque pas de clarté 



■ 'V 
1-' 



— ses— 

Deux vatw, on dnx tutm, l'un riik, l'sotra plein d'MU, 
•ont niiét k laur putia inHrienra par nn tuba de onoutehono 
farmé par une pinoa ; li alon la oomninnieation aat bnuqut- 
mtnt oublia, l'aan ta prMpitaia du rue plein van la vaee 
vida, et o'ett Mulement aprta une eiSria d'oaaiUation* nom- 
braum, rapides et d'amplit idée d^oroinantai, que l'eau, arri- 
vant au rapoi, M maintiendra au mime niveau daiie lee 
deux vaees. 

La décharge oaoillatoire entra lea armatures d''m oonden- 
sataur est un phénomène de œt ordre, et c'est à lord Kelvin 
(sir William Thompson) qu'on doit la première étude analy- 
tique du phénoir^ne, lequel, dans ces dernières années, a hit 
l'objet d'expériences suivies de la part de Hetts et de Lodge. 

On a reconnu, en effet, que dans certaines conditions belles 
i réaliser, au lieu d'avoir une décharge dont l'intensité 
décroît lentement et d'une manière continue, le flux d'électri- 
cité, au oontraiie, oeoillc d'un conducteur à l'autre avec une 
extrtme rapidité. 

Les oscillations électriques ne sa produisent pas toi^ours, 
et l'analogie hydraulique dont nous venons de parler, et qu'on 
peut pousser isseï loin, sera d'un puissant secours pour dire 
bien saisir les conditions nécessaires à leur réalisation. 

I«a oscilUtions bydrauliques disparaissent si on a rais à 
l'avance du sable dans le tube de communication, ou, pins 
simplement, si l'on desserre lentement la pince de bois, pour 
opposer une résistance au passage de l'eau. 

Il en est ainsi des oscillations électriques : elles deviennent 
très lentes, et le phénomène oscillatoire disparaît même com- 
plètement si la résistance des conducteurs est «'levée. L'effet 
' est encore plus marqué si cette résista ice est constituée par 
une hélice on nn électro-aimant ; c'est alors la eelf-induetion 
qui entre en jeu. Kn nn mot, les conditions de production 
de la décharge oscillante dépendent des valeurs relatives de 






Bï 



<J^ 



L 
C"' 



la durit de oei Mcilktion» mut «tn «r.riln,.», . 
«Ue wt de VnrA^ A .,,.. ettrtmemont court* ; 

^^e feu u„?;vrr:;r d::r.xr rr "- '-" 
-a.., d-uutire r; r.r:rr -^^^ '^' 

cette différence il» n„. .• i »''"""'« """noment où 

courants de haute Wquence. Production de, 

20 



<;:-^TJ 



— 800 — 




Voici une diapoiùtian très simple et bien propre à faire 
comprendre le principe de la méthode : 

Deux bouteilles de Leyde M et N (Fig. 1) sont chargées 
par leurs armatures intérieures au moyen d'un premier trans- 
formateur T; les armatures extérieures 
sont reliées au primaire c d d'un second 
transformateur de construction spéciale, et 
dont on a supprimé le noyau de fer doux 
pour ne pas nuire à la rapidité des phéno- 
mène». Enfin le circuit secondaire; dont 
les extrémités sont a et b, est enroulé au- 
tour du premier circuit. 

Aussitôt tjue les bouteilles se déchar- 
gent par l'excitateur A, les électricités con- 
^'*' traires des armatures extérieures produi- 
sent, à travers le fil primaire c d, une décharge instantanée 
et oscillante. A cause de l'énorme fréquence de ces oscilla- 
tions et de l'extrême vitesse de variation du flux électrique, 
les courants d'induction développés dans le fil secondaire 
portent led deux extrémités du fil à des potentiels alternati- 
vement positifs et négatifs tellement élevés, que les deux fils 
laissent échapper des aigrettes lumineuses dans toute leur 
longueur, et sont comme entouiés d'une gaine brillante; 
enfin, leurs effets d'induction à distance sont considérables 
sur les conducteurs voisins. 

Kous venons de dire que ce second transformateur, qui 
doit augmenter dans de justes proportions la tension des 
courants à haute fréquence, est d'une construction spéciale ; 
il présente, en effet, l'intéressante particularité de posséder, 
contrairement aux autres bobines d'induction, des circuits 
primaire et secondaire relativement gros et courts, les effets 
d'induction et de self-induction de ces courants étant beau- 
coup plus puissants que ceux des courants alternatifs de 
fréquence ordinaire; on doit soigner tout particulièrement 



— 801 — 

«ne Utterie de condensateur, M for- 
mée dune double série de deux jarre, 
moDMes en surface ; les armatures exté- 
neures des deux séries communiquent 
ensembkpardes feuilles d'étain dont 
le fond de la boite est recouvert, ce qui 

constitue ce qu'on appelle, en langage 
électrique, le montage en camtck, et 
qui a pour effet de distribuer le poten- 

inducteur de la Jine iJZTit I^ rrCened"'': 

=^:,ii-:^^nïïr:^:r-^ 

faisait M ElihuTI,nmn= . , ' ^'^'"'- "^^^^ '« 




Fit. 2 



•^r'^ 
&« 



— 80ï— . 

lesquels les étincelles se dispersent, ce qui dispense du souf- 
flage. 

Les étincelles de décharge étant oscillantes, le primaire du 
second transformateur, qui otfre peu de résistance à raison de 
la grosseur de son fil, est donc parcouru par des connints 
oscillatoires, et il en résulte, dans le secondaire, des courants 
induits de tension énorme et de fréquence extraordinaire. 

Ces courants produisent des phénomènes électrostatiques 
dont les caractères diffèrent essentiellement de ceux des 
bobines ordinaires, alimentées par des courants alternatifs de 
faible fréquence, ou par des courants continus, rendus inter- 
mittents par les différents interrupteurs. 

En augmentant la fréquence., la bobine prend de plus en 
plus les propriétés d'une machine électrostatique, et l'on 
obtient non seulement de bruyantes et vives étincelles qui 
éclatent entre les sphères de l'oscitateur E, mais encore qui 
jaillissent de toutes les parties saillantes de l'appareil. L'iso- 
lement de la bobine est même gravement oompi-omis, parce 
que les effluves tendent il se produire entre les circuits pri- 
maire et secondaire. C'est pour cela qu'il faut les précautions 
spéciales dont nous avons parlé plus haut, dans la construc- 
tion de ces transformateurs. 

On peut reproduire, avec les bobines de Tesla, alimentées 
par des courants de grande fréquence, tous les phénomènes 
de décharge auxquels donnent lieu les machines statiques 
ordinaires, mais sous une forme plus frappante et avec un 
caractère tout particulièrement brillant, vu la quantité énorme 
d'énergie électrique mise enjeu par le courant alternatif. 

C'est ainsi que l'on met en évidence la tension considérable 
obtenue avec cette bobine, par de magnifiques aigrettes lumi- 
neuses dans l'obscurité qui s'échappent des conducteurs, et 
les entourent comme d'une gaine étincelante ; en approchant 
les sphères de l'excitateur, les décharges deviennent très 



— 808 — 

d'intonTer entre les Jut""' T"" " P"^"'™- " '»«' 
".«nif^e avec le ,e^"t Z ™ '^'' """"• ?"" ■»"'«"« » 
diélectrique de Zd 1^ ' ';'"""' ' '" P'^^»- "'«n 
effet dWmenteTu T"",! ^r''""^" ^P'"'"''»^ " P"- 

encot,, «ne upel o!^,""" «"«««"-ent approché,, ou 

ums3a;tdeuranÏ„, L"".""'"" '=" «"'^'' '^ ^- 
bon.es de la ^b"e ««"eentnques, relié, séparément aux 

bornes de laT,b e de Tes^ T '''™°'=^ ^" ^"='"'' "" 

point quelconque du chamn », ^ rarcnés, placés en un 

-nt larall^: à 1 prop^di eÏ -l''"'""™ '«™'"- 

ce.asan,auounec„.L^i;S^ teTi::r^^^^^^^^^ 
qni produisent le champ L'effet luminl , ^ ^ '''"' 






— 804 — 



milieu à éclairer. Il n'est qne toat juste de dire que le pro- 
blème, au point de vue industriel et pratique, est loin d'être 
résolu, quelques soient les espérances plus ou moins fondées 
que laissent entrevoir les expériences déjà effectuées. La 
solution définitive de la question exige, en effet, la produc- 
tion facile, industrielle et économique de potentiels alternatifs 
de grande fréquence, ce qui n'est pas encore fait, et présente 
des difficultés pratiques considérables. 

Enfin, les effets physiologiques des courants de grande fré- 
quence ne sont pas moins inattendus. 

On a remarqué qu'un courant de faible fréquence n'a que 
peu d'effets sur le système nerveux, surtout s'il est de forme 
sinusoïdale. > 

Mais l'intensité de ces effets augmente avec la fréquence, 
et c'est quand celle-ci correspond & environ 3,000 périodes 
par seconde qu'ils atteignent leur maximum. Les contractions 
répétées produites par le passage des courants peuvent alors 
causer la mort par asphyxie ; on peut cependant pratiquer 
avec succès la respiration artificielle, après un choc électrique 
de coll. te durée. 

Au delà de 3,000 périodes par seconde, l'action du œurant 
décroît, et vers 10,000 et au-dessus, les courants alternatifs 
ne donnent plus de secousses. On peut ainsi faire traverser 
le corps d'un opérateur par des décharges d'u le intensité con- 
sidérable, capables d'allumer plusieurs lampes à incandes- 
cence, sans ressentir la plus petite commotion, ce qui constitue 
une propriété tout à fait originale de c»8 courants ; on peut 
même illuminer des lampes interposées entre deux personnes 
fermant le circuit de la bobine, et celles-ci ne se ressentent 
nullement du passage d'un tel âu'v électrique ; cependant, la 
même quantité d'énergie, transmise sous forme de courants 
alternatifs donnant 100 à 10,000 périodes par seconde, au 
lieu de plusieurs centaines de mille, suffirait pour foudroyer 
les deux expérimentateurs. 



— 806 — 

)>. «-„» j. . ""^"""'I"»- <^e tuba 8 illumine loraon'nn 

s'i'r-r,:;': r - --"- * * t^:t," 

tiou .an. ^fe„,de tubes à ^'rS ^' ''"«"■- 






I---?: 



— 806 — 

La constiuotion des appareila ausoeptibles de lea produire 
s'est trouvée grandenieot builitée lorsque M. Tesia publia les 
brillantes recherches dont noua venons de parler. 

Ce phyaideo, posaédant dea ressources abondantes dont 
peu de savants peuvent disposer, venait de créer des appa- 
reils d'une grande puissance. Mais ses mcherohes avaient 
pour but unique d'obtenir des phénomènes lumineux, et de 
produire une modification profonde dans le système actuel de 
l'éclairage électrique. M. d'Arsonval, au contraire, poursui- 
vait ses expériences en vue d'applications médicales; il 
trouva donc avantage de modifier le système de M. Tesla pour 
l'adapter à ses travaux, et lui substituer un dispositif spécial 
représenté dans la figure 3. , 
Les armatures extérieures E et F des deux bouteilles de 
Leyde C et D, au lieu d'être reliéeo au pri- 
maire d'une bobine, sont réunies entre elles 
par un solénoïde G, composé d'un gros fil de 
cuivre faisant 16 à 20 tours. La décharge qui 
se produit entre les sphères de l'excitateur A 
étant oscillatoire, le solénoïde est alors par- 
couru par des oscillations identiques à celles de cette décharge, 
à cause de l'influence électrique qui s'exerce entre lea arma- 
tures internes et externes de? bouteilles. 

Une curieuse propriété du solénoïde G est de présenter une 
résistance considérable pour les courants de grande fréquence, 
■ par suite des phénomènes de self-induction qui atteignent avec 
eux une intensité exceptionnelle. Le courant primitif, qui 
tend à s'engager dans la spirale, se trouve en grande partie 
nentralisépar la self-induction, à tel point que si l'on branche 
en dérivation, aux deux extrémités du solénoïde, un fil non 
spirale et ne présentant pas ou peu de self-induction, la 
décharge'passeta presque en entier par ce circuit, malgré la 
résistance incomparablement plus grande qu'elle offrirait au 




— 807 — 

I*» parties ewentielles et les différât, accès»,!™, d« l- 
constniito par M. Siniéon Fortin ' " ^«^°'*'" 

mquent ensemble par le fond de la boite 

qui les contient; les annatures intérieu- 

«s de lune des séries A sont «lifes à 
l"""^^*' ^"'^ **« ^ ■«'•'ine de Euhm- 

i,. .','"''*' ^"^ ''*"'" »^™ B est ratta- 
chée à la deu«ème borne par l'entremise 
du solénoïde de d'Awonval G. Enfin un '™»-' 

Une grande puissance d'induction et de self-induction dn„. 
nous avons déjà fait allusion tout i l'heure ™1hv 
des principales propriétés de ces JJnte ""' 

I^s effets de self-,nduction sont asse. puissants pou oue 
^Pi^sque totalité du courant suive un circ,^^ eS 
l«a»ooup plus résistant que le solénoïde. maisdonttX 
induction est moins considérable. » «ont la self. 




■4 'i 



— 808 — 



C'e«t sinsi qn'on peut illnminer une lampe à inoandeioence, 
branchée aur quelques spires seulement du solénoïde, et le 
pouvoir ëoUirant augmente avec le nombre de spires em- 
ployées. Le circuit extérieur peut même comprendre le corps 
d'un opérateur et une lampe, et celle-ci s'allume également, ce 
qui met encore une fois en évidence l'innocuité de ces courants 
aur l'organiamo. 

Reinarquous, en oiftre, que la même quantité d'énergie, 
recueillie aux deux bornes de la première bobine et avant l'aug- 
mentation de la fréquence, serait extrêmement dangereuse. 

Enfin, il est possible d'allumer une lampe tenue entre deux 
personnes, formant un circuit de dérivation aux extrémités 
du solénoïde. 

Ces courants, bir qu'ils ne produisent aucune commo- 
tion en traveraant its corps, jouiasent cependant de propriétés 
thérapeutiques importantes que M. d'Arsonval a mises en 
lumière par de nombreuses expériences. 

Ce dernier emploie des solénoldes qui agissent par induc- 
tion sur la partie du corps ou sur le corps entier qui se trouve 
placé dans l'intérieur de leurs spires, et donne le nom d'au- 
tocondiiction k ce mode de traitement ; les courants qui cir- 
culent dans l'organisme du patient prennent naisjance dans 
ses propres tissus, son corps jouant le rôle d'un circuit induit 
fermé sur lui-même, 

M, d'Arsonval a fait construire des lits où le malade peut 
être soumis d'une façon totale ou partielle à l'action des cou- 
rants. D'autres dispositions permettent d'agir sur une partie 
du corps seulement, ou d'envelopper complètement le sujet 
avec un vaste solénoïde. 

Il serait peut-être imprudent pour moi d'insister longue- 
ment sur les effets physiologiques de ces courants, vu que 
les incursions d'un simple physicien dans le domaine de la 
médecine sont rarement exemptes de danger. Qu'il me suffise 



— 809 — 

de dire que le D' d-Arwnv.I . oo„.t.té une .otion p«i,«.„t, 
de œeooumnt. .ur le .y.tème v«o-mot.ur. de mêZ „u-u„ê 
.««^entat.on d-i„tea.i.é de, eoo.bu.tion. ^epiratoil, u. 

ré^altaU de, exp4r.enee, ont montré, en outre, que l'appli. 
»tion de ce, oour.nt, {«rmet de pratiquer la calorimiLe 

tT«!l Tr'; 'P^"»'™"»"''"'^ '" maladie, dite, par relen- 
de,oho,e,Utud,er,et que ce, fameux coumnt, n'ont pa, 

2ZLr " '""'■" """' """' ""-ble certain que'î: 
thérapeutique, au.,, bien que la ,cience pure, aura tout à 
gagner de, recbetche, ultérieure, qui pourront L polu," re 



^:^f'vir^^- ^- '" °' °'"^'" " f"" «'■>°''<'™ le Prin- 

pe de l'élévatmn de tension de, cou«nt, do haute W- 

q«enceparlar.,„„„a„,«, depui,. il a fait subir plu ie„s 

mc^ f cauon. à son appareil primitif, et réalisa, en 1898. un 

ïrr^rïarsi2^r::si:H«:^ 

Tu D™ O^d r- T '"' '"''°*"°"' ^' '»« »™"" conseils 
duD oudin lu..raÊm , se compose d'un cylindre en bois 
flle^ sur lequel sont enroulé, deux solénoldes. l'un en gro 
fil. à la parfe inférieure ; l'autre, en fi! plus fin, fait suite au 
premier et lui est directement relié ' suite au 

I« cylindre est fixe ,ur son socle, mai, une tige portant un 

^let à gorge peut se déplacer par le mouvement d'un pla! 

teau à manettes auquel elle est solidai,.; dans ce mouve- 



— élé- 
ment, le galet euit conittmmeDt le fli et, par euite, e'iSUve ou 
i'abaiwe eur ta monture auivant le aena de la rotation, œ qui 
a pour eRét de diviaer le fil en deux partiei inégales et pro- 
duire l'accord qui doit donner le maximum de rendement. 

Le galet à goige est relié i l'armature extérieure d'un des 
condensateurs faisant partie d'un appareil producteur de 
courants de grande fréquence basé sur le dispositif du D' 
d'Arsonvsl; l'extrémité inférieur." du solénoïde communique 
avec l'armature extérieure de l'autre condensateur j enfin les 
deux armatures internes ferment le circuit d'une bobine 
d'induction donnant des courants de haute tension. 

La partie inférieure du solénoïde, limitée par la position du 
galet, agit comme le circuit juduoteur d'un transformateur 
dont le reste du fil serait le cireuit secondaire et induit ; les 
courants de grande fréquence et de tension relativement 
faible qui pareourent cette partie du fil, développent par 
induction des courants induits de haute tension dans les 
spires supérieures du solénoïde. 

On peut donc, par le mouvement du galet, régler exacte- 
ment le nombre de spires des circuits primaire et secondaire, 
de façon à obtenir le meilleur effet possible. L'influence 
inductive du premier circuit sur le second devra sans doute 
varier avec l'intensité du courant qui le traverse et suivant 
les longueurs relatives des deux portions du fil j on comprend 
alors facilement qu'il existe une certaine valeur pour laquelle 
cette action inductive est maximum ; c'est alors que le solé- 
noïde est accordé et que le phénomène de la riêonnance élec- 
trique se manifeste. 

Le résonateur Oudin produit des effets très brillants quand 
il est bien réglé ; on voit jaillir de la dernière spire, et d'elle 
seule, des gerbes d'effluves entièrement différentes des dé- 
charges des machines statiques. Au lieu de lueun continues, 
ce sont des aigrettes violacées qui forment une auréole lumi- 



— 811 — 

neiue oouronMnt 1. oiroonfôreno. •upirieur. do r^^ , 

firmament de la science électrique ^ """"" '* 

Malgré le caractère tout partioulièremew brillant de, .r^ 

de vue industriel, utilitaire et pratique " '" *""" 

Jfous venons de voir comment M. Tesla a oronv^ ^ 

::rîrr:erir^:t;:rr^^™-"' 

^«.e de réne.«ie'd.u„lrp llt^ti urva'^ant V™ 

porérii ir;:"^ ':!: «-ae .équence^ ceZûSt- 

-vneaan^^neMlr"?^------- 



i'I.-:' 



— 818 — 



l'avenir eat dant riocandetMDM in aolidai, dea gai et daa 
corpa phoapbareaaenta, exciUa par de hanta potentiela variant 
avec une très grande Mquenee. 

Le grand intérêt de oea (Studea, qui paaaionnent au plna 
haut point la sdenoe pure, et dont lea applioationa donnent 
aux indutttiela des eapëranoes qui ne manquent peut-être paa 
de fondement, eat abaolument inoonteatable. M. Teala est le 
pionnier d'une voie nouvelle qui pourrait produire une révo- 
lution profonde dans le système actuel d'éclairage électrique ; 
il t'y est engagé avec passion, avec enthousiasme, avec trop 
d'enthousiasme même ; chez lui, l'américain a peut-être, pour 
un instant, dominé le savant et l'habile expérimentateur. 

Quoi qu'il en soit, malgré toute la sincérité et la réelle 
probf.bilité de ses prévisions, et surtout, quoi qu'en dise cer- 
tain numéro à frontispice éclatant d'un journal de la métro- 
pole canadienne, il n'en eat paa moins vrai d'affirmer que la 
réalisation industrielle et économique de ces expériences est 
loin d'être un fait accompli. 

Il eat vrai qu'il ne faut pas douter de la fécondité du génie 
humain, surtout loraqu'il s'appuie sur une baae aoientifique 
aolide, L'hiatoire de la Phyalqucest là pour démontrer com- 
bien d'applications pratiques ont donné de formels démontis à 
certains théoriciens trop craintifs. Mais en cela comme dans 
une foule de choses, tout en prodiguant son admiration à qui 
de droit, et tout en professant pour la science une confiance 
inépuisable, une sage réserve sera toujours de bon aloi. 

Xous avons donné, Meaaieurs, au commencement de cette 
trop incomplète conférence, un énoncé sommaire dea lois de 
l'induction électrique ; noua avons conataté, dans la auite, 
comment l'énergie électrique, par son intermédiaire, peut se 
transformer elle-même, et revêtir des modes différents et 
variés de manifestation ; ai l'on songe maintenant qu'une 
foule d'autrea applications trèa heureuses de l'électriciti' 



rUnt 

plui 
ne lit 
spoa 
•tle 
■évo- 
lue; 
trop 
pour 

jeUe 
œr- 
Stro- 
le la 
) est 

[énie 
Jque 
»m- 
tisii 
ians 
1 qui 



^ 818 ^ 

ecUtante. il .uffle d-uu'^pHt ioven^feT 174^7,": 



Hj 



«tte 
s de 
uite, 
it se 
B et 
'une 
cité 



DOUZii «; CONl'É lENCE 

aonné* pftr 
M. Thomas Cainu 



SUE LES CHEMINS DE LA CROYANCE 



urs^ 
Monsieur le recteur, 

Messieurs, 
Mon apparition ee soir à cette tribune, illustrée mr Vil 

dC X . """"""^g" à-ua, sympathie intelligente et 
d une persévérante attention Mais an,»i „-. » ** . " 

tié^d::p"M!::,t1ot'"" ""' -- ^■*'"-»"<'- «.-«-Brune. 
21 



*5î1 



— 816 — 

de mes devanciers ; et de n'avoir à lui offrir qu'une causerie 
hfttive et incomplète, où le manque de loisirs littéraires s'accu- 
sera en même temps dans le fond et dans la forme. 

Toutefois, comme j'ai contracté une dette déjà vieille de 
deux ans envers l'université Laval, je n'ai pas cru possible 
de me dérober au devoir qui m'incombait, et je me suis résolu 
à immoler mon amour-propre sur l'autel de la gratitude. 
Puisse, Monsieur le recteur, ce sacrifice vous prouver et 
prouver à mon ancienne Aima Mater combien j'ai apprécié 
le témoignage de fave ur indulgente dont elle a daigné m'ho- 
• norer. 



Messeigneurs, 

Messieurs, 

' Le sujet dont je désire vous entretenir ce soir vous est sans 
doute familier. Mais il me semble qu'il est de ceux auquel 
il est bon de s'arrêter et le revenir de temps à autre, au 
milieu des jours troublés que nous traversons. A un moment 
de l'histoire où tant de sujets d'alarmes oppressent les âmes 
croyantes, et inquiètent les esprits qui se préoccupent de» 
problèmes religieux et sociaux, il me semble opportun de 
signaler les échappées lumineuses qui trouent çà et là le sombre 
rideau de nuages amoncelés \ l'horizon de l'Eglise et du 
monde. Le couchant du XIX" siècle expiré et l'aurore du 
XX' siècle naissant, qui ont éclairé tant de tristes spectacles, 
nous ont laissés aussi entrevoir quelques consolants symp- 
tômes. Si, par exemple, nous voyons dans notre ancienne et 
toujours chère mère patrie se manifester une recrudescence 
de haine contre l'Eglise, contre ses œuvres et ses milices les 
plus dévouées ; si nous voyons la liberté de l'enseignement 
catholique, la liberté de l'a-sociation religieuse, et la liberté 
de la parole sacrée menacées par un gouvernement hétéro- 
clite, dont le seul lien semble être l'esprit sectaire et maçon- 



— 817 — 

nique; d'un autre côté, uous constatons certains indices 

encourageants certaine, adhésions àla vérité, certaines ascen- 

1 vers la lura.ère, certains retours à la foi, qui nous 

empêchent de désespé,.r de la France, et nous peJttentd 
croire encore .nvmciblement que la nation de Clovis. de 
Charlemagne et de saint Louis n'a pas dit son dernier met 
dans I histoire religieuse du monde. 

Parmi ces ascensions, parmi ces adhésion3, parmi es 
^tours ,1 n en est pas de plus notables, de plus sig„ificat.ïs 

tLt7!v r*"' '''' °^"* "' ^"^ ^»''"'-d Brune 

tière et François Coppée. Ces deux hommes célèbres, ces 

deux écrivains éminents, l'un critique et l'autre poète ont 

lovaf.fr IT '"""'™'"' ^"^-"P'^ "0 conscience, de 
loyauté de sincénté et de courage. Nous allons, si vou le 

vou^^z bien, jeter un coup d'œil rapide sui leur carrière et sur 

d Ï' n r. P™;'t""'"« -î»'' "- '«"fi'- '•^ Hudifféreuce ou 
de 1 ncréduhté, les a conduite ou mmenés à la croyance 
Aussi bien, une telle .-, .i,se. tout imparfaite c-'elle pu sse 
êt« ne aaurait être , . ,„t sans profit. QuJide même" 

etllWll'*'"'?^ • ^^fo^'fi»»' «""l'étude de l'âm 
et de I intelligence humaines en lutte avec la vérité, et kIo 
nensement vaincues par ellel C'est Lacordaire qui a dit- 
Pour un chrétien, les chemins mystérieux par où Dieu 

s^cta'c "" ;" ' " "" "" ""'"''" ' ^o ■'"'«'^ -" -- 
spectacle qui 1 emporte sur tous les autres, et dont le charme 

ne s épuise jamais." 



î: 



M. Ferdinand Brunetière est, sans conteste, l'une des som- 
mités intellectuelles de notre époque. Relativement jeune - 

unlbr- i " f° V" ^«^^'-''^^i-'^»' écrivain a fourni déjà 
une brillante carrière. •' 



— 818 — 

Après avoir étudié au lycée de Marseille et au lycée Louis- 
le-Grand, à Paris, il débuU comme écrivain par quelques 
articles de critique publiés dans la Revue politiçue et litté- 
raire. En 1875, il entra à la Rewe de» Deua-Mjndcê, qu'il 
n'a jamais quittée depuis cette date, et dont il est devenu le 
directeur il y a sept ans. En 1886, il a été nommé maître 
de conférence» à l'Ecole normale supérieure. En 1894, l'Aca- 
démie française lui a ouvert ses portes. La liste suivante 
de ses ouvrages donnera une idée de son immense labeur : 
Etude» critiques mr l'histoire de- la littérature française, 
six volumes ; ïEvolution des genres dans l'histoire de 
la litiérature, un volume ; YEvoliUion de la poésie lyri- 
que en France xu XJX' sUele, àeux volumes ; les Epoquec 
du théâtre français, un volume; le Roman naturaliste, un 
' olume ; HiMoire et Iiittérature, trois volumes ; Questions 
et nouvelles questions de crUique, deux volumes ; Essais et 
nouveaux essais de littérature contemporaine, deux volu- 
mes ; Manuel de l'histnre de la littérature française, un 
volume. Il a publié en outre diverses brochures : Science 
et religion, La moralité tfo la doctrine évolutive. Education 
et in-itruction. Après le procès, etc. 

L'œuvre de M. Brunetière a été avant tout une œuvre de 
critique. (Jette branche de la littérature a pris de nos jours 
une extraordinaire importance. Son domaine s'est agrandi, 
son objectif s'est haussé, sa compréhension est devenue plus 
vaste. Elle a fait alliance avec l'histoire, l'érudition, la psy- 
chologie, l'éloquence. Elle a rompu le cadre étroit qui la 
confinait dans l'étude littérale et terre-à-terre des œuvres de 
l'esprit. A côté du livre à apprécier, elle s'est préoccupée de 
la vie de l'auteur, de son caractère, du milie.' où se sont 
développées ses facultés, de l'époque oii il a vécu, de ses 
tenants et aboutissants intellectuels et sociaux. Elle a 
poussé ses investigations sur le terrain des mœurs et des 
événements politiques. En un mot elle a cherché partout 



— 819 — 

etleTr '/'tl'« "''"•'«'"-«'««' .ur l'homme. la doctrine 

lÏe H •" ^'"""'- ^"'" ""'' 1"'^"" «" devenue 

LnltraiL~ '" «"" ""-''^^»'"«' ^« '* ""^™'"- 
Oe même qu-il y a différentes famille, de philosophe,, 
dh„to„e„, et de poète,, de même aussi il y a différente 
familles de criUque,. Jules Lemattre.-l'un de, priZde 
kcr«.que actuelle, et 1-uu des plus illustre, riv^ de M 

^, Teste V 't " "^'" ""« ^ "^ Pi'ï"-'* " de 
^è, este allure : Il est. dit-il, pour le moins deux façon, 

de....r.dre la critique des œuvres littéraires. D^n, le 

premier cas, on cherche si l'œuvre est conforme aux loi! 

provisoirement "nécei^aire, " du genre auquel elle appa" 

tient, ou „mp ement aux exigence, ou habitudes de l'esprit 

et du goût latins, et d'autres fois, si elle est conforme aux 

intérêt, de la moralité publique et de la conservation sociale 

Ou bien quand l'œuvre est d'importance et qu'on veut 

élever se, vue,," on s'efforce de la situer historiquement 

dans une ,é„e de productions écrites; ou bien on recherche 

rl""""'°5 """>"' '^""^ '" développement, la dégéné- 
rescence ou la transformation d'un genre-Ies genres litté- 
r .res étant considéra, comme uu je ne sais quoi de vivant 
et d organique, qui existerait indépendamment des œuvre, 
particulières et de, .arveai- où elles on. été connue, 
Cette cntique-là, qui „'est qu'une idéologie, exclut presque 
entièrement la volupté qui natt du contact plein, naïf,\t 
comme abandonna, .vec "œuvre d'art. Elle nous demande 
en outre, de cont.r ,1s actes de foi. Et eUe suppose, chez 
ceux qm la pratiquent, une grande superbe intellectuelle 
une extrême surveillance de soi. et comme une terreur de 
dlT ,'^'""™/''™^ 1»» des démarche,, jeux et prouesses 
dialectiques de son propre esprit. On m'a mpporté que l'écri- 
vam incroyablement vivace et impétueux qui représente 



■■31 - 



— 820 — 

chez nous cette école critique disait un jour à un confrère 
suspect d'indolence, d'ingénuité et d'épiouréisme littéraire : 
"Vous louez toujours ce qui vous phtt. Moi, jamais!..." 
J'ajoute que cette critique ascétique et raisonneuse, difficile 
à exercer supérieuiement, est de ces emplois qui supportent 
le mieux une médiocrité honorable, 

" L'autre critique consiste à déiinir et à expliquer les im- 
pressions que nous recelons des œuvres d'art. Elle est 
modeste ; toutefois ne la croyez pas forcément insignifiante. 
Les raisons qu'on donne d'une impression particulière impli- 
quent toujours des idées générales. On ne la peut motiver 
sans motiver à la fois tout un ordre d'impressions analogues. 
Et, sans doute, le critique " impressionniste " semble ne 
décrire que sa propre sensibilUé, physique, intellectuelle et 
morale, dans son contact avec l'œuvre à définir j mais, en 
réalité, il se trouve être l'interprète de toutes les sensibiUtés 
pareilles k la sienne. Et ainsi il n'y a pas de " critique indi- 
vidualiste." Celle qu'on appelle aicsi, au lieu de classer les 
ouvrages, classe les lecteurs (ou les auditeurs). Mais ne 
voyez-vous pas que classer ceux-ci, c'est, au bout du compte, 
distribuer en groupes et juger ceux-là, et qu'ainsi la critique 
.subjective arrive finalement au même but que l'objective, 
par une voie plus humble, plus couverte et peut-être moins 
aventureuse, puisqu'on est beaucoup moins sttr de ses juge- 
ments que de ses impressions ? " 

Dans ces portraits, enlevés d'un crayon si vif, mais où la 
complaisance de l'auteur pour l'un des deux genres qu'il 
décrit se trahit si visiblement, M. Lemaltre a prétendu tra- 
cer la physionomie de la critique pratiquée par le direcieur 
de la Revue des Devx-Monde», et de la critique pratiquée 
par lui-même. Le critique raisonneur, c'est M. brunetière, 
le critique impressionniste, c'est M. Jules Lemaltre. Inutile 
de vous mettre en garde contre la partialité, bien naturelle 
d'ailleurs, de celui-ci pour le genre dans lequel il excelle. 



-821 — 

VoM avez «nU, en l'entendant, qu'il plaidait pro domo ■ et 
jedoieiUouter qu'il y n.et.«t d'autant plu, d'entiain que 
M. Brunebère.de,on côté, n'avait paa ménagé " l'impre^ 
..onnisme la critiq-v, personnelle, individualUte, celle où le 
M<n trop librement s'épanohe et se met au large. Ainsi, dan, 
J.n article de la S^ue de. Beu..Monde,. il iti avail W 
les traits suivants . " Si M. l'aul Bourget, en définissant le. 
caractères du roman psychologique, a voulu provoquer une 
discussion d'art, la critique eu général a semblé ne pas s'en 
apercevoir ni se douter seulement de l'intérêt ou de l'impor. 
tance de ces idées I^ uns se sont donc démbés, en décla- 
rant que la polémique engagée sur la question du roman 
d analyse était un peu vaine à leur, yeux," et en ajoutant ■ 
comme tout ce qui tend à trop définir et à enfermer trop 
.tnctement dans de, règles étroite, le génie ou le talent de 
1 écrnram. C'est avec ce bel argument que sous prétexte 
de libéralisme et de largeur d'esprit, on en arrive à faire du 
plaisir personnel et présent qu'un roman ou un tableau nou. 
procure, le juge unique et souverain de sa valeur d'art Com- 
ment cependant ne voit-on pas ce que cette manière d'enten- 
dre la critique a d'innocemment insultant pour l'artiste, 
quelle réduit à la condition d'amuseur public, et pour le lec 
teurquinestqu. larement curieux de savoir ce qui nou, 
plaît ou ce qui nous déplaît, à nous qui lui parlons? Le bon 
critique ne met pas le public dans la confidence de se, goût, 
et, dans un genre faux, bâtard ou douteux, il n'est écrivain' 
qui ne perde la moitié de son talent." 

C'est à cette censure, et i plusieurs aut.«s analogue,, que 
Jule, Umattre répondait ainsi dans la préface du sixième 
volume de se, Contemporains: "Il y a dan, une Hevue 
Illustre, un écrivain que je respecte et que j'admire infini- 
ment. Depuis quelque temps, il ne peut plus écrire une 
page san, marquer mn dédain et son antipathie pour ce qu'il 
appelle U littérature et la critique per«>nnelle,. (Au fait 



»■■•' 



Pi 



— 822 — 



est-ce que œ ne aeTsit paa de la " littératara penonnelle," 
l'expregnoD si fréquente et si véhémente de cette antipathie ?) 
Il traite avec moquerie les critiques qui parlent trop d'eux- 
mimes, et qui à cause de cela ne seront jamais que de "jeunes 
critiques." Et, par malheur, comme il est grand dialecti- 
cien, il appuie ce sentiment d'excellentes raisons. Et chaque 
fois, bien qu'il n'ait peut-éti« nullement pensé à moi, je 
prends cela pour moi, je m'humilie, je rentre en moi-même... 
afin d'apprendre à en sortir, ou à faire semblant. 

" (Et, chose admirable, je n'ai jamais tant parlé de moi que 
depuis qu'on me le reproche, justement parce que je veux 
m'en défendre). 

" Oui, je songe quelquefois à me corriger. Il me semble 
que cela ne serait pas tios difi^cile. Je vous assure que je 
pourrais, comme un autre, juger par principes et non par 
impressions. On me traite d'esprit ondoyant Je serais 
fixe si je le voulais ; je serais capable d'appuyer mes juge- 
ments sur des principes généraux d'esthétique ; bref, de faire 
de la critique peut-être médiocre, mais qui serait bien de la 
critique. 

" Seulement alors, je ne serais plus sincère. Je dirais des 
choses dont je ne serais pas sûr. Au lieu que je suis sûr de 
mes impressions. Je ne sais, en somme, que me décrire moi- 
même dans mon contact avec les œuvres qui me sont sou- 
mises. Cela peut se faire sans indiscrétion ni fatuité, car H 
y a une partie de notre " moi, " à chacun de nous, qui peut 
intéresser tout le monde. Ce n'est pas de la critique ? Alors 
c'est antre chose : je ne tiens pas du tout au nom de ce que 
je fais." 

Mais tout ceci est une digression. Quelle que soit la part 
de vérité ou d'exagération qu'il peut y avoir dans cet échange 
d'appréciations divergentes, il n'en reste pas moins certain 
que le genre de M. Brunetière est supérieur à celui de M. 
Lemattre par la portée morale et philosophique. L'auteur des 



— 828- 

Contemporairu et dea Imprearionê dé Théâtre e«t un éori. 
vam charmaut. .pirituel, primesautier, plein de yivaciW et 
de goût ; Il atteint parfoi, réloquence. comme dan. >on admi. 
rable étude .ur LouU Vouillot. Maia ,„n dilettantisme 
exoewif et sa mobilité de jugement n'en font pas un guide 
toujouraeûr comme orifque littéraire. Ai.je besoin d'ajouter 
devant cet auditoire, que malgré les services qu'il rend à de 
nobles causes, depuis deux ans. il n'est malheureusement pas 
un croyant et qu'il faut se défier de ses œuvres ? 

M. Brunetière est tout l'inverse de Jules Lemaltre. C'est 
un traditionnel. Il a des doctrines fortement raisonnées et il 
les applique d'une façon magistrale dans ses jugemente et 
ses études sur les livres et sur les auteurs. Sa critique ne 
saiTête pas à la forme; elle s'enquiertdes idées, elle pénètre 
au fond de l'œuvre, et elle rend des arrêts le plus souvent 
équitables et toujours consciencieux. 

Il y a eu dans la carrière de M. Brunetière plusieurs dates 
fameuses, et l'on y peut distinguer plusieurs campagnes mémo- 
rables. Nous ne saurions nous dispenser de signaler ici son 
long et persévérant combat contre le naturalisme. Né de 
Balzac et de son œuvre énorme, érigé en principe d'art par 
Gustave Flaubert, pratiqué vec une minutie plastique par les 
Goncourt, avec une dexténié de plume et une puissance 
d analyse incontestables par Alphonse Daudet, le naturalisme 
qui a était d'aborf appelé le réalisme, descendait à l'égout sous' 
I impulsion de M. Emile Zola, aux alentours de 1875 ■ et par 
un monstreux phénomène, il entraînait la masse des 'lecteurs 
vers les cloaques où se complaisait U verve brutale de l'autour 
du Ventre de Pari,. La critique, oublieuse de ses devoii-s. pac- 
tisait avec cette dégénérescence des lettres, et le public sur. 
pna par l'audace de cette invite aux instincts grossierâ qui 
«.sent dans les bas-fonds de la nature humaine, commençait 
à faire au romancier pomographe ce honteux succès qui res- 
ter. 1 un des .oandaks du XIX« siècle à son déclin A ce 



I! 



— 824 — 



moment, M. Brunetière entra en acène. Le 1" avril 1876, la 
Jtemi» du Deux-Mondeê lui ouvrait mi portée, et il y 
publiait son premier article intituM : " Le roman naturaliste 
en 187S." Il n'avait que vingt-aix ana, maia son talent était 
déjà très mûr. L'intriSpide écrivain se jetait en travers du 
torreut de fauge qui menaçait de submerger la littérature et 
la société françaises. 11 s'attaquait à l.i fameuse séria des 
Bougon-Macquart dont cinq volumes étaient déjà publiés, et il 
lui consacrait des pages vengeresses : 

" L'auteur y a dépassé tout ce que le réalisme s'était en- 
core permis d'excès, écrivait-il. On imaginerait difficilement 
une telle préoccupation de l'odieux dans le choix du sujet, de 
l'ignoble et du repoussant, dans la peinture des caractères, 
du matérialisme et do la brutalité dans le style. " Je vou- 
drais, nous II; li. Zola dans une préface récente, coucher 
l'humanité s»' une page bUnohe, toutes les choses, tous les 
êtres, une œuvre qui serait l'arche immense,"— noble et 
vaste ambition sans doute, mais l'humanité n'est-elle donc 
enfin composée que de coquins, de fous, et de grotesques î 
L'artiste a bien des droits ; il n'a pas celui de mutiler la 
nature, et certes il est étrange qu'on refuse d'ouvrir les yeux 
à la clarté du jour, et de comprendre une twnne fois que cette 
affectation de dénigrement n'est pas d'un parti-pris moins 
étroitf.d'une convention moins artificielle, d'une esthétique 
moins fausse que les prétentions surannées du temps jadis h 
la noblese . Ajouterai-je que des intentions de satire poli- 
tique et de représailles, qui devraient rester absolumer^ 
étrangères à l'art, parce qu'elles sont contradictoires à ses 
lois, ne sauraient e cuser les crudités révoltantes et mal- 
saines que M. Zula semble prendre plaisir à prodiguer dans 
ses romans 7... Quel monde que celui où M. Zola nous pro- 
mène, et quelle imagination malade que celle qui prétend nous 
intéresser à des personnages qui ne sont pas seulement cri- 
minels ou vicieux, (il dépendrait de l'art du romancier qu'on 



— 828 — 

l'o'l.^Z^J'*' 'T"^' ""' '^""''ement ignoble. ,1.0. la 
vulgarité dca appétit, qui la. font mouvoir I " 

M. Brnnetière n'en re.u p.. là. Cette première exécution 
fut .urne de plu.ieur, autre.. Il revint à la charge dan. une 
.éned article, intitulé.: le roman expérimental, Le, ori. 
gmeedurorm^n natunUiete. le /aux naturatUme. A pro. 
po. de Po^.BomUe. Il f„,Ugea «.n. merci l'œuvre efle, ' 

voulue du langage et la vulgarité délibérée de. .ujet.." Il lui 
fit une guerre .an. trêve ni merci. Il lui jeu un jour à la 
figure cette terrible citation d'un maître d'une littérature 
étrangère; •• II faudra qu'un auteur accoutume ,on imagi- 
nation à con.idérer ce qu'il y a de plu, vil et de plu. ba. dan, 
la nature; .1 « perfectionnera lui-même par un m noble 
exercice.- oe,t par là qu'il parviendra à ne plu, enfanter que 
de. pen.ée. véntablement .et foncièrement b.,M, ; c'e.t par 
rlli"'"""* ^'''" '"''"''*"' '^'"««"'P «u.dessou, de la 
Cette vigoureuse campagne ne fut pa. .an. résultat, La 
critique et une portion notable du public finirent par avoir 
honte de leur, ancieniiea faiblce, pour le malpropre hi,t». 
riogmphe de, Rougon-Macquart. Apre, Pot-Bouilie, publié 
en 1882 .1 y eut une explosion de dégoût. Mai, alor. M 
Brunetière, triomphant, put .e retourner ver, le, complai-' 
.ants de la première heure et leur crier; " Si lorsque paru- 
rent le. premier, volume, de cette HiaoÎTe naturelle et 
«maie dune famille sovs le eecond empire, il n'y avait eu 
tout d'abord, contre de, roman, de l'e,pèce du Ventre de 
Pane ou de la Curie, qu'un seul cri de réprobation ; ,i le peu 
quil y a de critique,, Mn, méconnaître d'ailleurs ce qu'il 
pouvait y avoir là de talent, avaient di,cer„é cependant où 
allait cet art, comme le qualifiait M. Zola lui-même " tout 
expérimental et t«ut matériali,te ; " ,i l'on n'avait ^^ enfin 
salué, depui, lora. dan, l'écrivain qui fait aujourd'hui, je ne 



1^ 



Iriu 



— 886 — 



•lit en quel jargon, " fumer le» vertui bourgeoiM* d*ni la 
•olenniU dee eactiiera," un mettre (car on l'a dit) de la prode 
fran<;iiiM ; à coup >fir, Je n'imagine paa que M. Zola m fût 
|>ria ji Infléchir, ni qu'il eût renoncé surtout à cette groH- 
tièretë de facture, où il lent bien qu'e«t attaché le meilleur 
de ion originalité, mais il ne fût pas devenu ce qu'il est, ce 
qu'on l'a fait, ce qu'il n'est paa pria enfin de cesser d'Stre: 
une/orc«, avec les excès de qui la critique doit et devra 
longtemps compter, puisque ses théories ont fait au moins 
cinq disciples, je pense, et l'exemple de ses succès quelques 
notables victimes. 

" Mais quoi I Nous étions trois ou quatre alors, pour 
essayer de bairer le courant. Et quand nous aflections tant 
d'audaco que d'admirer modérément la C-mquHe de Plaman», 
les mêmes gens criaient à l'impertinence, qui, changeant 
aujourd'hui d'avis avec la foule, parlent couramment daus 
leurs journaux, avec cet aplomb qu'ils ne perdent jamais, de 
" l'horrible roman de Pot-Bouille." Horrible ? je le veux, 
sans doute, et c'est bien dit. Mais en quoi plus horrible quu 
ceux qu'ils ont vantés ? c'est ce qu'ils oublient de nous 
démontrer. Ce sont aussi les journaux où l'on ue se faisait 
faute, vers le même temps, de prendre publiquement coutru 
les tribunaux la défense des éditeurs qui réimprimaient 
VArétin, mais où l'on se lamente aujourirhui quotidienne- 
ment sur cette honteuse gangrène, qui gagne en effet et 
s'étend tons les jours, de la littérature pornographique. Taut 
il est extraordinaire, à ce qu'il parait, de récolter ce que l'un 
a semé ! " 

Cette page donne une excellente idée C i genre de M. 
Brunetière. On y voit se manifester la fermeté des principes, 
la conscience, la vigueur, l'autorité, l'éloquence du trait, qui 
distinguent son talent 

Mais je m'attarde loin du but principal de cette causerie. 
Je regrette de ne pouvoir que voua signaler eu passant une 



— 8J7 — 

•utre Dunifatution du génie critique de M. Brunetière ■ s. 
théorie d. 1-évolutioa de, genre.. Je me borner.i * citer ici 
queUiue. ligne, dan. Ie«,uelle. un ëcri».in, jo.ii««nt d'une 
réelle aulorité, en a parlé en excellent, terme. ■ •■ Il fut 
historien littéraire autant que critique, écrit M. Emile Faguet 
Il avait, comme historien littéraire, le don do voir le» 
eneemble. et le. mawe. et de localiaer avec .ûreté le moindre 
fait littéraire dan. le groupe de cauw, et d'effet, auquel il 
était naturel et rationnel qu'il fût attribué... C'e.t de cette 
habitude non «ulemeiit excellente, mai. néc-waire et uns 
Uquelle le biographe littéraire peut exi.ter, mai. non l'histo- 
rien littéraire, ce qui revient à dire que .an, elle l'hi.toire 
littéraire n existe point, qu'est peu à peu «rtie l'invention la 
plu, originale, peut-être la plus féconde de M. Brunetière et a 
aquelle «m nom reatera attaché, à ..voir U théorie de l'évo. 
mtion de. genres. M. Brunetière voit h» genre, littéraire. 
oonm* de. «pèce. dan. le règne végétal ou le rtgn. 
Mim.1^ et 11 le. voit évoluer comme évoluent le. e.pèces 
végétale, et animale, dan, la nature. Le. genre, littéraire 
n..«entà létat d'ébauche, prennent peu à peu le, organe, 
qm leur «int nécesMire^ arrivent à leur vie pleine et corn- 
plète, .arrêtent ou wmblent s'arrêter un insUnt dan. cette 
pl^uiti- It, yu., déclinent, pui. se transforment en d'autre, 
ge' r.M, [.itKiuefois très différent, en apparence, dans lea- 
quel. Ils revivent et se développent à nouveau, et ainsi 
indéfimraent. Suivre un genre littéraire dan, toute mu 
évolution d'abord, puis, quand il semble se perdre dan, 
M transformation, pui, dans tous le. pwce^u, de cette 
végétation ou plutôt de cette vie nouvelle, c'est l'office 
même que .e doit proposer l'historien littéraire qui croit 
que 1 histoire littéraire peut être une science... Quelque, 
objections que l'on puisse faire à c^tte grande théorie littémire 
Il faut bien convenir qu'elle est la production d'un esprit sin-' 
gulièrement vigoureux et qu'elle peut donner de. résultat. 



m 



il. 




1 


Il fi' 



infiniment intéressants. Â tout le moins elle a la valeur 
d'une méthode d'investigation historique, morale et littéraire 
tout ensemble ; et cette méthode est toute nouvelle. Ce n'est 
pas d'une médiocre intelligence de l'avoir inventée, et ce n'est 
pas une médiocre gloire de lui avoir donné son nom." 

Quelque désir que j'aie de me hâter, je ne saurais m'abs- 
tenir de faire ressortir encore l'un des côtés les plus remar- 
quables do talent et de l'œuvre de Brunetière ; c'est sa con- 
naissance approfondie, sa science prodigieuse et sa merveil- 
leuse intelligence du XVII* siècle et de toute la littérature 
classique. On a écrit de lui avec raison : " M. Brunetière 
est fort savant ; il a mieux qu'une teinture de toutes choses. 
Sur le XVII* siècle, son érudition est imperturbable. Il est 
visible qu'il a lu tous les classiques, et tout entiers. Cela n'a 
l'air de rien : combien, même' parmi les gens " du métier," 
en ont fait autant 1 Histoire, philosophie, romans, poésie, 
beaux-arts, et de tous les pays, il sait tout ; on dirait qu'il a 
tout vu et tout lu. Toujours on sent sous sa critique un 
fonds solide et étendu de connaissances multiples et précises, 
placées dans un bon onlre. Il a donc ce premier mérite, aussi 
rare que modeste, de connaître toujours parfaitement les 
choses sur lesquelles il écrit, et même les alentouiB." 

M. Brunetière est non seulement écrivain; il est aussi 
orateur, et ceux qui l'ont entendu à Montréal et à Québec 
peuvent dire quelle est la puissance de sa parole. Ainsi armé 
pour la lutte, il a généreusement payé de sa personne et de 
son éloquence dans les controverses récentes. Et il a réuni, 
l'année dernière, en volume quelques-uns de ses Diacmira de 
combat ; — c'est le titre du livre, l'un des plue intellectuels, ai 
je puis ainsi m'exprimer, et des plus nourris d'idées qui aient 
paru en ces derniers temps. 

Un de ces discours fut prononcé à Marseille, en 1896. II 
est intitulé VIdie de patrie, et il constitue un plaidoyer enle- 



— 829 — 

vant en faveur du patriotisme contre l'internationalisme des 
dangereux utopistes qui voudraient abolir toutes les fron- 
tières, et se proclament " citoyens du monde ", et ce vil 
individualisme des égoïstes jonisaeure, dont la devise est : 
" im bme, ibi patria, là où l'on jouit, là est la patrie." 
Laissez-moi, messieurs, vous dire une page vibrante que 
j'emprunte à ce discours : 

" Une patrie, c'est encore une histoire. Qui donc a lancé 
dans le monde cette parole si fausse, et qu'on va si souvent 
répétant sans y prendre garde: Beureux les peuples qui 
n'ont pas (ehistoint Ingrats que nous sommes I et, blas- 
phémateurs 1 Heureux les peuples qui n'ont pas (Thistoin. 
Et oui I sans doute, si nous ne sommes destinés qu'à faire 
nombre dans la foule obscure ; si notre idéal n'est que de végé- 
ter comme U plante, aux Ueux où nous sommes nés : si nous 
mettons le bonheur dans l'inertie; si nous nous faisons de 
notre égoïsme une prison confortable, un sérail ou un harem ! 
Mais, au contraire, avoir une histoire, si c'est avoir vraiment 
vécu ; si c'est avoir éprouvé tour à tour l'une et l'autre for- 
tune et ressenti peut-être autant de douleurs que de joies ; si 
c'est avoir connu l'ivresse de la victoire et le deuil de' la 
défaite ; si c'est pouvoir revivre en imagination, ou, disons 
mieux, si c'est sentir comme couler dans ses veines la mé- 
moire fluide de tout un glorieux passé, oh ! alors, messieurs, 
bien loin de les envier, plaignons les peuples qui n'ont pas 
d'histoire I et ne nous étonnons pas que l'idée de patrie, 
manquant chez eux de son fondement le plus solide, y manqué 
aussi de largeur, de force et de générosité. Il n'y a point de 
patrie sans une longue histoire qui en soit ensemble le 
support, la justification, le principe de vie et de rajeunisse, 
ment perpétuel." 

Nous voici rendus, messieurs, au moment déoisif de cette 
féconde carrière. Lorsque M. Brunetière prononçait ce dis- 
cours sur " l'Idée de patrie," son évolution religieuse était 



— 880 — 



déjà commencée. Voua en connairaez comme moi la genèse, 
et je ne réclamerai ce soir d'autre mérite que celui de la 
résumer et d'en préciser à vos yeux les étapes. Parti des 
obscures régions de l'indifférence religieuse, ce vigoureux 
esprit a parcouru un long chemin avant d'arriver au point où 
il est parvenu aujourd'hui. Longtemps, il est resté étranger 
aux préoccupations doctrinales. 11 s'absorbait dans ses fortes 
études, dans ses travaux de critique savante et autoritaire, et 
les problèmes religieux le touchaient peu ou point. Un jour, 
cependant, il rencontra Bossuet sur sa route laborieuse. Ce 
géant intellectuel conquit son admiration et son respect. Il 
pénétra dans l'oeuvre prodigieuse et sublime du grand orateur 
et du grand docteur. Il en fit le tour avec un étonnement 
enthousiaste. Fuis il en étudia à pas lents les détails. Il 
absorba la substance de ces immortels écrits, le Discours 
sur l'histoire universelle, l'Histovre des Variations, la 
Connaissamie de Dieu, les Sermon», etc. Au rayonne- 
ment de ce génie profond et lumineux, il aperçut l'inanité 
des fastueuses prétentions d'une certaine science qui se 
proclame, de nos jours, la rivale victorieuse de la foi chré- 
tienne. C'est alors que dans un article fameux de la Revue 
des Deux-Mondes, il en signala la faillite, au grand scandale 
de M. Berthelot et de tout le clan libre-penseur, outré de 
cette trahison. Cet article qui a fait tant de bruit, et qui 
était intitulé : Après une visite au Vatican, et non pas : 
La banqueroute de la science, comme un bon nombre le 
croient et l'écrivent couramment, parut dans la Revue des 
Deux-Mondes du 1" janvier 1895. L'auteur était revenu de 
Bome depuis quelques semaines, et il entrait eu matière par 
nue allusion à l'audience qu'il avait eue du Souverain Pontife 
Léon XIII. 

" Le 27 novembre de l'année qui vient de finir, écrivait-il, 
j'ai eu l'honneur d'être reçu par Sa Sainteté le Pape Léou 
XIII, en audience particulière. Ce qu'il a bien voulu me 



— 881 — 
•lire, on ne s'attend sans dmif. — 

oon..e r„n dit^e L LS^/trirOn" "'""• 
PM. et j'espère que le lecteur n/Z. u ° '"'"''«™ 

dans les pages qui suivr." "° "'""'"""» P" »«"" «"«^ 

aciei^Tr^qu- ïïLr :r "-' """"'- <•- •» 

l'humanité moderne ÉTrl """'' ''™''«" fe'tes à 

de, questions fonZenls ÏS ?*" '"' '* '""•'"' 
notre origine, à notre destinée ZZ^' *" ""'"^''' ^ 
Boience avait été in.puissant;Vtel " "^ "''"'"'"' '» 

'«ires. .. Si ce ne sont I là d^ Z '"'«^««""'"'^ '<S-^- 
di»iM,ce sont dun.oirdes"Ilï'"r"'"'^" '°'»H 
conçoit assez aisément !!,'n "' P*'"»"*^' «' '■<"> 

tierce." conséTuttn t' rs:;rr::i "^ -^^'^ "« ■« 

et la Keligion a racnnr,,,; P*"^" ""■ P'estige. 

Brunetiére' Lontr^rLT XHlT '^ "°'"" '"''' «' 
l'œuvre pour prouver au 1 H 1 '"'""" ha-^iment à 

donner irjrr:rL'::rsi""''-' 

le décevant miraae " L'ill„.f~ ..,,""» "«"entrevoir que 
prés souve^inT^n, la ^^ce l'Ïo ^"7^ * »«" 
a oompris ce que l'on attendit du plus^r^^d"' '"'""'"'^'' 
qui soit parmi le, homme, et le plus'anc^ 'C?" """" 
a lancé la barque de S»,nf P- ! ^''^''"«'ent, il 

.ièole. et ni l'imluoaité 7 ? '" '" """ °™8euse du 






— 882 — 

ensuite que le catholicisme est une doctrine, une tradition, 
un gouvernement, une psychologie, une théologie, une socio- 
logie. Il recherchait les points de contact et d'entente que 
les hommes de bonne volonté peuvent avoir avec l'enseigne- 
ment de l'Eglise. Il en trouvait et en exposait plusieurs et 
des plus importants. Puis il s'écriait, en terminant ; " La 
conclusion est évidente. Lorsque l'on tombe d'accord de deux 
ou trois ou quatre points de cette importance, il n'y a pas 
même besoin de discuter les conditions, ou les termes, d'une 
entante ; — et elle est faite." 

Cet article prit les proportions d'un événement. Il provo- 
qua un véritable déchaînement de fureur dans le camp des 
sectaires et des professionnels de l'impiété. . On dénonça, on 
cribla de répliques acerbes le courageux écrivain. On orga- 
nisa un banquet de protestation en l'honneur de M. Berthelot, 
ancien ministre, sénateur, secrétaire perpétuel de l'Académie 
des sciences, qui avait défendu contre Ini la science outragée. 
Pourtant M. Brunetière n'avait fait aucune profession de foi. 
Il avait même froissé les convictions catholiques, par exemple 
dans le passage suivant : 

" La foi n'est affaire ni de raisonnement, ni d'expérience. 
On ne démontre pas la divinité du Christ ; on l'affirme, ou 
on la nie ; on y croit ou on n'y . croit pas, comme à l'immor- 
talité de l'&me, comme à l'existence de Dieu." Cette parole 
provoqua une critique assez sévère de M"' d'Hulst, dans la 
Berne du dergi français. " Cette ignorance de la nature de 
la foi, écrivit-il, est pour nous, chez un homme qui a tant 
fréquenté Bossuet, l'objet d'un premier étonnement. M. Bru- 
netière nous en réservait un second, en classant l'immortalité 
de l'âme et l'existence de Dieu parmi les choses qui ne se 
démontrent pas. Ici encore, s'il y a une lacune, c'est bien 
celle de la philosophie." M. Brunetière répondit au distingué 
prélat avec vivacité: " M" d'Hulst le prend, en vérité, de 
bien haut. Je ne m'attendais pas, de sa part, à cette leçon. 



— 838 — 

et je la trouve un peu bien pédantesque. Mais je me conten- 
terai de faire observer à M" d'Hulst que si j'avais entendu 
comme lui,— je veux dire comme le catholicisme,— la nature 
et les rapports de la " raison » et de la " foi ", je n'aurais pas 

écnt dans la même page : •' Nous ne sscriBeron ni l'indé- 

pendance de notre pensée "... Quel besoin aurais-je eu de 
"réserver "l'indépendance de ma pensée si j'acceptais dans 
son intégralité l'enseignement de l'Eglise." I! m'aurait suffi 
de me déclarer " catholique " tout uniment, tout simplement." 
Donc, à ce moment, M. Brunetière n'était pas catholique. 
Mais il avait parlé d'une entente avec le catholicisme, et c'en 
était assez pour faire hurler les libres-penseurs. Ceux-ci se 
trompaient lourdement s'ils croyaient l'intimider par leurs 
clameurs. Il demeura calme au milieu de l'orage. On vit à 
ce moment qu'il n'était pas seulement un lettré, et un érudit, 
mais qu'il était de plus un penseur et un polémiste redou- 
table. Il ne recula pas d'une ligne. Mais il continua son 
évolution progressive. Chacune de ses étapes fut signalée 
par un article ou une conférence remarquables et remarqués. 
• Son discours sur le " Besoin de croire," prononcé à Besançon 
le 19 novembre 1898, fut une des manifestations les plus 
saisissantes du travail qui se faisait dans cette intelligence et 
dans cette âme. Il y établissait d'abord que le besoin de 
croire est " non seulement inhérent mais naturel à notre 
nature." qu'il est une loi de notre organisation intellectuelle 
ou morale, et une loi dont le caractère de nécessité est aussi 
certain que celui de toutes les lois de notre organisation 
physique. Il y démontrait, en second lieu, que la croyance 
est le fondement nécessaire d« l'action pratique, de la science 
et de la morale. Mais au moment où le développement 
logique de son sujet l'amenait au seuil du surnaturel, il 
s'arrêtait court, et s'écriait avec une noble et courageuse 
franchise : 

" Si je voulais aller plus loin, je sortirais de mon sujet, et 



i 1 



— 884 — 

surtout de mon domame, je paaaerr!a du terrain de la psycho- 
logie et de l'apologétique sur le terrain de la tluSologie, Je ne 
m'en sens pas la force, et je ne crois pas en avoir le droit. 
Je ne crois pas non plus avoir le droit, et dans un sujet d'une 
telle importance, je crois mtme avoir le devoir de ne pas 
m'avancer au delà de ce 4^e je pense actuellement. C'est 
une question de franchise, et c'est une question de dignité 
personnelle. Quel que soit le pouvoir de l'intervention de la 
volonté dans ces choses,— et il est considérable,— aucun de 
nous n'est le mettre du travail intérieur qui s'accomplit dans 
les &mes. Mais, si quelques-uns de ceux qui m'écoutent se 
rappellent peut-être en quels termes, ici même, il y a bientôt 
trois ans, je terminais une conférence sur la SenaUsance de 
l'icUalisrM, ils reconnaîtront que les conclusions que je leur 
propose aujourd'hui sont plus précises, plus nettes, plus voi- 
sines surtout de l'idée qui voua a rassenibléa en congrès ; — 
et pourquoi, si c'est un grand pas de fait, n'en ferais-je pas 
un jour un autro, et un plus décisif ? " 

Ces paroles étaient bien significatives. Elles entr'ouvraient 
le rideau derrière lequel se poursuivait la transformation du 
critique sollicité par la foi. Elles faisaient naître une espé- 
rance qui ne devait-pas tarder à se réaliser. 

L'iUustie écrivain poursuivit sa marche ascendante. A 
deux ou trois reprises il alla tranquillement chercher à Rome, 
au foyer de la vérité chrétienne, des éclaircissements, des 
impressions et des idées qu'on ne rencontre pas ailleurs avec 
la même intensité de lumière et de perauasion. Et enfin, 
comme résultat de ce long travail intellectuel et psycholo- 
gique, M. Brunetière en est vepu à se proclamer catholique. 

Il y a un an, à Besançon, invité par la conférence de Saint- 
Thomas d'Aquiu à traiter ce sujet : " Ce que l'on apprend à 
l'école de Bossuet ", il est entré en matière par la déclaration 
suivante qu'un grand nombre d'entre vous ont lue sans doute, 
mais qui est de celles dont la répétition ne fatigue pas : 



— 88S — 

" Monsieur le prisident, 

■_• Je vous avone que je suia un peu confus. Je sais bien 
qu on ne «, voit jamais bien soi-même et je n'étais pa, 
habitué à me voir «,us un jour si lumineux. Permettei-moi 
de remeraer la conférence de Saint-Thomas d'Aquin de 
, m avoir donné cette sensation très douce, mais aussi très 
dangereuse, de mon importance. 

" En réalité, je ne croyais pas avoir tant fait en m'atta- 
quât aux ennemis que vous venez d'énumérer. J'ai fait 
d abord ce que me dictait ma conscience, par phUosophie. 
comme un homme qui comprend les choses de son temps 

J ai vu qu'il existait une certaine école dont les adepte, 
avaient la rage de se mettre toujours en scène, et de ne 
parler d autre chose qu'à propos d'eux-mêmes. Et ce que i'ai 
ressent, dabord, c'était un mouvement de mauvaise humeur 
qu. répondait, je le compris plus terf, à des choses plus 
cl8.res et plus certaines. 

"Cet individualisme avait plus que des conséquences lit^ 
téra.re8; céta.t une sorte de dissolvant moral, un agent de 
d.8.ocat.on des idées traditionnelles sur lesquelles la France 
ava.t vécu jus-, 'alors. 

" AI0.B je me suis élevé plus haut. J'ai vu que c'était un 
devoir pour moi de ne pas me retirer dans la tour d'ivoire au 
moment du combat. Et petit à petit, parmi tout ce que 
J«pprena.s à l'école de Bossuet. j'ai appris ce qu'était le 
oathoLcsme. J'ai su qu'il brisait de t«ute manière l'indiffé- 
renbsme et qu'il minait l'internationalisme dont vous noua 
pari.ez tout à l'heure. Et. indépendamment de toute idée 
personnelle, il me suffisait, pour me déclarer catholique de 
vo.r que le oathoUcisme et la grandeur de la France étaient 
deux choses .nféodées l'une à l'autre. • 

"Et, depuis, plu, j.„iét„di^_p,„,j,^i ^^_ p,_^^ .,^. ^^^ 

plus j a. franchi les épreuves si nombreuses du temps présent," 



''M 



* • 

1. . 1 

:*^ SOI 



.1-; 



II; 

f 
1^ 



— 886 — 

et plue je me auia-dit catholique, avec plut d'autorité et plus 
de conviotion que jamais. 

" Et je me fëlioite que j'aie commence cette évolution il y a 
quatre ans & Besanijon, et que le tenne de cette évolution, ce 
soit encoie à Besan<^n, que je l'affirme." 

C'était là de belles et consolantes paroles. Mais M. Brane- 
tière réservait aux croyants, à l'Eglise catholique, uu grand 
Pape dont la m<tin paternelle a si providentiellement gnidé 
les pas de l'éminent critique sur les chemins de la croyance, 
une satisfaction encore plus profonde et plus complète. Le 
18 novembre dernier, il prononçait, & la séance de clAture du 
congrès catholique de Lille, nn admirable discours sur le» 
raisons aetutlU» de croire. C'était le couronnement de l'édi- 
fice, la touche finale donnée à l|œuvre sacrée qui, depuis sept 
ans, s'accomplissait dans son esprit et dans son ftme. Il y 
montrait comment, éternelles en leur fond, c'est-à-dire par 
rapport au dogme immuable, les raisons de croire peuvent 
différer d'elles-mêmes en leur forme, dans leurs relations avec 
l'esprit des âges. Il développait ensuite le sens chrétien des 
trois termes de la formule fame-ise : Liberté, é^lité, frater- 
nité. Il prouvait que le christianisme seul a introduit la 
liberté dans le monde ; que l'idée d'égalité, fausse au point de 
vue national et social, n'est vraie qu'au point de vue surna- 
turel ; et qu'enfin le sentiment de la fraternité humaine 
n'existe pas en dehors de la religion chrétienne. Puisque 
cette devise célèbre de la démocratie moderne — liberté, éga- 
lité, fraternité — n'a de fondement réel que dans le christia- 
nisme, il y a donc là, pour la société contemporaine, une 
raison très actuelle de croire en cette religioo. 

Tout ce discours est à lire. C'est une pure et profonde 
jouissance que de suivre ce vigoureux esprit dans le déve- 
loppement iogique.et puissant de sa pensée, dans l'enchaîne- 
ment intangible de son argumentation. ., Soudain, vers la 
fin du discours, il s'arrête : " Ici, dit-il, se termine le domaine 



; '3 



— 887 — 

d. l'apologétique, et oommence l'opémtion indiriduoUe et 
i»y.Mneu,e de 1, foi." Et .lor. U pmnonce oe. émouvante, 
puole^ qu. produiMut d.n. l'auditoire une iuten» .oum- 
tM>n : " Vou., cependant, qui parle, aiQM._n,e demandera-t- 
onpeat-étie. et on me l'a «.uvent demandé.-que croyez- 
TOUS ? Ce que je croie, mewieur., il me semble que je viens 
de VOUS le diro i Mais à ceux qui voudraient quelque chose 
non p«, je pen«,. de plu. net, mais de plu, explicite, je 
rtpondnu très simplement : •• Ce que ■• je crois ".-.et j'ap- 
pnie énergiquement sur ce mot^-ce que "Je crois", non 
p.. ce que " je suppose " ou ce que " j'imagine ", et non ce 
qne " je sai. " ou ce que "je comprend. ". mai. ce que 
je oroi. ailes le demander à Rome » I En matièro de 
dogme ou de morale, je ne .uis tenu que de m'assurer ou de 
prouver 1 autorité de l'Egli»,. U révélation n'a pas eu pour 
objet de mettre l'intelligence humaine en possession de " Hn- 
conn«i»,b 6 " et. s'il n'y avait p.. de mystèro dan. U reU- 
pon. je n aurais pas besoin de croire : je saurais I Evitons 
.01, messieur.. l'une des pires confusions qu'ait inventées la 
moderne critique. L'objet de la croyance et celui de U cou- 
naissance font deux. Je ne " crois " pas que deux et deux 
font quatre, m que le sembUble engendre le sembUble. ui que 
Céwr ait vaincu dans la journée de Pha«ale ; " je le sais " 
Si je .avais de la même manière, avec la même évidence, si 
J entendais avec 1. même clarté le mystère de l'Incarnation 
ou opération de la Grâce, ce ne seraient plu. de. mystères ■ 
e la croyance étant adéquate à la connaissance, ne serait 
plus la croyance ui la foi. « Fides eét argumentum rerum 
no» apparenUum ". Et r, n'est pas à dire pour cela qu'elle 
. oppose à la raison I Non. eUe ne s'y oppose point ; elle nous 
introduit seulement dans une région plus qu'humaine, où la 
«.son. étant humaine, n'a point d'accès ; elle nous donne de, 
lumière, qn. ne sont point de la raison; elle complète la 



m 
P 



— 888 — 

taiioD, aile la oontinae, elle l'âoUve, et, n je l'oee dite, elle 
It ooitronne. 

.out ce que je pu» donc faire, meHieun, devant le mys. 
tire, o'eet d'abord de m'inolioer en lilence, et c'est ce que je 
faia, mais oe que je puia faire enauite, ausai, et ce que je 
viena d'eaaayer de Caire dana ce diaoonra, c'eat de dire et de 
déduire, c'eat d'eipliquer lea raiaona que j'ai de m'inoliner." 

Je n'ai paa beaoin, n'est-ce paa, de biie reaaortir l'impor- 
tance de cette magnifique profeasion de foi. Notona-en aim- 
plement quelques traita. " Ce que je crois, allez le demander 
à Bome I " Oui, c'est M. Brunetiire, directeur de la Remu 
des Dtute-Mondeê, qui s'iuoline avec cette simplicité et cette 
netteté devant l'autorité dogmatique de l'Eglise romaine. 
L'illustra critique eut été lui-m£me bien étonné, si on lui eût 
prédit cela il y a dix ans I Sea parolea relativea au mystirn 
ne sont pas moins remarquables. Ah I combien de telles 
déclarations, sortant d'une bouche aussi peu suspecte, doivent 
faire de bien en Fiance dans les milieux intellectuels ! 

On se demandera peut-ttre de quelle nature est le catholi- 
cisme de M. Brunetiire, et jusqa'où il va. Va-t-il aussi Ir , 
que celui du vaillant et édifiant François Coppée ? Je ; 
suis posé cette question... Peut-être le catholicisme de l'n bi- 
nent critique n'est-il encore qu'un catholicisme de tête, un 
catholicisme spéculatif. Mais celui-là conduit à l'autre ; et 
les catholiques d<> tous pays doivent se réjouir de voir arriver 
dans leurs rangs une aussi illustre recrue. 



II 



Je viens de Tiiraer François Coppée. C'est en vous 
esquissant la physionomie littéraire et morale de ce sympa- 
thique écrivain qne je terminerai cette causerie. 

François Coppée est né à Paris, en 1842. Après avoir étudié 
au lycée Saint-Louis, il entre comme employé dana un des 



— 889 — 

«« (1872); iwi"t.r:'(?87r-!".!r"^ 
?«?« (1874); le. AWfa ^ i„ S ."« « ^ 
*»<«'» (1887); le. /-«^ «nZrflSBm^ r "^ 
publie et fait leDréMHtor hT/^ . ^- " ' *"'" 

rtoente. „„t 1. Bonn, sZZ^JZ'TT, ''.' "'"' 
v«nto dont je p.,le™i ,7'^"'"'«' ■««"ou d article, ^mou- 

«ttocbë Darfoi. tml ^"P™'*^ •"«« q"«'q"e raison d'avoir 
vie rieur ulilT «^""P^t»"» i des détail, influe, de la 

point rifracZ Ïax Z^tL: Z";' T " ■""" '''^'^' 
oxceUé dans U u.r™t on';^ ' f;. i^^- '^"PP^ » 
foule de petita poème, oui!™? ' *" "^ «*"" "^ 



«: 



--840 — 

toknt poétique de FnnQoi* Ooppée, «t montre, en même 
temps, quel éuit ion 4tat d'âme, au point de vue religieux, 
avant aa oonveraion : 

PRISI Dl VOtLI 

Du» U paisible rue oft Je peM« ■ouvent. 

Un Jour d'hirar, derent U porte d'un oodvent, 

Je vis, eveo fhMu, t'errAlcr Jcb uftrroMea. 

Toui le* ohereux porUieti:. •\intl que pour des nooei, 

Une rose à l'oreille [ et les lequeii poudrts 

Xt lupsrbet, toui dnritavur leurt InoUeti oambrAi, 

Se tenaient à oâté de* portiire* ouverte*, 

D'où lorteient, de veloun et d'hermine oouverte*, 

T. femme* eu regerd de f leee, eu front heuteln. 

Je tIi dcsoendre eu«*i, «ur oe trottoir lointeln, 

De* Tieilterdi abritant de Urtte* fourriei, 

Leur* poitrine* de oroix et d'ordre* ohemarrAe*. 

Toua oe* petrloien*, mux greudi ain dur* et rolde*, 

Se 6rent sur le leuil des politesBe* froide», 

Puis, mpH» maint *alut pour le céder le pa*, 

Entrèrent dan* TégUie en mettant ohapeau bai. 

Et lorsque ^lt enSn la foule disparue 

Et qu'il ne re*ta plus dans la petite rue 

Que les oarro**e* lourds aux panneaux blasonnés, 

En écoutant causer deux drdles galonnés 

Je *u* qu'il s'agissait d'une prise de Toile. 

Ainsi c'est ton rayon auprfme, d pure étoile, 

Cest, d candide fleur, ton suprême parfum, 

Qui réunissent lA tout oe monde importun I 

Que t'apporte- t-il donc " Une pitié banale. 

Lorsqu'oèrant à Jésus ton &nie virginale, 

Tu Tiendras le front p&le et Iah membres tremblant*. 

Telle qu'une épousée, en tes longs voiles blancs, 

Lorsque tu Jureras d'une voix frémissante, 

D'être pauvre toiuours, chaste, humble, obéissante, 

Et que tu sentiras un frisson dans tes os 

Au froid contact, au bruit sinistre des ciseaux 

Coupant brutalement tes boucles parfumées, 

Que B* pa**era-t-il dans les imes gourmées 



— 841 — 

D. <». h.ur.u, du Jou,, d, u«. „„ „„u„« 

f*u»r. «Il,, TO ,„ ,„„ j, j,^, ^^ ^,^1^ . 

Bt W...n. ju«,u.„ „, ^ ^„, 

Tu M,,,,™, cr^,„.„t u„ jo„ j, .„^„b.r 

Sou. 1. |„x *„„^, j, ^ ^1^^ 

C.. homu... „p,„„^, dj,^ ^,„, ,,__^ ._^^ . 

T-oubll.ron. d.». ton ,lo.,r. .in.i ,„■.„ un to^b..» I 
^ »ir!^"Î;*î ■" •""' ' *''"' '™ P«" «'"««>«». 

^u« UJ.an.iM en «eu, „„,,„„ i„i 
Pour t™, ,. „», „„„,. p„ ,., ^_,__^^^_ 
Tu toflk,. ,„ „„,i„, i„„«„„^ „ ,,„ , »■ 

lu cm, qu'il ,„ffl„ p.„, 4,„ .eul,n.,nt, 

Tu »M „ill„, ,,a„„, ,,„g^.^ ^^_ j^ 1^ ^^^^^ 

B«M Mute l.ur rigueur „co,x,pli.d,„„ ,« ,«„. 
1- f«de.u d.. péohé, du monde ..t rude et .r.,e 

^iZllT' l""'^'" "• '"^"' •<"• ■»'•'- 

Itonne, pour « perver,, .obre pour le. repu., "^ ' 
Soi. p.u,re, l'on voit tant d'evarioe, ,i„tée. • 

^uMd ce ..«.t en «in, ca,ur d'idéal „iu,, 

Tu nendr... d'aeoepter cette lent, agonie. 
Pour ton erreur .ublime, a «. .„ur, .oi. bini. 1 



m ■ 



■ 842 — 



Comme on le voit, Fran<^is Coppée n'était pas un impie ; 
il avait mStne des velléités religieuses, et son cœur de poète 
n'était pas insensible à la beauté du sacrifice chtétien. Mais 
il n'allait pas au delà, et les derniers vers du petit poème 
que je viens de vous lire montrent combien les notions de la 
foi étaient obscurcies dans son ftme. 

Mais je ne veux pas abuser de votre attention, et m'at- 
tarder dans une étude du talent et des œuvres de Franijois 
Coppée, ce qui serait sortir complètement du cadre de cette 
simple causerie. Je me h&te donc d'arriver à ce qu'on peut 
appeler justement l'événement capital de cette carrière, à la 
conversion de l'éminent écrivain. 

En 1897, M. Coppée, poète admiré, conteur applaudi, mem- 
bre de l'Académie française, occupant une place incontestée 
parmi les maîtres de la littérature, jouissant d'une popularité 
universelle, pouvait être considéré comme parvenu au fa}te 
d'une heureuse et brillante carrière. Dieu, qui avait sur lui 
des desseins particuliers, lui envoya la souffrance. M. Coppée 
n'avait jamais été impie, mais au milieu de l'atmosphère d'in- 
différence, sinon d'hostilité, que l'on respire dans le monde 
des lettres et du thé&tre parisiens, il était devenu un incrédule, 
au moins dans la pratique ordinaire de la vie. 

Cependant son enfance avait été chrétienne, et ces pre- 
mières impressions ne s'étaient jamais entièrement effacées 
en lui. " Je fus élevé chrétiennement, a-t-U écrit, et, après 
ma première communion, j'ai accompli mes devoirs religieux, 
pendant plusieurs années, avec une naïve ferveur. Ce furent, 
je le dis firanchement, la crise de l'adolescence et la honte de 
certains aveux qui me Stent renoncer à mes habitudes de 
piété. Bien des hommes qui sont dans ce cas conviendraient, 
s'ils étaient sincères, que ce qui les éloigna d'abord de la reli- 
gion ce fut la règle sévère qu'elle impose à tous, et qu'ils 
n'ont demandé que plus tard, à la raison et à la scienje, des 
arguments métaphysiques qui leur permettent de ne plus se 



— 848 — 

g«ner Je ces»! de pratiquer par mauvaise ye.gogne. et tout 
le »al vint de cette première faute oontreThumilité ,u 
mapp.raUdéoidéu,ent<„.meUpIuanéce«airedeto„tïi: 

" Ce pas franchi, je ne devais pas manquer de lire en 
ohem.nb.en des livreM-entendre bien des paU. etde vo" 
ben de, exemple, destiné, à me convaincre que rien Je 
plu, ytuue chez l'homme que d'oWir à »n '.gnei et àl 

toute préoccupation relipeuw. Mon cas. on le voit, e,t trè, 
banal, ce fut la vulgaire désertion du eoldat la, de 1. di^l 
^ne. Je nehaï,„is certes pas le drapeau sous lequel j'avat 
«ervi; je l'avais fui et je l'oubliais, voilà tout 

" Aujourd'hui que j'ai letrou h. foi. je me demande même 
« je lai jam«, absou ,.ent perdue. On peut rencontrer dan, 
m s écrits quelque, rare, pages-^ue je renie et qu^je 

l^èreté. parfois même avec la plu. coupable audace on y 
chercherait en vain un blasphème " ^ 

VoUà quel était l'état d'âme de François Coppée lorsqu'une 
maladie cruelle le cloua sur un lit de douleur. lum„t de Ion! 
fZ """r""' »",'»"""«■"»«'«■■' de 18!»7. L'heure du retour 
^t«,nnépour lu,. Pendant le, jou« d'inactivité forc^ à 
UqueUe U était condamné, il eut le temp, de reg^er 

de ,e reporter à son point de départ, et les penJée, grave 
que cette revue rétreepective éveillèrent en lui. l'idée de la 

lur r'f'rd '•"'"'"' '"""^'"«- '-«"-'è'ent dans Jn 
cœur la f„, de se, jeune, années. Lor^ju'il ,e releva il était 
un homme nouveau. ■■ Je sore de mon épreuve, écrivit-il 
physiquement diminué et destiné à subir probablement ju. 
qnà la fin. lescUvage d'une infirmité fort pénible. Cepen. 
dant. parce que j'a. lu et médi.é l'BvangilC mon coeur est 



i'm 



— S44 — 



Don seulement rësifcné, mais rempli de calme et de coniage. 
II n'y a paa deux ans, ayant encore quelque santé, mais 
éprouvant déjà les premières atteintes de l'&ge, je voyais 
arriver avec épouvante la vieillesse, la solitaire vieillesse, 
avec son cortège de tristesses, de dégoûts et de regret. Aujour- 
d'hui qu'elle m'accable prématurément, je l'accueille avec 
fermeté, que dia-je, presque avec joie, car si je n'appelle pas 
la douleur et la mort, du moins je ne les crains plus, ayant 
appris, dans l'Evangile, l'art de souffrir et de mourir." 

Ce sont là de belles paroles. La sincérité de la conversion 
de M. Coppée a ét^ vraiment admirable. Lui, l'homme qui 
avait tant de relations dans le monde des incrédules, l'habitué 
des cercles où la religion était raillée quotidiennement, le 
collaborateur du Journal oi la libre-pensée s'affichait tous 
les jours, il n'a pas rougi de sa foi reconquise. 11 a confessé 
courageusement et simplement sa croyance, sans craindre les 
railleries du monde, les saroasmes des impies, les sourires de 
pitié des chroniqueurs sceptiques, la haine des sectaires. Et 
il a pubhé cette série d'éloquents articles qui ont formé ce 
livre magnifique : La Bonne Souffrance. Il en est bien peu 
parmi vous, j'en suis siïr, qui n'aient lu cette collection de 
petits chefs-d'œuvre littéraires : Cloche» et lUaa, Adieux à 
une Tnaieont Souvenir filial, La ineilleure année, V enfance 
et la prière, et surtout cette merveilleuse allégorie, le FUmie, 
qui, à mon humble avis, restera comme l'un des morceaux les 
plus achevés de la prose française et de la prose chrétienne. 
Vous vous la rappelez sans doute, Messieurs : Nous sommes 
sons bois. " Entendez- vous ce bruit frais, ce murmure clair ? 
Près de ce tas de pierres verdfttres, des cressons frémissent. 
Et plus loin, ne voyez-vous pas ce mince ruban d'argent 
limpide, qui serpente et court comme une couleuvre effrayée. 
C'est la source. Cette eau pure et glacée dont on remplit le 
creux de sa main, et que l'on hume avec la délipieuse sensa- 



— 846 — 

tion qne 1-on boit de Hn»oconoe," dans quelques jours ell- 

.nvolonuirement rtvé d'enfance et de virdn^^r c7n! h'^^ 

ÏÏureri^™^ r '"™'''" "" '~'» ^''»^«». il devient 
peute nvière. 11 poursuit sa course plus imposante • en«,« 
quelque, beue. et c'est un fleuve, baptisé pa^^^pZ 

vi uVZt"!'"^"'^"" ''"'"■ "«--adolescet^eï 
vieui ponts de pierre enjambent d'une seule arche ■ " enoo« 

u devient adulte et commence son labeur "«!<,.„„ 
ti^vaux conservent un camctère inno^t ei p^t^^^C 
lavandié,^, lui jettent en riant les bulles dia^ dt 1^ 

entre dans le bief du mouLn et qu'il se jette sur les palettes 
de la roue pesante. "Soudain, au détour d'un coC i^ 
^çoit sou premier affluent," et désormais son co„„ T^^^ 
ma^stuen,. mais aussi moins pur. Qu'est devenu £ 
etre.n4, """^ ' ; »«?»« '« P"">ier lavoir dont i â 
lu°tt un^ ""T ""'■ "'"'™" "" ^-'«■««ctsavecl'h le 
lu fut une somUure." Combien d'immondices, combien de 
dtm s, combien de cadavres il charrie maintenant d n! se 
flots "Quelquefois, comme pris d'une nausée, il vomit ,„ 

.lest infecté pour toujou™ et. pareil à la Jonscience d'^ 



■'■E d 



— 846- 



Dcëiiînt, il emporte dans aea eaux, avec quelques ^réaora 
ignorés et perdus, des impuretés, des hontes, des désespoirs 
et des crimes I 

" Enfin le fleuve est au terme desaoouiM. Voici l'estuaire ; 
et il est si vaste que là-bas, tout là-bas, à l'ancre près de la rive 
vague et lointaine, les navires qui ont sillonné des mers d'in- 
digo sous des oieux de flamme, et ceux dont la dure étrave a 
brisé des glaçons au milieu d'affreuses ténèbres, les sveltes 
trois-mftts, les puissants steamers, paraissent de fragiles 
coquilles gréées de toiles d'araignées. T,a dernière balise esc 
dépassée maintenant et, sur la côte grise les tourelles blanches 
des phares, toutes peti'«^8, sont à peines visibles. L'énorme 
masse liquide, que le mouvement des marées repousse et 
attire tour à tour, tantôt se hér^se de petites vagues irritées 
par la lutte et tantôt se précipite en avant avec le glissement 
d'un rapide. Au large, d'où le vent apporte une confuse 
clameur, les lames de fond, secouant leur chevelure d'écume, 
accourent en barrant l'horizon brumeux ; et de grandes 
mouettes au vol d'ange planent sur le fleuve avec d'aigres 
cris et semblent les sinistres messagers de l'abîme qui va l'en- 
gloutir. 



" Je sais une âme comparable à ce fleuve. De même qu'il 
va se perdre dans la mer, elle disparaîtra bientôt dans la mort. 
Ainsi que lui, en approchant du gouffre, elle se sent grosse 
de tout son passé, et elle est profonde et amère, — profonde 
comme la mémoire, amère comme l'expérience. Elle se rap- 
pelle sa vie, qui fut, en somme, paisible et plutôt bienfaisante. 
Pourtant que de souillures n'a-t-elle pas reçues dans son 
chemin, cette pauvre âme, et emportées à jamais en elle ! 
Four l'eau qui court et pour l'homme qui passe, il n'y a 
qu'un moment de pureté absolue, la source et l'enfance. 
Comme le fleuve roule et cache, dans les fanges de son lit, 



— 847 — 
dea immondioes et des cadavr». l'a™ 
eou,»b.e,-e. p.ei„e^':tr;'Arr"'^ '''' "» "°- 

sublime esp. JeeT Ïrje LTlt"' '".' ^'""^ ^''°"« 
avec de profonda râlp, J \' *' 1"" ''«'«"'d «spire 

Océan. We â^ fir„.r"''7 ^'"" '^ -> de l'immense 
troubMeau seuil du ^llT ""' '^'''"^ «' P^fondément 
d'in„„<»„„e Llr e^ri,T ■ '" "" ''"''' '»' "-'■ 
d-huiàtousoesvruxcoh r^""' '" '""Ses auj„ur. 
ie fleuve a r.Z daÎts^ooS": ^''^ '^"'^^""-^- 
■-nconWs sur ta route. sa„s obÎ r" '" " " ""^^"'^ 
C'est pourquoi tu r^pouds enfin «'''" '°'^'"'e•• 

flèches de pierres quft^ 1 f.*," "«■"" ■*« ««» antiques 
t'o..onne„t'la7ri;r:tUfr" "° "='" ^"^ "»"«--«' 

beuturcHHqtfC: '" "' «^-^ -veiHeu«,.e„t 
dire que la J."rM F»»" "^ '' ''" '"«'^ «^^ » 
au poète de son «Imilb"' S^ r^:?"^ ff,"^" »'-^ 
donné à son style un éclat qu^ n 'pl:!'.;!"^'' " T' 
degré auparavant possédait pas au même 

d.n?rtt:i7e r t :„r ^- «•--^ '»< -^ jeté 

co-»idè« un devoir e Z^''^'"'" obéir à ce qu'il 
lemattre et avec bIusL^ ?' ^ •"■"*" «^«« Jules 
Patrie fmnçaise et i Zut r," ' f"""' '" ^'«"^ "« " 

:ïï:n;tc-»^-^-Xsrr 

posé surtout de mettre en lumière ^1 "" '" *'"■ 

-'%-.is-est manifesté tottLTr'leÎC:: 



il 



— 848 — 



sphères intellectuelles, comme pour la consoler de ses épreuves 
et de ses deuils, Kons avons vu s'avancer sur les chemins 
de la croyance, deux hommes célèbres, dissemblables par le 
caractère, par les aptitudes et par les œuvres, mais tous deux 
en pleine possession de cette gloire littéraire, objet de tant , 
d'ambitions humaines. 

Nous les avons vus, lorsqu'ils étaient parvenus au zénith 
de leur carrière, et au plus complet épanouissement de leur 
talent, s'arrêter, changer, sous les regards de la foule étonnée, 
l'orientation de leur vie, et la diriger vers un but plus sublime 
que celui vers lequel ils avaient jusque-là tendus. Tous deux, 
l'éloquent critique et l'harmonieux poète, sans craindre le 
sarcasme ni la haine, ont confessé leur foi nouvelle ou recon- 
quise, ramenés à la vérité, l'un par les plus hautes spécula- 
tions de l'esprit^ l'autre par les plus nobles sentiments du 
cœur. L'on avait dit que le prestige du catholicisme était 
mort, que l'Eglise n'était plus une conquérante d'&mes, que 
le souffle brûlant de notre &ge avait desséché la sève du vieil 
arbre chrétien, enfin que la déesse des temps nouveaux, la 
Science, avait tué la Foi, cette reine déchue des temps anciens. 
Au début du siècle expiré, Musset, le chantre de la désespé- 
rance, s'était écrié : 

Ta gloire est morte, ô Christ, et sur nos croix d'ébène 
Ton cadavre céleste, en poussière est tombé. 

Et plus tard, après la Poésie, la Critique était venue, en grand 
appareil ; unissant la nébuleuse érudition germanique à la 
clarté française, elle avait définitivement enterré la divinité 
de Jésus-Cbrist et mis au tombeau la foi chrétienne. Désor- 
mais la croyance à l'Eglise et à ses dogmes surannés n'était 
plus bonne que pour le troupeau des obscurantistes et des 
ignares. 

Et voilà qu'aux derniers jours de ce siècle de doute, et de 
négation scientifique, aux derniers jours du siècle de Musset, 



— M9_ 

lèvent .u „,i„eu ZZé^il^^^y""^ "' "" '«"""' » 
inteUectuelle parmi la^I 1 u K . P"""' ''^ "«"« ^«'« 
répètent l'im^ri J e' c " d ch" r"" ^"""'" ""■* «' 
séculaire: Je crois jI „L "Jî"""""""* dix-neuf foi, 

n'aSpr„d:5jrr'"v' "^~' =•- «« 

Significatif et .«00,^^^ """ ^°""'- ^ "» «""<'• 



TREIZIÈME CONFÉRENCE 

(lonatfc par 
Monaiaur J.-£oiioxd Rov 



LA LÉGENDE NAPOLÉONNIENNE 
M. leBecteur, 



AU CANADA 



««rencontrèrent dan, le, refd'A î""" Chateaubriand 
de 1799. le due de Ken ! "^''*- ^''""''«"tomne 

étonné de reœvoirt Se LL'd ^rl"" ' ^^'f"' ^'^ 
«» frire,. II, dinèrenlâv oîuTeTl J"" ''''*'"'^ «' '- 
pour New- York à de„ein d« '«.P^^Tent pre,qu'au„itôt 

1- tourmente lufflait d^T' '? '* "" ^''8''"«"«' 
«border à Québec 7, ml ' '°' '^'^'' '' ''<»■ vit 

et de la OuadeXe L" d^r/'l:'" '" "^ *'""""»- 
«vile. Le, enviL de PhitT, l .^''™'''' "^^ '» 8"«™ 

- Fran^U ohaaJdf sÏSt;r "^'^^ ''"""'•''"'■■'^ 
■1^ gouvernement anelai» .o™ »•.' 



M 



— 86S — 



liantananf général dei trmén de Fnnoe, s'enfonça dant lei 
fortto du Haut-Canada et y Jeta lei baies d'une oolonie mili- 
taite avec une poignée de nobles qui l'avaient suivi. 

Aux Etats-Unis, plusienn essais du mAme genre furent 
tentés. M. de Noailles et le fameux marin du Petit-Tbouars 
fondirent la ville d'Asylum, sur les bords de la Susque- 
hannah, dans l'Etat de Fenaylvanie. D'autres Fran(^is, de 
noble extraction, au nombre desquels étaient MH. de la 
Tour de Pin, de Vatine, de Go'ivemet et le Couteulx, ache- 
tèrent 300,000 acres de terra pris d'Albany, dans l'intention 
d'y créer une oolonie. 

On retrouve encore aujourd'hui de» vestiges de tous ces 
établissements ébauchés, et le voyageur,étonné, s'arrite devant 
ces noms de France, perdus dans les sriitudes américaines. 

Le despotisme de Napoléon força aussi le général Moreau, 
l'illustre vainqueur de Hohenlinden, à émigrer aux Etats- 
Unis. Nouveau Cincinnatus, il y cultiva la terre jusqu'au 
jour où l'empereur de Russie le rappela pour aller mourir à 
Dresde, frappé par un boulet français. 

Oh ! triste retour des choses humaines I 

Cette terre d'Amérique, qui avait reçu tour à tour les 
déportés de la convention comme Barbé-Marbois et Brissot, 
les fils de la maison de France comme le duc d'Orléans, des 
hommes illustres comme Chateaubriand, Talleyrand, Laroche- 
foucault-Liancourt, donna aussi l'hospitalité aux soldats de 
l'empire déchu après le désastre de Waterloo. Ou vit alors 
errer dans les rues des villes américaines les débris de la 
grande armée. Le maréchal Grouchy, les Foucher, fils du duc 
d'Otrante, le général de Caulaincourt, duc de Vicence, le 
général des Fourneaux habitèrent New- York. Le comte 
Eéal se fixa près de Philadelphie, sur des terres qu'il avait 
acquises de M. le Rey de Chaumont. Le général Bernard, 
ancien aide de camp de Bonaparte, devint ingénieur-en-chef 
des Etats-Unis. 



— SM — 

•vient eM.yé „„. .,!J1 A ' '^'''"^* «' ^« NclUe. 

jour, men«=ant. Aumî- à J^fn! j °* ''^'"" '°»- 

«elle». le^Zte, dek^l ? "'"»""»■'«" «"ption- 

Vince de Québec TZ P*™"^»" "*« ".«itor la pro- 

ad.i^. a.o„tïz,t r::Xder:e: ■?.- 

vit .mmédmtement en Angleterre demandant d™ÏL i 
qaant i ,. réception ,„,k devaient Ï à .^rZlT'"" 
-lUIeur panaient fantaisie de venir da^ u"„Se '*"' 
U métropole lui intima .-ordre de .es excltl^édiate 



■'..kl 



— 8M — 

m«nt de U provinoa l'iU tentaient d'y entrer. Cette défenee 
devait l'appliquer à tout autre paient ou partiaan de Napolëon 
Bonaparte. 

Drummond fit bonne garda et organita en nui main un 
•yatème d'eipionnage qui devait a'auurer que l'anoien roi 
d'Eepagne n'entamerait aucune intrigue au Canada. Noui 
oitona pour mémoire le» deux lettres qui luivent et que noua 
tiouvona aux arohivea ' : 



CHATIÀU 8T-L0Cn 

Qutbeo, 10 novembra 1815. 
Votre Seigneurie, 

Ayant appria tant par leé papiert publics que par pluaieurs 
personnes en qui je puis reposer confiance que Joseph Bona- 
parte avec H, St-Jean d'Angély, son fils, et plusieurs autres 
partisans de Kapoléon Bonaparte, sont récemment arrivée 
dans les Etats-Unis d'Amérique, et comme il est probable 
que ces personnes, ou quelques-unes d'entre elles, pourraient 
être invitées à venir au Canada, je désire savoir de Votre 
Seigneurie quelles mesures le gouvernement désire que je 
prenne à leur égard. 



Au très honorable comte Bathurtt. 



QOBOON UbUHHOHO. 



CBATI&U ST-LOniB 

Québec, 21 avril 1816. 
Votre Seigneurie, 

J'ai l'honneur d'accuser réception de la déptche de Votre 
Seigneurie, en dat6 du 26 décembre dernier, m'autorisant à 

1 irtUiu ch Canada, lérie Q, vol. 133, p. Ul. 



— 8AA — 

En oonfo™iW aux in.t,uotion. d. Votr. Kx.ollence fai 
pn. de. »e,«re. p„.,r n.ettre » .xfc„ti„„ ,., ,„t„„ "«^'Vu 
«ouvemeœeat de Sa M.jeetd reg.H.nt ce, L.o Z en 
donnant lea ordres néoesuirei .ur n(«.i„. P*^"»»»»» «" 

voêlM d» p.„-j "«"^«'re. aux officior, c/i.nmmiant les 

Ueutenant-gouverneur de la province »u„cu,.,.,a. 

1^, ' "iT. """' '"• ■" «*"»> '■■""" -f 

iri'Tt ■*' •«•■"—' ■" »'»., .. T.... 

t..« qm pu,.«, appuyer une semblable a, Jrtion. 

16 août Z^'^"' T "T"" *" "''^"'"- ««"^ '« ■'«'o -iu 
ordSherhl l""*. ""^'^'^"'^ ■"■ «-"""«"dant en ch«f 
ord Sherbrooke dan, laquelle on lui dit que les Ktats-Uni 

CteZt/rr' '"'""" '" "o-'- dWtaquer ,• 
N'y euuil pa. jusq„-aux rêverie, de ce bon abbé de la 
Pradt q„, furent prises aussi au sérieux ? Que l'on en iui 
par U lettre qui suit que reçut un jour lord BatJrst '' 
Un gentilhomme canadien, d'origine française A.nf 
dernièrement à Pari, a J.eouve,, ^u'!:n compra^n^ 

1— Loo. oit., vol. 136, p. 161. 
2-I«.oit., (J. 187, p. 181. 



— 866 — 

form4 p«i quelques généraux fritnçaia pour s'empuer du 
Canada. 

" Une reoonnaiaeanoe militaire et des préparatifs oonsidë- 
lables ont été faits dans oe dessein. Ou a pris pluaieun 
informations de co Canadien touchant cette entreprise, parti- 
culièrement l'abbé de la Pradt qui r-araissait avoir été envoyé 
exprès et qui prenait un grand intéiât au projet. 

" Cet incident s'est passé dans une boutique de libraire 
où l'on découvrit accidentellement l'origine du Canadien *." 

Le correspondant était convaincu que ce projet était 
sincère, et il croyait bien important de faire part de sa 
découverte au ministre. , 

On a voulu rattacher au projet de Lallemand le séjour que 
fit Joseph Bonaparte dans l'Etat du ^Tew-Jersey. Il n'y a 
rien non plus dans la correspondance intime de ce dernier 
qui puisse nous justifier de dire qu'une idée semblable lui 
hanta jamais l'esprit. Tous ceux qui on a l'hiatoiie de 
l'Empire savent, du reste, que Joseph Bonapurte n'avait pas 
le tempérament d'un conspirateur. 

Nous trouvons dans le Mémorial de Sainte-Hélène un 
passage curieux se rapportant aux achats de terre que Joseph 
Bonaparte fit aux Etats-Unis. Ce passage, considéré au point 
de vue philosophique et politique, est ii'téressant. Il nous 
fait connaître aussi lu pensée de Xapoléoj Bonaparte sur la 
colonie du Canada que le gouverneur Cr^ig, son émule et son 
adversaire, un peu jaloux de sa gloire militaire, l'accusait de 
vouloir accaparer. 

Cet écrit est daté du 26 mai 1816. 

" Les journaux nous apprenaient, dit Las Cnses, que Joseph, 
frère de Napoléon, avait acheté de grandes propriétés au 
nord de l'Etat de New- York, sur le fleuve Saint-Laurent, et 
qu'un grand nombre de Français se groupaient autour de lui. 



1— Loo. cit., Q. 190-3, p. 193. 



— 867 — 

te™, car, dl le Ld \Tr°" '* '' •"''"'»"'' "^ ''A»»'- 

ftaoçais, et Ce ;rùCL unTf L" '" '*'»^' ''^J^ 
»n point hostile oont "l« aZ " '*'"'*"' »" "«>"« 

dominateur lCI» ^ ^ '' '*'" "" ~'" «"«o™ le, 

dan. tous le. Il s^,;"' ''"""'■■' '''''°"""»». t'*' fort, 

victorieuse, du système ou, î^'? '""'^ '^'" "*'"'»«<">'' 

L-En,pe.ur avait d^eu' rS-IC"?"" ''.°/"»'-- 
blable... su a lue dEIbe quelque idée sem- 

le noyau d'un rassemblement natinn.l H- ' '^°''^'"' 

Avant un an, ,e, .véneir d^F l""r : ?r""^- 
auraient gmupé autour de lui cent milZl , ""P"' 

i"dividu.,ia p,„p«,. ae cerirarrorrirM^^ 

instruction. L'emnereur Wi..,t .1 ' ">?"«'«», talent et 

^ve^c-eut .t. ur;ztt rvr""-^ * '^"'^ - 

toute partl^^li,^. 's' ^ eTdTia^r ""v"'""*' '"^"^ 
ve« monter en voiture, cour r mi 1 1 e^e?" i " ™" P""" 
ment du plaisir d'un .™„i ' •''""'' «oMtam- 

tout le mondeT vo v 2 eZT"'/"!^ '•*' ''"*«"' "o 

«- inconVéniU a^r^n Ju „ vC if t '°"'^- 
8'on, etc., etc. '""gage, votre reli. 



r 1 



— 868 — 



" Au moment de la seconde abdication de l'Empereur, un 
Américain à Paris lui écrivit : " Tant que vous avez été à la 
tête d'une nation, tout prodige de votre part était possible, 
toutes les espérances pouvaient être connues ; mais aujour- 
d'hui rien ne vous est plus possible en Europe. Fuyez, 
gagnez les Etats-Unis, je connais le cœur des chefs et les dis- 
positions de la multitude ; vous trouverez là une patrie et de 
véritables consolations. 

" L'Empereur ne le voulut pas. 

" Il pouvait, saus nul doute, à la fnveur ii« 1 célérité du 
déguisement, gagner Brest, Nantes, Bordeaux, Toulon, et pro- 
bablement atteindre l'Amérique, mais il ne pensait pas que 
sa dignité lui permit le déguisemant ni la fuite." 

Il est difficile de dire ai Joseph Bonaparte obéissait à une 
arrière pensée conforme aux derniers espoirs secrets de Napo- 
léon en faisant les coonidérablcs aciuintions de la Black 
Hiver et de Point-Breeze, mai* <» dont ifint avons la ^uve, 
c'est que s'il avait dépendu de l«i ■)«« eu fr*fe pot paseer en 
Amérique et réaliser le.* (,rojet« qu'il ue lui fut donné que de 
rêver, durant les nostalgiques loiairs de l'oxil, ces projets 
eussent été couronna d'un plein succès. 

Quoi qu'il eo soit des rêves, des lopëranccs caressés lors des 
agrandissements .-(uccessifs de ses propriétés aux Etats-Unis, 
Joseph ne rira jamais de ces terres de bien importants 
secours p'jlitiques. 11 manquait la présence de Napoléon 
pour vivifier cet essai de colonisation française et lui donner 
une portée quelconque. Lorsque le comte de Survillieis — 
nopi sous lequel se cachait Joseph Bonaparte aux Etats- 
Unis — «rriva à l'heure du retour en Europe et d'un rôle 
politique à jouer, il ne songea plus qu'à se défaire de ces 
immenses possessions, complètement inutiles à ses projets. 

Le séjour de Joseph Bonaparte aux Etats-Unis, de 1815 à 
1831, eut pour effet d'y raviver l'idée française. C'est lui qui 
fonda à New- York en 1826 le Courrier des EUUt-Unie, 



♦ — 869 — 

dont l'influence rayonna bientôt parmi tous le, group., de 
nationaux d..per9Ai sur le continent américain. 
Joseph Bonaparte collabora lui-même à ce journal d'une 

au len"" '"™"'"'''"^ ITofessionnelle ait coutrib.^ 
Depuis la disparition du Oanadien eu 1810, nos nationaux 

M^ne,Je Aait fondée à Montréal, et nous croyons a'vjr 
amassé asse^ de preuves oircon««.cielles pour q," 1 Z 

™t«,te de Pomt-Breeze, ne fut j»s complètement étranger à 
^«e foudafon. D'après sa correspondance intime efle 
ettres de que ques-un, de ses compagnons d'exil, on voit que 
lancen ro. d'Espagne envoya alors plusieurs agent^^n 
France pour engager les anciens bonaf«rtist«s à faire tous 
surs efiorts afin d'obtenir la rentrée de la famille im^n^,: 
II subventionna de, journaux i Paris et dépensa ainsi de 
for^s somme^ consac^ , „„,^ ^ J^ 

hbérales modéras mises en œuvre pendant le règne napo- 
léonieu au milieu des populations américaines. Pourquoi 

t.tat,.I.B« ? Est-ce que cette terre n'était pas plus préparéo 

irr ^""^ "^ ^"^"■'"^ ' ™--'^ -- -u::ue 

Lndger Duvernay qu, fonda la Mine.^e. mais on ignore 
«ans doute que le premier imprimeur de ce journal était 
français dongine et venait d« Etats-Unis, et qu'après avoir 



— 360 — 



impriBé cinq numéros, il laissa sabitement la province, 
mettant l'éditeur dans l'impossibilité de continuer son entre- 
prise.- Ce n'est que le 12 février 1S27, après une éclipse de 
pluaiaurs mois, que Duveraay put reprendre la tâche qu'il 
avait commencée. Ajoutons encore que la Minerw emprunta 
son nom à une publication de Paria qui était largement 
subventionnée par le parti de Bonaparte — celle-là même qui 
ouvrait en 1819 une souscription destinée à provoquer 
l'émigration française en Amérique. 

C'est lorequ'on parcourt la série des premières années de 
la Minerve, qu'il est aisé de voir que ses méthodes de polé- 
mique viennent des journalistes de l'ancienne mère patrie. 

Les aspirations françaises de. ce journal devaient servir 
puissamment la légende napoléonnienne et elles ne tardèrent 
pas à se confondre dans un même sentiment d'admiiation et 
d'enthousiasme. 

Bans notre cher pays, la végétation est d'une rapidité 
étonnante. En trois mois, on sème, on récolte, on engrange. 
Il n'en va pas de même, cependant, dans le monde intellec- 
tuel. Les idées nouvelles y mûrissent plus lentement, et 
nous les adoptons même quelquefois lorsquelles sont passées 
de mode ailleurs. C'est l'éternel inconvénient de vivre loin 
des grands centres. Les ondes lumineuses s'étendent jusqu'à 
nous quand déjà le foyer qui les a produites est éteint depuis 
longtemps. 

En politique, cependant, ici oomme ailleurs, les chemins de 
• Damas sont assez largement ouverts. Ceux qui y voyagent 
y rencontrent quelquefois des lueurs subites qui les éclairent 
on les aveuglent mais qui les transforment du jour au lende- 
main. 

On raconte qu'un chercheur qui désirait étudier dans les 
documents contemporains le départ de Napoléon de l'Ile 
d'Elbe en 1815 et son entrée en Franc^ eut la fantaisie de 
consulter une des gazettes officielles de l'époque. 



— 861 — 



Void 0* qu'il y trouva : 



8 mars. 

10 mara. 

11 mars.' 

12 mars.' 

13 mars.' 

14 mars.- 



18 mars. 



19 mars. — 

20 mai'!<.- 

21 mars.- 

22 mars.- 



-Le ounibal s'eut échappé de sa «venie. 
-L'ogre de Corse vient de débarqaerau golfe Juan. 
-Le tigre est arrivé à Gap. 
-Le monstre a paasé la nuit à Grenoble. 
-Le tyran a traversé Lyon. 

-L'usurpateur se dirige sur Dijon, mais 1. brave 
population de la Bourgogne s'est soulevé et va 
l'entourer de toutes parts. 
■Bonaparte est à soixante lieues de la capitale. Il a 
ét-s aswz habile de s'échapper à ceux qui le 
poursuivent. 
BonapMte avance rapidement, mais il n'entrera 

jaman à Paris. 
■Demain, Napoléon sera sous nos murs. 
■L'empereur est à Fontainebleau. 
•Sa Majesté Impériale et Eoyale a fait hier soir 
sou entrée dans son palais des Tuileries, au 
milieu des joye.ses acclamations d'un peuple 
passionné et fidèle. 

Nous ne sommes pas capables ioi d'accomplir de pareils 
tours de force. Cependant l'évolution de l'opinion des Cana- 
diens sur le compte de Napoléon fut assez subite, et nous 
pouvons la suivre dans sa marche progreasi»» 

1 ^M >'!! t!^"^- "" '*'" '*'"" l"-* 1" »as« de k natio. 
lui était décidément hostae. Il n'était pour novs que l'o« 
de Corse et le tyran usurpateur du trône de France ' U y 
avait alors, cependant, un petit groupe <ie n« concitoyens 
qui sympathisaient avec les principes révolutionnaires Ceux- 
là avaient lu Voltaire, Rousseau, Didewt, V<Jney, Raynal 

J-Voir 1. Oaieiu dt Qvébn do l'épe^o*. 



.■V^'Kl''ié'".''-?'îfiv,i'«Sfc' 



— 862 — 



et le> autrea encydopédiates dn XVIII siècle. M. Pleaaie y 
fait alluaion dans le ssnnon qu'il prêchait dans la cathédrale 
de Québec lors de la bataille d'Aboukir. " En sont-ils deve- 
nus meilleurs époux, disait-il, pères plus vigilants, fils plus 
obéissants, citoyens plus honnêtes, amis plus sincères, sujets 
plus fidèles ? " 

I)e 1806 à 1810, le parti des patriotes représenté par le 
Canadien fut, de toute évidence, profondément remué par les 
succès ininterrompus de Napoléon. Il se sent fier de la gloire 
immense qui rejaillit sur la France. Ses sentiments sont 
encore platoniques et il ne va pas jusqu'à en faire parade, 
mais il y a quelque chose dans son attitude ferme et énergi- 
que qui nous dit qu'il a pris codfiance et qu'il se sent assez 
vigoureux pour lutter. 

Après 1810 et jusqu'en 1826 il y eut affaissement ou plu- 
tôt indifférence et éclipse totale. 

Loraqu'en 1815, après un demi-siècle de séparation presque 
continue, il fut permis aux Canadiens de communiquer libre- 
ment avec la France, il semble que le pâle magnétique qui 
devait attirer ces derniers était la vieille royauté restaurée. 
Les quelques familles noUea qui étaient restées dans la colonie 
renouèrent à la vérité oertainea relations qu'on avaient cru 
rompues pour tonjouia. 

Mais au Canada comme en France les couches dominantes 
n'étaient plus les mêmes. Un monde nouveau avait surgi. 
Le peuple, qui n'était rien avant la révolution, avait pris la 
place que Sieyès lui avait indiqué dans son pamphlet k jamais 
célèbre. A son terrible point d'interrogation ; Qu'est-ce que 
le tiers-Etat? il avait répondu par une poussée immense te! 
que l'histoire du monde n'en avait pas vu encore. 

Les chefs politiques de notre nation, par une évolution 
étrange qui reste encore à étudier car ils n'avaient pas été 
entraîné de ce cdté-là, s'orientèrent de préférence vers les 
hommes nouveaux à qui le joug de la restauration pesait. 



— 868 — 

wf :ï ZTTTd: Tr 'r"' ^^'"""- «••^— 

P«S8a.t-«lle d'ouJr ,.r^ ^ " P"" '""'*«■'• •'«■»- 
qui étaient tZ^MTCZ^T '"'""'^ "" ^"*™- 

mouvaia qu'on ait ntnZT ^^ ''' '^^ "<"'^'' 
«n faveur Z F«n "' "'*"' J""™»" »»« ««-«^ption 

jou«de ui'rrrrratS''~r' '^^ ''-^'- 

no8 confrère, joumaliat^ n^ rf T" ** ^"""^ '^'"» <"« 
««jet, de voÀSZrjr "^'"" «•'»'»'*' d«. 

".enta étranger, oom„,'e de Z ^'^^IZ " «"""""'■ 
près de, intérêt, majeur, aTZ , "/" P<"" °ou, au- 

nement de S.TotZ7jim ^"- """^ "" «°"^"- 
longtemp, établie, et oùon n ^ '""' P""™' «"" "^OP»» 
l'aulorité ''•'"'*™ °« '*'««■"« J'^aisaurl-origined. 

la^S^r'trisz'Srr—-'^™ 

de commerce de cette viZ v ' 'f **"'*'""'■'"■ '!"•'"<' maison 

trouve qu'il A C df^, i , '^'"''"«^^- ^ ■"«■"« J»»'"»' 

"êmelLmantH la b??'"' ""'*"'"" "■"" '^ ^ 
et la b.e„fa„ance publique,: répondon. 

l—Ho du 4 noierabre 1830. 



— 864 — 

que la gouMription ouverte à oe bureiu ett ntaolumeDt 
voloutaire, qu'on ne la colporte pal, et qu'elle ne peut en 
aucune maniera pi-jjudicier aux contributiona des citoyena 
pour des objets cbaritablos ; que d'ailleurs c'est moins le 
montant des aommes souscrites, qu'une expression de fiSlici- 
tations et de sympathie, qu'où a eu en vue dans cette sous- 
cription ; qu'enfin 1 . ùûse d'un franc sera accueillie comme 
celle de trente. 

" L'éditeur c' dessus trouve encore bl&mable qu'on se soit 
servi du nom de Sa Majesté comme ayant largement coutri- 
bué à cette aouacription. Il est vrai que quoique Sa Mi^esté 
ait manifesté un grand intérêt à l'élévation de Louis- Philippe 
à la royauté constitutionnelle de France, quoiqu'il se soit 
empressé de reconnaître son gouvernement, qu'il ait refusé à 
Charles X l'entrée de la Grande-Bretagne en qualité de Koi, 
nous n'avons que les journaux pour garantie de l'offrande de 
notre Gracieux Souverain aux infortunées victimes de la tra- 
hison. Mais sans nous appuyer trop sur ce fait isolé, sans 
néanmoins le révoquer eu doute jusqu'à ce qu'il ait été con- 
tredit, uous invoquons en faveur de la légitimité de notre 
appel, l'approbation de Sa Majesté Guillaume IV qui découle 
d'une manière incontestable des faits ci-dessus. Et comment 
en effet un prince de la maison de Hanovre désapprouverait- 
il les principes qui chassant du trône d'Angleterre la famille 
arbitraire des Stuarts, ont, par dea révolutions et des circon- 
stances absolument analogues, frayé le tfône à la dynastie 
révérée qui nous gouverne 1 

" Nous invoquons encore l'exemple du peuple anglais, qui 
a si généreusement prouvé sa sympathie pour une nation 
rivale, mais digne comme lui de la civilisation et de la liberti^-. 
Et on ne l'accusera paa de déloyauté, ce peuple-là ; car à qui 
serait-il déloyal! Nous ne trouvons pas de crime à imiter le 
peuple d'Angleterre, parce que nous uous faisons aussi gloire 
d'ttre PlUFLi, de tenir par tous les liens à ces masses si long- 



— 886 — 

temp, domniée.. .uxquell., on ne Iai».it pour vertu, ou. 
Ubruf«ementdan.l. «rvitude et I. bsrUrie au jour du 
rir. ^,"'"''*™"''" <•» peuple de l'ari» eU-o«l4 „ui » 

démenu éclatant à cette aoouMtion, et ont relevé k, vertu, 
oivile. de. n..«ea, vertu, dont elle, avaient depui. Icgtemp. 
ta certitude intérieure. n.ai. qu'une «,mbl.ble rtWolutio^ 
pouvau ,eule mettre au jour. Aus,i, tout ce qui e,t peuple 
a.t.,1 .yn.p.,h,.é avec le peuple de la France qui a décTlé la 
«UM au jugen, .„t même dea gouvernemen. absolu. 

DaiUeur.. pour revenir à notre .ou.cription, ce. .orame. 
ne .ont pa. de.t.née. à exciter de nouvelle, «ivolution. ni à 
fomenter de, guerre, inteetine,, pa. plu, qu'à ramener le. 
Tartare. et le. CoMques au foyer de l'Europe civilisée pour 
impoMr momentanément un joug incompatible à une grande 
nation Ce.t simplement une «.uscription destinée aux vic- 
times de. trois journée, de coiubaU et d'hérr,ï,me Kt que 
le. amis de. doctrine, absolues se rassurent; les défeuse^irs 
de la cause perdue qui ont été blessés par les coups que le 
peuple échangeait avec eux. participeront aussi à cette riche 
souscription. Or. certainement aucun rigoriste ministôriol 
ne refuserait de souscrire pour ces bon. suisses oapituiiis nui 
sans lecoup de mousquet de quelque affreux libéral auraient 
eu le bonheur de regagner pour longtemps l'Helvétie 

trnuv ."TT''"'"^"' '"' '^''P'" ^'"'«'«S. alors ,iu'o„ 
trouvait dans la première révolution frau.;aise un prétexte 

iTlrr^^ '""" °^^"'"'" '"d^P^ndaute et tout esprit de 
liberté che. le peuple canadien, où la moindre expression de 
sympathie pour la France eût trouvé son prix dans les fer. 
et la pri«>n. Ces tems sont heureusement passé. ; l.s bou 
vernemen. se sont instruit, et ont connu leur. vrai, iuté- 
rtta: et le. peuple., celui d'Angleteri^ à la t«te, ont appris 
b«.nde,cho.e. depui. un demi-siècle. C'est un honneur 
pour le gouvernement anglais d'avoir su mettre à profit 



i 



— 866 — 

r«iprit dea t«mi et l'intelligence dea mtuei; o'eet en même 
tema U plua forte garantie de aa atabilité. 

" Si quelqu'nn pouvait voir dana la aympathie que noua 
n'avona pai craint de montrer pour le peuple françaia, le 
moindre aujet ds crainte pour la flddlit^ du paya au gouver- 
nement britannique, noua pourriona ici noua étendre en 
explicationa ; maia vraiment il n'eat pertonne qui ait de 
bonne foi cette idée. Qu'on ae rappelle lea miaèrea de noa 
pirea aoua le gouvernement colonial françaia, lea révolutions 
que noua a épargnées la cesaion du paya à l'Angleterre, et la 
forme du gouvernement que noua en avona obtenu ; alora on 
n'aura paa de scrupule à noua laisser garder quelques 
souvenirs |iour le pays d'où nous ^ tirons notre origine, noa 
lois, notre langue, notre culte et nos mœurs. 

" Le peuple français avnit-il droit de transporter la cou- 
ronne de la blanche atut^e à la branche cadette de la maiaon 
de Bourbon ? C'est là une de ces queittions de théorie que 
nous, ne aommea nullement disposés à traiter. Maia il exia- 
tait un contrat entre Cbarlea X et la Franoe ; il a déchira ce 
contrat, brisé la charte qu'il avait lui-même jurée, et qui 
avait été pour son prédéceaaeur Louia XVIII la condition de 
sa royauté; il a senti ensuite, maia trop tard, qu'il avait jeté 
son sceptre, et il s'est enfui avec toute sa race dans un pays 
étranger. La France devait-elle donc garder obéissance à 
l'héritier du roi déchu, qui aurait conservé toutes les haines 
et toutea les ressentimens de sa famille, et quelque jour, par 
un coup d'état éclatant, tenté de briser les entraves dea lois, 
et de venger son autorité des atteintes des deux révolutions ? 
Ia nation laissée sm: pilote, n'a trouvé sou salut que dans 
la suprême loi de sa propre conservation ; elle a remis sa 
destinée à un prince que rattache à elle un contrat bien 
synallagmatique, et qui par le titre qu'il porte, et par son 
lignage royal, rasxure le pays contre les attaques du dehors.— 
Que pouvait faire de mieux la France ? 



— 867 — 

Populaire il "0!° v'' '*"' ' '''''*''''°'' '''lfi'i»e du principe 

dvLt.reIevœura,.F«r "TJ". "»"' f" «" '"-'''"". 
'eligieuM et .i „„ '^'^"^"^ ''«'"''°"« »"«' P"»» 

i "mi"!'-™*- ^" *^-:c 
«spu*:!!,; rdit ri'tt "'!:"''""'" "" '«"-^ 

feire «n mérite .»prè dl^n '''" """ °''"°'""- '«""■•" 
d«n» le bon esprit de, peuple „„, "™"' '""'^'"'«> 

"-t p., PO,.? une'nt^^-r'rr;:;"'''""^ ''?''■ 

qu-aeeidentel et pw^ager. ^ " "^ """ ""' 

brigandage, de la première Zmr '^;"" ''"*' '"» 

l«ct de la «.conde' On avaf dtL IT f "''' ' ''"- 

«véques serait réduit dW , '^"^ '*'' ?"« 'e nombi^ dea 

"1 omii, reauit d après le concordat de 1801 n... 



m 






»<K»oeorr nsoiurioN mr oui? 

(ANSI nnd ISO TEST CHAUT No 2) 




la 12.8 


!£■ 


lit Là 


yâ 


S lis 


|Z0 


1 


11-8 



l^i^l^ 



A -APPLIED ItVHGE Ini 



1653 Eoit Uain Strtct 
Rochaittr. N*ii York {«go 
(7ia) «M -0300-Phon» 
(716) 2M-39a9-fa. 



— 888 — 

jnger, eerait certainement très impolitique dans les circon- 
stances actuelles; et si l'intérêt des contribuables appelle 
quelques réformes surtout dans les traitements de quelques- 
uns des grands dignitaires, ce n'est qu'avec le temps et avec 
ménagement que la chose peut s'effectuer." 

Les citoyens de Québec, jaloux de Montréal, ne voulurent 
pas rester étrangers au mouvement patriotique organisé par 
la Mvnenie, et un correspondant lui fit savoir en termes 
pompeux ; ' 
A l'éditeur de la Minerve. 

Monsieur, ^ 

" Tandis que le cri de la victoire que les Parisiens ont 
remportée sur la tyrannie, résonne de toutes parts, et que 
chacun se hâte de secourir les victimes ù'une si noble révo- 
lution ponr la liberté, Québec seul peut-être sur ce continent 
semble ne point prendre part à ce grand triomphe. Paris a 
déjà reçu la plus grande partie du tribut de la sympathie et 
des Anglais et des Unionaires ; Montréal a aussi ouvert une 
souscription pour le même objet, et les raisons qu'il en a 
donnéesdansvotrejourual, expriment que les citoyens ont 
plutôt voulu par cet acte, rendre hommage à l'intrépidité 
civique que prétendre secourir des hommes qui ont méprisé 
des dépouilles qu'ils auraient pu s'approprier au jour du 
combat sans craindre de spoliation. Je ne sais si l'absolu- 
tisme a plus de partisans à Québec qu'à Montréal : si c'était 
le cas, nous aurions sujet de déplorer l'absence de plus nobles 
sentimente. Mais je suis convaincu qu'un grand nombre de 
Québequois seraient bien aises de pouvoir donner un témoi- 
gnage non équivoque de leur sympathie pour les Français. 
Kt il ne s'agit que de déclarer qu'une souscription pour les 



1— Numéro du 9 novembre 1830. 



— 869 — 

victimes dek TroUjaun, est ouverte à un t-l bureau, pour y 
voir monder uno foule de citoyens; mais personne n^n a 
encore parlé à ma connaissance. 

'■ Cependant, Monsieur, je n'aurais rien dit. si je n'eusse pas 
appns qu un de nos journalistes trop connu en Canada par 
«on opposition aux principes libéraux, avait critiqué vos 
concitoyens au sujet de la souscription qu'ils viennent d'où- 
vrir à 1 exemple de toute l'Angleterre, de l'Irbnde et des 
Etats-rais pour les veuves et les orphelins de ceux qui ont 
rencontré la mort pour la cause de la liberté ; mais garder le 
silence sur cela, c'aurait été concourir daas l'opinion mal 
fondée du rédacteur de la gazette officieUe de Québec que 
certainement les Canadiens n'ont pas, et par là montrer que 
nous sommes aujourd'hui contraires aux maximes dignes de 
la prépondérance qu'elles acquièrent tous les jours chez les 
hommes, et que nous avons nous-mêmes émises si souvent. 
Quslquun pourrait penser autrement, et croire que nous 
sommes intimidés par le siège du gouvernement colonial • 
mais que ceux là qui pensent ainsi se détrompent iU ne 
connais^nt pas Québec. Nous sommes tous aussi libres et 
indépendans dans nos principes, que le reste des Canadiens 
et n avons jamais craint de les promulguer, et de les soutenir 
quand ,1 l'a faUu, même lorsque la main armée d'un tyran 
plongeait nos représentants dans des cachots. 

" Ainsi, j'espère Monsieur, que si les Québequois ne pren- 
nent pas le moyen de témoigner hautement leur approbation 
sur les grands événemens de Juillet, vous ne les taxerez pas 
d être hostiles à vos sentimens, car ils applaudissent partout 
les Parisiens de leur courage héroïque dans la bataille et de 
leur sublime modération après la victoire. 

" Mais l'on peut encore espérer qu'ils suivront votre exem- 
ple. Quoil 9e«it-il dit à leur peu de générosité, que Montréal 
«eul en Canada ait payé le tribut dû par l'humanité à ceux 
qm ont souffert dans sa cause ? Ne serait-on pas étonné de 



— 370 — 

voir que la capitale Canadienne n'a point fourni, avec le rebte 
du continent, à une offrande si sacrc^e ? cette inaction, peu 
digne de nous-mêmes, pourrait influencer défavorablement 
l'opinion que l'on se formera de nous : nous qui descendons 
des pères de ces mêmes victimes que le monde s'empresse de 
secourir, qui y avons peut-être encore des parens, des amis, 
qui parlons leur langage, qui nourrissons les mêmes préjugés 
et les mêmes principes, et desquels peut-être nous nous 
enorgueillissons de descendre. La liberté ne demande pas une 
offrande riche, mais civique, et le denier de l'ouvrier an- 
glais lui vaut autant que l'or du grand. Non, les Québec- 
quois ne refuseront pas d'ajouter leur humble don à celui de 
Montréal et de l'Angleterre, et ainsi payeront le juste tribut 
que l'homme libre doit à ceux qui se sont voués, au milieu 
du sang et de la mitraille, en abandonnant leurs biens et 
leurs familles, à leur patrie et à la liberté, dont la cause est 
commune k tous les hommes." 

Je suis, 

Votre très-obéissant serviteur. 

Un Qdêbecquois. 

C'est alors que l'on distribua à Montréal et à Québec des 
mouchoirs de soie à la l'Ouis-Phîlippe, récemment arrivés de 
France. I^a bordure en était tricolore. Le roi des Français y 
était repiésenté au milieu, en habits militaires. De chaque 
côté se voyait aussi un pavillon tricolore, surmonté du coq 
gaulois. L'un de ces pavillons portait pour inscription : " Vive 
la Charte " et l'autr " 27, 28, 29 juillet 1830." 

C'est la première fois, croyons-nous, que le pavillon de la 
France moderne, qui avait fait triomphant le tour de l'Eu- 
rope, fut arboré sur les rives du Saint-Laurent. 

La Minerve publia en même temps en première page l'Ode 
à la Colonne dans laquelle Victor Hugo flétrit les députés 



— 371 — 

q..i ont repoussé une motion tendant à faire revenir de Sainte- 
Hélène le, reste, de Napoléon I". Elle publia aussi les ill 
>inunne, de Casimir Delavigne et les chansons de Béranl 
Dans le numéro du 18 juin lG2il, un correspondant de la 
Mmevve se moque agréablement du style et de l'archi.ecture 
d la colonne que les Anglais o„t élevé à Nelson sur la place 
Jacques-Carfer. et ,1 demande pourquoi la statue du héros 
st ournée la face ve™ la prison quand elle devmit ..gaMe. 
le côté de la mer témoin de ses exploits. C'est en 1830 
aussi que mourut le roi d'Angleterre, George IV. 

Afin de mieux démontrer l'évolution qui s'éhiit opérée 
dans les espnts au Canada depuis les guerres de l'Empire 
nous ne citerons à oe propos qu'un simple passage du journai 
le ('«"dtca^or annonçant la mort du souverain anglais ■ 

"Nous voudrions, dit-il. pouvoir en ce moment changer 
une chose qu. seule manque pour répandre un vi«i lustre 
sur les grandes transactions auxquelles nous faisons allusions 
nous voulons dire le traitement de Napoléon et les indig t^^ 
qu p^uva ce g^nd homme dans r-n temps où une con'd I 
P^ généreuse .t fait regarder l'Angleterre et #on mo. 
narque dignes des brillants succès que ses armes lui avaient 

deTi;ï^-"™-----'«-"'--^^^'^«-^e: 

Qu'on lise maintenant, l'article que la Minerve du' 5 mai 
1»<S1 consacrait à l'anniversaire de la mort de Napoléon ■ 

" Le cinq mai 1831...I1 y a donc di.. ans aujourd'hui nue 
Napoléon cessa de vivre, sur un rocher d'où l'espérant étai 
bannie, lom de cette Frarice qu'il avait trouvée si tourment 
et de cette Europe qu',1 avait ensuite tant tourmentée luiJ 
même. 11 y a dix ans que ce génie qui créa un empire aussi 

qu. le souùnrent si longtemps malgré les efforts des Bois que 
la catastrophe qui suivit «ne si brilUnte carrière, et l'amer. 



— 872 — 



tnme d'une longue captivité, cessèrent d'étie autre chose 
qu'un souvenir. 

" On a tant parlé de cette renommée gigantesque, on eu 
parlera tant encore, que tout commentaire dans un pays situé 
comme le nôtre, serait une tentative orgueilleuse peut'dtie, 
et il coup sûr une voix perdue dans le désert. Laissons 
reposer en paix les cendres du grand homme, dont les poten- 
tats de 1815 ne se dessaissiraient qu'avec crainte, et qui par 
habitude en feraient encore trembler quelques-uns ; laissons 
l'herbe croître autour de cette pierre où on ne lit pas de nom. 

" Mais reportant nos regards vers la révolution qu'il servit 
d'abord, et dont il a'erupara, qu'il comprima pour l'asservir 
ensuite tout à fait, combien d'événements se sont succédés 
depuis ea mort dans la suite de <ce grand tableau, combien en 
e;t-il d'autres qui se passent maintenant sous nos yeux, et 
quelle sera l'issue d'une action aussi compliquée ! 

" Sans faire ron."- \ter au delà de 1789 les premiers symp- 
tômes du besoin liberté sous lequel l'ancienne civilisation 
s'agite comme à la fin d'un long cauchemar, il est certain que 
Napoléon a puissamment contribué au réveil des nations, 
quelque fortement que ses guerres et son despotisme aient 
pesé sur elles. Il trouva la France dans une complète anar- 
chie, inondée de saug, menacée sans cesse par l'étranger, et 
ne sachant plus comment revenir en arrière jusqu'à la liberté. 
Il se fit le centre d'action de tous ces sentiments divergents, 
de toutes ces passions exaltées auxquelles il imprima un mou- 
vement unique en les enchaînant autour de lut Si au lieu 
de les diriger à la fixation des franchises intérieures, il ne les 
entraîna que vers la gloire, c'est que la gloire était nécessaire 
pour maintenir l'enthousiasme, qui pouvait seul lutter contre 
les ennemis du dehors ; d'ailleurs la gloire et l'enthousiasme 
ont cela de commun avec la liberté, que les masses qui s'y 
livrent s'élèvent au-dessus des habitudes grossières et ani- 
males qui sont l'apanage d'un peuple sans ressort. II enivra 



— 878 — 

donc le» Françai» de gloire, tout en la leur faisant acheter, et 
Il laina à d autres le soin de porter après lui vers un autre 
but, cette capacitd morale de la nation dont il avait dtendu la 
sphère. Cependant il ne néglige, pas de consolider son 
ouvrage au dedans, et il donna 6 la France et au monde le 
«ode de lois 8. clair et ai sage à la tête duquel les homm.sde 
la restauration ont depuis effacé son nom, comme il, avaient 
effacé ses triomphes des bas-reliefs de la colonne Vendôme 
1^8 croyaient en apparence le bannir aussi de l'histoire ' 
Dire s, ses dernières guerres ne furent que la conséquence 
impérieuse des premières, ou s'il fut aveuglé par l'ambition 
lorsqu.1 pouvait sceller la paix; raisonner sur les institu- 
tions qu'il aurait ou n'aurait pas données à la France, décider 
comment la Uberté serait sortie des chaînes dorées qui la 
retenaient, comment elle aumit pu se défaire des hochets 
dont 11 lavait bigarrée, ce serait entamer un sujet immense, 
et s arroger prématurément une jurisdiotion que la postérité 
exercera mieux que nous. Il succomba; les puissances du 
J!ford ramenèrent deux fois les Bourbons aux Tuileries et la 
royauté héritière de l'empire accoida une forme de gouver- 
nement qui malgré ses imperfections et les abus dont on l'a 
assaisonnée, était beaucoup préférable au régime absolu ■ à 
tel pomt qu'elle a suffi pour donner à la nation la vie politi- 
que, et la force qui naguère l'a fait renverser et les abus et 
Jes institutions dont on abusait, pour établir une ncuvelle 
dynasue et des institutions nouvelles, qui puissent-eUes 
assurer dune manière permanente les destinées encore chan- 
celantes d'un grand peuple. 

" On a vu ce que Napoléon avait fait pour la France ; voici 
«e qu 11 a fait pour avancer la liberté des autres peuples II 
les a aguerris soit en les combattant, soit en les menant 
«près U victoire à de nouvelles conquêtes à l'autre extrémité 
<lel Europe ; ces conscrits étrangers puisaient dans les lojntai- 



— 874. 



nés campagnes desconnnisaances utiles et des moyens de com- 
paraison dont iU devaient profiler plus tard, amis ou ennemi:* 
enfin, c'est toujours l'idée de l'indiSpondanco nationale et celle 
de la gloire qui guidaient les rangs des corabattans ; les popu- 
lations germaniques tout entières n'ont pas été mues dans 
leur résistance par d'autres seutimens ; or l'âme huuiaine 
s'étnnt uue fois élevée an-dessus des pensées matérielles, ne 
s'arrête pas en si large chemin ; Itt motifs dont on s'était 
servi pour la protection du territoi.v. ont dû et doivent 
encore se diriger vers la conservation de l'indépendance 
morale, et l'acquisition des garanties qui .œuvent seules lu 
maintenir. 

" S'il fallait des exemples pour prouver eue les nations 
qui ont f&it des progrès plus rapides vers la liberté sont celles 
que les circonstances attachèrent d'une manière plus parti- 
culière aux destinées de Napoléon, la liolgique, l'Italie, la 
Pologne répondraient. Deux de ces pays ont fait partie de 
l'empire français, et les enfants de l'autre ont suivi partout 
les drapeau:; dn conquérant, bercés d'un doux rêve de réta- 
blissement pour leur antique patrie. 

" Une réHexion, avant de terminer cet article, sur la situa- 
tion actuelle de la France ; c'est que cette situation, vis-à-via 
des gouvernements absolus, diffère peu de celle où se trouva 
Napoléon, et qu'ils ne redoutaient pas plus alors l'esprit do 
conquête de ce dernier, que maintenant la dissémination des 
principes libéraux. Mais si la France comprenait enfin cette 
nécessité des temps, les combinaisons ne seraient plus les 
mêmes ; l'Angleterre n'aurait ni hommes ni trésors a sacrifier 
pour le bon plaisir, et si le même pays devait servir une 
seconde fois de '.héâtre au même drame, les Belges cmnat- 
traientleur poste mieux qu'à Quatre-liras et à Waterloo." 



— 876 — 

Le numéro du n.«,ue jour publiait lea beaux vers de 
BfSranger sur le 5 mai, et que tout le monde connaît : 

Il fitigusit la victoire à le luivre ! 
Elle «tait luse ; il ne l'.ttendit pua. 
Trahi doux foii, ce grand homme a su vivre. 
Mai. quel» serpenta enveloppent aes paa 1 
De tout laurier un poison est l'esaenoe ; 
La mort couronne un front victorieux, 
i'auvre soldat, je reverrai la France, 
La main d'un fils me fermera lea yeux. 

■ .^"//^,r' "" J"""' "" '" ""'*"*• ^ Montréal, un drame 
intitulé yapoUon à SainU-Héléne. C'était une pièce à 
grand effet où l'on voyait des généraux de l'empire, des 
soldats de la vieille garde, les couleurs tricolores. Cette mise 
en scène empoignait le public. Aux passages patriotiques, les 
applaudissements éclataient, et l'on versait des pleurs sur le 
héros exilé. 

L'acteur qui jouait le rôle de Napoléon étoit un Français 
du nom de Prud'homme. 11 fut partout fêté à l'égal de Talma. 

"Samedi, dit la Minerve du 30 janvier 1832, l'auditoire 
le plus nombreux et le plus respectable remplissait les deux 
rangs de loges et le parterre du Théâtre, pour assister au 
bénéfice de M. Prud'homme. MM. les Amateurs Canadiens 
et Anglais voulaient avant son départ lui donner un témoi 
gnage de leur estime pour ses talens dramatiques et ils 
avaient choisi les pièces suivantes : The Dead Alive comédie 
anglaise d'Okeeffe. et Hamlet, Napoléon à St-Hélène et la 
Famille du Baron, par Scribe. MM. les Amateurs se sont 
acquittés de lours rôles avec leur habileté reconnue. Il était 
beau de voir des jeunes Messieurs d'origine et de langue 
difl-érentes, fraterniser et réunir leurs talents pour rendre 
hommage à uii artiste aussi distingué. 

" M. Prud'homme a brillé d'un nouvel éclat dans Hamlet 
et dans Napoléon. U salle n'a cessé de retentir d'applau- 



— 876 — 

(ItBsements ; son jeu, sn ilécUmation étonnaient, entraînaient 
les auditeurs. C'est c« qu'ont bien prouvé les bravos et ha 
honrus involuntaires ({u'on entendait h chaque instant. 

" I Famille du Baron est une i>ièo(! remplie d'esprit et 
les diH'érents rAles ont été joués du manière à en faire ro*"'or- 
tir tout le [ti(juant. M. Prud'homme, y a rempli cint} rôles, 
et il a prouvé qu'il excelle également dans le comique. La 
scène du célibiitaire avec des mœurs, et celles de la cosaque, 
et du député gascon ont tenu ' auditoire dans une hiUirité 
continuelle. 

" Xous apprenons que MKI. le" Amateurs de Québec veu- 
lent l'inviter à alitr dans cette ville donnei une ou deux 
représenu-tions. M, Prud'homme laissera partout où il ira 
l'impression la plus favorable de ses talents supérieurs." 

Prudhomnie, en truin de baltre monnaie, Ht imprimer sa 
pièc(( et en vendit un grand nombre d'exv mplaires ^ 

£n 1832, tncore, on donnait un banquet à Montréal h 
Duvernay et Tracey, au sortir do la prison où les bureaucrates 
les avaient indignement jetés. Duvernay, qui était un chan- 
teur émërite, y entonna ces couplets patriotiques : 

Vingt ane les Français de l'histoire 
Ont occupé seul le crayon, 
Ils étaient fîts de la Victoire 
Sous l'immortel Napoléon. 

Dix ans, après sa mort, à lui seul, Napoléon, cet homme 
extraordinaire, résumait aux yeux des ])atriotes caïadiens le 
génie d'une grande et glorieuse nation, comme le Cid. devenu 
un symbole, a fini par personnifier l'héroïsme espagnol, 
comme le général de Wet incarnera peut-être le patriotisme 
de l'Orange et du Xransvaal aux yeux des races futures. 

On a dit que les malheurs du grand homme avaient récon- 



1 — (fous en avons vu un exemplaire dans la bibliothèque de M. 
Fhiléas Gagnon. Voir p. 391 de sa Bibliographie* 



— 877- 

cilië ton, h, peuples avec m gloirp. Cette parole eit cei.oi. 
nement vraie pour le Canada françain. 

Nous venons de litar ce (lue disait !« Mhum, l'ornane des 
classes lettri!c» h .éim.iue. IVanniie un anniio, ce journal 
entretenait ses lecteurs du grand homme. Le 23 juillet 1S35, 
par exemple, il reproduit, le ^aule , '« Sainte-imne de Bar^ 
thùlemy. En 1336 ', il annonce u. e loterie de livies an 
nombre desquel» on trouve le Mimoi iul de Sainlt-HéUnc, 
par le comte de Us Cases, eu 8 gros volumes, les Minwire'ê 
de Corutant, premier valet lii chambre de. l'Empereur, sur 
h vie primle de NapoUon, m/amilU et ta oour, en 6 vo- 
lûmes. 

U .;ême annie, au grand salon de l'hôtel Nelson, on pou. 
vait voir chaque soir : le GIUND PERESTREtHIQUE ou 
P.rorama Mouvant de la Bataille de Waterloo, Je Sainte- 
H.51èneetde la Procession Funèbre du Grand Napoléox, en 
douze vues différentes, le mouvement desquelles était accôm- 
pagné d'une orchestre militaire. Une description correcte de 
chaque vue était faite à son approche ^ 

Il n'y a pas de doute que cette littérature contribua puis- 
samment à idéaliser Napoléon parmi nous. 

>iais le peuple, qui ne lisait pas plus alors qu'il ne lit 
aujourd'hui, avait besoin d'un autre excitant. Nous allons 
voir comment s'opéra sur lui le travail d'iniaginatiou. 

Après la débâcle de Waterloo, et même pendant les guerres 
de la péninsule, quelques soldats de la grande armée abor- 
dèrent sur les rives du Saint-Uurent. C'est ainsi que nous 
avons connu & Québec M. Eva turel, Foy, l'ancien hussard 
de Grouchy, LeBlanc, l'ancien solde», de la garde, devenu 



1— No tlu 20 o abre. 

a-A Québec, le 13 juillet I8J6, on donnait un grand panaroma 
re>>.*,en^ant la bataille de Waterloo et la procession funèbre 4a 
nainte-Heléne. 



— 878 — 

Umbonr.m^or de Ui société 8»int.Jeiin-Bapti»U). Dant le 
(iwtriot de Troia-Kiviirea, te ttxa M. Bochet, père du cha- 
noine qui vient de mourir. A Varenne», «'établit M. Bernard, 
père du notaire de ce nom. A Québec auui le fixa le notaire 
Jean-Paptlate Moraud. Il y en eut beaucoup d'autrea encore, 
mail il seiait foatidieux do poursuivre plu» loin cette énumé- 
ration. 

Ce» homme», admirateun enthousiastes de l'empereur, et 
qui conservèrent toute leur vie le culte du héros, commen- 
cèrent i le propager au milieu de nous. Tout le monde 
connaît les beaux veis que Crémaiie adressait à Un loldat 
lie Vampire : 

Aux bonis du SaintXeurent .<et^i par la tempête, 
D'héroïquea débrii de cei jouri de conquête 
Ont chanté parmi noui le culte du Hiroi. 
En trouvant loui le ciel de la Nouvel le- France 
Le» mêmet louvenin et la même eapérance, 
lli lemblaient oubltttr leur» maux. 

En 1835, ces Français réfugié» fondèrent une société de 
secours, et chaque année, ils se réunissaient pour célébrer 
leur fête patronale la Saist-Napolèon. 

Voici les coupleta qui furent chantés sur l'air de la Mar- 
iHUaite, au banquet du 15 août 1835 à Montréal '. 

EiiriNm de la même patrie, 
Pour noui enfin luit un beau jour ! 
A cette terre si chérie 
Nous payons un tribut d'amour (BU,) 
Aux bords d'une rive étrangère, 
Quel spectacle frappe mes yeux ! 
L'amitié venant des cieux 
Embellir ce jour sur la terre t 
Napoléon, la France I unissons ces grands noms, 
Chantons, Chantons. 
Sois immortel, héros que nous pleurons I 



1— Canadi'oi du 2 septembre 1839. 



— .79 — 

toi dont la vaut* f«nU 
Etonna, ir>lni)uit tM rinur. 
Penn.ti qu« ton ombra oht la 
Vlant planer aur no» travaux. (Bit.) 
Raoonnaii dam cott« auainbMa, 
Plu. d'un Hdtle ••rrltour, 
Dont ton nom fait ,tlr« le pœur, 
fidèle i l'anieliinc .noria. 
Xapoléon, etc., etc. 

Ami«". flile adoréo, 
Viei oun embraaer da tan feux, 
Fali que loua Ion alla nacrée 
Ce jour donne de> fruit, heureux. (Hl,.) 
Ix)in de la France >i chérie 
Ne l'ormoiia qu'un l>eu|>la d'amia, 
Ij'raque nou.i aommei ■ .uni» 
Nou» relrouvon» notr atrie. 
Napoléon, etc., etc. 



i'AoMMé, l'honneur de notre race, 
t'hef de la ifrandc nation, 
Dans Bon grand cœur eut une plaça 
Pour la plus noble pauion. (Bu.) 
MontebcUo, dont la granile ime 
*'ma, lani craindre le héroa, 
Ah I viens animer nos travaux ! 
Disons, pleins d'une douce Hamme. 
Napoléon, etc., etc. 

Errans sur un lointain rivage. 
Rallions-nous, à ce grand nom, 
Français, prenons pour patronage 
L'égide de Napoléon. (Bi$.) 
Ne formons qu'un peuple da frères, 
Puisque noua sommes ses enfants, 
Faisons retentir dans nos chanta, 
Amia, sur les deu.x hémisphères. 
Napoléon, etc., etc. 
23 



— 880 — 



Pour flétri? ton grand car«otère, 
L'envie excite aes Berpens, 
Hatzfeld, et le factionnaire 
Te vengeront dani tous le» temps. (BU.) 
Noua sommes loin de ton génie, 
Mais pour imiter tes bientiaits 
Allons au-devant des souhaits 
Des exilés de la patrie. 
Napoléon, la France I unissons ces grands noms, 
Chantons, Chantons, 
Sois immortel, héros que nous pleurons. 

Citons quelques-uns des toasts qui furent portés à ce 
banquet : 

Aux GnRHBIEKS QUI MAKCHÈBhNT SOUS LA BANNIÈRE DE 

Napoléon.— L'impartiale hiatoii'e porte leur renommi'p sur 
tous les points du globe, et les lauriers qu'ils aoquérirent ne 
se flétriront jamais, 

A Napoléon. — Fuisse son grand nom servir d'égide à tous 
les Français, dans quelques pays qu'ils se trouvent. 

Aux ABMÊES FRANÇAISES, qui des rayons brûlants de 
l'Egypte, arrivèrent, par des miliers de combats glorieux, 
jusqu'au climat glacé de la Russie. 

Du discours du président Leblanc de Marçonnay, nous 
extrayons ce qui suit : 

" Le patronage sous lequel nous nous sommes placés est une 
réminiscence historique ; ce n'est plus le symbole qui désigne 
une opinion, qui signale un espoir. Si Napoléon avait 
encore le front couvert de ses milliers de couronnes, nous ne 
serions probablement point ici, nous marcherions sous son 
étendard comme le firent jadis la plupart d'eatre noua. 
Aujourd'hui Napoléon est également apprécié par les vain- 
queurs et les vaincus; le saule solitaire de Sainte-Hélène 
ne fait plus de jaloux, ne compte plus d'ennemis : la carrière 
aussi rapide qu'étonnante de l'Kmpereur ne rencontre plus 



— 881 — 

que des admirateur,. Ce peu de mots suffira pour persuader 
que nous n'avons prétendu offense, que nous nrdevons 
blesser personne en choisissant i»„r Patron l'homme qui 
pendant 15 années, fut le héro, du monde. Le UhJ.kv 
Tricolore, qu. flotte au milieu de cette salle, n'est point, non 
plus, un emblème séditieux qui puisse donner à nol^e société 
un «ractére qu'elle ne veut pas adopter; ce sont les coulent 
de la France, maintenant en paix avec toutes les nations- 
de cette France, unie à la nation Britannique, qu'elle com- 
battit avec loyauté, qu'elle seconde avec sincérité " 

Au printemps de 1 836. les Français réfugiés au Canada 
appnrent la mort de Laetitia Bonaparte, la mère de l'Empe-' 
reur et ,1. voulurent faire chanter à Québec, pour le repos de 
on âme, un serv.ce funèbre. Mais le clerRé se refusa à cette 
demande de peur que cett* cérémonie religieuse dégénéra en 
démonstration politique '. ë c !• on 

Il y aurait toute une étude particulière à faire sur l'in- 
fluence qu exerça ce groupe de Français bonapartistes sur la 
malheureuse insurrection de 1837. mais ce n'est pas ici le 
Ueu. D"ons seulement, que les écrits de Leblanc de M«r. " 
çounay.d Aubin, de Girod, pour ne citer que ceux-là. firent 
plus qu on no pense d'ordinaire, pour surexciter les imagina, 
tions. Cest aux chants de h MaraeilUùe et de h Pari. • 
menne et avec la cocarde tricolom que les tribuns populaires 
de 1 époque entraînaient les masses '. ' 

Un autre contribua pour sa large part à populariser le nom 
deNapok<o„,et celui-là oe fut un vulgaire chemineau qui 
s appelait Grosperrin et qui allait à travers le, campagne 
tramant sa pacotille et chantant des vers qu'il fabriquait lui- 
même ou qu il empruntait à Béranger. 
Grosperrin-épave échouée sur nos bords on ne sait trop à 

l—Cmadim du 3 juin 1836. 

2-Voip Omette de Québec du 19 janvier 1836. 



— 882 — 

la suite de quelles aventures — avait le don de faire vibrer les 
cœurs d'une façon merveilleuse. Sa voix sonore avait des 
éclats de trompette guerrière lorsqu'elle disait les exploita du 
petit caporal. 

Après les désastres de 1837, les Canadiens, repliés sur eux- 
mêmes, avaient douté un peu de leur force. Ces chants, pleins 
de consolations et de promesses, furent doux à leur douleur, 
comme les caresses d'un fils à une mère blessée. 

La gloire d'autrefois, la fierté des temps ancieas rayonna 
malgré les ombres accumulées ; et la fo^le, surprise, écouta 
avec ravissement ces chants étranges, qui s'appellent Li 
champ d'oMle^ Les enfante de la France, Le vieux drapeau. 
Le vieux sergent, Le Souvenir du peuple. Il n'est pas mort. 

Reine du monde, Ô Frai ce I à ma patrie 1 
Soulève enfin ton front cicatrisé ; 
Sans qu'à tes yeux leur gloire en soit flétrie, 
De tes enfanta l'étendard s'est brisé. 
Quand la fortune outrageait leur vaillance, 
Quand de tes mains tombait ton sceptre d'or i 
Tes ennemis disaient encore : 
Honneur aux enfants de la France | 

Frète l'oreille aux aocents de l'histoire : 
Quel peuple ancien devant toi n'a tremblé 7 
Quel nouveau peuple, envieux de ta gloire, 
Ne fut cent fois de ta gloire accablé 7 
Envun l'Anglais a mis dans la balance 
L'or que pour vaincre ont mendié les rois. 
Des siècles entends-tu la voix? 
Honneur aux enfants de la France I 

La translation des restes de Napoléon (1840) ressuscita 
aussi singulièrement la popularité de l'Empereur parmi nous. 
I^s hbéraux français, qui avaient intérêt à exploiter ces événe- 
ments afin de battre en brèche le gouvernement de Louis- 
Philippe, mh'ent tout en œuvre pour rappeler les gloires de 
l'Empire. Lee articles des journaux de France étaient repro- 



duito dans U CanadUn .t Is Minerve. Il, étaient lus. oom, 
mentes, admiiës. 

Et, pendant œ temps-là, Groeperrin colportait toujours ses 
cnsnsons de Bérenger, 

Vous est-il jamais arrivé, alors que vous étiez dans une 
campagne éloignée, de découvrir que les enfants sir un ter- 
ntoire donné portaient presque tous les mêmes noms, et 
souvent les plus romanesques. On se demande alors, tout 
étonné, par quelle bizarrerie du sort il se fait que. perdus au 
milieu des bois, des robustes galopins ou de gentilles fillettes 
aux joues roses s'appellent René ou Atala, Epaminondas ou 
Lucrèce. Nous ne citons que ces noms. U raison en est bien 

Tî^\ ^^i '^"'"° "™ q-elconque -Chateaubriand ou 
Berthet ou Navery, s'est égaré par là_et tout le monde a 
pns les noms du héros ou de l'héroïne. 

Napoléon a joui ici de cette popularité. Et c'est une chose 
cuneuse, de voir sur un rayon de plusieurs lieues, le nombre 
de personnes qui portent ce grand nom. C'est de 1840 à 1850 
surtout que ce phénomène s'est produit, et c'est pour nous 
h preuve que pendant cette décade l'idée napoléonnienne a 
battu son plein plus que jamais au Canada. Nous avons eu 
aussi une épidémie de petit Louis-Philippe, mai, eUe n'a pa, 
duré longtemps. 

De, malins rapportent que, dans les premiers temps de la 
restaumfon.leP. Loriquet chaigé de préparer une histoire 
de France <kJ v^um delphini fut fort embarassé. Comme 
Il ne voulait point troubler les susceptibilités de la presse 
royaliste, il passa complètement sous silence le règne de 
Napoléon et raconte simplement qu'après la mort de Louis 
iVI de grands troubles suivirent et que Bonaparte nommé 
heutenant généml du royaume le garia pendant quinze an, 
jusqaàje que Unis XVIII. empêché jusque-là, vint le 



— 884 — 



Rostand s'est évidemment souvenu de cet épisode dans sa 
pièce de VAiglon. 

Vous connaissez cette belle scène où les professeurs du 
prince lui donnent une leçon d'histoire et lui déclarent qu'il 
ne se passa rien en 1805. Et alors, le roi de Kome, qui a 
été instruit en sous main par son valet Flambeau — vieux 
soldat de l'empire — se met à leur raconter avec enthousiasme 
les batailles de Wagram et d'Austerlitz. Vous voyez d'ici la 
tête de ces professeurs, tous autrichiens, et retrou vant dans 
les mains du fils les lanières avec lesquelles le père les 
avaient si rudement servies. 

Ici, au Canada, oii les oHiciels tinrent si longtemps oachés 
les victoires et les hauts faits dij premier empire, il n'aurait 
pas fallu, après 1830, dire i un Canadien qu'Austerlitz ou 
Marengo étaient des défaites françaises on qu'il ne se passa 
rien d'important en 1805, car on aurait pu recevoir la réponse 
que le duc de Beichstadt fit à ses professeurs. 

Dans nos collèges, dès 1840, on enseignait l'histoire con- 
temporaine de la France, et l'on y distribuait an prix l'his- 
toire de Napoléon par Amédée Gabourd. 

Mais ce qui couronna la légende napoléonnienne au 
Canada ce fut l'entente anglo-française de 1853 et 1856. 
Crémazie, dans des vers enflammés que tout le monde a lus, 
nous persuada que nous avions été do tout temps des parti- 
sans dévoués de Bonaparte. Et lorsqu'on 1355, la Capri- 
cieuse remonta le Saint-Laurent, portant à son m&t d'artimon 
les couleurs tricolores,' 



On entendit, le soir, sur chaque rive, 

Se môler au doux bruit ie l'onde fugitive 

Un long chant de bonheur qui sortait des tombeaux. 

Cinquante ans sont passés sur nos têtes depuis ces chauds 
enthousiasmes, et notre admiration tourne un peu aujourd'hui 
au platonisme. La France est aussi chère à nos cœurs 



- 885 — 
qu'eue l'étoit aIo«. mais notre amour e.t plu, réfléchi II y » 

Cél^' A '»"'»"'■""''■" volontien, à no», laieser louanger 

Qu-U nous aoit permi, de réciter à ce, chauvin,, en termi. 
janUe, ver, que Duvern.y chantait dan, ce L.„quet de 
183.Î dont nous avons parié : 

Originaire» de la France, 

Aiyourd'hui siuets d'Albion, 

A qui donner la préférence 
De l'une ou l'autre nation ? 
Mai» n'.vonsnou. pas, je vous prie, 
Bncore de plus puisaana biens 
A tous préférons la Patrie, 
Avant tout soyons Canadiens. 



TABLE DES MATIÈRES 



Introduction ****'• 

L'EgliM orthodOM ru«« ' 

Bibliographie '" 

)êr. confSrence de Mgr Ufl.a„7.... '' 

MniO conférence de Mgr Loflamme ' 

1ère oonférsuo. de M. l'.bbé A.-H.Goiiëlin' " 

2éme conférence de M. l'abbé A.-H. Oo..eli„ " 

1ère conférence ,1e M. ./.-E. Pri„„^ •» 

aème conférence de M. .J..E. Prince "" 

Conférence de M. A^. Kivard... "^ 

Conférence, de M. l'.bbé.Stani.i^A.'i^;,;; '" 

CoD«rencedeM.r.bbéH.Simar,l ^" 

Conférence de n.o„or.b.e Thon« cha^^ië;;.;.' "" 

Conférence de M. ./..R. r„„ •'" 

351